C’est ma fille aînée qui m’a conseillé ce petit livre de Fiodor Dostoïevski : « Les nuits blanches ». Elle a drôlement bien fait (merci) : c’est un petit roman, ou une grosse nouvelle, très agréable à lire, étonnante et émouvante. Sans trop dévoiler l’intrigue, il s’agit de l’histoire d’une rencontre, sentimentale, affective et spirituelle, entre deux êtres faits l’un pour l’autre, peut-être, mais dont les circonstances de rencontre rendent l’histoire difficile sinon impossible.
Elle est étonnante, car elle tranche avec ce que j’avais lu auparavant de Dostoïevski (principalement « Les Frères Karamazov » et « L’idiot ») : fraiche, drôle à certains moments, pleines d’envolées lyriques, toujours parfaitement nuancées par des touches d’ironie des personnages. Elle m’a beaucoup ému, par son caractère proche d’un conte (l’histoire de la robe cousue à celle de la grand-mère est incroyable). La force et la fragilité du sentiment et de l’expérience amoureuse y sont remarquablement bien décrites, par le biais de personnage très justes, universels, et dont le parcours dans le roman illustre merveilleusement le tragique de la condition humaine, et l’irrémédiable tension entre notre monde spirituel, son foisonnement multifacettes, et l’extrême exigence de brièveté et de présence au temps présent, à l’instant. L’idéal imaginé, et la réalité concrète mis en tension. Le paradoxe de l’élan sentimental et amoureux, absolu, obligé de composer avec le contexte imparfait dans lequel il doit se déployer.
Magistrale nouvelle. Ça m’a donné envie de relire d’autres romans de ce génie.
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Les nuits blanches
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Citation #190
Les Droits individuels ne peuvent être soumis à un vote public : une majorité n’a pas le Droit de voter pour supprimer les Droits d’une minorité. Le rôle des Droits est de protéger les minorités contre l’oppression des majorités (la plus petite minorité est l’individu).
Ayn Rand (1905 – 1982)
écrivain et philosophe américaine
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Le poids du monde
A l’heure de la connexion possible au reste du monde, instantanée, il me semble qu’un danger nous guette, encore plus probablement que la consommation futile ou toxique, c’est celui de se faire voler notre bonheur quotidien.
Ils sont nombreux, les insatiables, les voraces, les illuminés, à vouloir absolument nous forcer à prêter attention à des choses qui ne nous concernent pas, ou pas directement, ou si peu, que le simple fait d’y prêter attention porte déjà atteinte à nos propres enjeux et préoccupations. Je crois qu’il y a définitivement deux catégories d’humains : ceux qui apprennent à se contenter de mener leur vie, humblement, laborieusement, en étant ouvert au doute, et sachant s’étonner et se satisfaire de peu, et ceux (que j’appelais ci-dessus les insatiables) dont la soif de pouvoir, de grandeur personnelle, ne sera jamais comblée, et fait peu de cas de la vie des autres, qu’ils peuvent à l’occasion considérer comme des moyens d’atteindre leurs objectifs.
Il y a de grands projets portés par les deux catégories d’Hommes. J’ai de moins en moins de respect pour ceux portés par la deuxième catégorie. Ceux qui nous forcent, par exemple, à nous préoccuper du sort de gens à l’autre bout du monde, qui sont complètement hors de nos vies pratiques. Par le biais de l’émotion (qui ne compatirait pas avec le malheur de ses congénères ?), ils nous volent du temps d’attention, ils nous surchargent le quotidien d’un poids impossible à porter. Je crois que c’est volontaire, à défaut d’être nécessairement conscient. Une fois les honnêtes gens accablés de stress, de culpabilité, d’émotions contradictoires et ingérables (parce que les causes sont trop éloignées de nos moyens d’actions), il ne reste plus qu’une population hagarde, ou frappée de stupeur, qu’il est bien aisé de manipuler.
Nous n’avons pas les épaules suffisamment solides pour porter le poids de monde. Nous ne sommes pas Atlas, mais des Hommes. Nous avons le droit, et le devoir, de refuser ce poids, inhumain, démesuré.
Sachons nous concentrer sur nos proches, sur notre famille, notre travail, sur la réalité concrète qui nous entoure. Mon voisin est plus important qu’un iranien, n’en déplaise aux journalistes et aux politiciens. Mes enfants sont plus importants que la majorité municipale. J’ai tendance parfois à l’oublier ; non pas intellectuellement, bien sûr, mais en termes d’attention portée, d’univers mental. Ma réalité est d’abord sous mes yeux, à chaque instant, chaque jour. Il faut bien sûr garder un œil sur les insatiables (on est bien obligé, car ils sont nuisibles), mais sans nous laisser voler notre bonheur quotidien, dont la saveur et le sens ne sont pas à l’échelle d’une planète, ou de l’Histoire, mais bien à l’échelle de phénomènes et d’interactions à taille humaine, plus modestes, plus actionnables. Méfions nous de l’idéal qui condamne ou cache la réalité. Ne nous laissons pas gagner par leur hubris, qui flatte l’ego – en faisant croire que nous pouvons porter le monde sur nos épaules – et déforme les désirs les plus simples. Un Homme bien ancré dans sa propre vie, avec ses propres objectifs, ses relations, son travail, est une force de résistance face aux voraces voleurs de bonheur. -

Flânerie #7
Pendant le jogging matinal, une femme et sa fille se faisaient prendre en photo, avec le décor de Paris et de la Tour Eiffel.
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Flânerie #6
A la gare de Clermont-Ferrand, vendredi, j’ai acheté pour le trajet le dernier numéro de Métal Hurlant. J’ai été surpris, en le feuilletant, de découvrir qu’il était composé d’oeuvres originales, sous forme de nouvelles, et il y avait beaucoup de dessins très qualitatifs.
J’ai notamment été assez bluffé par la petite histoire de Jacques Després, dont vous pouvez voir une image dans ce billet. Cela ressemble a de la 3D, post-traitée en 2D avec un style assez particulier. Le résultat est très chouette, en tout cas. J’ai été surpris de lire que Jacques Després était l’auteur d’un livre « Livre des grands contraires philosophiques », traduit dans plus de 80 pays. Etonnant pour un auteur de BD. Et ma surprise fut encore plus grande, en lisant sa fiche wikipedia, que ce livre a été co-écrit avec Oscar Brenifier. Car je connais (un peu) ce deuxième auteur : lorsque j’étais chez Renault, j’avais eu la chance de participer à plusieurs séances d’ateliers de Pratique Philosophique, dont j’ai gardé un souvenir unique. Il s’agissait de séance d’échanges philosophiques, avec une manière de conduire la discussion particulière, apportée par Oscar Brenifier, centrée sur le sens des mots et la logique, sur les idées, et faisant l’effort d’évacuer toutes les périphrases inutiles, les émotions tordant la réflexion, et toutes les conventions sociales bloquant le vrai échange d’idées. Passionnant.
C’était très sympa, qu’au gré d’une flânerie dans les rayons d’un Relay de gare, je tombe sur des dessins fantastiques, faits par le co-auteur d’un livre philosophique qui me parle, et me donne envie. j’ai commandé le livre commun d’Oscar Brenifier et Jacques Després, et je vous en ferai bien sûr la recension.