Le paradoxe de la connaissance

C’est une pensée qui m’est restée, et très vive, depuis ma lecture des conférences de Karl Popper. C’est un paradoxe apparent seulement : plus j’apprends, plus j’augmente mes connaissances, et plus j’augmente le nombre de questions sans réponses qui s’ouvrent à moi. L’étude nous enrichit, et augmente nos connaissances. Mais elle diminue en même temps la part relative de nos connaissances par rapport à l’inconnu, ou à la masse de problèmes irrésolus. Plus j’apprends, moins je sais – relativement. Ce n’est pas une pirouette, c’est la vérité.

La solution d’un problème engendre toujours de nouveaux problèmes, irrésolus. Lesquels sont d’autant plus intéressants qu’était plus difficile le problème initial et plus audacieuse la solution que l’on a cherché à lui donner. Plus nous en apprenons sur le monde, plus nous approfondissons nos connaissances, et plus est lucide, éclairant et fermement circonscrit le savoir que nous avons de ce que nous ne savons pas, le savoir que nous avons de notre ignorance. [Karl Popper]

A la recherche d’un monde meilleur

Pour découvrir Karl Popper, je vous recommande de faire ce que j’ai fait : lire le très bon recueil de conférences « A la recherche d’un monde meilleur ». On y découvre dans un style très simple et facile à suivre des exposés de Karl Popper sur toutes sortes de sujets. Philosophie politique, théorie de la connaissance, éthique, art : Karl Popper sait rendre compréhensible sa pensée, et met même un point d’honneur à le faire.

Autant vous dire que ce que l’on peut découvrir de la pensée de Karl Popper m’a complètement séduit : humble, rigoureux, détestant le bla-bla philosophico-philosophique, épris de doute et de la recherche de la vérité, travailleur (on voit qu’il connait les théories scientifique bien mieux que la plupart des scientifiques).

Je retiendrais son attitude ouvertement « dans la tradition des Lumières », et son goût du pluralisme. Il oppose à très juste titre le relativisme qui « issu d’une tolérance lâche, conduit au règne de la violence » et le pluralisme critique qui « peut contribuer à la domestication de la violence ». (Il l’applique d’ailleurs dans tous les domaines, politique, éthique ou scientifique).

Le pluralisme critique est la position selon laquelle, dans l’intérêt de la recherche de la vérité, toute théorie – et plus il y a de théories, mieux c’est – doit avoir accès à la concurrence entre les théories. Cette concurrence consiste en la controverse rationnelle entre les théories et en leur élimination critique.

J’ai également été passionné par sa description du monde en 3 sous-mondes. Pour faire simple (il rentre beaucoup plus dans le détail, notamment de la description des relations entre les 3) : 

  1. le monde 1 est le monde des corps matériels (non vivants et vivants)
  2. le monde 2 est le monde des vécus (conscients ou inconscients)
  3. le monde 3 est le monde des produits objectifs de l’esprit humain (matériels ou non)

Popper considère que ces trois mondes sont réels et en interaction entre eux. Il décrit cela en détail et c’est complètement passionnant, et riche. Vous pouvez lire une conférence consacrée à ces trois mondes (en anglais), sur le site Tanner Lectures : Three Worlds – Karl Popper.

Bref : si vous voulez réflechir avec un grand philosophe, qui vulgarise magnifiquement, jetez-vous sur ce livre !