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La révolution cognitive

Je vous recommande vivement cette conférence de Michel Serres, intitulée « Les nouvelles technologies, révolution culturelle et cognitive » (je suis tombé dessus grâce à un tweet de Jérôme Colombain). Outre la vigueur et la clarté de Michel Serres (qui sont impressionnantes), le propos est lui-même passionnant.

Il y aborde la manière dont les ordinateurs et internet (ce qu’on appelle souvent les nouvelles technologies) sont en train de modifier radicalement, le temps, l’espace et notre cognition. Michel Serres compare la révolution « internet » à d’autres révolutions dans l’histoire de l’humanité – en lien avec l’émission, le traitement, la réception d’informations – : l’apparition du langage, l’apparition de l’écriture et l’apparition de l’imprimerie. Cela replace les choses dans une échelle temporelle intéressante.

Concernant l’espace, Michel Serres se livre à une réflexion sur le mot « adresse », pour montrer en quoi « Internet » n’a pas raccourci les distances, mais nous a fait changé d’espace (d’un espace physique vers un espace topologique).

Il finit en envisageant les modifications cognitives pour les êtres humains que nous sommes, en faisant un focus sur la mémoire (une des facultés de l’esprit humain), mais il explique que l’on pourrait mener le même raisonnement avec l’imagination ou la raison. Ces révolutions culturelles (apparition du langage, de l’écriture, de l’imprimerie, puis d’internet) nous ont fait perdre la mémoire.

Mais si on perd, on gagne. La main en perdant sa fonction de marche quadripède, a gagné en universalité. On a perdu du formaté, et on découvre de l’universel. « L’homme est une bête dont le corps perd » (comme une casserole qui perd de l’eau par un trou, le corps de l’homme perd).

La perte de mémoire, selon Michel Serres, est compensée par le fait d’être libéré de l’écrasante obligation de se souvenir. On a externalisé la mémoire. L’homme « sans facultés » est donc plus universel, plus libre. Et à cause de cette externalisation, l’homme est à distance de tout, donc ce que nous avons gagné, c’est le devoir d’être intelligent. Puisque notre mémoire est externalisée, il ne nous reste que l’inventivité et la créativité. Le travail intellectuel désormais est obligé d’être intelligent et inventif.

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  1. Votre réflexion me plait : Michel Serres m’a toujours vivement intéressé, Edgar Morin m’a séduit, qui croit en l’impossible… Mais j’ai aussi prés de 90 ans !Cordialement,Robert

  2. Merci. Une excellente intervention tant sur le fond que sur la forme toujours aussi d’actualité. J’ai adoré. Sociologues, philosophes et prospectivistes apportent vraiment un complément indispensable dans notre compréhension de ce monde en accélération permanente et nous aident à garder… la tête sur les épaules !

  3. @Tous : merci pour vos commentaires !@Robert Mamet : bravo d’être aussi alerte à 90 ans. Connecté sur internet et à l’écoute de la philosophie. J’espère que je pourrais faire tout cela aussi à 90 ans…@klodeko : oui c’est un vrai discours intéressant et utile. J’aime beaucoup l’humour avec lequel il répond à la personne qui lui dit avoir perdu son corps. Il lui recommande d’aller marcher pour le retrouver. :)@Inter Web Actu : je n’ai jamais rien lu de lui, à part un livre d’épistémologie, et ça donne effectivement envie d’aller se plonger dans ses bouquins…à bientôt !

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  • Un individu dans l’innovation | BLOmiG 23 août 2012

    […] l’heure où tout ce qui s’est construit sur le web impacte pleinement les entreprises (pour le meilleur souvent), et la société en […]