Étiquette : Sacrifice

  • Universaliste ?

    Universaliste ?

    Grâce à François, mon père, et à mes frères et belles-soeurs, nous avons esquissé pendant notre repas de Noël une belle discussion sur le thème de l’universalisme. C’est un sujet passionnant. Notre père avait travaillé le sujet et en avait fait un article, très intéressant, en réaction à d’autres articles. Pour pouvoir suivre la réflexion, je suis allé regardé, pendant que nous discutions, la définition sur le TLFI :
    Universalisme n. m. :
    Toute doctrine qui considère la réalité comme un tout unique, ce qui revient à dire universel, dans lequel les individus ne peuvent être isolés, si ce n’est par abstraction.

    Elle m’a interpelé, très fortement, et m’a forcé à réfléchir un peu plus à ce sujet.

    Contre-intuitif

    J’avoue que spontanément, si l’on m’avait demandé si je pensais être universaliste, j’aurais répondu « oui ». Pour la raison que je crois en une forme de « nature humaine », sous-jacente aux différentes races, cultures, particularismes, et à des « droits naturels » associés à cette nature. Mais la définition philosophique (celle que j’ai recopié ci-dessus) est plus précise que cela. Je considère la réalité comme un tout unique (le Réel), mais je considère également qu’il est faux de dire que les individus ne peuvent être isolés, si ce n’est par abstraction. En tout cas, cette idée m’interpelle. Et elle me parle cependant car, oui, les frontières entre l’individu et la société dans laquelle il s’insère ne sont pas si nettes que cela. Pour préciser ma pensée, j’ai besoin d’aller chercher le sens du mot « abstraction », car j’y vois plusieurs notion distinctes allant de la montée en concept « abstraits » à la négation de la réalité « concrète ». En fait « Abstraire », car l’abstraction est le pouvoir, la capacité d’abstraire.
    Abstraire v. trans :
    Isoler, par l’analyse, un ou plusieurs éléments du tout dont ils font partie, de manière à les considérer en eux-mêmes et pour eux-mêmes.

    L’universalisme décrit donc des doctrines dans lesquelles les « individus » n’existent comme objet de pensée que par effort d’abstraction. C’est une idée forte. Est-ce que l’existence d’une réalité unique, d’un tout, implique nécessairement que chaque « être » (que ce soit un individu ou un objet, la question est la même), ne puisse être pensé que par abstraction ? Je crois très profondément le contraire. Ce sont des éléments que je développerai dans mon essai, mais j’en partage quelques-uns ici, cela me permettra de préciser ma pensée.

    essence ou ensemble d’objets ?

    Il me semble que l’on peut considérer la « réalité unique » dont parle la définition d’universalisme comme un ensemble de choses plutôt que comme un tout unique indifférencié. Si l’on accepte l’idée que la réalité est « tout ce qui existe », alors on peut partir du principe, pragmatique, qu’il existe une multitude de choses, d’êtres, vivants ou non, matériels ou non, qui font, pris dans leur ensemble, la réalité. C’est une vision pluraliste de la réalité vue comme un « ensemble » de choses, plus que comme une « essence » unique dont chaque être ressortirait et ne pourrait être, par conséquent, qu’abstrait pour pouvoir être pensé. Je crois vraiment que c’est notre connaissance des différents objets qui peuplent le réel qui construit notre compréhension de celui-ci. J’accepte l’idée que des objets de nature, d’essence, différente peuplent le réel. Une idée n’est pas de même nature qu’un électron. Les deux sont des objets de la réalité.
    Vu sous ce prisme, une doctrine universaliste me parait être à coup sûr un idéalisme (« Toute philosophie qui ramène l’existence à l’idée »). La vision que je développe en partant des objets est une vision pragmatique (« Qui concerne les faits réels, l’action et le comportement que leur observation et leur étude enseignent »).
    Après réflexion, et grâce à ces définitions, je crois pouvoir dire très simplement que je ne suis pas universaliste.

    Et les humains dans tout ça ?

    Si l’on revient au sujet de départ, qui ne concernait pas les essences abstraites, ou la manière d’aborder le réel, mais bien les individus humains, et les cultures et les peuples, est-ce que ce détour par le dictionnaire permet de clarifier les termes de la discussion ? Il me que oui, en partie. Les doctrines universalistes posent comme principe de départ que l’individu n’existe pas en tant que tel, mais par un effort d’abstraction, d’isolement de son contexte, pour en décrire des caractéristiques qui seront toujours, d’une manière ou d’une autre, porteuses d’une « simplification », ou d’une perte véracité. Or, et c’est mon point de vue, que je suis en mesure d’exposer plus clairement maintenant, il me semble tout à fait légitime et justifié de partir du principe d’existence des individus (comme entités biologiques, organismes), et de chercher à comprendre ce que sont leurs caractéristiques, leurs déterminants, etc. Cela n’empêche pas de chercher à penser le collectif, ou la culture, ou la civilisation, ou la race, ou tout autre catégorie visant à généraliser. Cela interdit simplement, et c’est mon point, de sacrifier l’individu au nom de l’universel, ce que font les universalismes en prétendant que l’individu n’existe que par abstraction. S’il existe une réalité « surplombante » et que l’individu n’est toujours qu’une idée (résultat de l’effort d’abstraction) alors il ne vaut pas grand-chose. Je ne prétends pas avoir raison sur la philosophie, mais ma sensibilité et mes maigres connaissances historiques me semblent confirmer que les doctrines universalistes sont aussi celles qui, par centaines, par milliers, par millions, ont tués des pauvres gens qui n’avaient rien demandé à personne. Je comprends mieux pourquoi : ce n’était pas des personnes, des individus, mais des « abstractions » isolées du Grand Tout.

  • Ce que les enfants changent

    Tout. Avant d’en avoir, on le pense. Après, on le sait, on le vit. Concrètement, qu’est-ce que ça change d’avoir des enfants ? Je ne parle pas, ici, de l’expérience que la femme vit, c’est à elles de nous raconter cette aventure qui est probablement au-delà de ce qu’on peut décrire (le corps se transforme, les équilibres hormonaux aussi, et puis les femmes donnent la vie). Nous pouvons accompagner les femmes dans cet acte, les soutenir, mais comprendre ce qu’elles vivent, je ne pense pas. Trop physique, trop biologique pour être partagé complètement. D’ailleurs, quelle expérience peut-être complètement partagée ?

    Le mieux est l’ennemi du bien, commençons par décrire les choses, on verra si ça se partage. Pour un père, donc, ou une mère (hors grossesse et accouchement), qu’est-ce qui change avec des enfants ? On apprend le sens de plusieurs mots important, que l’on avait laissé de côté, à tort. J’en livre quelques-uns, spontanément.

    Le bonheur réside dans la santé. Quand la santé va, le reste suit. C’est un immense bonheur d’avoir la chance d’être en bonne santé. Le plus grand drame humain est certainement de perdre un enfant, ou d’avoir des enfants malades, ou qui souffrent.

    Sacrifice. Avoir des enfants, c’est sentir au plus profond de soi à quel point on peut se sacrifier pour eux. Si l’on me demandait demain de choisir entre ma vie et celle de mes enfants, je n’hésiterais pas une seconde. On découvre le sens du mot sacrifice avec des enfants. Son sens propre. C’est parce qu’on les aime, bien sûr, au-delà de ce qui est imaginable lorsqu’on n’a pas d’enfants. De l’amour qui veut juste donner, qui n’attend pas en retour. Agapè, selon la classification des grecs.

    Joie. Les enfants, spontanément, dès leur plus jeune âge, jouent. Ils sont joyeux, naturellement. Ils nous forcent à sortir de notre temps d’adulte, et à nous replonger dans l’instant présent. C’est une source infinie de sagesse. D’humilité. Car ce que les enfants font spontanément, nous devons, nous, faire l’effort de le redécouvrir. Pas en les imitant, bien sûr. Mais ils apportent quelque chose qui est de l’ordre du jeu permanent, qui malmène à bon escient notre sérieux d’adulte.

    Patience. Les enfants demandent de la patience. Ils apprennent, se trompent. Nous ne sommes pas toujours dans les bonnes dispositions pour leur laisser le temps. Et nous devons faire cet effort aussi : être patient, s’adapter, à nouveau à leur temps propre, à leurs besoins d’enfants. C’est dur, souvent, d’être patient. C’est un travail. Et comme tout travail, il donne des fruits. Notre caractère grandit au contact des enfants; Etre à l’écoute, tout en dirigeant les choses, en les cadrant à la bonne mesure.

    Responsabilité. Liberté. Nous sommes responsables de nos enfants. Responsables de leur bien-être, mais aussi et surtout de leur développement harmonieux. A nous de leur apprendre à être libres et heureux. A nous de les aider en les guidant, tel le tuteur avec la plante, sans les empêcher. A nous d’adapter le degré de liberté selon l’âge, les circonstances, l’enfant (aucun n’est identique). Comment douter que l’essentiel du sens dans notre vie vient des enfants ? Le monde qu’on veut participer à leur construire, les chances qu’on veut leur donner, les efforts que l’on peut faire, tout cela n’a de sens que par eux et pour eux. Tout cela inclut, bien sûr, le développement et l’épanouissement de leurs parents, en couple, et hors de la famille. Il ne s’agit pas d’un amour fusionnel. Au contraire. On donne à ses enfants. Mais plus rien ne peut être comme avant avec des enfants.

    Tout est mieux. Avec des enfants, le monde est plus riche, plus joyeux, plus doux, plus vivant, plus surprenant, plus angoissant, plus merveilleux, plus sensé, plus fou, plus tragique, plus tendre, plus beau. Plus humain.