Opus 111

C’est sous ce nom qu’est connue la sonate n°32 de Beethoven. C’est la dernière qu’il ait composé, et elle ne comporte que deux mouvements (au lieu de trois habituellement pour les sonates). Et pour cause : le deuxième mouvement emporte tout, est plus long que d’habitude, et il n’y a pas grand chose à ajouter après.
Ce mouvement est incroyable. Il commence très lentement, s’accélère peu à peu pour aboutir sur une sorte de ragtime avant l’heure (si si, écoutez vous verrez, autour de 6’30 »), et il se termine dans une sublime nappe de son rythmique comme sait les composer Beethoven. De la pure beauté.
J’avais découvert ce morceau suite à la lecture de Docteur Faustus, de Thomas Mann. Il y a en effet un passage magnifique (visiblement inspiré des échanges de Thomas Mann avec Adorno) où il décrit ce morceau, et on est obligé ensuite d’aller le découvrir.
Bonne écoute, avec Alfred Brendel, grand pianiste et interprète (désolé pour la vidéo en deux morceaux, mais cette interprétation est vraiment super).


Le divin dans l’humain

Je me suis laissé aller à regarder quelques conférences sur TED. Quel plaisir ! Quel richesse, et quelle chance de pouvoir profiter des meilleurs conférenciers, gratuitement, traduits la plupart du temps.

Et je suis tombé sur cette merveilleuse conférence d’Elizabeth Gilbert. Elle y parle de ses doutes sur son métier, de son rapport au travail, de son processus de création.

Elle y parle de la différence entre la manière de penser des grecs et des romains – qui voyaient le génie comme quelque chose d’extérieur au créateur, une sorte de force ou d’être divin qui venait donner à l’œuvre son tour unique (le créateur a un génie) – et celle généralement acceptée de nos jours – où l’entièreté du génie est considérée comme étant le fruit de l’individu (le créateur est un génie). Le fait de placer l’humain au centre de l’univers, à la renaissance, a mis un poids excessif sur le dos des créateurs, selon Elizabeth Gilbert.

Elle conclut son exposé en évoquant la question du sens de tout cela, et cela m’a profondément ému : elle y dit, magnifiquement, et avec un point de vue différent, l’émotion de l’absurde que Camus avait chanté dans « Le mythe de Sisyphe ». Mélange de joie, de nostalgie, de rage, de peur et d’amour de l’humain. J’ai pleuré, à la fin, sans vraiment savoir pourquoi, emporté par l’émotion sincère et vraie de la conférencière. Quelle grâce, quelle force, quelle générosité !