Voilà la rupture !

Themis symbole de la justiceEn deux discours, l’un sur le contrat social, l’autre sur la refondation de la fonction publique, Nicolas Sarkozy a montré que son ambition de réforme est intacte, et que contrairement à ce que veulent toujours faire croire ses détracteurs, il ne recherche pas le conflit, mais l’intérêt général. Extraits de ces deux discours, que je vous conseille d’aller lire en entier.

Deux jours, deux discours. Nicolas Sarkozy a parlé mardi devant l’Association des Journalistes de l’Information Sociale (au Sénat). Il a également parlé hier à l’occasion de la visite de l’Institut Régional d’Administration (IRA), à Nantes. Il faut aller lire ces discours, qui sont admirables de clarté, et de force politique. Le message du candidat Sarkozy ne s’est pas amolli, comme on a pu le craindre un instant, au contraire. Le premier discours propose un nouveau contrat social, et le second une refondation de la fonction publique. Excusez du peu !
Tous ceux qui passent leur temps à faire des procès d’intention à Sarkozy, et au gouvernement de Fillon, devraient aller lire, simplement, ces discours : l’intention y est claire, explicite et ne nécessite aucune interprétation, ou dénonciation. Sarkozy, comme il le dit lui-même, joue cartes sur table. Il suffit de lire. Les réactions émotionnelles, convenues, des différents syndicats montrent qu’ils préfèrent inventer des intentions conflictuelles, plutôt que de lire et d’écouter celles qui leur sont présentées.

Nouveau Contrat Social

Sarkozy propose un nouveau contrat social pour remettre la justice au cœur de notre société :

Pour ma part, ce que je veux fondamentalement vous dire, et dire aux Français par votre intermédiaire, c’est que l’ampleur des réformes que nous sommes en train d’engager trouvent leur justification dans la ferme conviction que notre organisation sociale produit aujourd’hui plus d’injustice que de justice, qu’il faut en changer et que c’est un nouveau contrat social, profondément renouvelé, profondément différent, que nous devons élaborer ensemble.
Ce contrat est fondé sur le travail, le mérite et l’égalité des chances, qui sont des valeurs sociales, des valeurs généreuses, dont nous ne devons pas rougir mais que nous devons au contraire assumer. Ce contrat suppose que notre système social renoue avec les principes de justice et d’efficacité. Il exige des changements profonds.

Il demande au gouvernement de le mettre en œuvre, et il repose sur trois principes :

  • Le premier principe consiste à remettre le travail et l’emploi au cœur de nos politiques
  • Le deuxième principe, c’est la conciliation de la mobilité et de la sécurité, pour les salariés comme pour les entreprises.
  • Le troisième principe, c’est de trouver le juste équilibre entre la responsabilité, qu’elle soit collective ou individuelle, et la solidarité.

Il faut souligner, à mon avis, que deux de ces trois principes sont basés sur une recherche d’équilibre, de conciliation. On ne peut donc pas reprocher à Sarkozy d’être excessif, ou de vouloir opposer les gens. La fin de ce premier discours s’adresse d’ailleurs directement aux syndicats :

Je joue cartes sur table : depuis le tout début, avant même mon entrée en fonctions, je les ai reçus pour leur indiquer l’ensemble des réformes que j’entendais conduire pour remplir le mandat que les Français m’ont confié. Depuis, je les ai revus à plusieurs reprises. A chaque fois, je leur ai proposé de se saisir eux-mêmes des questions pour parvenir à un accord par la voie de la négociation. […]. Les négociations en cours sont les plus importantes que la France ait connues depuis bien longtemps. Je souhaite de tout cœur leur réussite.
Toutefois, chacun doit prendre ses responsabilités. Cela a deux conséquences, pour les prochains mois et aussi au-delà.
Pour les prochains mois, il n’est pas question de laisser les discussions s’enliser. Je n’y reviens pas.
Pour la suite, afin que le dialogue soit constructif et permanent, il faudra que nous soyons capables de faire évoluer les règles du jeu social.
Ma conviction, c’est que nous avons besoin d’organisations fortes. Aujourd’hui, la représentation sociale est éclatée, fondée sur des critères obsolètes et un mode de financement inadapté. Je veux donc que soient examinés les critères de la représentativité et la question du financement.
[…] Je souhaite qu’on se donne de l’espace pour respirer, pour que chacun s’approprie les règles et les adapte aux situations concrètes, sur la base de compromis constructifs plutôt que de poursuivre dans l’affrontement stérile et déconnecté du réel. A côté de la norme législative et réglementaire, qui fixe les principes généraux, il faut une vraie place pour des conventions, qui engagent les partenaires sociaux à tous les niveaux, interprofessionnel, branche, territorial ou entreprise.
[…] Sur ce sujet comme sur tous les autres, je serai ouvert sur les moyens et la méthode, mais je ne transigerai ni sur les objectifs, ni sur les principes.
Les Français m’ont confié la mission la plus exigeante qui soit : apporter des solutions concrètes à leurs préoccupations quotidiennes et à leurs aspirations pour eux et leurs enfants. Ils m’ont donné ce qu’ils avaient de plus cher : leur confiance.
Je n’aurai qu’une seule ligne de conduite, trouver ces solutions, innover, agir, car nous n’avons qu’un seul droit : réussir.

Refonder la fonction publique

Sur la fonction publique, j’ai retrouvé un ton plus libéral qui me plait bien. Du libéralisme modéré, remettant à sa juste place le service public. Pour retrouver l’esprit de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ?

Art. 14. –
Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

Art. 15. –
La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.

[le malaise] est dans l’Etat qui est devenu impécunieux et impuissant en même temps qu’il ne cessait de s’étendre pour devenir tentaculaire. […]Et à aucun moment la réforme de l’Etat et de la fonction publique n’a été prise à bras-le-corps. A aucun moment une réflexion d’ensemble, une rénovation en profondeur de notre système de gouvernement, de nos administrations n’ont été entreprises. A aucun moment la question de la redéfinition des missions de l’Etat et des moyens d’action de la puissance publique n’a été réellement posée.
Cette remise à plat, que pratiquement tous les grands pays développés ont accomplie pour s’adapter aux réalités nouvelles de la technique, de l’économie et de la société, la France est l’un des seuls pays à ne pas l’avoir entreprise.

Rendre un service public efficace, c’est une question de justice !

Le service public ne peut pas obéir au critère de la rentabilité financière. Mais le service public a un devoir d’efficacité. Il a le devoir de rendre le meilleur service possible sans gaspiller l’argent public qui est l’argent des Français.
Ne plus gaspiller un seul Euro d’argent public, tel doit être l’idéal vers lequel nous devons tendre, telle doit être l’exigence que chaque agent public doit s’imposer à lui-même, telle doit être la première règle que vous devez vous fixer lorsque vous exercerez les responsabilités qui demain seront les vôtres.
C’est une question d’économie : nous n’avons plus les moyens de gaspiller, nous avons trop de déficits, nous avons trop de dettes, nous avons trop de besoins urgents.
L’argent qui est gaspillé, l’argent qui est détourné par la fraude, c’est de l’argent qui est pris à ceux qui en ont le plus besoin. C’est de l’argent qui n’ira pas à la lutte contre l’exclusion, contre la pauvreté, qui n’ira pas à la santé, qui n’ira pas à l’éducation, qui n’ira pas à l’investissement.
C’est aussi une question de morale : l’argent public c’est l’argent des travailleurs, l’argent de ceux qui se donnent du mal pour gagner leur vie, qui ont du mal à gagner leurs fins de mois, du mal à loger leur famille et à élever leurs enfants en travaillant. Le moindre des respects qu’on leur doit c’est de ne pas laisser gaspiller, de ne pas laisser détourner ce qu’ils ont si durement gagné.
Mais comprenez-moi bien : je ne suis pas un moraliste. Je ne suis pas un adepte de l’ordre moral. Je ne cherche pas à faire la morale à quiconque. S’il y a du gaspillage, s’il y a de la fraude, c’est parce que le système le permet, c’est parce que le système y incite. Moi, je ne veux pas réformer les consciences. Je veux réformer le système.

Enfin, on prend le problème par le bon bout ! C’est le système, bien sûr, qu’il faut changer ! Enfin de l’ambition pour le service public ! Tous ceux qui nous pompent depuis des années avec le maintien du « service public », avec comme seul objectif de conserver inchangé, et d’honorer le statut des agents plutôt que leur mission, devraient en prendre de la graine. C’est par le mouvement et l’adaptation que la fonction publique peut garder ce qui en fait son intérêt : rendre un service public à tous les citoyens :

Vous le voyez, je suis très ambitieux pour le service public et pour la fonction publique. Ce que je viens de vous exposer : un meilleur service public au meilleur coût pour les citoyens, des règles de gestion motivantes et équitables pour les fonctionnaires, dessinent à mes yeux les contours d’un nouveau pacte que je veux conclure avec les fonctionnaires et les citoyens.

Le Pouvoir reprend des forces

L’ambition de Sarkozy est intacte : voilà qui permet de clore le bec également, de ceux qui la décrivaient comme une ambition carriériste, avec pour seule visée l’accès au trône présidentiel. C’était ne pas croire au changement, et considérer que Sarkozy se conduirait nécessairement comme Chirac, puisque le pouvoir pourrit tout. Sarkozy, Fillon et le gouvernement redonnent du crédit, depuis quelques mois, à la politique et à l’exercice du pouvoir.

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notifier de
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires