Ufuse, maïeutique de la vision stratégique

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Comment parfaire sa vision stratégique ? J’ai vu passer cette vidéo intéressante sur le blog Six pixels. Alex Bogusky, star du marketing (parait-il), accueille les gens de la société UFUSE, chez qui il a fait une semaine de travail intensif sur lui-même et sur sa vision, son but. Ufuse se présente comme :

[…] une entreprise de gestion de la stratégie, dévoué au développement de la créativité. En tant que catalyseur pour une communauté de visionnaires, nous utilisons l’introspection globale et l’échange pour aider nos clients à produire des résultats excellents. Bien que travaillant avec des gens d’horizons et d’origines variés, il y a un fil commun ; la créativité, le courage et le désir de faire la différence.

Ce que les gens de Ufuse ont mis en place, en se basant sur les innovations sorties de pas mal de sociétés ou de contextes différents, c’est un processus pour permettre aux gens d’accoucher de leur vision propre, à la formuler et à la synthétiser. Il s’agit de « débloquer » la créativité. Il s’agit, selon moi, de super coaching, et d’aide à l’introspection. Qu’en pensez-vous ?

Quel est le constat issu de leurs recherches ?

Ils sont partis d’une liste de « mauvais projets », et de succès. Ils ont triés par type de personnes, d’organisation en place, de projets. Plus de 100 cas, pas mal d’interviews, et de lectures.

  • Les choix qui mènent à des résultats excellents sont des choix créatifs, et qui sont dus au courage, tandis que les choix conventionnels, qui mènent plus souvent à des résultats médiocres ou mauvais sont dus à la peur.
  • Le but est donc d’aider les créatifs et les décisionnaires à être plus courageux dans leurs choix. Et à se focaliser pour être plus efficace.
  • Les créatifs restent mobilisés sur un projet tant qu’il y a à creuser, tant qu’il y a de l’inconnu.

Cela rejoint les réflexions de Seth Godin, dans son livre Linchpin.

Quel est le processus mis en place ?

Ils évoquent rapidement cela, en répondant à une question posée sur Twitter.

  • S’asseoir, et se demander pourquoi on fait ce qu’on fait.
  • Lister ce qui doit être changé dans le monde. Ce qui ne marche pas. Puis regarder le monde que ça créerait si tout cela changeait. « Ce serait mieux si… » QU’est ce que ce mieux ? Qu’est ce que le bien, au final ?
  • Cela permet de lister ce qui est important à vos yeux, et ce qui fait que vous prenez les choix que vous prenez. Entourer les mots correspondant aux choses vraiment importantes.
  • Le but est de produire une sorte de fiche synthétique avec sa propre vision, quelques dizaines de mots, pas plus.

Pour ceux qui veulent voir l’interview, c’est là :

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=9d8eJhYcnGA?rel=0]

Le bonheur est-il une fleur ?

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Regardez bien cette conférence de Srikumar Rao. Le propos est magnifique, et simple : Il faut sortir du paradigme consistant à penser « si j’ai ça, alors je serai heureux ». Parce ce qu’on a, et qui est censé faire notre bonheur, on peut le perdre. Pour être heureux, il faut s’attacher au processus, à la manière de faire, à l’action, plus qu’au résultat de cette action. Mettre de la joie et de la passion dans ce qu’on fait, le faire à fond.

Première partie :

Deuxième partie :

Le bonheur n’est pas un but qu’on poursuit âprement, c’est une fleur que l’on cueille sur la route du devoir. — John Stuart Mill

C’est une conférence qui reste longtemps en tête après l’avoir vu. Le propos est incontournable, et juste : évidemment, mettre tout son bonheur dans ce que l’on a (enfants, femme, travail, maison, etc…), c’est accepter de perdre tout son bonheur en quelques minutes. Et oui, plus on arrive à être pleinement dans ce que l’on fait, en se souciant uniquement de faire de son mieux, et plus on est heureux. Et oui : ce que nous maîtrisons, ce sont nos actions, pas le résultat de ces actions.

Mais il y a une réflexion qui m’intéresse aussi : pourquoi faudrait-il toujours être heureux ? Pourquoi faudrait-il toujours maîtriser les choses ? Est-ce que le fait de vouloir placer son bonheur dans ce qu’on ne peut pas perdre n’est pas une manière de fuir ? De déformer le sens du bonheur, la manière de le penser pour pouvoir mieux s’y accrocher ?

Si la sagesse est aussi d’accepter le monde comme il est, alors je crois qu’il faut aussi accepter de placer son bonheur dans des choses que l’on peut perdre : j’aime la vie, je suis donc condamné à placer mon bonheur dans quelque chose que je peux perdre. Que je vais perdre, inéluctablement. Fuir le tragique ne rendra pas la vie plus supportable ; oui, nous, les humains aimons des choses qui meurent. Qui peuvent être balayées en quelques minutes par un drame, une maladie pourrie, ou un concours malheureux de circonstances.

Le travail sur soi proposé par Srikumar Rao est indispensable : bien sûr, il ne faut pas rester bloqué sur une logique d’appropriation ; mais il y a un autre travail sur soi qui consiste à accepter de mettre son bonheur dans des personnes et des choses que l’on peut perdre. Il faut accepter, ainsi, d’aimer infiniment ses enfants tout en sachant que le malheur peut s’abattre sur eux. Est-ce que pour autant on doit cesser de les aimer ? Non, bien sûr. Doit-on les aimer différement ? Je ne sais pas. Je veux continuer à aimer les choses qui me plaisent. Je ne suis pas condamné, en fait à les aimer : je veux les aimer. Je prends le risque.

Le bonheur suppose sans doute toujours quelque inquiétude, quelque passion, une pointe de douleur qui nous éveille à nous-même. — Alain

Journée parfaite

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Amusez-vous : décrivez votre « journée parfaite ». Listez de quoi elle serait faite. Vous pouvez faire l’exercice avec une semaine, ou un mois, ou une année. Avec votre vie, si vous le voulez. L’exercice est le même. Cela revient à se poser la question du saupoudrage : quelle quantité de quoi je veux, en quelle proportion ?

De l’amour, des sentiments, un peu de travail, de la musique ? Du dessin, des rigolades, une soirée entre amis ? Une promenade le long de l’eau, un barbecue sous les arbres en été ? Des jeux avec les enfants, un spectacle ? Du calme, de la lenteur ? Un peu de tout ça, et même plus ?

La réalité, c’est qu’une fois dressée, cette liste n’a plus de sens, et devient aussitôt une caricature d’elle-même. Pourquoi ?

Parce que répétées telles quelles, planifiées, toutes ces choses joyeuses seraient bientôt étouffantes, ou tristes.

Pourquoi ? Parce nous changeons, et que ce qui était notre désir un jour, ne le sera pas forcément le lendemain. Parce que nous sommes vivants, et que nous sommes curieux, et avides de nouveauté : comment un jour – même parfait – répété à l’identique, sans surprise, sans changements, pourrait-il nous combler ?

La journée parfaite n’existe pas ; à chacun de se débrouiller pour trouver de la joie dans chacune de ses journées. Personne ne sait de quoi l’avenir, son avenir, sera fait : décrire la journée parfaite (la semaine, le mois, l’année) serait une manière d’interdire le futur, le désir, les rêves un peu fous qui donnent envie de se dépasser. La perfection ne peut se produire que de manière fortuite, ponctuelle et spontanée, et c’est aussi cela, sa valeur.

Il y a un étonnement, une surprise, dans la joie, qui en font une idée contradictoire avec celle de perfection.

Une journée parfaite, ce serait une journée sans joie, et une journée sans joie ne saurait être parfaite.

Un homme qui réussit est un homme qui se lève le matin et qui se couche le soir, et qui entre les deux fait ce qui lui plaît.

Bob Dylan

La journée parfaite, c’est celle où l’on fait ce que l’on veut. Même – surtout ? – si ce que l’on veut, c’est faire autre chose que la veille.

Spécialisation ou créativité ?

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J’ai entendu parler l’ancienne femme de Gainsbourg, hier à la radio. Elle le décrivait comme un génie, excellent dans tous les domaines : doué en peinture, comme en musique. Cela m’a refait penser à la figure fascinante des grands génies, merveilleux touches-à-tout, comme Archimède, ou Lénoard de Vinci.

Bien sûr, un tel éclectisme n’est plus vraiment possible. Mais je ne me résoudrais jamais à ne plus pratiquer qu’une seule activité. Ne serait-ce que parce que je dois équilibrer ma vie de famille, avec ma vie professionnelle.

C’est un équilibre, à nouveau, à trouver : entre la spécialisation (indispensable pour aller loin), et la multidisciplinarité (indispensable pour être créatif), il faut s’adapter et trouver une juste répartition.

Tout le monde, en y passant du temps, peut appréhender n’importe quel domaine ; pas y exceller, bien sûr, mais simplement l’appréhender, s’en enrichir l’esprit, se servir des nouvelles connexions ainsi créées. Ce qui manque, c’est donc le temps.

Pour rester sur un bon équilibre, il convient donc de gérer son temps, de prioriser, et de s’organiser. C’est-à-dire être capable de lâcher certaines choses, et aussi faire l’effort de consacrer un peu de temps, chaque jour ou chaque semaine, aux choses que l’on veut continuer à développer.

Cela implique de se poser les bonnes questions : qu’est ce que moi je veux faire de ma vie ? Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Je n’ai pas la réponse, simplement des éléments. Et vous ?

La place du jeu

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J’ai regardé hier soir, sur Presentation Zen, une excellente conférence du Dr. Stuart Brown. Il y est question du jeu, et de son importance dans le développement des animaux en général, et des humains en particulier. Différents types de jeux sont présentés : le jeu avec le corps, le jeu avec les objets, le jeu de groupe, le jeu solitaire.

Les études scientifiques montrent que c’est l’aptitude au jeu qui explique en partie notre faculté d’adaptation. Le jeu a une place biologique, une fonction, comme le sommeil et les rêves. On y parle un peu aussi de motivations internes, car bien évidemment le fait qu’il y ait une part de jeu dans nos activités nous motive grandement pour les réaliser avec passion et énergie.

Et puis dans la présentation, le Dr Stuart Brown parle d’une expérience avec des souris, pour illustrer son propos. Comme j’avais été sensible aux expériences citées par Laborit, j’ai été aussi intéressé par celle-ci.

Deux groupes de souris sont utilisés : l’un peut jouer, et l’autre ne peut plus jouer (les expérimentateurs les empêchent de développer l’aptitude au jeu). On place ensuite le groupe dans un endroit où il y a une odeur très marquée de chat, et une porte de sortie vers un trou protecteur. Tous les rats fuient bien sûr, pour se sauver. Et on observe ensuite deux comportements différents : les rats qui n’ont pas développés l’aptitude au jeu ne ressortent jamais du trou où ils se sont cachés. Ils meurent. L’autre groupe, celui des chanceux que l’on a laissé vivre normalement, avec le jeu, est plus adapté : les rats finissent par explorer, chercher à sortir, regarder ce qui se passe. On mesure là toute l’importance du jeu dans la construction cognitive. Mais assez parlé : l’original est bien mieux. Bon visionnage (pour les nuls en anglais comme moi, n’oubliez pas d’activer les sous-titres, ils ne sont qu’en anglais, mais ça aide quand même) !

Vérité partagée, ou solidarité volontaire ?

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En tenant un blog politique, on apprend à découvrir une vérité simple : la discussion requiert des points de vue variés pour vivre et exister, tandis que l’action nécessite de plutôt se retrouver avec des gens qui pensent la même chose. Les deux situations extrêmes à éviter sont bien sûr, pour la discussion, de laisser la porte ouverte à tous les points de vue, ce qui conduit à un pugilat très peu constructif, et pour l’action, de ne se regrouper qu’avec les gens qui pensent exactement la même chose, ce qui conduit au dogmatisme. Le rapport à la vérité diffère, d’ailleurs, dans ces deux situations. Dans la discussion, la vérité se construit à plusieurs, ou au moins nécessite de confronter son point de vue à celui des autres pour le faire naître, pour lui donner forme. Même en cas de désaccord, la discussion permet de construire des raisonnements, de peaufiner des arguments, de faire ses armes rhétoriques. La vérité se partage, s’explicite. Dans l’action, la vérité est acquise – en partie au moins – et devient plus forte avec le nombre. La logique n’est pas de construire, mais de gagner en puissance, d’influencer. Les opposants et les contradicteurs se transforment en ennemis, même figurés. Mais, et c’est important, les partenaires dans l’action deviennent des amis, au sens où l’on fait ensemble. Finalement, je préfère – dans mon rapport à la vérité – celui que permet la discussion et l’échange, et le désaccord. La vérité personnelle, mais partagée, et sans cesse confrontée à l’avis des autres. Et je préfère – dans mon rapport aux autres – celui que permet l’action commune. L’intérêt commun bien compris, la solidarité volontaire. J’ai bien de la chance de pouvoir faire les deux – échanger, agir – avec les mêmes personnes.