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  • Le casse du siècle

    Le casse du siècle

    Sarah Knafo est impressionnante. Elle est visiblement surdouée avec les chiffres, très travailleuse, et d’une clarté incroyable pour expliquer les choses, même complexes. Alors bien sûr, je n’ai pas « appris » grand-chose à la lecture du livre (même si ça fait toujours du bien d’actualiser les chiffres, les ordres de grandeurs), car cela fait longtemps que, par mon travail et mes lectures, je suis convaincu que l’Etat socialiste nous vole, et que la gabegie est d’une ampleur calamiteuse. Mais, car il y a un mais, la clarté du propos et la rigueur de la démonstration font tout l’intérêt du livre. On y découvre une vue d’ensemble, rarement posée avec autant de précision, portée par une vision patriotique et libérale (bon teint, assez loin parfois de mes propres positions plus libertariennes, même si elle cite Bastiat, et Friedman). L’auteure est convaincue qu’il faut un Etat fort, bien géré, et qui en donne aux français pour leur argent. La colère devant l’ampleur du désastre est très bien compensée, dans le livre, par l’apport bénéfique d’une vision claire et de solutions à portée de main que propose la députée européenne. Sans dogmatisme, avec pragmatisme.

    Enquête policière

    Le fil du livre est clair : nous sommes devant le casse du siècle, et il faut donc enquêter. C’était le « truc » qui me donnait envie de ne pas lire le livre, et au final, c’est ce qui donne tout son charme à l’ouvrage. Suivant de manière implacable l’enquête, nous passons par :

    1. « L’instruction » : scène du crime, lois de l’enquêteur, victimes, preuves, préjudice, suspects et mise en examen
    2. « L’audience » : avec les accusés suivants bureaucratie, dépense publique, élu clientéliste, fonctionnaire, folie normative et système social, ainsi que les complices
    3. « La parole à la défense » : une série d’objections, de contre-arguments pour lesquels on ne pourra pas réformer le pays, et que Sarah Knafo désamorce avec talent

    Je n’ai pas encore terminé le livre, mais il faut absolument le faire circuler, ne serait-ce que pour créer la discussion et l’échange autour de ces sujets ô combien importants, et contrecarrer la propagande socialiste permanente dont nous faisons l’objet.

    J’ai particulièrement apprécié deux chapitres du début : préjudice et suspects.
    Préjudice, parce qu’il ne s’agit pas comme l’explique très bien la jeune politicienne, de simplement regarder ce qui se voit, mais aussi ce qui ne se voit pas. A la suite de Bastiat, et de Friedman, elle souligne pourquoi il ne s’agit pas juste de montrer ce qu’on nous a pris, mais aussi ce qu’on nous a empêché de construire, gagner, générer. Le préjudice, ce sont les innombrables dommages collatéraux :
    Mais il y a aussi ce qu’on ne voit pas. Ce qu’on ne chiffre pas. Il y a une réflexion de l’économiste Milton Fridman que j’ai toujours en tête dans mon travail de députée. Un régulateur, disait-il, sera cloué au pilori s’il autorise un médicament qui provoque 100 morts. Mais s’il empêche celui qui aurait sauvé 100 000 vies, personne lui demandera jamais de comptes, car celles-là n’ont pas de nom, pas de visage. Elle n’existent pas dans les statistiques. Elles n’existent pour personne.
    Et elle enchaîne sur la voiture autonome (excellent exemple) : personne ne titrera sur les morts évitées grâce aux véhicules autonomes, mais au premier accident de voiture autonome, l’information fera la une de tous les médias. « Quelques morts visibles pèseront toujours plus lourd que des milliers de morts invisible. Alors on l’interdit. On adopte le principe de précaution. On préfère la prudence au progrès. »
    Et « Suspects », parce que j’ai trouvé ce chapitre rafraichissant et éclairant : elle passe en revue toute une liste de faux-suspects, qu’elle disculpe les uns après les autres. Les milliardaires, le marché, les retraités, l’UE, la mondialisation, l’immigration, la conjoncture, le Président de la République et les Français sont ainsi passés en revue. Ils ne sont pas bien sûr exempts de critiques possibles : mais ils ne sont pas les bons suspects pour le casse du siècle.

    Bref j’ai hâte d’y retourner, et je ne saurais assez vous recommander de l’acheter, pour soutenir l’action d’une personnalité rare dans le champ politique, et des idées pragmatiques, patriotes, responsables. Quel bol d’air frais !

  • Maintenant que l’hiver

    Maintenant que l’hiver

    Dès les premières phrases du roman d’Olivier Sebban, on est plongé dans un style très particulier, saisissant par la longueur et la complexité des phrases. Par exemple, celle qui ouvre le premier chapitre :
    Il se pencha sur sa moto et entama la sortie du dernier virage avant le pont, accéléra dans une montée de macadam humide, chaotique et ravaudée de plaques de goudron anthracite et couvertes d’un relief de gravillons et se retrouva entre les deux paravents d’acier à claire-voie de la passerelle dont le tablier enjambait une vaste zone de triage.
    Olivier Sebban déroule une histoire assez sombre, dans un monde assez sombre aussi, gris et blanc de la froidure de l’hiver massif qui s’est abattu sur les hommes, et son style particulier nous le fait ressentir et y plonger de manière très sensuelle. Il tisse dans beaucoup de phrases un mélange d’action, de descriptions, qui distordent le temps de manière très agréable. J’ai beaucoup apprécié ce travail conscient, précis, sur le style et la langue. L’auteur nous rappelle, par ses mots et son art, que nous lisons souvent des romans de scénaristes, et non d’écrivains. Olivier Sebban est écrivain. La langue, tout autant que le récit, est sa matière première. On y vit, on y respire d’une autre manière.
    Nous suivons les aventures de Thomas, ancien réparateur de motos, activité devenue inutile depuis l’interdiction de l’usage du pétrole. Il s’est reconverti en contrebandier de viande (elle aussi interdite par les gouvernants écolos). Il vit dans un monde d’illégalité, de petits coups, et empli d’une grande mélancolie, car il pleure tout autant le monde d’avant, disparu, que la perte de son frère lors de la Grande Epidémie, où on lui a interdit d’assister à l’enterrement. Des drônes de la Brigade surveillent les faits et gestes des citoyens. Je ne révèle pas la suite de l’histoire, mais une histoire d’amour avec la fille Sandra de la députée en vue, va bouleverser sa vie, et permettre à l’auteur de mettre en scène, en plus de Thomas, illustration du citoyen moyen, des représentants du « monde qui s’en sort » dans le système, qui en connait les codes et en détient les clefs.
    J’ai adoré ce roman, et son ambiance, ses thèmes, sont restés présents dans mes pensées plusieurs jours après l’avoir terminé. Un style incroyable et une histoire puissante, en résonance avec notre époque. Un auteur que je suis très heureux d’avoir découvert.

  • Design graphique

    Design graphique

    J’ai toujours été passionné par le design graphique. J’ai appris Illustrator sur le tas, bénéficié d’une formation InDesign au boulot, il y quelques années, et j’ai toujours aimé dessiner, le design de logos, etc. Je recommence à m’y intéresser car j’aimerais mettre en place un projet autour de création d’affiches graphiques, utilisant dessins, couleurs et polices de caractères. Dans ces recherches, je suis tombé sur les contenus de Balo, graphiste belge indépendant, et youtubeur de talent. Il a fait plein de vidéos de redesign de logos super sympas (entre autres), et sa vidéo de cours d’introduction au design graphique est tout simplement parfaite. Je ne résiste pas au plaisir de la partager ici, pour lui faire un peu de pub. (et je me garde la liste des 10 règles, car elle est excellente à garder en tête, et m’a donné mon idée pour un premier poster).

    les 10 règles du design graphique

    1. Créer des concepts, non des dessins vides de sens
    2. Moins, c’est mieux
    3. Créer une hiérarchie dans les informations
    4. Utiliser des grilles
    5. Choisir des polices adaptées au contexte
    6. Utiliser les contrastes (de forme, de taille, de couleur, etc.)
    7. Maîtriser les espaces (il faut que ça respire)
    8. Utiliser la couleur (les couleurs ne sont pas neutres)
    9. Focus sur la lisibilité (on cherche à communiquer)
    10. Equilibrer les compositions

    Et bien sûr la règle bonus : « casser les règles avec discernement ». Ces règles ne sont pas des dogmes esthétiques, juste des principes fondamentaux utiles à connaître, et qui peuvent être contournés, déformés, niés même, mais en conscience, pour un but précis.

    Et place à Balo (Laurent Houtman) et son cours d’1h sur le design graphique. Un grand merci à lui pour ses contenus de grande qualité.

  • Les racines du mal

    Les racines du mal

    Après avoir dévoré « La sirène rouge », le premier roman de Dantec, j’ai relu « Les racines du mal ». C’est un polar, et il faut le préciser, un polar de science-fiction. Car c’est le premier truc qui étonne dans le roman, et qu’on oublie à la lecture : le roman date de 1995 (il y a 30 ans), et Dantec fait vivre un personnage principal – Darquandier (alias Dark) – qui a créé une super-IA avec qui il interagit et poursuit l’enquête. Nous trouvons cela presque normal, mais je pense qu’en 1995, c’était plutôt bien barré. C’est d’ailleurs assez drôle, cette intuition tout à fait juste concernant l’arrivée de l’IA, et de n’avoir pas anticipé l’arrivée des smartphones. Dark ballade son IA partout avec lui dans son Laptop. En 2026, ça parait bien sûr un peu étrange.
    Ensuite, c’est un polar halluciné, sombre, noir. Les tueurs dans le livre sont fous, dangereux, pervers, sadiques. Ils font le Mal parce qu’ils aiment cela. Pas d’excuses psychologiques à deux balles. Même si leur parcours est mis en perspective, ce sont de vrais « méchants ». Et tout s’enchaîne de manière magistrale, il faut bien le reconnaître, et on est pris dans cette lecture poisseuse. D’autant plus, et c’est l’un des intérêts du roman, que Dantec n’utilise pas le polar comme un genre pour dire faire dire des trucs à des personnages. La réflexion de Dantec, ses lectures (scientifiques, ésotériques, religieuses, philosophiques) infusent le roman, et lui donnent une épaisseur, une densité unique. Dantec n’écrit pas un polar de SF parce que c’est le bon créneau. Il écrit un polar de SF parce qu’il est « obsédé » par l’idée du Mal, et parce que – contrairement à beaucoup d’autres – il aime bien la science et la technique, il en comprend les implications, et la manière dont l’humain est un animal technique, par essence. Il aurait transformé toute idée de roman en polar de SF : c’est son imaginaire qui est là, à nu.
    C’est un super roman. Dur, profond, dérangeant, brillant par moment, très humain et réaliste par ses personnages. Dantec a une plume fantastique. Allez, suivant : « Babylone Babies » sera mon roman de l’été.

  • Plaisir d’écrire

    Grâce à l’écoute du dialogue entre Villani & Zyzek (merci Max), j’ai pu infléchir ce que j’avais mis en place l’autre jour. Je partais d’un petit texte (input), et grâce à un process décrit dans Grok, j’en sortais un texte plus abouti, enrichi, pré-rédigé. Comme Villani et ses interlocuteurs le soulignent très bien, on veut garder pour nous le labeur, la part du travail qui nous progresser, avancer, grandir, et le plaisir. J’ai donc modifié le process (et je suis passé dans un vrai environnement pour faire cela Grok Build, époustouflant).
    Tout ce que produira ce process (documenté, apprenant, automatisé en partie) sera injecté dans un brouillon de WordPress, et me servira simplement de matière pour amplifier, enrichir, questionner ma réflexion. Et je garde le plaisir, et le labeur, de l’écriture. Car j’aime écrire, et l’acte d’écriture est ce qui me permet de finaliser ma pensée, de l’affiner. De la laisser reposer aussi, pour la reprendre ensuite. Cette partie-là m’intéresse trop pour la laisser à l’IA. Mais elle fait tellement bien le reste qu’il serait idiot de ne pas s’en servir. A moi, le plaisir, l’imperfection de l’écriture et de la pensée vive. A l’iA, la systématique, la rapidité, la documentation, le branchement des outils.
    Je suis en train de regarder la manière d’automatiser une partie du process pour que Grok aille automatiquement enrichir les brouillons qu’il trouve dans WordPress (en ajoutant à la suite du brouillon, des enrichissements, éclairages, questions, citations, auteurs). Et il le fait avec ma manière : je lui ai demandé, par exemple d’intégrer dans la documentation du process les éléments trouvés dans Boussole de vérité et dans Auto-jeopardysation. Je me régale.

  • Strabisme divergent heureux

    Strabisme divergent heureux

    J’ai eu la grande chance, pour la deuxième fois, d’écouter une conférence de Christian Monjou : agrégé de l’Université, enseignant chercheur à Oxford, spécialiste des civilisations anglo-saxonnes, il a longtemps été professeur de chaire supérieure en khâgne B/L au Lycée Henri IV à Paris et chargé de cours d’agrégation à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Excusez du peu. Et après l’avoir écouté, je peux ajouter spécialiste de l’histoire de l’art et des idées, intelligence foisonnante, passionnée, et passionnante. Grande générosité dans le partage (Vous pouvez écoutez une passionnante interview sur le site de l’apm).

    Strabisme heureux

    L’exposé que nous avons eu avant hier portait sur les Wiener Werkstätte, célèbres ateliers viennois, fondés en 1903 par Josef Hoffmann, Koloman Moser et l’industriel Fritz Waerndorfer. Inspirés par le mouvement Arts & Crafts du Royaume-Uni, leur objectif était de fusionner les beaux-arts avec les arts décoratifs pour produire un art total rendu accessible au plus grand nombre. L’exposé était génial et foisonnant d’histoires et de photos d’oeuvre d’arts et d’artisanat. Cela résonnait pour moi beaucoup car mes parents avaient un gros livre, Wien 1900 (?), qui couvrait exactement cette période et que j’ai souvent feuilleté.
    Dans l’introduction de sa conférence, Christian Monjou a introduit le concept de « strabisme divergent heureux », que je tenais à conserver ici. L’idée en est claire, sinon simple : selon Christian Monjou, un trait caractéristique des leaders (thème de travail récurrent de Monjou), c’est cette capacité à avoir toujours un oeil sur deux choses à la fois (strabisme), contradictoires ou en tension (divergent), tout en parvenant à les articuler et à utiliser la tension pour en faire naître quelque chose. Il en a donné un premier exemple, qu’il trouve parfaitement adapté à ces géniaux créateurs de Wiener Werkstätte : avoir un oeil sur le passé, sur ce qui va disparaitre, mais dont il faut garder quelque chose (en l’occurence l’art nouveau), et un oeil sur l’avenir, sur ce qui est en train de survenir, et qu’il convient de façonner et de rendre possible (en l’occurence l’art déco). Bien sûr, c’est aussi un point de bascule historique entre le monde ancien de l’artisanat, et le monde qui survient, industriel.
    Il a illustré ce moment de transition, de strabisme divergent heureux, des Hoffman, Moser & Waerndorfer, avec beaucoup d’images d’oeuvres, d’objets, de créations, qui montrent très bien ce mélange d’un rappel du végétal, de l’organique et du naturel de l’art nouveau, avec déjà visible la géométrisation, et une forme de simplification des formes propre à l’art déco. Mais il l’a appliqué à d’autres sujets : il faut regarder, pour le leader, ce qui se passe dans sa communauté, à l’intérieur, mais aussi ce qui se passe en dehors. Ce strabisme divergent heureux est un concept utile, car il donne en quelques mots des éléments permettant de mieux attraper les paradoxes, dont le monde humain est fait, pour – non pas chercher à les résoudre – mais à apprendre, avec discernement, et humilité, ce que l’on peut bâtir avec. Ce qu’ils contiennent de réalité que nos modèles mentaux ne peuvent pas complètement, logiquement, réconcilier. Les paradoxes sont à expliciter, formuler, et à utiliser.
    Je vous recommander d’aller écouter l’interview linkée en début d’article pour découvrir le fabuleux conteur qu’est Christian Monjou. Et cette interview revient sur un des thèmes de sa conférence, « on ne crée / innove qu’en bidouillant avec le déjà-là », sur lequel j’ai capturé une petite citation.
    Une oeuvre d’art a peut-être plus à voir avec une autre oeuvre d’art qui l’a précédée qu’avec le réel. Harold Bloom