Catégorie : 💬 Citations

  • Citation #188

    Il faut avoir femmes, enfants, biens, et surtout de la santé, si l'on peut; mais non pas s'y attacher en manière que notre bonheur en dépende. Il faut se réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissions notre vraie liberté et principale retraite et solitude.

    Michel Eyquem de Montaigne (1533 – 1593)
    philosophe, humaniste, écrivain érudit et moraliste français de la Renaissance.

  • Citation #187

    Dire que certaines personnes ont simplement des niveaux de performance plus élevés que d’autres, pour quelque raison que ce soit, est une menace pour la vision dominante d’aujourd’hui, car cela place implicitement la responsabilité sur le groupe en retard de performer ; et, ce qui est peut-être plus important, prive l’intelligentsia de son rôle de lutter du côté des anges contre les forces du mal. Le concept même de réussite s’estompe ou est banni dans certaines formulations verbales de l’intelligentsia, où ceux qui s’avèrent avoir plus réussis ex post sont dits « privilégiés » ex ante.

    Thomas Sowell (1930)
    Economiste et sociologue américain

  • Pêcheur de perle

    Pêcheur de perle

    Je suis en train de terminer le formidable livre d’Alain Finkielkraut, « Pêcheur de perles ». Il est formidable pour les raisons habituelles avec cet auteur : écriture ciselée, précise et forte, richesse du vocabulaire, humilité d’un vrai penseur, tout cela donne toujours avec « Finkie » des ouvrages agréables à lire, édifiants, touchants. Mais il est formidable pour deux autres raisons que j’aimerais souligner pour vous donner envie de le lire.

    Pêcheur de perles

    Le prologue du livre le dit bien, il s’agit d’un livre de passionné de citations (je le suis également, ma collection est à votre disposition). Ce prologue, à la relecture, mérite d’être partagé ici, tant il donne à voir le style de Finkielkraut, et le projet de ce livre.
    Walter Benjamin collectionnait amoureusement les citations. Dans la magnifique étude qu’elle lui a consacrée, Hannah Arendt compare ce penseur inclassable à un pêcheur de perles qui va au fond des mers « pour en arracher le riche et l’étrange ».
    Subjugué par cette image, je me suis plongé dans les carnets de citations que j’accumule pieusement depuis plusieurs décennies. J’ai tiré de ce vagabondage les phrases qui me font signe, qui m’ouvrent la voie, qui désentravent mon intelligence de la vie et du monde. Et plutôt que de les mettre au service d’une thèse ou d’une démonstration, je me suis laissé guider par elles, sans idée préconçue. Ces phrases n’étaient pas pour moi des ornements, mais des offrandes. Elles ne décoraient pas la pensée, elles la déclenchaient ; elles ne l’illustraient pas, elles la tiraient du sommeil.
    Avant le grand saut dans l’éternel nulle part, j’ai ainsi dressé, sans chercher à être exhaustif ni à faire système, le bilan contrasté de mon séjour sur la Terre.

    Chaque court chapitre s’ouvre donc sur une citation, qui sert de point de départ à une réflexion de l’auteur, libre, riche, pleine de reflets surprenants, avec en fond la parole d’un homme qui n’assène jamais de certitudes, mais cherche la vérité, et partage ce qu’il a trouvé sans prétendre avoir fait le tour : ni plus, ni moins. Cette logique de citations, agrémentées de réflexions qui les éclairent et les font vivre, m’a fait penser aux lectures Talmudiques de Levinas.

    Densité

    Le livre est formidable également par sa densité. Les textes, pour être courts, sont, à l’évidence mais sans que cela soit visible, travaillés, ciselés, relus, raccourcis, peaufinés : la pensée exprimée utilise toute la puissance de notre belle langue, s’appuie sur de nombreux auteurs, et l’on mesure, à la lecture, la profondeur de la culture de Finkielkraut. Cet homme est un intellectuel hors-pair, et un travailleur infatigable. Il nous éclaire sur notre époque, mais aussi sur notre condition humaine.
    Ce livre est entré dans mon petit Panthéon personnel des meilleurs livres. Je sais que je le relirai, autant pour la forme que pour le fond.
    C’est une grande leçon d’humilité pour moi : je publie chaque mois au travail une newsletter, intitulée « Fantaisies », qui s’ouvre systématiquement par la « citation du mois », que je commente en un ou deux paragraphes. Je mesure, à la lecture du « Pêcheur de perles », l’abime qui sépare mon bricolage d’un véritable travail d’écriture. Rien que pour cela, la lecture de ce livre était indispensable.

  • Citation #186

    La propension à l'espoir et à la joie, c'est richesse réelle; la propension à la crainte et au chagrin, c'est pauvreté véritable.

    David Hume (1711 – 1776)
    philosophe, économiste et historien écossais

  • Citation #185

    Pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible.

    Antoine de Saint-Exupéry (1900 – 1944)
    écrivain, poète, aviateur et reporter français.

    Voilà une citation intéressante sur ce qu’est l’avenir, objet qui – à l’évidence – n’existe pas. C’est drôle de parler de choses qui n’existent pas, du moins pas encore, ou pas tout à fait encore…
    La citation fait penser à la définition de ce qu’est la démarche projet (« Structurer méthodiquement et progressivement une réalité à venir »). On y trouve presque toutes les idées de la phrase de Saint-Exupéry, même cette idée poétique de « rendre possible », « permettre », comme s’il fallait autoriser, faire de la place à ce qui arrive. En effet, faire de la place à ce qui n’existe pas encore, n’est-ce pas le sens du mot progressivement de la définition ? En rebond, cela renvoie à l’idée de l’innovation (innover : « Introduire du neuf dans quelque chose qui a un caractère bien établi. »). Il faut bien aménager et faire de la place pour cela. Permettre la remise en ordre, rendre possible, permettre.

  • Confabulation

    Confabulation

    J’ai appris ce mot en lisant l’excellent livre de Thibaut Giraud (alias Monsieur Phi) sur les LLM (Large Language Models). Le livre « La parole aux machines » est remarquable et fera l’objet bientôt d’une recension détaillée ici.
    En décrivant la manière dont les premières versions des LLM hallucinaient (ça arrive encore mais nettement moins), il précise :
    Le terme n’est peut-être pas le mieux choisi pour désigner ce phénomène parce que celui-ci n’a qu’un rapport assez vague avec des hallucinations au sens psychologique : on ne prétend pas que ChatGPT perçoit faussement l’existence d’oeufs de vache. Il serait plus juste de parler de faubulation pour ce type de discours, c’est-à-dire la présentation d’éléments fictifs comme factuels. On pourrait aussi rapprocher ce phénomène de la confabulation qui consiste, pour l’être humain, dans le fait d’ajouter involontairement des éléments imaginaires afin de compenser des lacunes dans ce que la mémoire nous présente. Presque tous nos souvenirs sont le mélange d’éléments réels et confabulés que nous avons le plus grand mal à distinguer (…).
    Cela résonne avec certaines de mes réflexions sur les récits et les faits, et comme j’aime les mots je suis allé chercher la définition de ces deux mots.
    Fabulation :
    A.− Organisation des faits constituant le fond d’une œuvre littéraire.
    B.− Récit imaginaire.

    Et le deuxième, qui semble être un anglicisme, ou peut-être simplement plus rare ou récent (absent du TLFI), décrit, dans un registre plutôt pathologique, un « trouble de la mémoire qui consiste à produire des souvenirs fabriqués, déformés ou mal interprétés sur soi-même ou sur le monde ». Le terme est donc particulièrement bien choisi pour décrire ces fameuses « hallucinations » des LLM.
    En conclusion, il faut aussi mentionner le troisième larron de la bande, basé sur la racine « fable » (emprunté au latin « fabula », désignant des « propos, paroles ») : affabulation, dont je ne connaissais pas du tout le sens précis (uniquement le dernier sens, par extension, qui est déjà loin du sens initial).
    Affabulation subst. fem :
    A.− Rare, vx. Morale énoncée au début ou plus généralement à la fin d’une fable, d’un apologue.
    – P. ext. Moralité tirée d’un événement symbolique.
    B.− RHÉT. Organisation méthodique d’un sujet en « fable », c’est-à-dire en intrigue d’une pièce de théâtre, en trame d’un récit imaginaire.
    − Au plur. Œuvres d’imagination organisées en « fable ».
    − P. ext. Succession des épisodes d’un rêve.

    Je suis content d’avoir un mot pour décrire ce phénomène que j’ai expérimenté souvent : la confabulation.