Catégorie : 🤖 IA

  • Ultra-Intelligence

    Ultra-Intelligence

    Aymeric Roucher signe un livre facile Ă  lire pour donner une vue d’ensemble de la vague IA. Sous-titrĂ© « Jusqu’oĂą iront les IA ? », il commence par rappeler ce que sont les IA & LLM, replace ces technologies dans le contexte plus large, branche cela avec les impacts dĂ©jĂ  Ă  l’oeuvre sous nos yeux, et dessine Ă  traits rapides les possibilitĂ©s presqu’infinies offertes par ces outils, et les risques Ă©galement.
    J’ai trouvĂ© plutĂ´t agrĂ©able le livre, mĂŞme si le dĂ©but est, quand on connaĂ®t un peu le sujet – comme c’est mon cas car je m’y intĂ©resse -, pas super poussĂ©. J’ai rapidement eu l’impression, un peu dĂ©sagrĂ©able, de lire le livre d’un (très) bon Ă©lève. Sur chaque thème, la structure est la mĂŞme : voilĂ  ce qui s’ouvre comme champ des possibles, voilĂ  pourquoi c’est formidable, voilĂ  pourquoi il faut y faire attention. C’est un peu le livre d’un brillant ingĂ©nieur, qui a lu aussi un peu de philo, et qui cherche Ă  faire du thèse-antithèse-synthèse Ă  chaque Ă©tape de sa rĂ©flexion. C’est, de ce fait, riche, stimulant car cela force Ă  considĂ©rer des options multiples, mais Ă©galement un peu plat, redondant, et Ă  la fin je me suis demandĂ© ce que l’auteur avait Ă  me dire de nouveau. Trop sage, ou trop politiquement correct, c’est aussi le livre d’un auteur qui est aussi un entrepreneur dans le domaine : pas question de prendre trop de risques avec le politiquement correct, pas question d’ĂŞtre trop clivant. On pourrait croire qu’il a fait relire et corriger son livre par une IA… L’image d’expert se soigne, avec un livre qui dĂ©montre l’expertise, mais ne comporte aucune vision.
    En refermant le livre, je me suis demandĂ© : pourquoi ce livre ? Je suis un peu dur : pour un nĂ©ophyte, le livre est certainement très riche, et très profitable, et l’auteur est visiblement super intelligent et connaisseur.

  • Animal technique

    Dans les discussions Ă  propos de l’IA, et ses implications, je retrouve un biais cognitif, dĂ©jĂ  soulignĂ© Ă  propos de Finkielkraut : il y aurait d’un cĂ´tĂ© des activitĂ©s humaines, et de l’autre des objets techniques, des inventions, des innovations, qui en seraient comme sĂ©parĂ©es. Cela conduit Ă  des choix et des questionnements du type : faut-il avoir peur de l’IA ? Doit-on crĂ©er des labels « Handmade » (vu dans une bd l’autre jour) pour signaler les produits faits « sans IA » ?
    Il y aurait donc des objets, des crĂ©ations, « purement » humaine et d’autres avec IA. C’est Ă©videmment complètement ridicule. C’est comme si l’on devait estampiller les ouvrages Ă©crits « sans stylos », ou « sans imprimerie ». Le biais cognitif que je vois Ă  l’oeuvre s’appuie sur un modèle mental d’un humain complètement sĂ©parĂ© des objets techniques, comme une sorte d’humain « naturel » qui utiliserait des outils « non-naturels » / artificiels. Ce modèle, renforcĂ© par le langage, est très intuitif. Mais il est faux, il me semble : l’homme est un animal technique, au sens anthropologique du terme, c’est-Ă -dire que notre rapport au monde est toujours assorti d’une intermĂ©diation. C’est presque symboliquement Ă©vident, tant la notion d’humanitĂ©, est intrinsèquement liĂ©e Ă  la crĂ©ation d’outils. Un silex taillĂ©, c’est la marque forte de l’Humain.
    Notre rapport au monde passe par / s’appuie sur / a besoin / est renforcĂ© par / existe via des objets techniques.
    Que la nature disruptive des IA force Ă  se poser des questions, c’est une Ă©vidence. Ne serait-ce que par une forme de conservatisme de bon aloi, de prudence, pour ne pas Ă©pouser Ă©perdument, par technophilie et fascination, tous les usages permis par la nouveautĂ©. Mais cette prudence ne doit pas nous faire rĂ©gresser Ă  une sorte d’idĂ©es abstraite d’homme non-technique. En quoi penser mieux avec Montaigne, grâce Ă  la trace et Ă  la rĂ©plication de sa pensĂ©e permise par l’Ă©criture et l’imprimerie, serait fondamentalement diffĂ©rent de penser mieux grâce au partage mondial de la connaissance, et Ă  des modèles intelligents ? Bien sĂ»r, l’amplitude, la nature, les possibilitĂ©s des outils sont diffĂ©rents. Mais cela reste des outils techniques / technologiques.
    En tant qu’animal technique, je vois aussi bien l’intĂ©rĂŞt d’un marteau, d’un livre, d’une voiture, d’une charrue, d’un engrais, d’un verre, que de l’IA. On peut se tuer en voiture. On peut rendre les gens fous avec un livre. Penser les bons usages de la technologie est notre devoir, pas imaginer un monde sans elle. L’effroi et la fascination ne sont pas des rĂ©actions constructives et rĂ©flexives, mais instinctives.
    A titre personnel, dans mon travail, j’explore la manière dont je pourrais me faire remplacer intĂ©gralement par l’IA. On verra bien ce qui rĂ©sistera Ă  ce remplacement.
    Les voitures ont remplacĂ© les calèches. Je ne rĂŞve pas d’un monde de calèche. Les livres ont remplacĂ© la capacitĂ© de mĂ©moriser. Je ne rĂŞve pas d’un monde sans livres. L’IA va remplacer plein de choses. J’ai hâte de voir quoi, et je me rĂ©jouis des expĂ©rimentations, des crĂ©ations nouvelles, des dĂ©couvertes, que cela va permettre.

  • Prise de hauteur ?

    Prise de hauteur ?

    En lisant ce matin un article sur X (« Build a personal AI Agent that posts on X exactly like you and lands in the algorithm »), je me suis (re)fait la remarque que l’utilisation de nouveaux outils, notamment ceux qui sont très disruptifs (qui apportent un changement de paradigme, pourrait-on dire), nous confronte Ă  une rĂ©invention de notre activitĂ©. Comme le soulignait Michel Serres (« Les nouvelles technologies, rĂ©volution culturelle et cognitive« ), Ă  chaque nouvelle rĂ©volution, l’humain perd quelque chose, et rĂ©cupère des capacitĂ©s supplĂ©mentaires. Nous sommes, Ă  chaque fois, diminuĂ©s et augmentĂ©s. TransformĂ©s, quoi. Par exemple : l’arrivĂ©e de l’imprimerie a fait perdre la mĂ©moire aux humains (qui se rappelle encore et est capable de transmettre des livres entiers ?), mais a permis une extraordinaire diffusion des connaissances et gĂ©nĂ©ration de nouvelles idĂ©es.

    IA : qu’est-ce que ça change ?

    Bien loin de moi l’idĂ©e d’ĂŞtre capable de dire ce que l’IA nous fait perdre et gagner, car il me semble que la vague est au tout dĂ©but. Je ne suis pas devin, et comme le dit le proverbe, les prĂ©visions sont difficiles, surtout en ce qui concerne l’avenir. Mais on peut dĂ©jĂ  voir quelques Ă©lĂ©ments. Toute recherche, analyse, synthèse de data ou de connaissances, toute production de recommandations, de textes, de code, d’images, bientĂ´t de films, est dĂ©jĂ  dans le champ des capacitĂ©s des IA (et probablement bien d’autres choses encore que je ne connais pas). Comment cela pourrait-il ne pas bouleverser une grande partie des professions dites « intellectuelles » ?
    Nous sommes Ă  peu près sĂ»rs d’avoir dĂ©jĂ  perdu le monopole de la parole, et aussi de l’apprentissage non-rĂ©flexif. Que gagnons-nous au passage ? Je crois un temps et une attention supplĂ©mentaire Ă  accorder Ă  la rĂ©flexion, la prise de recul : si je passe moins de temps Ă  rĂ©colter des infos, Ă  les synthĂ©tiser, Ă  les croiser, etc, je gagne un temps certain pour penser leur utilisation, la stratĂ©gie qui va avec. Bref, c’est une remontĂ©e en concept (que nous avions dĂ©jĂ  vue en parlant de conception & crĂ©ativitĂ©) : je dois synthĂ©tiser les infos / donnĂ©es sur tel sujet. Ok, mais pourquoi faire ? Ă  quoi cela va servir ? avec quel autre domaine de connaissances pourrais-je les croiser puisque ça ne me coĂ»te plus que quelques minutes ? Puisque des agents peuvent travailler pour moi, quelles tâches puis-je leur confier ?

    Cas concret

    Un exemple, pris dans l’article citĂ© en tĂŞte d’article : si des agents peuvent Ă©crire, synthĂ©tiser, poster sur les rĂ©seaux Ă  la place, analyser l’impact des posts, apprendre de ces feedbacks, cela libère d’une partie du boulot et permet d’ĂŞtre plus prĂ©cis sur la voix et le style que l’on veut porter. Pourquoi est-ce que j’Ă©cris ces articles ? Dans quel but ? Quel est le style, la nouveautĂ© que je souhaite apporter ? Qu’est-ce qui permettra d’utiliser l’iA et les agents pour augmenter ma capacitĂ© d’atteinte des mes objectifs (que du coup je vais devoir clarifier pour les partager avec les agents) ? Il me semble que cela nous oblige Ă  ĂŞtre plus intelligents.
    Ce matin je me suis dit, Ă  l’instar de l’auteur de l’article, que je pourrais enregistrer mes idĂ©es Ă  voix haute sur l’iphone en marchant, partager ces fichiers Ă  un agent X / Grok qui les analyserait sur la base d’un doc de synthèse produit en lisant / analysant mon blog et mon fil X (qui serait une version co-construite de mon « style »), et que l’IA pourrait me gĂ©nĂ©rer avec ce « vocal » + fichier de style, une Ă©bauche rapide de billet pour mon blog, mais enrichie de citations, de questions denses sur lesquelles il dĂ©bouche, de pistes de lectures. Comme Grok vient de mettre en place des connecteurs Google Drive, ça me parait ĂŞtre un plan Ă  tester pour voir ce que ça change et comment ça me permet d’ĂŞtre plus pertinent et efficace.
    Et voilĂ  l’exemple d’augmentation : rĂ©flĂ©chissant Ă  cela, je me suis re-penchĂ© sur une prĂ©sentation que j’avais vue d’un gĂ©nĂ©ral Ă  propos du « style ». Qu’est-ce qui dĂ©finit un style ? Quelles sont les caractĂ©ristiques d’un « style » ? Il y Ă©tait question de « modèles » (personnages inspirant avec les raisons pour lesquelles on les trouve inspirants) et de « modalitĂ©s d’interaction » (caractĂ©ristiques pertinentes pour dĂ©crire notre style d’interaction), et de plusieurs autres choses. On peut laisser tout cela Ă  notre intuition, dans la zone semi-consciente, ou travailler dessus pour gagner en cohĂ©rence et en lisibilitĂ©. VoilĂ  ce que va me forcer Ă  faire l’IA, dans ce cas très concret. C’est dĂ©jĂ  pas mal. Je vous tiens au courant, bien sĂ»r.