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  • Le Rêve d’un homme ridicule

    Le Rêve d’un homme ridicule

    Cette nouvelle, sous-titrée « Récit fantastique », est une belle fable, avec pour thèmes l’absurde et le tragique de l’existence (le personnage que l’on rencontre au début, et qui est le narrateur, est sur le point de se suicider), et le paradis (son rêve est une illustration du paradis selon Dostoevsky). Au-delà des thèmes, et du contenu de l’histoire (le rêve du paradis sauve le narrateur), j’ai trouvé la nouvelle, comme toujours avec ce grand écrivain, remarquablement écrite. La problématique, plutôt philosophique et spirituelle, devient facile à suivre, pleine d’un souffle existentiel. On reconnait bien là le style exalté, tout étant précis, et drôle de Fyodor Dostoevsky. Belle nouvelle.
    Sur le fond, il y aurait beaucoup à dire. La vision du paradis de l’auteur, très proche du mythe de L’âge d’or, ataraxique, avec des humains en paix, proche de la nature, sans troubles, est un peu niais selon moi. Non pas parce qu’il ne serait pas souhaitable, bien sûr (qui ne rêve d’un monde de douceur et de paix?), mais parce qu’il annule en pensée des éléments constitutifs de ce qu’est précisément l’humanité : notre existence, pleine de paradoxes, de tensions, de joies et de peines, de projets, de drames parfois, n’a pas grand-chose à voir avec ce monde idéal. C’est un bel idéal, mais qui en se donnant entièrement à voir, comme une situation à atteindre connue, empêche de penser la réalité de nos vies, qui contiennent bien sûr ce genre d’idéaux, mais qui sont bien plus larges et riches que cela. Sa description, notamment, de ce qui a fait chuter les hommes par rapport à ce paradis, me parait excessivement simplificatrice. C’est un rêve de religieux, au sens plein du terme. Le personnage rêve d’une sorte d’osmose collective, et l’individualité lui semble être la source de tous les maux. Communisme, ou dénonciation du communisme ? (la nouvelle date de 1877).
    D’ailleurs, et c’est où la nouvelle est très joliment torchée, le personnage finit en prêcheur de ce paradis qu’il a entrevu en rêve.