Nouvelles orientales

marguerite_yourcenarJe n’aime pas trop les nouvelles. Mais là, je dois reconnaitre que l’on a affaire à des textes magnifiques, au sens presque musical du terme. Dans les « Nouvelles Orientales », de Marguerite Yourcenar, tout est ciselé, travaillé, peaufiné, et d’une beauté à la fois brute et cruelle proche des contes. Ce petit recueil est paru en 1938 (puis retravaillé et republié en 1963). Si vous n’êtes pas encore tenté, ouvrez-le la prochaine fois que vous irez dans une – bonne – librairie, et commencez à lire la premmière nouvelle, un des plus belles : « Comment Wang-Fô fut sauvé ». Vous ne pourrez plus lâcher le livre. C’est une vraie jouissance de lire des textes aussi bien écrits. ça m’a donné envie d’aller lire autre chose de Marguerite Yourcenar, que je découvrais.

10. février 2014 par lomig unger
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Le réel et son double

le_réel_et_son_double20100423La thèse de ce magnifique petit livre tient en quelques mots (merci pour le travail réalisé par les contributeurs de wikipedia!) : « la difficulté de penser le réel tient à ce qu’il ne manque de rien, qu’il se suffit à lui-même, qu’il se passe de tout fondement (car au fond, il n’y a rien à expliquer, rien à comprendre). D’où la thèse majeure du Réel et son double : le réel est ce qui est sans double et le fantasme du double trahit toujours le refus du réel. L’ontologie du réel sur laquelle débouche cette réflexion a la particularité de ne pas reposer sur la pensée de son être ou de son unité, mais de s’en tenir à sa seule singularité, ce qui n’est possible que par la grâce d’une joie sans raison. Le réel auquel j’ai accès, aussi infime soit-il, en rapport de l’immensité qui m’échappe, doit être tenu pour le bon ».
Clément Rosset analyse en détail et en finesse de quelle manière la structure du double est toujours un refus du réel, singulier. La démonstration est claire, magistral et d’une finesse jouissive à découvrir. Magnifique petit essai ! Pour en savoir plus, vous pouvez aller écouter l’interview de Clément Rosset sur le site de France Culture. Cet essai m’a refait penser à une citation dans un champ différent (la politique), mais qui décrit finalement un peu le même phénomène mental :

“L’utopie n’est astreinte à aucune obligation de résultats. Sa seule fonction est de permettre à ses adeptes de condamner ce qui existe au nom de ce qui n’existe pas.” Jean-François Revel, La Grande parade, 2000, p. 33

Il me semble utile de toujours méditer cela, surtout lorsque – comme moi – on est idéaliste, donc en partie utopiste : comment faire co-exister la nécessaire acceptation du réel, avec l’action portée et orientée vers une vision, un double du réel (pour reprendre les mots de Rosset) ?

21. janvier 2014 par lomig unger
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Vie spirituelle

vie_interieure_pocheLa spiritualité n’est pas un gros mot. Cela parait évident, et pourtant il est rare de pouvoir accéder à une intimité suffisamment grande avec quelqu’un pour parler « spiritualité ». Frédéric Lenoir offre dans ce petit livre facile à lire un condensé de notions, d’expériences, qu’il a trouvé utile pour vivre mieux. C’est un remarquable petit livre, plaisant, drôle parfois, très personnel, et qui revient de manière directe et humble sur un certain nombre de notions centrales pour bien « penser sa vie, et vivre sa pensée ». Jetez-vous dessus !

21. janvier 2014 par lomig unger
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A la recherche de l’amour

Voici un petit dessin posté sur mon blog de dessin (Bric-à-brac). « Looking for love… »

looking_for_love

21. janvier 2014 par lomig unger
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Résolutions 2014

Je souhaite à tous les lecteurs occasionnels ou assidus de ce blog une bien belle année 2014, pleine de santé, de joie et de surprises. En ce début d’année, j’ai voulu partager avec vous quelques résolutions. Un de mes collègues et ami, JM, m’a en effet expliqué son mode de fonctionnement concernant les bonnes résolutions et cela m’a motivé à utiliser cela aussi. Comme outil de « pilotage de soi ».

En 2014, je veux me consacrer un peu plus au dessin et à la philosophie. Je vais donc m’efforcer de faire 3 ou 4 dessins par semaine. J’ai trouvé un super moyen, qui me motive, et présente l’avantage de ne nécessiter que peu de préparation et de matériel : dessiner sur l’appli Paper (53) sur Ipad. Oui c’est moins bien que du papier. Oui, c’est limité comme taille de feuille. Oui le stylet pour Ipad est grossier et peu précis. Mais c’est tellement simple d’attraper l’Ipad et de commencer à dessiner ! L’Ipad, pour un dessinateur, c’est un peu comme la guitare pour un musicien. ça traine là, et on peut l’empoigner quand on veut. Voici un petit exemple.

magician

Autre avantage, il est facile de partager et de mettre en ligne ses dessins grâce à l’interconnexion entre l’appli de dessin et la plateforme de microblogging Tumblr. J’ai donc créé ce petit Tumblr de partage : http://lomig.tumblr.com. Très sympa de se retrouver plongé instantanément dans une communauté qui partage notre goût et nos préoccupations. Je découvre chaque jour les dessins des autres et réciproquement. Top !

En ce qui concerne la philosophie, je vais continuer à en lire, mais je vais surtout essayer de passer une soirée par semaine à écrire mes idées, et à travailler sur mon petit essai. Je vous en reparlerai très prochainement.

Du côté « pratique pro », j’ai pris la décision de bloquer une demi-journée par semaine pour une séance de réflexion avec le PC éteint. Pas de mail, pas de documents informatiques. Juste les sujets, du papier, un stylo, et des réflexions. On le fait trop peu, et à chaque fois que l’occasion s’est présentée l’an dernier, j’ai trouvé l’exercice plus que profitable : indispensable pour respirer et travailler à la bonne vitesse, et au bon niveau de qualité.

Et vous ? Avez-vous pris des résolutions ? N’hésitez pas à les partager en commentaire !

08. janvier 2014 par lomig unger
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Letter to Evan – Bill Evans

En voyant la vidéo que le frangin Max a bien fait de partager sur son blog, je me suis dit que j’allais partager aussi un morceau de musique que j’aime, que j’adore même. Il s’agit d’un morceau joué à Paris en live (1979) par Bill Evans, pianiste de jazz américain. Je le trouve magnifique. Bonne écoute !

14. novembre 2013 par lomig unger
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Proteigon = stop-motion + papier + créativité

J’ai trouvé (via Twitter sur DailyGeekShow) cette vidéo très belle, certes un peu « démonstration technique », mais intéressante parce qu’elle montre bien le côté magique des films en stop-motion.

17. octobre 2013 par lomig unger
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La confiance dans l’humain comme règle

EFCSPar un hasard complet, je me suis retrouvé avec le livre de Vineet Nayar – « Les employés d’abord, les clients ensuite » – dans les mains. Je l’ai dévoré en un trajet de train. C’est un remarquable petit livre, à la première personne, sincère, humble et ambitieux à la fois. Très bien structuré et simple à lire, c’est un vrai régal par l’aventure formidable qu’il nous permet de suivre presque pas-à-pas. Cette aventure : celle du redressement d’une grosse entreprise de services IT indienne (HCTL), par Vineet Nayar, entre 2005 et 2010. Un redressement sans licenciement massif, sans crise interne majeure. En douceur, mais avec la fermeté de la vérité partagée. Pas de blabla dans ce livre.

Le titre provoquant n’écarte pas les clients, au contraire : ils sont au cœur de la réflexion. Quels employés sont au coeur de la zone de création de valeur pour les clients ? Comment faire en sorte que l’organisation les aide dans cette création de valeur ? Comment redonner un sens à l’action collective dans une entreprise essoufflée ? Voilà enfin un chef d’entreprise qui ne se contente pas de dire que la première valeur d’une entreprise, c’est la capital humain : Il l’a traduit dans les actes, dans l’organisation, à tous les niveaux.

L’accent est mis sur le chemin pris par Nayar pour restructurer en douceur mais rapidement la culture de l’entreprise HCTL. Voici les 4 points essentiels du chemin (c’est très caricatural, vraiment courez sur ce livre si vous ne l’avez pas lu, il est puissant et simple). Le chemin a pris le nom de EFCS (Employees firt, customers second).

Miroir, mon beau miroir

Impossible d’emmener les gens d’un point A à un point B, si on n’est pas capable de partager la vision du point de départ. Faire l’autocritique collective, constructive, transparente, voilà la première étape. Se dire la vérité, avec honnêteté et précision.

La confiance à travers la transparence

Pour instaurer la confiance, Vineet Nayar a forcé son entreprise a pratiquer la transparence à tous les niveaux de l’organisation. La transparence comme catalyseur de la confiance. Un exemple concret : le système U&I mis en place permet à n’importe qui dans l’organisation de remonter des problèmes, qui remontent les échelons hiérarchiques si personne ne sait y répondre. Le tout de manière visible et transparente sur l’intranet. Cela permet de partager les problèmes, bien sûr, mais aussi met chaque employé dans la dynamique de potentiellement y répondre. Un début de responsabilité partagée, aussi, donc.

Inverser la pyramide organisationnelle

Si l’organisation est archaïque, elle ne permettra jamais de résoudre les nouveaux problèmes qui se posent pour répondre aux clients. Où se situe la zone de création de valeur dans l’entreprise ? Comment changer les jeux de pouvoirs pour que les acteurs qui créent de la valeur pour les clients soient mis en confiance, soient encouragés pour proposer des solutions innovantes, sans forcément demander l’autorisation ou le visa du PDG ? Le constat de Vineet Nayar était que son entreprise était encore structurée en mode « Command & Control », alors que la société avait considérablement évoluée, qu’elle s’était « horizontalisée » si l’on peut dire. Changement de la structure de pouvoir, changement des répartitions de responsabilités. Il explique que souvent les directeurs ou les PDG sont les moins bien placés pour répondre aux problèmes qui se posent, parce qu’ils sont trop loin de la zone de création de valeur. Inverser la pyramide, c’est simplement (quelle révolution!) faire en sorte que les postes fonctionnels rendent des comptes à ceux qui travaillent en front office dans la zone de création de valeur. Une manière de le faire a été d’ouvrir les 360° feedback (des évaluations par les pairs pratiquées en entreprise comme outil de feedback) – base plus large d’évaluateurs et d’évalués pour chacun – et de les rendre transparents. A commencer par celui du PDG.

Redéfinir le rôle du PDG

En gros, transférer la responsabilité du PDG, autant que possible, aux employés eux-mêmes. Y compris la définition de la stratégie. Les 300 cadres dirigeants se sont pliés à un exercice d’exposition de leur stratégie de manière transparente sur l’intranet, consultable par l’ensemble des collaborateurs. Cela a servi comme catalyseur pour des échanges très riches, très denses dans toute l’entreprise, et par une implication collective majeure dans l’alignement stratégique (si important dans une grosse structure).

Vraiment, foncez ! Ce livre est touchant. Et surprenant : tant de bon sens et de courage, mêlée à la simplicité du propos, c’est vraiment rare ! On peut lire en filigrane la personnalité de l’auteur : prêt à partager ses doutes, humble, convaincu de la valeur de chaque individu. Humaniste et visionnaire. Du baume au cœur !

23. juillet 2013 par lomig unger
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Controversons !

La FING – Fondation Internet Nouvelle Génération – est une association qui coordonne des réflexions prospectives multi-partenaires. Appréhender à plusieurs des pistes d’innovations liées au numérique au sens large. Dans une certaine mesure, l’ensemble de la révolution numérique (hardware, sofware, usages, web, etc…) réalise ce que Gilbert Simondon déplorait dans son ouvrage majeur « Du mode d’existence des objets techniques » : intégrer la technologie dans la culture, au lieu de la maintenir en dehors.
Dans les sujets proposés et travaillés par la FING dans leur excellent et stimulant cahier de Questions numériques, on peut trouver un scénario de rupture, « Posséder c’est dépassé« . C’est une sorte de vaste fourre-tout, mélangeant les idées de crises économiques, de raréfaction des ressources, de collaboration multi-échelles (du très local au global). Il se raccroche à beaucoup de choses que l’on peut lire, à droite, à gauche, sur le partage au sens large, sur la décroissance. Bien sûr, une réflexion est nécessaire sur tous ces sujets. Je ne prétends pas l’avoir menée, ni avoir les connaissances pour le faire. Mais j’aimerais apporter ma pierre à l’édifice, et apporter des arguments dans un sens un peu à rebrousse-poil.
Le scénario présente l’avantage d’extrémiser un peu des tendances visibles un peu partout sur le web, comme dans la société en général. Il est stimulant ; mais il me parait limité à la fois dans sa forme – il aurait gagné à être présenté comme une controverse ne serait-ce que pour voir apparaitre les jeux d’acteurs (la FING travaille en ce moment sur des controverses et c’est très bien) – mais surtout sur le fond.
Ces quelques réflexions ne visent pas à critiquer le scénario, mais à y apporter une contribution. Je ne suis pas partie prenante de cette expédition, mais comme la thématique recoupe des réflexions qui sont également présentes dans le cadre de mon travail, j’avais envie de creuser un peu.

Economie ou morale ?

D’une part, ces « tendances » me semblent être autant des signes d’un mal-être civilisationnel que des mouvements de fond de la structure économique et politique. Ils sont des signaux plus « moraux » qu’économiques. Pour le dire autrement, il y a plus de culpabilité dans la mise en avant permanente du partage, que d’une prise de conscience d’une nécessité – réelle ou non – de changer de modèle économique ou de société. Nous partageons déjà beaucoup, dans nos sociétés : plus de la moitié des richesses produites sont récoltées par l’Etat pour son fonctionnement, mais aussi pour les redistribuer et garantir un certain nombre de fonctions publiques, régaliennes ou non. De plus, les pays dits « développés » donnent chaque année des sommes considérables au pays « pauvres » (souvent sans aucun effet). Doit-on donner plus, ou mieux ?
Et j’y lis également, dans ces tendances, une forme égoïste de prise de conscience à retardement : « nous avons fonctionné sur ce mode pendant longtemps, nous avons construit notre richesse grâce à cela, et maintenant, vous – pays émergents ou pauvres – développez-vous en faisant autrement qu’avec cette stupide notion de propriété ». Cette attitude, éclairée par ce qui suit, prend un autre sens, et d’égoïste devient carrément cynique.

Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain !

D’autre part, la manière dont est formulée le scénario « posséder c’est dépasser » participe d’une confusion relativement répandue (entretenue ?) sur la notion de « propriété ». La propriété n’est pas l’équivalent de la quantité de biens que je possède. L’acte de posséder n’est pas uniquement synonyme de « collection ».
En philosophie politique, la « propriété » n’est pas l’acte de posséder, mais un droit reconnu à chaque individu faisant partie de la société. C’est un des fondements (LE fondement ?) des sociétés de droit, des sociétés ouvertes. Dans cette logique, la propriété commence avec la propriété de soi, du fruit de son travail. Chez les penseurs libéraux, la propriété fait partie d’un triptyque « liberté-propriété-responsabilité ». La suppression de l’un des termes supprime les autres également. Pas de liberté sans propriété. Pas de responsabilité sans propriété. D’ailleurs, la notion d’individu, de personne est apparue au moment de la fondation du droit romain avec la notion de « propriété individuelle ».

« Tout homme possède une propriété sur sa propre personne. À cela personne n’a aucun Droit que lui-même. Le travail de son corps et l’ouvrage de ses mains, nous pouvons dire qu’ils lui appartiennent en propre. Tout ce qu’il tire de l’état où la nature l’avait mis, il y a mêlé son travail et ajouté quelque chose qui lui est propre, ce qui en fait par là même sa propriété. Comme elle a été tirée de la situation commune où la nature l’avait placé, elle a du fait de ce travail quelque chose qui exclut le Droit des autres hommes. En effet, ce travail étant la propriété indiscutable de celui qui l’a exécuté, nul autre que lui ne peut avoir de Droit sur ce qui lui est associé. » John Locke

Vouloir supprimer la propriété, c’est donc vouloir supprimer – plus ou moins fortement – le droit, pour chaque individu, pauvre ou riche, d’être son propre maître, et de construire sa vie comme il l’entend, avec ce qu’il a légitimement acquis par son travail, par ses actions. Les conséquences négatives du scénario « posséder c’est dépasser » sont donc beaucoup plus sombres qu’il n’est indiqué : il n’est pas simplement triste, c’est surtout un scénario qui mène très facilement à la négation de l’individu et de ses droits, et donc à une sorte d’effrayant collectivisme écologico-collaborativo-numérique. De ce fait, il fait l’impasse sur ce qui reste à penser : comment intégrer la prise en compte de la raréfaction des ressources dans un système économique et politique sans nuire à la liberté individuelle, et à la création de richesses ? Comment éviter le rationnement mondial par tête de pipe (qui reviendrait à partager le gâteau sans se demander comment le produire) ? Comment imaginer que le « partage » supprime la possession, alors qu’il ne fait que reporter la propriété de l’objet vers l’usage ? Faut-il redéfinir la solidarité, en incluant ces évolutions ?
Pour finir, nous autres humains nous nous approprions les choses pour les connaitre, et les utiliser. Faut-il considérer que cela aussi est dépassé ? Devra-t-on dans ce scénario oublier, en plus de nos droits les plus élémentaires, notre capacité à connaitre, comprendre, aimer ?

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Comme cette confusion ne saurait être le fait d’un manque d’attention, elle ne peut qu’être le fait d’une prise de position : très bien, c’est le principe même d’un scénario prospectif ! Proposer un scénario extrémisé pour secouer le cocotier. Mais il faut dans ce cas mettre de vrais contre-arguments pour creuser les implications du sujet dans toutes ses ramifications. Dans ce cas précis, je crois que les conséquences négatives sont très sous-estimées.
A nouveau, je n’ai rien contre la FING et l’excellent travail qu’elle réalise. Je crois que ce biais dans le scénario est un biais de notre époque, car je retrouve cette idéologie dans mes échanges avec mes collègues, en société.

L’Occident est-il à ce point en difficulté qu’il en vient presque à oublier l’un de ses piliers fondateurs, la notion de personne juridique, d’individu ? Oui : il faut partager. Mais nous le faisons déjà énormément ! Oui, il faut penser la transition vers un monde de rareté des ressources. Mais ne bradons pas nos valeurs au passage : vouloir penser tout cela en oubliant la notion d’individu, de droit individuel, serait à mon sens une impasse.
Il faut avoir le courage de maintenir les tensions intellectuelles. La notion d’individu est en tension avec la notion de collectif, de société. Mais c’est toute la force et la magie émancipatrice de ce concept : une société libre n’est possible qu’au prix de cette tension maintenue et sans cesse repensée.

25. juin 2013 par lomig unger
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Hasard insensé ?

livres_QLTO_dialogueL’autre jour, je regardais la bibliothèque chez mes beaux-parents. Je parcourais les tranches de livres en me demandant si je pourrais trouver là un roman qui me tenterait (je ne lis presque plus jamais de romans). J’ai été attiré par un tout petit livre (« Le dialogue »), d’une belle couleur ocre clair. Je l’ai sorti, et je l’ai ouvert. J’ai eu la grande surprise de trouver en dédicace, par l’auteur François Cheng, ce petit texte qui résonne étonnamment avec mes réflexions du moment (je songe à écrire un essai sur le sens, pris dans toutes ses composantes) :

Le diamant du lexique français, pour moi, c’est le substantif « sens ». Condensé en une monosyllabe – sensible donc à l’oreille d’un Chinois – qui évoque un surgissement, un avancement, ce mot polysémique cristallise en quelque sorte les trois niveaux essentiels de notre existence au sein de l’univers vivant : sensation, direction, signification.

Entre ciel et terre, l’homme éprouve par tous ses sens le monde qui s’offre. Attiré par ce qui se manifeste de plus éclatant, il avance. C’est le début de sa prise de conscience de la Voie. Dans celle-ci, toutes les choses vivantes qui poussent irrémédiablement dans un sens, depuis les racines vers la forme de plus grand épanouissement, celle même de la Création. D’où le lancinant attrait de l’homme pour la signification qui est le sens de sa propre création, qui est de fait la vraie « joui-sens ».

Vous dire que j’aurais pu signer ce texte serait exagéré : le deuxième paragraphe est plus intriguant qu’éclairant pour moi, même s’il propose une piste très intéressante pour la signification. Mais le premier paragraphe est exactement le point de départ de ma réflexion. Le sens pris comme triple filtre pour notre interaction avec nous-mêmes et le monde. J’aimerais notamment explorer les rapports entre les différents niveaux du sens. Le sens de la vie, question éternelle, et à travailler pour quiconque souhaite avancer spirituellement.

Quel hasard, tout de même, que je pioche ce petit livre parmi tous les autres, et que j’y découvre quelque chose d’aussi proche de moi. Surprenant.
Le livre est facile à lire et très intime : François Cheng y explique comment sa langue maternelle (le chinois) et sa langue d’adoption (le français) ont enrichi sa vie spirituelle, son œuvre poétique, par un dialogue profond. Je vous recommande ce livre d’un amoureux de la langue française, pour qui elle n’a pas été une donnée de départ, mais un chemin, une transformation, un choix. Il y a au début quelques pages admirables sur le langage (au sens large) qui est notre moyen d’exprimer et de construire ce que nous sommes.

Vive le hasard !

11. juin 2013 par lomig unger
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