Vouloir être libre !

La liberté est un mouvement plus qu’un état. Une quantité, plus qu’une qualité. On est plus ou moins libre. Ce qui importe donc, c’est de savoir ce qui libère et ce qui enferme. Ce qui ouvre et ce qui gène.
Si être libre c’est faire ce qu’on veut (ou penser ce qu’on veut), on peut interpréter la liberté dans les deux sens : il y a un effort pour écarter de ce qui gêne la volonté, et un effort sur la volonté elle-même pour apprendre à désirer des choses faisables. Celui qui désire l’inaccessible est voué à l’aliénation.

La liberté, ce n’est pas pouvoir ce que l’on veut, c’est vouloir ce que l’on peut.

Jean-Paul Sartre

Pour vouloir ce que l’on peut, il faut savoir évaluer proprement ce que l’on peut, et à ne pas vouloir des choses impossibles : la vérité libère. Et les convictions enferment.
Apprendre à ne pas vouloir des choses impossibles, ça s’appelle exactement la volonté.
La volonté libère. L’idéalisme enferme.

Etes-vous heureux ?

L’erreur avec le bonheur, c’est de vouloir le penser comme un état. Pour répondre à la question du titre, il faut définir le bonheur (qui n’est pas la joie). J’aime la définition suivante (je ne parviens pas à me rappeler si c’est de Laborit ou Comte-sponville, peu importe) très biologique et très dynamique (de mémoire) : « Etre heureux, c’est être capable d’avoir des projets, être capable de les mener à bien, être capable de jouir de leur accomplissement, et être capable d’en avoir à nouveau ». Cela définit le bonheur par son contraire, le malheur (qui n’est pas la souffrance). Est malheureux, celui qui n’est pas capable de faire des projets, celui qui n’est pas capable d’accomplir ses projets, celui qui ne peut pas en jouir une fois accomplis, et celui qui ne sait pas rebondir pour faire d’autre projets ensuite, ou qui n’a plus l’envie. Le bonheur serait donc plus un élan, une dynamique, plus qu’un état. Ca me parait sensé ; par ailleurs, cette description rejoint une autre image que j’aime bien : celle proposée par Camus, de Sisyphe poussant son rocher inlassablement, et y trouvant son bonheur.

Il faut imaginer Sisyphe heureux.

Pour finir petite citation d’Alain (ça fait toujours du bien par où ça passe) – expert en bonheur – :

Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l’ont pas cherché.

Partance

Souvent le matin, en partant de chez moi pour aller travailler, je vois un couple avenue du Maine. Il est 06h30, je ne sais pas s’ils sortent d’un immeuble voisin, ou s’ils se sont rejoint ici. Entre 50 et 60 ans, la femme semble attaquée par l’alcool, lui semble plus sain. A chaque fois que je les ai vu (souvent), ils semblent sur le point de se quitter (pour la journée ? pour la vie ?). Ils se prennent souvent dans les bras l’un de l’autre, se parlent, avec entre eux comme une tendresse excluant toute sensualité. Je ne connais pas leur histoire. La scène rituelle montre qu’ils partagent au moins de la tendresse, sinon de l’amour. Lui semble loin, en retrait. Il porte sur le visage une sorte de tristesse de fond sereine, elle porte sur le visage une détresse un peu hagarde. Elle est plus agitée, s’écarte de lui souvent, revient dans ses bras. Comme si elle voulait l’emmener avec elle, mais sans savoir où…On dirait une enfant ; peut-être la manière – protectrice – qu’il a de la prendre dans ses bras. Selon mon humeur, mon imagination, j’imagine leur histoire sous des angles différents. Ce pourrait être simplement un couple très soudé. Le mari ou la femme partant travailler tôt, et ils se disent au revoir pour la journée. Mais l’au revoir est trop long pour une journée, et l’air qu’ils ont de vouloir se cacher, l’espèce d’urgence sourde qui semble animer la femme, laissent entrevoir une histoire plus compliquée. Peut-être une histoire de séparation rendue impossible par le temps passé. Lui, ayant refait sa vie ailleurs, avec femme et enfants, et Elle toujours amoureuse. Et Lui, ayant gardé de la tendresse et n’ayant jamais pu écarter l’ancienne amante, par peur de faire mal à un être déjà diminué. Peut être une histoire sordide, complétant la première, d’homme marié faisant croire à son amante qu’il va quitter sa femme depuis 30 ans. Et l’amante docile qui attend une bouteille à la main l’évènement salvateur qui ne viendra jamais. Je ne sais pas. Je ne saurais probablement jamais. Ce qui est sûr, c’est que quand je les vois, j’ai toujours une sensation étrange, une émotion un peu mélancolique : on ne voit pas souvent des couples qui restent au même endroit sur le trottoir plus de trente secondes, encore moins à 6H30 du matin. Cette situation rappelle un quai de gare. Peut-être est-ce ça d’ailleurs, leur histoire : une éternelle partance recommencée chaque jour au petit matin.

Desperate Housewives

Comme quoi une série peut être un bon divertissement, ET une source de réflexion : l’autre jour, j’ai vu un épisode de cette super série américaine, et il se terminait par cette prière (de mémoire) :

Donne nous la force d’accepter ce qui ne peut être changé, le courage de changer ce qui peut l’être, et la sagesse de faire la différence entre les deux.

Belle prière, non ? Même si on pense qu’elle ne s’adresse à personne d’autre qu’à nous.