La plus constante marque de la sagesse, c’est une constante rĂ©jouissance.
Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592) philosophe français, humaniste et moraliste de la Renaissance
Que ce soit dans le sens gĂ©nĂ©ral (« Connaissance du vrai et du bien, fondĂ©e sur la raison et sur l’expĂ©rience. »), ou pour dĂ©crire le comportement associĂ© (raisonnable, prudent, vertueux), il est clair que la sagesse est quelque chose de souhaitable.
Montaigne ne nous dit pas, dans cette citation, comment l’atteindre, ou ce qu’elle est (il a Ă©crit ses fameux Essais pour le dire) : il nous explique ce qui permet de la dĂ©tecter chez quelqu’un, ce qui en marque la prĂ©sence.
Celui qui est capable de se rĂ©jouir, est probablement sage. C’est une pensĂ©e toute stoĂŻcienne : la sagesse, selon Montaigne, qui s’appuie sur les penseurs grecs, est la capacitĂ© Ă faire avec le monde tel qu’il est, et Ă s’en rĂ©jouir. De quoi pourrions-nous donc nous rĂ©jouir, si ce n’est de ce qui est ? C’est une philosophie, et une Ă©thique, oĂč le rĂ©el est central, et qui fait la part belle Ă philia (l’amour de ce qu’on l’on a), et qui – probablement – sous-estime la part d’eros (l’amour de ce qu’on n’a pas).
Car bien sĂ»r, nous ne nous contentons pas, individuellement, collectivement, du monde tel qu’il est. Il y a trop d’injustices et de malheur pour cela. Notre Ă©thique moderne est tendue par un devoir d’amĂ©lioration des choses. Mais notre effort pour amĂ©liorer le monde ne devrait pas nous empĂȘcher de nous rĂ©jouir. Il n’existe qu’une rĂ©alitĂ©, alors autant s’en rĂ©jouir. Une deuxiĂšme, pour la route ?
Le sage ne rencontre pas de difficultĂ©s. Car il vit dans la conscience des difficultĂ©s. Et donc n’en souffre pas.
Lao Tseu (milieu VIe siĂšcle avant J.C.) sage chinois, considĂ©rĂ© a posteriori comme le pĂšre fondateur du taoĂŻsme. Son existence n’est pas tout Ă fait avĂ©rĂ©e…