En lisant ce matin un article sur X (« Build a personal AI Agent that posts on X exactly like you and lands in the algorithm »), je me suis (re)fait la remarque que l’utilisation de nouveaux outils, notamment ceux qui sont trĂšs disruptifs (qui apportent un changement de paradigme, pourrait-on dire), nous confronte Ă une rĂ©invention de notre activitĂ©. Comme le soulignait Michel Serres (« Les nouvelles technologies, rĂ©volution culturelle et cognitive« ), Ă chaque nouvelle rĂ©volution, l’humain perd quelque chose, et rĂ©cupĂšre des capacitĂ©s supplĂ©mentaires. Nous sommes, Ă chaque fois, diminuĂ©s et augmentĂ©s. TransformĂ©s, quoi. Par exemple : l’arrivĂ©e de l’imprimerie a fait perdre la mĂ©moire aux humains (qui se rappelle encore et est capable de transmettre des livres entiers ?), mais a permis une extraordinaire diffusion des connaissances et gĂ©nĂ©ration de nouvelles idĂ©es.
IA : qu’est-ce que ça change ?
Bien loin de moi l’idĂ©e d’ĂȘtre capable de dire ce que l’IA nous fait perdre et gagner, car il me semble que la vague est au tout dĂ©but. Je ne suis pas devin, et comme le dit le proverbe, les prĂ©visions sont difficiles, surtout en ce qui concerne l’avenir. Mais on peut dĂ©jĂ voir quelques Ă©lĂ©ments. Toute recherche, analyse, synthĂšse de data ou de connaissances, toute production de recommandations, de textes, de code, d’images, bientĂŽt de films, est dĂ©jĂ dans le champ des capacitĂ©s des IA (et probablement bien d’autres choses encore que je ne connais pas). Comment cela pourrait-il ne pas bouleverser une grande partie des professions dites « intellectuelles » ?
Nous sommes Ă peu prĂšs sĂ»rs d’avoir dĂ©jĂ perdu le monopole de la parole, et aussi de l’apprentissage non-rĂ©flexif. Que gagnons-nous au passage ? Je crois un temps et une attention supplĂ©mentaire Ă accorder Ă la rĂ©flexion, la prise de recul : si je passe moins de temps Ă rĂ©colter des infos, Ă les synthĂ©tiser, Ă les croiser, etc, je gagne un temps certain pour penser leur utilisation, la stratĂ©gie qui va avec. Bref, c’est une remontĂ©e en concept (que nous avions dĂ©jĂ vue en parlant de conception & crĂ©ativitĂ©) : je dois synthĂ©tiser les infos / donnĂ©es sur tel sujet. Ok, mais pourquoi faire ? Ă quoi cela va servir ? avec quel autre domaine de connaissances pourrais-je les croiser puisque ça ne me coĂ»te plus que quelques minutes ? Puisque des agents peuvent travailler pour moi, quelles tĂąches puis-je leur confier ?
Cas concret
Un exemple, pris dans l’article citĂ© en tĂȘte d’article : si des agents peuvent Ă©crire, synthĂ©tiser, poster sur les rĂ©seaux Ă la place, analyser l’impact des posts, apprendre de ces feedbacks, cela libĂšre d’une partie du boulot et permet d’ĂȘtre plus prĂ©cis sur la voix et le style que l’on veut porter. Pourquoi est-ce que j’Ă©cris ces articles ? Dans quel but ? Quel est le style, la nouveautĂ© que je souhaite apporter ? Qu’est-ce qui permettra d’utiliser l’iA et les agents pour augmenter ma capacitĂ© d’atteinte des mes objectifs (que du coup je vais devoir clarifier pour les partager avec les agents) ? Il me semble que cela nous oblige Ă ĂȘtre plus intelligents.
Ce matin je me suis dit, Ă l’instar de l’auteur de l’article, que je pourrais enregistrer mes idĂ©es Ă voix haute sur l’iphone en marchant, partager ces fichiers Ă un agent X / Grok qui les analyserait sur la base d’un doc de synthĂšse produit en lisant / analysant mon blog et mon fil X (qui serait une version co-construite de mon « style »), et que l’IA pourrait me gĂ©nĂ©rer avec ce « vocal » + fichier de style, une Ă©bauche rapide de billet pour mon blog, mais enrichie de citations, de questions denses sur lesquelles il dĂ©bouche, de pistes de lectures. Comme Grok vient de mettre en place des connecteurs Google Drive, ça me parait ĂȘtre un plan Ă tester pour voir ce que ça change et comment ça me permet d’ĂȘtre plus pertinent et efficace.
Et voilĂ l’exemple d’augmentation : rĂ©flĂ©chissant Ă cela, je me suis re-penchĂ© sur une prĂ©sentation que j’avais vue d’un gĂ©nĂ©ral Ă propos du « style ». Qu’est-ce qui dĂ©finit un style ? Quelles sont les caractĂ©ristiques d’un « style » ? Il y Ă©tait question de « modĂšles » (personnages inspirant avec les raisons pour lesquelles on les trouve inspirants) et de « modalitĂ©s d’interaction » (caractĂ©ristiques pertinentes pour dĂ©crire notre style d’interaction), et de plusieurs autres choses. On peut laisser tout cela Ă notre intuition, dans la zone semi-consciente, ou travailler dessus pour gagner en cohĂ©rence et en lisibilitĂ©. VoilĂ ce que va me forcer Ă faire l’IA, dans ce cas trĂšs concret. C’est dĂ©jĂ pas mal. Je vous tiens au courant, bien sĂ»r.
