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  • La magie ordinaire d’internet

    La magie ordinaire d’internet

    tasses handygeorgeJ’ai fait il y a quelques mois une police (basée sur la classique Georgia) sur mon Ipad en utilisant l’application iFontMaker. Je l’ai ensuite uploadée sur DaFont.com, afin que d’autres puissent l’utiliser. Elle s’appelle Handy George et elle est là  : Handy George sur DaFont.com.

    Il y a quelques jours, j’ai eu la surprise de voir que 1° elle avait été téléchargée plus de 35000 fois (Update du 23 février 2021 : la barre des 300k a été franchie!), et que 2° plusieurs sites montraient qu’elle avait été utilisée (pour faire des posters et même des tasses en DIY). Trop trop cool. Ca a été aussi aspiré par une algo d’un « fou » au Canada, qui répertorie toutes les polices qu’il trouve sur le web : Luc Devroye.

    C’est bien ça la « magie ordinaire » d’internet ! J’ai fait un truc dans mon coin, rapido, hop c’est posté, et quelques temps après plusieurs personnes – que je ne connaitrais jamais – l’ont utilisé, déformé, diffusé un peu partout dans le monde. Grâce à  une plateforme initiale (Dafont.com), et à  l’énergie de chacun d’entre-nous…J’adore ça ! Du coup, je vais refaire d’autres polices

  • Makers – Qu’avez-vous envie de fabriquer aujourd’hui ?

    Makers – Qu’avez-vous envie de fabriquer aujourd’hui ?

    C’est la phrase de conclusion du livre qui m’a servi de titre pour ce billet. Le livre « Makers – La nouvelle révolution industrielle » de Chris Anderson (journaliste, scientifique, multi-entrepreneur … et bricoleur) est consacré au mouvement des « makers », c’est-à -dire – pour faire court – à  tous ceux qui utilisent des imprimantes 3D, découpeuses laser, logiciels et matériels open source pour fabriquer des objets. C’est un peu le prolongement de ce qui s’est passé sur le web avec les communautés, l’open source, pour les bits, mais transposé dans le domaine physique, réel, des atomes. Les entreprises makers sont issues du web, appuyés souvent sur des communautés de passionnés/utilisateurs/prosumers, et recourent au web – et à  son efficacité – pour à  peu près toutes les opérations : trouver des fournisseurs, des financements, faire le marketing, livrer, procéder à  une R&D open et communautaire. Costaud et puissant.

    C’est passionnant, bien écrit et clair. Par ailleurs, l’éclairage est suffisament large pour intéresser à  la fois un passionné de technique, comme celui qui voudrait comprendre les implications de ce mouvement dans l’économie. Le livre fourmille d’exemples de sociétés qui se sont construites au sein du mouvement Makers ; l’auteur y revient également sur toutes les possibilités qu’il entrevoit pour ces modes de fabrication adapté pour les petites et moyennes séries, pour le sur-mesure plus que pour standard. Il montre aussi comment le mouvement s’est déjà  amorcé de démocratisation de ces outils, à  l’instar des imprimantes à  l’époque : les premières étaient des outils de luxes, réservées à  des entreprises (il revient sur la première imprimante d’Apple, la LaserWriter qui coûtait très cher, mais qui n’était que le début d’un mouvement qui a conduit presque chacun d’entre nous à  pouvoir imprimer chez soi, sur sa propre imprimante bon marché et de bonne qualité).

    J’ai eu la chance de participer à  une exploration de la FING sur le DO IT YOURSELF, et le mouvement des Makers. Autant dire que ce livre ne m’a pas fait découvrir ce sujet, mais l’a plutôt cristallisé, renforcé, et a achevé de me convaincre que le mouvement des makers avait déjà  rempli des interstices du marché non adressés par les grandes entreprises, et qu’il allait probablement revisiter un certain nombres des schémas acquis au sein de l’industrie.

    Alors si vous voulez découvrir MakerBot, Kickstarter, Etsy, Square, DIYDrones, et autres Quirky (ainsi que leurs histoires respectives), tout en découvrant un univers passionnant, foisonant (comme peut l’être le web), en ébulition même, courez acheter Makers, vous ne serez pas déçu. Plein de belles perspectives dans ce livre, à  commencer par la plus simple et la plus excellente des promesses : vous pouvez dessiner ce que vous voulez sur votre ordinateur (avec Inkscape, Illustrator, Sketchup ou AutoDesk 123D), et faire réaliser à  votre imprimante 3D perso ou en ligne (ShapeWays, Ponoko) à  peu près n’importe quel objet de votre imagination.

    Alors : qu’avez-vous envie de fabriquer aujourd’hui ?

  • Chema Madoz : le réel décalé

    Chema Madoz : le réel décalé

    Connaissez-vous Chema Madoz ? C’est un photographe espagnol (né en 1958). En voyant passer sur Twitter un lien vers une photo très bien faite, j’ai eu envie de retourner voir ses photos. Sincèrement, si vous ne connaissez pas, courez les découvrir, c’est magnifique. Détournement des objets, mise en décalage de la réalité de manière simple et puissante, en noir et blanc. Sublime !

  • Les postures de l’innovation

    Les postures de l’innovation

    La science nous a appris que l’être humain est un tout : il n’y a pas l’esprit d’un côté, et le corps de l’autre. Fini le dualisme, bienvenue à  l’organisme.

    J’avais été très intéressé par la lecture (il y a longtemps déjà ) du livre « Le sens du Mouvement », d’Alain Berthoz. J’en ai retenu, entre autres, que l’état d’esprit et la posture influencent la manière de vivre une situation, y compris la manière dont l’organisme perçoit son environnement. Le scénario interne inconscient détermine ce que l’organisme va percevoir et utiliser pour son action.

    Il y a peu de temps, j’ai vu cette vidéo très intéressante sur Ted (grâce à  Max), où Amy Cuddy explicite les liens qui existent entre postures physiques et état d’esprit : oui, prendre une posture physique de « puissance » met effectivement en condition d’être plus efficace, réactif, détendu, etc…

    Et dans le cadre de mon travail, je viens de lire un excellent article de Andrew B. Hargadon (1998) : « Firms as Knowledge Brokers: Lessons in Pursuing Continuous Innovation », California Management Review 40 (3): 209—227. C’est passionnant : il y revient sur l’analyse de firmes spécialisées dans l’innovation continue, c’est-à -dire de sociétés dont la principale et seule activité est l’innovation (IDEO, Design Continuum, McKinsey, etc…).

    Entre autres choses passionnantes, il y mentionne la ”posture du sage » : le fait d’être suffisamment confiant et à  la fois pas trop arrogant, et qui permet de partager ses connaissances avec les autres, mais aussi ses problèmes et ses doutes. Une clé dans le « knowledge brokering » et le bon fonctionnement des organisations basées sur cela pour innover en permanence. Ce retour sur une « posture » a fait tilt, car je l’avais déjà  évoqué avec mon collègue @Mickouku !

    J’ai donc envie d’aller chercher et étudier un peu tout ça : les postures (à  la fois physiques et psychiques), leur typologie et leur impact sur la réflexion, la créativité et l’innovation. J’imagine qu’il y a des classifications qui existent et des travaux à  ce sujet. Si vous en connaissez, merci de me le dire en commentaire. Quelles sont les postures ouvertes/fermées ? Quels liens avec les grandes postures réflexologiques évoquées par G. Durand dans « Structures anthropologiques de l’imaginaire » ? Quels liens entre l’espace physique de travail et les postures ? Quel impact ont les postures sur les postures ? quel est l’impact d’un changement de posture plus ou moins forcé ? quel lien avec les postures fondamentales évoquées par Laborit et d’autres (lutte, fuite, inhibition de l’action, jeu, découverte) ? Comment une organisation peut favoriser telle ou telle posture ? Je sens que ça va être passionnant…et j’aimerais bien que ça débouche sur une classification simple et utilisable des « postures de l’innovation ».

    Si vous avez déjà  des connaissances sur le sujet, ou si vous pouvez m’orienter vers des ressources, des auteurs, etc… je suis preneur ! Soyez sages.

  • Connected (Sex) Life

    connectedlifeDessin réalisé dans l’application Adobe Ideas pour Ipad.

  • Innover pour survivre

    Innover pour survivre

    « Innovate or die » aurait pu être le sous-titre du livre de Pascal Picq « Un paléoanthropologue dans l’entreprise ». A la place, il a mis « S’adapter et innover pour survivre », ce qui est plus juste. Pascal Picq est un éminent membre du Collège de France, et il oeuvre depuis une quinzaine d’années pour introduire des notions rapportées de la théorie de l’évolution darwinienne dans l’entreprise (avec l’APM, ou l’Académie des Entrepreneurs). Son livre est facile à  lire, bourré de notions et d’idées de tous les horizons, et c’est ce qui en fait la richesse. On y voit à  l’oeuvre non un spécialiste, mais un passeur, un jongleur, prêt à  faire des raccourcis pour faire bouger les lignes. C’est un livre enthousiasmant, éclairant, jubilatoire. Le parallèle dressé entre « capacité d’adaptation » (pour des individus et des espèces) et « innovation » (pour les entreprises et les sociétés) est puissant.
    Je n’ai pas appris grand-chose sur la théorie de l’évolution (que je connaissais déjà  un peu), mais j’ai par contre découvert avec un grand plaisir que ce champ de connaissance ramené dans l’entreprise vient renforcer un certain nombre de thèmes que l’innovation fait émerger aussi :

    • la notion de reine rouge (image repiquée par la biologie à  Lewis Carroll) : dans un environnement mouvant, il faut bouger pour être immobile ; les entreprises doivent être capables d’évoluer pour rester adaptées dans un monde en perpétuelle évolution. De cela découle la notion de coévolution : il est préférable de travailler avec son éco-système (y compris les concurrents) pour continuer à  s’adapter. Sans concurrents, l’illusion d’un environnement fixe revient rapidement, et l’entreprise perd sa capacité d’adaptation, d’innovation.
    • l’importance d’une culture faisant la part belle à  l’essai / erreur. Notre culture européenne, et particulièrement la culture française, est encore trop attachée à  des structures de décisions et opérationnelles verticales, où « l’échec » est vécu comme une catastrophe. L’innovation, comme l’adaptation à  l’environnement, ne passe que par le fameux couple « variation / sélection ». Il faut générer de la diversité (variation), et la pression de l’environnement fera émerger ce qui fonctionne (sélection).
    • l’arrivée en force de la Responsabilité Sociale de l’Entreprise, et du développement durable. Cela converge admirablement avec les thèses de Ségrestin & Hatchuel. Ce serait d’ailleurs une manière intéressante de pousser ce sujet que de les faire se rencontrer…
    • la nécessaire porosité avec le monde extérieur au sein des entreprises : les dirigeants ont intégrés que l’évolution dépend de facteurs internes, mais ils oublient parfois à  quel point elle dépend aussi de facteurs externes. Je ne peux qu’applaudir des deux mains à  ce constat simple, mais à  rappeler en permanence, surtout avec celui de la nécessaire co-évolution : les autres acteurs, y compris les concurrents, ne sont pas des ennemis, mais les membres d’un écosystème commun.

    Pour en découvrir un peu plus je vous invite à  regarder cette conférence de Pascal Picq, et bien sûr à  aller acheter cet excellent bouquin !