J’ai dévoré le roman « L’empreinte du faux » de Patricia Highsmith. C’est un très beau roman, pas du tout un polar ou un thriller, mais plutôt un drame, décrit du point de vue du personnage principal, l’écrivain Howard Ingham. Il est en Tunisie pour écrire un roman, et se trouve confronté à la fois à des évènements personnels bouleversants, mais aussi à un environnement culturel et naturel complètement nouveau. Ce roman résonne avec la vie privée de Patricia Hisghsmith, récemment séparée, passée par la Tunisie avant son installation en France.
J’ai trouvé ce livre vraiment super, très bien écrit, avec des ambiances très bien retranscrites (la scène de nuit dans le désert est magnifique), une vision très « objective » des personnages, vus à la loupe, sans faux-semblants. Les thèmes (l’identité, le rapport à la vérité et aux autres, le mensonge) sont universels et traités de manière très incarnée avec l’histoire concrète qui se déroule sous nos yeux. Certains passages sont vraiment très beaux, rappelant « L’étranger » de Camus par certains accents : l’étrangeté du monde et de ses situations, leur absurde parfois, illustrent à merveille la distance qu’entretient Highsmith avec ses personnages, bien qu’ils traitent de sujets personnels. Les personnages sont hyper justes, et jusqu’au bout, la tension narrative est puissante. Les personnages ne sont pas traités avec bienveillance, mais on s’y attache d’autant plus. J’ai été très surpris par la qualité d’écriture : quelle plume ! Il est temps que je relise un Mr. Ripley. Un petit extrait, pour la route, des chapitres dans le désert. Howard et son voisin Jensen sont partis faire une excursion à dos de chameau avec un guide dans le désert. Ils ont fait une pause pour la nuit dans une oasis, et discutent en fumant, et sirotant un peu d’alcool, et en écoutant le vents et les étoiles. Leur petit réchaud est la seule source de lumière.
« Allons faire une petite promenade », dit-il.
Jensen prit sa lampe électrique. Il faisait très noir quand ils s’éloignèrent du réchaud. Le rayon de la lampe dansait sur les rides irrégulières du sable, devant eux. Dans son imagination, Ingham transforma ces rides en montagnes, hautes de plusieurs centaines de mètres, puis Jensen et lui en géants qui marchaient sur la lune; ou alors ils gardaient leur taille réelle et déambulaient sur une nouvelle planète peuplée de minuscules être pour lesquels ces rides étaient des montagnes. Ils allaient à pas lents, et ils se retournèrent d’un même mouvement pour voir à quelle distance des palmiers ils se trouvaient. Les arbres n’étaient plus visibles, mais le réchaud luisait comme une étincelle.
Étiquette : Patricia Highsmith
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L’empreinte du faux