Chroniques


J’ai terminé ce livre il y a déjà quelques temps, mais je prends seulement maintenant le temps d’en faire la recension. C’est une petite autobiographie de Bob Dylan, « Chroniques« . Il y raconte ses débuts, sa passion/vocation pour le folk, son arrivée à Greenwich village. On y découvre aussi les affres de l’enregistrement de l’album « Oh Mercy« , avec Daniel Lanois à la Nouvelle-Orléans. Enorme travailleur, intuitif et visionnaire.
C’est une super autobiographie : le style sec, tranché, et en même temps romantique nous permet de « ressentir » la personnalité de Dylan un peu mieux. J’en retiens trois éléments très intéressants :

  • son imaginaire nostalgique, amoureux d’un monde qui avait déjà disparu quand il est né. Un monde à moitié réel, à moitié fanstamé, faits de noblesse, de justice, d’identité assumée et claire. Bob Dylan assume de chercher un monde passé, et les restes de ce monde dans ce qui bouge. Une intéressante manière de penser le monde, originale, conservatrice non de ce qui existe, mais de l’esprit de ce qui a été.
  • son refus d’être récupéré par les mouvements de contestation des années 69-70. Dylan n’ira pas à Woodstock, et vivra sa vie de père de famille loin de la célébrité. Il a au sens propre fuit ce monde de « professionnels de la prostestation ». Il ne s’y reconnait pas. J’aime cette facette très simple de Dylan, loin du mythe ou de l’icône : méfiant de la notoriété, amoureux de sa liberté, protecteur de sa vie intime.
  • sa fidélité aux personnes : on sent dans son propos que ses rencontres, ses amitiés, comptent plus pour lui que les grandes idées (qui à mon avis ont pour Dylan déjà été écrites il y a longtemps).

A lire ! Pour les fans de Dylan, c’est vraiment un régal, car on y croise par-ci par-là des morceaux connus, des chansons aimées qui prennent une autre dimension. Mais ça devrait plaire aussi aux autres, il me semble.

Nostalgie d’automne

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En ramassant hier des marrons dans la rue avec ma fille, le vent a soudain rabattu une odeur de feuilles mortes mêlée à celle des marrons. Cela m’a replongé dans les souvenirs d’enfance : batailles de marrons avec taloches de protection, feux de bois enfouis sous des monceaux d’herbes mouillées pour faire de la fumée, sensations de froid sur le visage tout en étant bouillant sous les manteaux lourds.

L’automne, nostalgique, marque la fin, bien sûr, et la transition.

Tu as lâché ma main
Comme si de rien
N’était de l’été c’est la fin
Les fleurs ont perdu leurs parfums
Qu’emporte un à un
Le temps assassin

Serge Gainsbourg

Et l’automne, avec tout cela, reste une très belle saison. Riche d’odeurs et de saveurs boisées, et de la sensation de pouvoir retrouver la chaleur de la maison après les promenades.

La mort est partout

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Dès le début, j’ai été captivé par le livre de Luc Ferry, « Apprendre à vivre« . Il s’agit de philosophie, un peu vulgarisée, mais au niveau d’implication où je l’attends : de la philosophie non pas théorique et abstraite, mais de la philosophie à vivre, qui est une réflexion sur la vie, et qui a pour ambition de permettre de « vivre mieux ».

Une idée forte m’a séduite au tout début du livre, à propos de la mort. J’ai toujours trouvé difficile de comprendre pourquoi l’idée de la mort est si présente dans nos vies, bien qu’on ne meure qu’une fois, et que le moment même de la mort n’est pas là. Luc Ferry explique que la mort n’est pas présente qu’à un moment, mais dans plein de petites instants de nos vies, tous ceux qui ne seront jamais plus là. Le temps qui passe. « Never more », c’est le titre d’un poème d’Edgar Allan Poe (Le corbeau) que Luc Ferry cite pour illustrer son propos.

Toutes ces joies vécues, une fois passées, renvoient à l’idée de la mort. « Jamais plus ». Cette nostalgie est très forte chez moi. Quand je repense aux moments passés en famille, à déguster du vin de Bordeaux, cet été, l’idée m’envahit que ces moments ne sont plus là, et ne seront plus jamais là. Je pourrais fondre en larmes en me plongeant dans cette nostalgie. Nostalgie, joie empoisonnée. Joie aussi, oui, car ces souvenirs sont des souvenirs de bonheur.

Luc Ferry explique ensuite que si les religions sont une démarche vers le salut par un autre (Dieu, quelle qu’en soit la forme et la nature), tandis que la philosophie est une démarche vers le salut par nous-mêmes. Je suis frappé par une chose : parler de salut, comme le fait Ferry, et comme le fait également Comte-Sponville, est pour moi une chose étrange. Tant il me parait évident que Camus, sur ce point, avait raison : il n’y a pas de salut. Peut-être Ferry revient-il là-dessus plus loin dans le livre. C’est possible. Et peut-être qu’aussi, le sens que je donne au mot « salut » n’est pas le même que lui. On peut entendre par « salut » le fait de parvenir à ne vivre que dans le présent, et en harmonie avec l’univers.

Si l’on entend par éternité non la durée infinie mais l’intemporalité, alors il a la vie éternelle celui qui vit dans le présent.

Ludwig Wittgenstein

La sagesse consiste, à mon sens, à accepter qu’il n’y a pas de salut possible. Acceptation impossible, pour tout être désirant plus que tout vivre et survivre. C’est l’absurde de nos vies, le tragique. Et c’est ce qui en fait toute la valeur. Et toute la saveur, aussi.