CatĂ©gorie : 💬 Citations

  • PĂȘcheur de perle

    PĂȘcheur de perle

    Je suis en train de terminer le formidable livre d’Alain Finkielkraut, « PĂȘcheur de perles ». Il est formidable pour les raisons habituelles avec cet auteur : Ă©criture ciselĂ©e, prĂ©cise et forte, richesse du vocabulaire, humilitĂ© d’un vrai penseur, tout cela donne toujours avec « Finkie » des ouvrages agrĂ©ables Ă  lire, Ă©difiants, touchants. Mais il est formidable pour deux autres raisons que j’aimerais souligner pour vous donner envie de le lire.

    PĂȘcheur de perles

    Le prologue du livre le dit bien, il s’agit d’un livre de passionnĂ© de citations (je le suis Ă©galement, ma collection est Ă  votre disposition). Ce prologue, Ă  la relecture, mĂ©rite d’ĂȘtre partagĂ© ici, tant il donne Ă  voir le style de Finkielkraut, et le projet de ce livre.
    Walter Benjamin collectionnait amoureusement les citations. Dans la magnifique Ă©tude qu’elle lui a consacrĂ©e, Hannah Arendt compare ce penseur inclassable Ă  un pĂȘcheur de perles qui va au fond des mers « pour en arracher le riche et l’Ă©trange ».
    SubjuguĂ© par cette image, je me suis plongĂ© dans les carnets de citations que j’accumule pieusement depuis plusieurs dĂ©cennies. J’ai tirĂ© de ce vagabondage les phrases qui me font signe, qui m’ouvrent la voie, qui dĂ©sentravent mon intelligence de la vie et du monde. Et plutĂŽt que de les mettre au service d’une thĂšse ou d’une dĂ©monstration, je me suis laissĂ© guider par elles, sans idĂ©e prĂ©conçue. Ces phrases n’Ă©taient pas pour moi des ornements, mais des offrandes. Elles ne dĂ©coraient pas la pensĂ©e, elles la dĂ©clenchaient ; elles ne l’illustraient pas, elles la tiraient du sommeil.
    Avant le grand saut dans l’Ă©ternel nulle part, j’ai ainsi dressĂ©, sans chercher Ă  ĂȘtre exhaustif ni Ă  faire systĂšme, le bilan contrastĂ© de mon sĂ©jour sur la Terre.

    Chaque court chapitre s’ouvre donc sur une citation, qui sert de point de dĂ©part Ă  une rĂ©flexion de l’auteur, libre, riche, pleine de reflets surprenants, avec en fond la parole d’un homme qui n’assĂšne jamais de certitudes, mais cherche la vĂ©ritĂ©, et partage ce qu’il a trouvĂ© sans prĂ©tendre avoir fait le tour : ni plus, ni moins. Cette logique de citations, agrĂ©mentĂ©es de rĂ©flexions qui les Ă©clairent et les font vivre, m’a fait penser aux lectures Talmudiques de Levinas.

    Densité

    Le livre est formidable Ă©galement par sa densitĂ©. Les textes, pour ĂȘtre courts, sont, Ă  l’Ă©vidence mais sans que cela soit visible, travaillĂ©s, ciselĂ©s, relus, raccourcis, peaufinĂ©s : la pensĂ©e exprimĂ©e utilise toute la puissance de notre belle langue, s’appuie sur de nombreux auteurs, et l’on mesure, Ă  la lecture, la profondeur de la culture de Finkielkraut. Cet homme est un intellectuel hors-pair, et un travailleur infatigable. Il nous Ă©claire sur notre Ă©poque, mais aussi sur notre condition humaine.
    Ce livre est entré dans mon petit Panthéon personnel des meilleurs livres. Je sais que je le relirai, autant pour la forme que pour le fond.
    C’est une grande leçon d’humilitĂ© pour moi : je publie chaque mois au travail une newsletter, intitulĂ©e « Fantaisies », qui s’ouvre systĂ©matiquement par la « citation du mois », que je commente en un ou deux paragraphes. Je mesure, Ă  la lecture du « PĂȘcheur de perles », l’abime qui sĂ©pare mon bricolage d’un vĂ©ritable travail d’Ă©criture. Rien que pour cela, la lecture de ce livre Ă©tait indispensable.

  • Citation #186

    La propension à l'espoir et à la joie, c'est richesse réelle; la propension à la crainte et au chagrin, c'est pauvreté véritable.

    David Hume (1711 – 1776)
    philosophe, économiste et historien écossais

  • Citation #185

    Pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible.

    Antoine de Saint-ExupĂ©ry (1900 – 1944)
    écrivain, poÚte, aviateur et reporter français.

    VoilĂ  une citation intĂ©ressante sur ce qu’est l’avenir, objet qui – Ă  l’Ă©vidence – n’existe pas. C’est drĂŽle de parler de choses qui n’existent pas, du moins pas encore, ou pas tout Ă  fait encore…
    La citation fait penser Ă  la dĂ©finition de ce qu’est la dĂ©marche projet (« Structurer mĂ©thodiquement et progressivement une rĂ©alitĂ© Ă  venir »). On y trouve presque toutes les idĂ©es de la phrase de Saint-ExupĂ©ry, mĂȘme cette idĂ©e poĂ©tique de « rendre possible », « permettre », comme s’il fallait autoriser, faire de la place Ă  ce qui arrive. En effet, faire de la place Ă  ce qui n’existe pas encore, n’est-ce pas le sens du mot progressivement de la dĂ©finition ? En rebond, cela renvoie Ă  l’idĂ©e de l’innovation (innover : « Introduire du neuf dans quelque chose qui a un caractĂšre bien Ă©tabli. »). Il faut bien amĂ©nager et faire de la place pour cela. Permettre la remise en ordre, rendre possible, permettre.

  • Confabulation

    Confabulation

    J’ai appris ce mot en lisant l’excellent livre de Thibaut Giraud (alias Monsieur Phi) sur les LLM (Large Language Models). Le livre « La parole aux machines » est remarquable et fera l’objet bientĂŽt d’une recension dĂ©taillĂ©e ici.
    En décrivant la maniÚre dont les premiÚres versions des LLM hallucinaient (ça arrive encore mais nettement moins), il précise :
    Le terme n’est peut-ĂȘtre pas le mieux choisi pour dĂ©signer ce phĂ©nomĂšne parce que celui-ci n’a qu’un rapport assez vague avec des hallucinations au sens psychologique : on ne prĂ©tend pas que ChatGPT perçoit faussement l’existence d’oeufs de vache. Il serait plus juste de parler de faubulation pour ce type de discours, c’est-Ă -dire la prĂ©sentation d’Ă©lĂ©ments fictifs comme factuels. On pourrait aussi rapprocher ce phĂ©nomĂšne de la confabulation qui consiste, pour l’ĂȘtre humain, dans le fait d’ajouter involontairement des Ă©lĂ©ments imaginaires afin de compenser des lacunes dans ce que la mĂ©moire nous prĂ©sente. Presque tous nos souvenirs sont le mĂ©lange d’Ă©lĂ©ments rĂ©els et confabulĂ©s que nous avons le plus grand mal Ă  distinguer (…).
    Cela rĂ©sonne avec certaines de mes rĂ©flexions sur les rĂ©cits et les faits, et comme j’aime les mots je suis allĂ© chercher la dĂ©finition de ces deux mots.
    Fabulation :
    A.− Organisation des faits constituant le fond d’une Ɠuvre littĂ©raire.
    B.− RĂ©cit imaginaire.

    Et le deuxiĂšme, qui semble ĂȘtre un anglicisme, ou peut-ĂȘtre simplement plus rare ou rĂ©cent (absent du TLFI), dĂ©crit, dans un registre plutĂŽt pathologique, un « trouble de la mĂ©moire qui consiste Ă  produire des souvenirs fabriquĂ©s, dĂ©formĂ©s ou mal interprĂ©tĂ©s sur soi-mĂȘme ou sur le monde ». Le terme est donc particuliĂšrement bien choisi pour dĂ©crire ces fameuses « hallucinations » des LLM.
    En conclusion, il faut aussi mentionner le troisiÚme larron de la bande, basé sur la racine « fable » (emprunté au latin « fabula », désignant des « propos, paroles ») : affabulation, dont je ne connaissais pas du tout le sens précis (uniquement le dernier sens, par extension, qui est déjà loin du sens initial).
    Affabulation subst. fem :
    A.− Rare, vx. Morale Ă©noncĂ©e au dĂ©but ou plus gĂ©nĂ©ralement Ă  la fin d’une fable, d’un apologue.
    – P. ext. MoralitĂ© tirĂ©e d’un Ă©vĂ©nement symbolique.
    B.− RHÉT. Organisation mĂ©thodique d’un sujet en « fable », c’est-Ă -dire en intrigue d’une piĂšce de théùtre, en trame d’un rĂ©cit imaginaire.
    − Au plur. ƒuvres d’imagination organisĂ©es en « fable ».
    − P. ext. Succession des Ă©pisodes d’un rĂȘve.

    Je suis content d’avoir un mot pour dĂ©crire ce phĂ©nomĂšne que j’ai expĂ©rimentĂ© souvent : la confabulation.

  • Citation #184

    La rationalitĂ© est la vertu fondamentale de l'homme, la source de toutes ses autres vertus. Le vice fondamental de l'homme, la source de tous ses maux, est l'acte de ne pas concentrer son esprit, de "suspendre" sa conscience, c'est-Ă  -dire non d'ĂȘtre aveugle, mais de refuser de voir ; non d'ĂȘtre ignorant, mais de refuser de savoir. L'irrationalitĂ© est le rejet du moyen de survie de l'homme, et, par consĂ©quent, un engagement dans la voie de l'autodestruction. Ce qui est contre l'esprit est contre la vie.

    Ayn Rand (1905 – 1982)
    Ecrivain et philosophe américaine (d'origine russe)

  • Citation #183

    Il n'y a d'amour gĂ©nĂ©reux que celui qui se sait en mĂȘme temps passager et singulier.

    Albert Camus (1913-1960)
    philosophe, écrivain, journaliste militant, romancier, dramaturge, essayiste et nouvelliste français