dans Livres, Reflexions

Le Royaume

emmanuel_carrere
Je viens de lire « Le Royaume« , d’Emmanuel Carrère. C’est un livre racontant dans un style très original l’histoire des premiers chrétiens, à savoir les apôtres et leurs proches. Le style est original parce qu’il mêle habilement des évènements se passant il y a plus de deux mille ans, et des éléments autobiographiques, des réflexions de l’auteur, concernant sa propre relation à la foi.
J’ai vraiment beaucoup apprécié ce livre. L’éclairage apporté par Emmanuel Carrère sur les évangiles, et l’histoire des premiers chrétiens est extraordinaire. A la fois historique (très documenté), et aussi très personnel. Luc, particulièrement, est mis au centre de la narration, parce qu’Emmanuel pense, avec d’autres, que c’est le plus « neutre » des observateurs (à la différence de Paul, qu’il a accompagné sur de longue période, et qui était beaucoup plus engagé dans un combat presque politique, et beaucoup moins intéressé par le véritable Jésus).
Ce qui donne une saveur particulière au livre pour terminer, c’est le rapport très particulier d’Emmanuel Carrère à la foi : d’abord non croyant, il a connu une sorte de « révélation » il y a plus de dix ans, pour finalement ne plus croire en Dieu, tout en restant sensible au message des Evangiles. Pendant ces années où il était croyant, il a travaillé, énormément, sur les textes des Evangiles, sur des documents historiques, des livres, et son rapport aux Evangiles est extraordinairement riche. Tous les jours, Emmanuel Carrère, lisait des passages des Evangiles, et les commentait dans des carnets. Pas de Foi sans Travail ?

Bref, je vous recommande ce livre chaudement. Pour moi qui ne connaissait rien aux Evangiles (j’ai un peu honte), j’avoue que ça été passionnant, enrichissant, et vraiment fort. Et c’est à mon goût très bien écrit, puissant et drôle par moment. Et très touchant dans le chapitre de conclusion où Emmanuel Carrère partage avec nous une expérience très particulière, de manière simple et émouvante.

Laisser une Réponse à Quentin Deslandres Annuler la Réponse

Write a Comment

Commenter

12 Commentaires

  1. Merci Lomig pour ce billet, ça me manquait. La double conversion de l’auteur m’intéresse tout particulièrement ! Donne-t-il des éléments d’explication dans le livre ?

    • salut Jean-Marc ! merci pour ton commentaire. je n’ai pas trop pris le temps de publier, mais j’ai encore plusieurs bouquins terminés dont je dois faire la recension…un Paul Ricoeur, deux romans, et bientôt une histoire France. faut croire que je lis plus vite que je n’écris :)
      La double conversion comme tu dis, est plutôt claire pour la première (non croyant -> croyant), et pas trop pour la deuxième, même si je l’attribue à une forme de manque de réceptivité à la superstition et à la magie d’Emmanuel Carrère… :)

        • ton analogie est étrange … elle sous entend que quelqu’un qui croit en Dieu aurait une « dimension » de plus que les non-croyants ou les agnostiques. Ce qui est est une manière de dire – dis moi si je me trompe – que la spiritualité (dans tous les sens du terme) serait réservé aux « croyants » ou à ceux que la « transcendance » intéresse. Je ne suis donc pas tout à fait d’accord ; je pense que la spiritualité est à la fois une capacité et un besoin humain fondamental, lié à notre capacité à penser, à réflechir, etc… donc je dirais que le chemin d’Emmanuel Carrère n’est pas un chemin entre 2D et 3D, mais plutôt le chemin naturel, plein de doute, de toute spiritualité. non ?

          • On pourrait définir deux spiritualités. Une spiritualité matérialiste qui concerne l’étude du sens des événements, conduite par le principe du hasard et de la nécessité, donc de l’arbitraire. Et une spiritualité transcendante qui concerne l’étude du sens des événements, conduite par le principe de l’existence d’une « métaconscience », garante d’une cohérence, donc juste. L’exercice du doute se pose dans les deux cas mais de manière différente. Qu’en penses-tu ?

            • j’ai bien fait de charrier ton 2D/3D, on commence à rentrer dans le vif du sujet. pour bien avancer dans cette discussion, il me semble utile de ne pas rester dans des généralités, et d’essayer d’utiliser la discussion pour préciser ce que l’on pense.
              Je précise donc : je suis matérialiste, au sens philosophique du terme. c’est ma croyance (je devrais être agnostique, mais soyons transparents). Néanmoins, le découpage proposé par Popper du réel (http://www.blomig.com/2012/06/04/a-la-recherche-dun-monde-meilleur/) me pousse à considérer les choses d’une manière « pluraliste critique ». Critique parce que toute proposition doit pouvoir être critiquée, discutée, etc…Pluraliste parce que je conçois bien qu’il n’existe pas une vision unique du monde et de la réalité, et que le dialogue entre des visions différentes me parait riche.
              Qu’est-ce que cette « méta-conscience » ? J’ai la conviction que ce que les hommes appellent Dieu, c’est le « Tout », c’est à dire la Nature, ou l’ensemble de ce qui existe. Dans ce cadre, la réflexion et le découpage de Popper apporte des éléments importants : il découpe le réel en 3 sous groupes, dont le dernier (le monde 3) est constitué des « fruits de l’esprit humain ». Que ces fruits soient des idées, des objets, des romans, des théories, etc…Je place l’idée de Dieu dans cette catégorie. Cette idée a des répercussions dans le monde 2 (les ressentis et les émotions), comme dans le monde 1 (le monde des objets matériels). DIeu existe donc pour un certain nombre de personnes. Je me dois de l’accepter ; j’ai cependant du mal avec l’idée d’un Dieu doué d’une conscience, ou garant d’une cohérence. Outre le fait que cela dépasse mes capacités d’imagination, cela me parait être une hypothèse injustifiable par une raisonnement. C’est un domaine où la raison n’est plus très utile (celui de la Foi?). Pour ce qui est du doute, je sais qu’il est partagé autant par les croyants que par les autres. « Le doute n’est pas l’absence de croyances, c’est un mode de croyance ». Le doute est un outil de la raison. Et toi ? quel est ton point de vue sur cette question ?

            • je complète ma réponse : je pense que la spiritualité est en grande partie affaire de ressenti, d’émotion, d’intériorité. C’est une des facettes de notre conscience, et du travail de notre conscience. Avec ou sans Dieu, c’est pareil, non ? (je maintiens mon hypothèse de la possibilité d’une spiritualité sans Dieu, ce qui ne veut pas dire sans conscience du mystère et de tout ce qui nous dépasse)

              • La spiritualité est selon moi une question de « posture ». Une relation intime entre soi et un mystère éclairé et éclairant (métaconscience ?). Je pense que les modalités de cette relation ne reposent pas sur la pratique habituelle de la raison. Elles reposent sur un exercice particulier de l’esprit, un champ d’expérimentation différent de celui de la logique. Prenons un exemple, celui de la demande spirituelle (terme laïque de prière ) : la promesse de la demande spirituelle est : « Plus on demande, plus on augmente nos chances d’obtenir » . Ce n’est pas rationnel (pas de récepteur physique identifié ) mais expérimentable…. Il m’est arrivé d’adopter cette « posture ». Elle ne va pas de soi. Je pense qu’elle apporte beaucoup à notre développement et elle n’est pas incompatible à l’exercice de la raison. Il est même indispensable de savoir basculer de l’un à l’autre. Qu’en penses-tu ?

                • salut, merci pour les précisions.
                  C’est connu en sciences cognitives que nos perceptions & sensations sont conditionnées (fortement) par des schèmes d’actions conscients & inconscient. On ne perçoit jamais « objectivement » les choses, mais toujours une partie de ce qui nous entoure, qui trouve sa place dans le schème. Dans ce cadre, je comprends très bien qu’une « prière », au-delà même du fait qu’elle permet une prise de conscience et une formulation grâce aux mots, puisse changer un peu nos schémas de pensée, nous rendre plus ouvert et réceptifs à des choses que sans cela nous n’aurions peut-être pas perçu, vu ou compris.
                  J’ai le sentiment que la prière, ou plus largement la posture dont tu parles, doit jouer ce rôle là, avec en plus certainement des fonctions plus « consolantes », rassurantes, face à la solitude.
                  Il faut que tu saches que je pense que 90% de nos actes, raisonnements, sentiments, etc.. ne sont pas du tout dans le champ de la raison, ou du rationnel. Le prendre en compte, selon moi, ne conduit pas pour autant à devoir postuler des « êtres » particuliers pour expliquer tout ce qu’on ne sait pas. Il faut accepter notre finitude.
                  Tout ça pour dire : tu parles d’une relation entre soi et un « mystère éclairé et éclairant ». Je peux essayer de te suivre là-dedans, mais il faut préciser. Pour moi le mystère, c’est ce dont on ne sait rien, ou presque. Le prétendre « éclairé et éclairant », c’est déjà lui faire perdre son statut de « mystère ». En quoi, donc ce mystère est-il éclairé et/ou éclairant ? par quels modes d’interactions ? quand ? dans quelles circonstances ? parles tu de pratiques méditatives ? d’autre chose ?

                  • Parler de Mystère (c’est-à-dire entité indéfinissable par notre pensée) éclairé et éclairant est un pur postulat. Je le trouve aussi légitime que le postulat Matérialiste. Au même titre qu’un postulat mathématiques génère une théorie, le choix d’un postulat métaphysique génère une philosophie associée (avec ses variantes). Je suis bien d’accord avec toi sur le fait qu’il ne s’agit pas de postuler des « êtres » particuliers pour expliquer tout ce qu’on ne sait pas. Concernant tes 6 dernières questions : je pense que le choix de la posture spirituelle (selon ma définition) conduit naturellement à nous rendre capable à un « lâcher prise en confiance » et c’est ce « lâcher prise en confiance » qui est ÉCLAIRANT et qui « donne des ailes ». Je n’associe pas « mystère éclairé  » à un « être ». Mystère ÉCLAIRÉ, par nous, par le simple fait de le considérer.