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    Polar

    Dans la maison de famille, il y a de grandes étagères remplies de livres de toutes sortes. On y trouve, entre autres, un bon paquet de romans que ma mère dévorait par paquet de douze. C’est très agréable car, en week-end ou en vacances là-bas, on peut facilement trouver un bon petit roman à se lire. La dernière fois, la hasard m’a fait saisir un recueil de nouvelles de Ruth Rendell (« L’amour en sept lettres »). Plein de belles petites nouvelles, bien faites, avec une ambiance de mystère assez chouette. Et ça m’a fait penser, madeleine de Proust, à toutes les histoires policières que j’ai pu lire. Fantômette, Le Club des Cinq, les séries des Arsène Lupin, Sherlock Holmes, tous les Agatha Christie, les Mary Higgins Clark, les San-Antonio, les James Hadley Chase, et bien sûr les P.D. James. J’ai choisi une image de cette dernière, car ces souvenirs m’ont donné envie de lire, ou relire, un P.D. James. J’ai un souvenir très fort de son roman « L’île des morts » (qui bien sûr fait un clin d’oeil par son thème aux « Dix petits nègres » et aussi à « L’île au trente cercueils »).
    Cet amour des polar ne m’a pas quitté, car j’ai regardé un grand nombre de séries policières, le plus souvent avec beaucoup de plaisir. Au-delà de toute analyse psychologique de comptoir, à base de catharsis et de voyeurisme, il me semble que ce qui est particulièrement agréable dans les polars, c’est que l’histoire prime sur tout le reste. La mécanique de l’intrigue, de sa mise en place, de sa révélation progressive rigoureuse, c’est le « monde », l’univers dans lequel l’écrivain nous plonge. Les personnages servent l’histoire : les polars sont en général, les bons à mes yeux du moins, des romans moins narcissiques, moins centrés sur l’explication psychologique des personnages, que sur la description de leurs actions dans un contexte particulier et contraint. Bizarrement, cet exercice formaté donne une grande liberté sur les personnages. Les polars abritent ainsi toute une gamme de personnages plus ou moins sympathiques, d’anti-héros, d’humains assez réalistes, rarement idéalisés. On est avec les polars dans la vraie vie, paradoxalement, et dans des choses assez pragmatiques. Et le coeur même des intrigues, le Meurtre (sous toutes ses formes) oblige les auteurs à donner au Mal une place dans leur récit, ce qui confronte chacun des protagonistes, quel qu’il soit, et le lecteur, à la frontière philosophique et intime entre le bien et le mal.
    Les polars sont aussi, mécaniquement, et du fait de la présence du Meurtre, le lieu de la relativisation systématique : en face du crime, du meurtre, de la violence, de la perversion, que sont nos petits soucis du quotidien, nos tracas ordinaires ? Une relativisation qui implique souvent humour, ironie, remise en perspective. Le sens de la Justice comme véhicule, exemplaire ou contre-exemplaire du juste sens de l’action, n’est-ce pas aussi ce qui fait le charme des polars, romans par excellence qui sont sérieux sans se prendre au sérieux ?