Science fiction


J’ ai toujours beaucoup aimé la science-fiction, dans les romans, comme au cinéma. C’est un genre d’histoire qui permet de décaler complètement le regard sur le monde, en proposant des univers imaginaires très riches, utopiques ou dystopiques (souvent dystopiques, d’ailleurs). Je garde des souvenirs forts des romans de Ray Bradbury, HG Wells, Isaac Asimov, Frederic Brown, Dan Simmons, ou autres Maurice Dantec. Je partage avec vous deux nouveaux auteurs que j’ai dévoré depuis cet été :

  • Iain M. Banks, auteur d’une somme de livres regroupés en un « cycle de la culture ». Je viens de terminer les deux premiers, qui sont vraiment de bons romans, dans un univers étonnant, mêlant une technologie très avancée, et des cultures très différentes. Les descriptions des IA que l’on peut y trouver sont vraiment très intéressante, parce que l’accent est mis sur l’interaction entre les humains et les sortes de robots. Il y a aussi des Mentals, qui sont des sortes de super intelligence artificielles, presque des Dieux, qui pilotent en partie le destin de l’humanité.
  • Philippe K. Dick, qui est un auteur ultra-connu, mais que je découvre avec un plaisir immense. Après deux recueils de nouvelles, « Question de méthode », et « Paychek », je me délecte avec « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? ». C’est le livre qui a servi d’inspiration pour « Blade Runner ». Philippe K. Dick a un style vraiment extraordinaire, plein d’humour, de noirceur aussi, et ses personnages sont vraiment forts, très humains, vivants, avec des émotions contradictoires et simples à la fois. Un grand auteur (plus puissant d’ailleurs que Iain M Banks, à mes yeux)

Bref, la science-fiction continue à être un style passionnant pour moi. Les imaginaires technologiques ont déjà été travaillés par une multitude d’auteurs, et à ce titre constitue une matière culturelle très vive, présente, et qui pose une foule de questions passionnantes. A lire sans modération !

Le(s) futur(s) à dire

La couverture du livre de Nicolas Nova

La couverture du livre de Nicolas Nova

Je viens de terminer le très bon livre de Nicolas Nova, «Futurs ?». Il est sous-titré la panne des imaginaires technologiques. Le sujet m’intéresse à double titre : parce que je travaille aussi sur les imaginaires, et parce que le sujet de la prospective m’intéresse beaucoup aussi. Qu’est-ce que le futur ? Objet étrange qui n’existe pas par définition pas, mais qui pourtant fait partie de la réalité via nos représentations.
J’ai trouvé passionnante la discussion initiale du livre, qui relie la «panne des imaginaires » à l’idée de progrès, et à sa déchéance supposée. Il y aurait matière à débat sur la question, car tout en validant que l’idéal du progrès est mort (voir mon billet à ce sujet), la plupart des auteurs restent totalement dans une pensée de type progressiste (dans laquelle je me reconnais complètement).
La panne des imaginaires, c’est en gros le fait que l’on continue à nous pousser des imaginaires nés pendant la première moitié du 20ème siècle (robots, voitures volantes, IA centralisées, voyages spatiaux, buildings colossaux), alors que les technologie ont amené autre chose, plus proche et plus étrange à la fois. Les seuls futurs qui se produiront seront ceux qui font sens, et la signification ne saurait naitre sans une narration.
L’approche de Nicolas Nova, et les exemples qu’il cite, comme l’excellent The New Aesthetic, m’a fait penser à celle de Georges Amar : le futur se dessine toujours, émergent, dans le présent, et les imaginaires (les représentations que l’on s’en fait) sont non pas à prédire ou à détecter, mais bien plutôt à « dire », à expliciter, à nommer et à penser. Les seuls futurs qui se produiront seront ceux qui font sens, et la signification ne saurait naitre sans une explicitation/narration.
A lire, vraiment : ce livre est une mine d’or d’exemples variés, d’interview d’acteurs rares, et je trouve que l’approche consistant à parler du futur en appuyant la réflexion sur les auteurs qui en ont fait leur matière première – ceux de la SF – est excellente : qui mieux que les narrateurs peuvent donner du sens à ces futurs projetés ? Nicolas Nova répond en partie à cette question : les designers (pris dans le sens plein de concepteurs) et les artistes de tous horizons réfléchissant aux technologies et à l’impact du numérique sous toutes ses formes.