Doute et décision

Sherlock

Je vous recommande la lecture du très bon article de Maria Konnikova (trouvé via l’excellent Inaki Escudero et son compte twitter @inakiescudero) : « Lessons from Sherlock Holmes : don’t decide before you decide« .

C’est un rappel très clair des biais cognitifs qui peuvent faire prendre des décisions – non pas basées sur des faits et l’analyse – mais sur des idées préconçues. Il est toujours bon de rappeler que le doute est important. Trouver des éléments qui permettent de confirmer sa théorie est bien l’inverse de la démarche scientifique, qui consiste au contraire à chercher à mettre en défaut sa théorie. C’est ce qu’avait synthétisé Karl Popper en décrivant le critère de falsifiabilité (en résumé, est « scientifique » toute proposition qui peut être contredite – au moins en imagination – par des faits ou par les résultats d’une expérience).

Mais cet article m’a interpellé pour une autre raison. Il y est question de prise de décision. Et cela fait résonner mon petit article de l’autre jour, et me fait penser à ceci : il y a un équilibre à trouver entre le temps de la réflexion, de l’analyse, et le temps de la décision. Bien sûr, il ne faut pas décider à la hâte, sur la base de théories à peine testées, ou pire validées par des faits retenus dans ce but. Mais il faut aussi, en l’absence de certitudes, prendre des décisions.

L’article « Don’t decide before you decide » est donc valable pour la réflexion policière, pour la démarche scientifique, en somme pour tout ce qui concerne la recherche de la vérité. Qui ne se nourrit pas de rapidité, de précipitation, mais au contraire d’analyse, de réflexion, de tests, d’allers-retours entre la théorie et l’expérience. Mais ce n’est pas valable complètement en ce qui concerne l’action : dans l’action, dans la mise en œuvre, la décision est nécessaire y compris lorsque les informations sont parcellaires. La prise de risque fait partie de l’acte de décision d’action. Il faut être capable d’agir malgré le doute. Prendre des risques et avancer, sans pour autant cristalliser à outrance son jugement. C’est un équilibre difficile à trouver.

Si vous êtes certain, vous vous trompez certainement, parce que rien n’est digne de certitude ; et on devrait toujours laisser place à quelque doute au sein de ce qu’on croit ; et on devrait être capable d’agir avec énergie, malgré ce doute. — Bertrand Russell

Maîtrise de l’information, communication et image de marque

Il est étonnant de constater que pour certains « Maîtrise de l’information » est synonyme de « freiner la circulation de l’info ». Or la maîtrise de l’information ne signifie que 2 choses :

  • faire en sorte que les bonnes informations soient disponibles pour les bonnes personnes au bon moment,
  • en s’assurant que des infos « confidentielles » ne sortent pas de l’entreprise sans contrôle / de manière involontaire

Le point numéro 1, si l’on y réfléchit un peu, consiste simplement à partager de manière complètement transparente sur l’intranet les informations : personne ne peut savoir à qui et à quel moment une information sera utile. Il est donc extrêmement important de les partager ET de faire en sorte qu’on puisse les retrouver. Cela veut dire, pour faire simple : décentralisation et publication à tous les étages, et moteur de recherche performant. C’est une mini-révolution dans la manière de concevoir la communication interne. Elle est déjà en cours, et c’est tant mieux ! Le point numéro 2 repose in fine sur la responsabilité de chacun des employés : en cas de doute, je ne sors pas une information de l’entreprise. C’est simple, et efficace.

Je proposerais bien pour finir, et par le biais de quelques questions, une autre piste pour traiter le point numéro 2 : est-il plus utile pour les entreprises de filtrer à mort ce qui peut en sortir, ou vaut-il mieux communiquer beaucoup et vite sur tout ce que nous faisons ? Le risque de l’opacité est-il préférable à celui des fuites ? Sommes-nous dans une économie du secret industriel, ou dans un monde où l’image de marque se travaille aussi par la capacité à communiquer librement ?

La veille du futur

La veille est une activité indispensable pour garder les yeux et les oreilles ouverts. Capter les tendances, savoir ce que les concurrents font, identifier ce qui se passe dans d’autres secteurs d’activités, en déduire les mouvements de fond : tout cela fait bien sûr partie de ce qui permet de construire et renforcer la stratégie. Je travaille dans le secteur de l’innovation, et je voudrais partager avec vous une réflexion : s’il est important de prendre en compte les résultats de la veille dans les décisions stratégiques, il est également important de comprendre que la stratégie dépend aussi de l’intuition, et de la prise de risque. La chasse à la connaissance – indispensable – ne doit pas donner l’illusion d’une possible connaissance totale (le fameux panoptique dont parlait Yves Cazeau dans un récent et excellent billet sur les organisations).

Le futur n’existe pas encore, et la totalité des informations disponibles ne suffiraient pas à le définir. Le futur est aussi à construire, en agissant. Le futur n’est pas le fruit de l’ensemble des éléments existants à un instant t, il est le fruit des actions menées dans ce cadre. Les choix stratégiques qui seront réalisés participeront à faire émerger tel ou tel futur possible. Voilà pourquoi la veille ne permettra jamais de déterminer une stratégie. Elle l’éclaire, la complète, elle guide l’intuition. Mais au final, la stratégie se décide, en prenant des risques, et en choisissant de favoriser certains futurs, et pas d’autres. C’est ce qu’on pourrait appeler le courage décisionnel.

Qu’en pensez-vous ? Etes-vous confrontés à ce genre de problématiques dans votre travail ? 

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Walking in the rain

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Il s’agit d’une de mes filles qui a tenu, hier, lors d’une averse, à tenir toute seule un parapluie presqu’aussi grand qu’elle.