Pensée de vacance

10 août 2008

On se dit qu’on devrait toujours parler de tout sur son blog ; mais l’équilibre n’est pas toujours facile à trouver entre la nécessaire spécialisation - qui est indispensable pour parler de choses que l’on connaît -, et la non moins indispensable diversité des sujets abordés - pour ne pas tourner en rond -.

Bilan de fin d’année, objectif pour l’année à venir : les bonnes pratiques des entreprises sont exportables au blogging. Si vous voulez structurer votre activité de blogging, tout en impliquant vos lecteurs dans la vie de votre blogs, initiez cette démarche : en quelques heures, vous améliorerez la vision à moyen terme que vous pouvez avoir de votre blog !

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Pourquoi certains blogs s’ouvrent à des contributions externes ? Est-ce dû aux vacances qui approchent, ou est-ce un mouvement de fond plus durable, lié à une volonté des blogueurs de construire à plusieurs ? Daria pose la question…

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L’oral, c’est la communication animale, riche en sentiments, directe. C’est la seule qui soit vraiment chaleureuse. Parfois trop. L’écrit permet une prise de distance quelquefois nécessaire, et de formuler plus précisément des sentiments, en prenant son temps. La compilation d’informations nombreuses passe également par l’écrit. Ce qu’ont apporté les mails et les blogs : permettre de marier les avantages de l’oral (rapidité, interactivité) à ceux de l’écrit (discours plus précis qu’à l’oral, possibilité de prendre le temps pour répondre). Mais il ne faut pas sous-estimer le risque de disparition du contact réel. Il faut donc apprendre à utiliser ce nouveau mode de communication, sans perdre l’essentiel : le contact humain, la communication directe, le sens dans la relation.

Internet a révolutionné la communication. Que ce soit dans les médias, dans le travail, ou dans les relations personnelles, la rapidité et la présence mondiale d’internet a changé la donne. On connaît bien les modifications qui ont eu lieu au niveau des médias (diffusion planétaire et quasi-instantanée de l’information), au niveau du travail (recherche d’information grandement facilité, communication par mail prépondérante). Qu’en est-il au niveau de la communication privée ? Qu’apportent les nouvelles technologies (mails et blogs) ? Je voudrais juste passer en revue quelques atouts et inconvénients des différents types de communication. Historiquement, l’humain a d’abord connu la communication non-verbale, puis l’échange oral, puis l’écrit…et maintenant Internet ! Je ne parle ici que des modes de communication, et pas des différents langages.

Communication orale

Quelques atouts :

  • échange d’information direct et rapide
  • Contenu émotionnel riche (voix, attitude corporelle)

Quelques inconvénients :

  • Contenu émotionnel riche (peut être difficile en cas de conflit, ou de fortes émotions)
  • qualité très dépendante des interlocuteurs (si quelqu’un s’exprime mal, l’échange d’information peut devenir difficile)
  • Proximité géographique nécessaire (difficile de parler à quelqu’un qui est à 300 mètres, et a fortiori à l’autre bout du monde !)

La communication orale/physique est, selon moi, de loin celle qui est la plus riche et la plus indispensable. Quand elle se passe bien, c’est celle qui apporte le plus durablement du sens, de l’échange (notamment parce que des émotions y sont véhiculées, je pense).

Quelques caractéristiques de la communication écrite (courrier habituel)

Quelques atouts :

  • plus besoin de proximité géographique
  • possibilité d’exprimer plus précisément les sentiments, de prendre son temps pour le faire
  • Possibilité de mieux organiser l’échange d’informations, et donc d’échanger plus d’informations (un catalogue de La Redoute est plus long à faire passer par téléphone!)

Quelques inconvénients :

  • temps nécessaire pour écrire un courrier (minimum 1h)
  • délai pour la délivrance du message (même s’il a été énormément raccourci grâce aux avions)

Le courrier standard est donc un moyen d’échanger plus d’informations, plus précisément (qu’il s’agisse de sentiments ou non), et présente les défauts de ses avantages : plus long à produire, plus de délai pour l’interaction, moins de sentiments directs et de contact humain.

Mail et blogs : le mariage de l’écrit et de l’oral…ou un piège pour solitaires !

Les mails ou les blogs, par le côté instantané et direct, et par le côté “écrit”, permettent de supprimer quelques inconvénients de l’oral et de l’écrit, et d’additionner les avantages de l’un et de l’autre ; pour peu que l’on fasse attention à ne pas seulement cumuler les inconvénients de l’oral et de l’écrit…!

Quelques atouts :

  • délais quasi-nuls ; interaction instantanée
  • possibilité d’exprimer des choses plus posément qu’à l’oral, et plus rapidement qu’à l’écrit (puisque la transmission est instantanée)

Quelques inconvénients :

  • manque de contacts humains direct. C’est le piège n°1: ne se servir que de ce mode de communication, en pensant communiquer complètement
  • caractère trop bref de la communication, sur un mode oral / SMS. C’est le piège n°2 : profiter de la rapidité de ce mode de communication sans utiliser la formidable puissance de l’écrit, qui permet de prendre son temps, et dire les choses autrement qu’à l’oral.

Conclusion

Pour terminer, je trouve qu’il y a un formidable potentiel dans les nouveaux modes de communication. Ce potentiel est déjà réalité dans le monde professionnel, où le mail, le travail collaboratif, la veille active rapide ont apporté énormément en efficacité. Dans le domaine personnel, nous n’en sommes qu’au début. Le potentiel est énorme, mais il faut utiliser intelligemment ces nouveaux médias. Comprendre, justement, qu’il s’agit d’un média (d’un support) et que le contenu c’est le sens que nous y mettons. Ceux qui ne seront pas capables de le faire seront condamnés à passer des heures devant leur écran, seuls, et sans contact signifiant (utiliser Meetic pour nouer un contact réel avec quelqu’un c’est très bien : mais combien passent des heures devant leur PC en ayant l’illusion de remplir ainsi leur désert sentimental ?). Ceux qui sauront apprivoiser ce curieux mariage d’écrit et d’oral, d’instantanéité mondiale et de mélange global des cultures en verront la force : pouvoir rester en contact par mail avec des personnes éloignées, avoir quelques discussions sur l’actualité (blog), mettre en place des espaces communs familiaux pour continuer à tisser le lien familial (gros projet de “blog” familial en cours…), se tenir au courant. J’aime toutes ces possibilités offertes ; à nous de savoir les utiliser intelligemment, de manière signifiante, interactive et riche d’humanité !

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31 janvier 2007

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Faut-il cacher le bonheur ?

Il y a tellement de malheur dans le monde, que le simple fait de ne pas l’être pourrait passer pour quelque chose d’étrange, voire de suspect. Ca rejoint le fameux proverbe, tiré d’un Fable :

Pour vivre heureux, vivons caché.

[Jean-Pierre Florian]

Cacher le bonheur, quand le malheur s’étale à longueur de journée sous nos yeux ? Autant interdire la beauté, et faire taire la joie. Ce serait presque avoir honte d’être heureux.
L’univers est une énorme injustice. Le bonheur a toujours été une injustice.

[Jules Romains]

Mais si les gens heureux ne parlent pas de leur bonheur, s’ils ne le disent pas, qui parlera du bonheur ? L’intérêt d’un discours ne se mesure pas à la quantité de malheur de son propriétaire, mais à la justesse du propos.
Manifester son bonheur est un devoir ; être ouvertement heureux donne aux autres la preuve que le bonheur est possible.

[Albert Jacquard]

Le bonheur est donc, d’un première manière, relié au devoir. Qui sera heureux, si ce n’est les gens qui ont eu la chance pouvoir l’être ?

Qu’est-ce que le bonheur ?

C’est bien beau de dire qu’il faut être heureux, mais encore faut-il savoir ce qu’est le bonheur ! Qu’est ce que le bonheur ? Chacun est libre de le rechercher où il veut, dans la mesure où il n’impose rien à ses voisins.
Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît

Proverbe Français

J’ai déjà donné ici ma définition du bonheur, en tout cas une qui me plait, et surtout qui correspond à mon caractère et à mes envies. Le bonheur est quelque chose de dynamique, lié à des projets renouvelés, plus qu’un état…Il est donc relié aussi à la volonté. Quel projet, quelle action sans volonté ?

Bonheur et volonté

Le bonheur est attaché à l’action et à la volonté de deux manières un peu différentes :
L’homme n’est heureux que de vouloir et d’inventer.

[Alain]

et
Il n’y a qu’une route vers le bonheur c’est de renoncer aux choses qui ne dépendent pas de notre volonté

[Epictète]

Loin de l’image figée du bonheur, notre culture nous renvoie plutôt l’image d’un bonheur qui est le fruit du devoir et de la volonté. Le bonheur n’est donc pas un but :
Le bonheur n’est pas un but qu’on poursuit âprement, c’est une fleur que l’on cueille sur la route du devoir.

[John Stuart Mill]

Leçon de vie par un philosophe

Sur un tel sujet, il faut laisser le mot de la fin au maître, qui a dit l’essentiel là-dessus dans le superbe recueil “Propos sur le bonheur”. La notion de volonté, comme celle de devoir, y sont reliées au bonheur, bien sûr. C’est un texte profond et simple que j’aime beaucoup, et que je trouve, à chaque relecture, d’une vérité terriblement émouvante.
Devoir d’être heureux Il n’est pas difficile d’être malheureux ou mécontent; il suffit de s’asseoir, comme fait un prince qui attend qu’on l’amuse [...] Il est toujours difficile d’être heureux; c’est un combat contre beaucoup d’événements et contre beaucoup d’hommes; il se peut que l’on y soit vaincu; il y a sans doute des événements insurmontables et des malheurs plus forts que l’apprenti stoïcien; mais c’est le devoir le plus clair peut-être de ne point se dire vaincu avant d’avoir lutté de toutes ses forces. Et surtout, ce qui me paraît évident, c’est qu’il est impossible que l’on soit heureux si l’on ne veut pas l’être; il faut donc vouloir son bonheur et le faire. Ce que l’on n’a point assez dit, c’est que c’est un devoir aussi envers les autres que d’être heureux. On dit bien qu’il n’y a d’aimé que celui qui est heureux; mais on oublie que cette récompense est juste et méritée; car le malheur, l’ennui et le désespoir sont dans l’air que nous respirons tous; aussi nous devons reconnaissance et couronne d’athlète à ceux qui digèrent les miasmes, et purifient en quelque sorte la commune vie par leur énergique exemple. Aussi n’y a-t-il rien de plus profond dans l’amour que le serment d’être heureux. Quoi de plus difficile à surmonter que l’ennui, la tristesse ou le malheur de ceux que l’on aime? Tout homme et toute femme devraient penser continuellement à ceci que le bonheur, j’entends celui que l’on conquiert pour soi, est l’offrande la plus belle et la plus généreuse.

Alain, septembre 1923.

En tant que bon matérialiste de base, je ne crois pas à l’existence des idées (ou des pensées) indépendamment de la matière (qui en est le support physique). Cela signifie qu’une idée n’est qu’une configuration particulière de flux entre neurones. Un flux, par essence, est un mouvement. Donc un idée est quelque chose de nécessairement dynamique. C’est l’expérience que l’on en a d’ailleurs : un idée est mouvante, et on ne la saisit qu’au moment où elle se déroule dans notre tête…

Ce que les hommes cherchent à personnifier dans le mot “pensée”, c’est la matière en mouvement.

Edgar Allan Poe

Si une idée est une configuration neuronale, alors elle n’est réelle et n’existe qu’au moment où je la pense. Comment pourrait elle exister encore si on n’est plus en train de la penser ?

Deux personnes ne peuvent pas penser la même chose exactement : il est impossible de quantifier ce qu’une idée peut provoquer de sentiments, d’émotions et de résonances personnelles, lorsqu’elle est pensée ; puisque ça implique un ressenti qui par définition est une boucle centrée sur celui qui pense (les sentiments sont la conscience d’une émotion + l’émotion consciente qui en résulte) !

Comment partager les idées, alors ? Comment diminuer - un peu – notre isolement intellectuel ? Il y a deux manières de le faire, qui consistent toutes les deux à lui donner forme : pas de partage d’idée sans la mettre hors de notre tête, c’est une évidence…

La première, c’est de formuler les idées en mots. A l’oral ou à l’écrit, peu importe. Formuler sa pensée, comme l’étymologie l’indique, c’est lui donner forme. Et cela aussi est conforme à notre vécu (demi-boutade de source inconnue…) :

Comment puis-je savoir ce que je pense, si je ne l’ai pas encore dit ?
La deuxième manière de savoir si on a la même idée, et si on la partage, c’est d’envisager ensemble l’action qui peut en résulter, et de la mener à bien. Cela permet de focaliser sur UNE application de l’idée, et de lui donner forme. C’est finalement le moyen le plus efficace pour partager des idées : les appliquer…!

Le plus sûr moyen de rester en contact intellectuel avec quelqu’un, c’est bien de faire des projets ensemble, non ?

La véritable forme du sentiment, ce n’est pas la conscience qu’on en a, mais l’action qu’on en tire.

Ramon Fernandez

Toute réflexion commence par la définition propre des concepts utilisés, non ?

Réalité : ce qui existe indépendamment du sujet, ce qui n’est pas le produit de la pensée.
Vérité :
  1. Scientifique : connaissance reconnue comme juste, comme conforme à son objet et possédant à ce titre une valeur absolue, ultime
  2. Philosophie : norme, principe de rectitude, de sagesse considéré(e) comme un idéal dans l’ordre de la pensée ou de l’action
  3. Logique : conformité de la pensée ou de son expression avec son objet
La réalité contient la vérité, puisqu’elle englobe le monde entier, donc toutes les pensées que les humains peuvent avoir sur le monde. Constater la différence entre vérité et réalité, c’est le premier pas. On peut ensuite souligner ce qui différencie les deux, ou ce qui les rapproche. Ce qui différencie les deux, c’est le sujet qui pense ; c’est souligner le point de vue particulier – limité - sur l’universel. Souligner la différence, c’est donc souligner l’incomplétude de l’être humain, son manque d’aptitude à dire le réel. Souligner ce qui les rapproche, c’est souligner la possibilité d’une description partagée du monde, indépendamment du sujet. La science aide à ce rapprochement. Le dialogue aide à ce rapprochement. Exprimer des points de vue différents, c’est déjà partager plus que le silence, et les rapprocher par le partage. Vouloir systématiquement dissocier vérité et réalité est dangereux : c’est le jeu des relativistes. “Puisque chacun possède sa part de vérité, alors aucune n’est vraie”. C’est oublier un peu vite que chacun peut penser faux. Toutes les vérités individuelles ne sont pas forcément équivalentes. Il me semble que chacun doit faire l’effort de diminuer l’écart entre sa vérité (sa manière de penser le monde) et la réalité (le monde lui-même). On peut le faire de deux manières, et les deux sont nécessaires : adapter l’image que l’on se fait du monde, et changer le monde en suivant notre volonté. Il n’y a donc pas à choisir entre vérité et réalité ; notre vérité, c’est notre volonté d’agir, de changer les choses, et la réalité c’est l’espace de travail, qu’il faut savoir accepter. Pour agir bien, il faut savoir accepter le seul terrain de jeu qui nous est donné.
Toute vérité est une route tracée à travers la réalité.

[Henri Bergson]

Faut-il être optimiste ?

8 novembre 2006

La violence, réelle ou potentielle, la pauvreté, économique ou culturelle, ne permettent que rarement de voir le monde sous un jour positif. Ce constat est une banalité : le monde est loin d’être parfait. Tout le monde s’accorde là-dessus. Il convient, pour faire un constat proprement, de lister aussi les choses positives, car il y en a. Beaucoup. Tous les jours des enfants apprennent à lire dans des pays jusque là presque totalement illettrés, tous les jours des femmes et des hommes travaillent ensemble - partout dans le monde - pour un monde meilleur. Mais une somme de petites actions positives portant des fruits à long terme est toujours moins visible qu’une grosse action négative immédiate. Ce qui compte, c’est la balance…progrès ou pas ? Par ailleurs, le constat, ce n’est que le point de départ de la réflexion : on vit ici et maintenant. Regarder l’avenir avec bienveillance ou avec inquiétude, c’est ce qu’on appelle être optimiste ou pessimiste. On s’entend souvent répondre, pour peu que l’on affiche un peu d’optimisme et qu’on laisse penser à son interlocuteur qu’il (elle) est trop pessimiste : « je ne suis pas pessimiste, je suis réaliste ». C’est une confusion – à mon sens - entre le constat (l’énorme tas de problèmes), et la suite des événements (la réduction possible ou non d’une partie de ces problèmes). Tous les problèmes actuels doivent-ils forcément conduire au pire ? Il faut croire que non. Quel choix, d’ailleurs, avons-nous sur ce point ? Comment vivre avec en perspective le pire ? Je ne le veux pas. Alain résume bien tout cela, et bien plus, en une seule phrase, dans Propos sur le bonheur :

Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté.

Vouloir être libre !

30 octobre 2006

La liberté est un mouvement plus qu’un état. Une quantité, plus qu’une qualité. On est plus ou moins libre. Ce qui importe donc, c’est de savoir ce qui libère et ce qui enferme. Ce qui ouvre et ce qui gène. Si être libre c’est faire ce qu’on veut (ou penser ce qu’on veut), on peut interpréter la liberté dans les deux sens : il y a un effort pour écarter de ce qui gêne la volonté, et un effort sur la volonté elle-même pour apprendre à désirer des choses faisables. Celui qui désire l’inaccessible est voué à l’aliénation.

La liberté, ce n’est pas pouvoir ce que l’on veut, c’est vouloir ce que l’on peut.

Jean-Paul Sartre

Pour vouloir ce que l’on peut, il faut savoir évaluer proprement ce que l’on peut, et à ne pas vouloir des choses impossibles : la vérité libère. Et les convictions enferment. Apprendre à ne pas vouloir des choses impossibles, ça s’appelle exactement la volonté. La volonté libère. L’idéalisme enferme.