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Aggrégateur humain

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La première fois que je suis allé à la République des blogs (une réunion de blogueurs politiques qui se tient chaque mois dans un bar), j’ai rencontré un des blogueurs « historiques », donc influent, Laurent Gloaguen. Il m’avait confié qu’il était un aggrégateur humain.

J’avais pris sa remarque comme une boutade pour souligner l’importance de lire beaucoup, et d’être capable de relayer les informations. Je n’avais pas compris la profondeur de cette définition. Pour bloguer vraiment, il faut lire beaucoup, et l’aggrégateur de flux RSS devient rapidement un outil indispensable. Et sans un tri très sélectif, on finit par « lire » plus d’un centaine de blogs, de flux de sites, et on est submergé par le flot d’informations.

Si l’on est organisé, on parvient à gérer ce flot gigantesque, et à en tirer des extraits, des liens, que l’on propose à ses lecteurs. On devient, finalement, éditeur plutôt qu’auteur, aggrégateur humain plutôt que blogueur, relais d’information plutôt que producteur de contenu. On ne lit plus vraiment ce qu’on lit : on le survole, on l’appréhende en fonction de notre besoin uniquement, on n’est plus ouvert à la pensée de l’autre.

Et on perd, à mon sens, en devenant éditeur, une part importante du plaisir. Certes, il est passionnant de penser le design, les articles, les réseaux, les plugins, les liens, les citations. Mais le vrai plaisir, la vraie motivation – en ce qui me concerne – tient avant tout au plaisir de penser, d’avoir une idée, et de me poser tranquillement devant mon clavier pour la formaliser. C’est ce plaisir – ce travail – que l’on perd peu à peu de vue quand on est un aggrégateur humain. Le plaisir de penser le texte avant de l’écrire, le plaisir de peaufiner l’idée tout au long d’une journée. Imaginer quelle image pourrait l’accompagner, et en exprimer l’essence.

Bien sûr, entre aggrégateur humain et penseur (deux extrêmes que je n’ai aucunement la prétention d’atteindre), il convient de garder un juste milieu. C’est peut-être l’intérêt de conserver plusieurs supports, plusieurs blogs, pour pouvoir jouer plusieurs jeux à la fois.

J’ai été très heureux d’écrire ce petit texte.

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  1. Cette sensation de lassitude est peut-être aussi liée au fait qu’on s’aperçoit que finalement très peu d’idées ou de réflexions sont nouvelles… Internet rend de plus en plus difficile, pour peu qu’on soit un peu honnête intellectuellement, le fait de pondre des billet de 15 lignes en pensant avoir produit une merveille éditoriale, car quelqu’un en aura certainement déjà parlé, et mieux par dessus le marché.Souvent, mieux vaut aggréger et proposer ce qu’il y a de mieux ailleurs, même si ça conduit à moins produire soi-même. Il en devient certes plus dur de faire de la page vue et d’aligner les billets insignifiants, mais n’est-ce pas au bénéfice de tous ? Revenir à un fonctionnement médiatique classique serait une belle défaite pour ceux qui prétendent faire de l’info, de l’analyse ou de l’éditorialisation autrement des ancêtres médiatiques. M’enfin, ce n’est que mon avis, et le plaisir est d’autant plus fort qu’on a réellement une idée originale à proposer.

  2. Salut Moktarama,en fait je n’éprouve aucune lassitude…! J’ai dû mal m’exprimer.Et je ne cherchais à proposer une réflexion générale, mais plutôt un sentiment, que j’ai essayé de traduire au mieux. Le fait, plus égocentré, de se poser et donner forme à ses idées, sans forcément chercher à tenir une ligne éditoriale. Se poser pour réfléchir, se poser pour écrire. Profiter de l’acte d’écrire ; j’ai commencé à bloguer parce que je savais que je n’aurais pas le courage ou la tenacité pour écrire un roman. J’ai découvert plein d’autres choses passionnantes ; mais je crois qu’il conserver le plaisir d’écrire des choses personnelles. Le seul contenu original, hors infos purement journalistiques, factuelles, c’est bien le contenu produit par un individu, à un moment donné. Non ?

  3. re-salut Moktarama,je viens de me relire, et effectivement je parle à un moment de perte de plaisir. Tu m’avais bien lu, et je m’étais effectivement mal exprimé…La perte de plaisir vient aussi du manque de temps : éditeur, pour le faire bien (comme je le conçois) est un boulot à plein temps. Je n’ai pas ce temps, et il y a forcément une certaine frustration à vouloir être blogueur/éditeur.Tandis qu’un petit billet personnel, de temps en temps, sans contrainte de rythme, est moins stressant et moins frustrant. Surtout quand on a la chance d’avoir un commentaire intelligent comme le tien en récompense. Je fonce découvrir ton blog…!

  4. Tout à fait d’accord avec le dernier commentaire ;-)C’est aussi pour ça que j’estime beaucoup l’activité de re-médiation (pour écrire comme narvic) . Elle permet de n’écrire qu’au sujet de ce qu’on aime ou de ce qu’on connaît, avec plus de plaisir. Le reste, on peut le proposer en renvoyant vers ceux qui l’auront mieux dit que nous.Le manque de temps concerne aussi bien les blogueurs à la petite semaine (dont je suis) qu’en cas d’activité plus professionnelle… c’est un dilemne similaire que rencontrent les journalistes, sinon on ne verrait pas autant de contenus vite recopiés de l’AFP ou d’autres médias. Ce que je voulais exprimer, c’est qu’internet a tendance à mettre en lumière cette « circulation circulaire » permanente, et force du même coup n’importe quel éditeur à être plus original (y compris sur des sujets hors du champ de l’info stricte) , car tout se voit maintenant. Mais ça se paye par une certaine désillusion ou lassitude du côté de l’éditeur, et effectivement l’envie revient de faire des billets peut-être plus personnels (et parfois plus « insignifiants » ) , mais aussi plus originaux. C’est tant mieux.

  5. Un dernier point : je débarque sur ce billet par l’intermédiaire de mon GoogleReader et la recommandation d’un des internautes dont je suis l’activité. La re-médiation fonctionne extrêmement bien, et amène énormément de richesse pour peu qu’on ne se fasse pas bouffer par le côté « socialisant » très chronophage ;-)

  6. re-salut,à propos de ta remarque finale : je n’ai jamais pensé que le mode de propagation des infos par les réseaux sociaux ou les flux RSS était mauvais ou inutile. Mon propos n’était pas de critiquer tel ou tel contenu, telle ou telle manière de publier ou de faire suivre les infos. Mon propos était juste une réflexion personnelle concernant mon goût et ma manière de vouloir écrire. C’est moi qui ai posté le lien sur FriendFeed, avec bien entendu l’espoir que quelqu’un viendrait lire cet article.Je ne critique pas la remédiation ; en fait je ne critique rien. Je décris simplement un moment dans mon évolution personnelle où j’éprouve le besoin de recentrer mes billets vers des choses plus souvent personnelles.à bientôt !