L’autre jour, je regardais la bibliothĂšque chez mes beaux-parents. Je parcourais les tranches de livres en me demandant si je pourrais trouver lĂ Â un roman qui me tenterait (je ne lis presque plus jamais de romans). J’ai Ă©tĂ© attirĂ© par un tout petit livre (« Le dialogue »), d’une belle couleur ocre clair. Je l’ai sorti, et je l’ai ouvert. J’ai eu la grande surprise de trouver en dĂ©dicace, par l’auteur François Cheng, ce petit texte qui rĂ©sonne Ă©tonnamment avec mes rĂ©flexions du moment (je songe Ă Â Ă©crire un essai sur le sens, pris dans toutes ses composantes) :
Le diamant du lexique français, pour moi, c’est le substantif « sens ». CondensĂ© en une monosyllabe – sensible donc Ă Â l’oreille d’un Chinois – qui Ă©voque un surgissement, un avancement, ce mot polysĂ©mique cristallise en quelque sorte les trois niveaux essentiels de notre existence au sein de l’univers vivant : sensation, direction, signification. Entre ciel et terre, l’homme Ă©prouve par tous ses sens le monde qui s’offre. AttirĂ© par ce qui se manifeste de plus Ă©clatant, il avance. C’est le dĂ©but de sa prise de conscience de la Voie. Dans celle-ci, toutes les choses vivantes qui poussent irrĂ©mĂ©diablement dans un sens, depuis les racines vers la forme de plus grand Ă©panouissement, celle mĂȘme de la CrĂ©ation. D’oĂč le lancinant attrait de l’homme pour la signification qui est le sens de sa propre crĂ©ation, qui est de fait la vraie « joui-sens ».
Le sens de la vie ?
Vous dire que j’aurais pu signer ce texte serait exagĂ©rĂ© : le deuxiĂšme paragraphe est plus intriguant qu’Ă©clairant pour moi, mĂȘme s’il propose une piste trĂšs intĂ©ressante pour la signification. Mais le premier paragraphe est exactement le point de dĂ©part de ma rĂ©flexion. Le sens pris comme triple filtre pour notre interaction avec nous-mĂȘmes et le monde. J’aimerais notamment explorer les rapports entre les diffĂ©rents niveaux du sens. Le sens de la vie, question Ă©ternelle, et Ă Â travailler pour quiconque souhaite avancer spirituellement.
Quel hasard, tout de mĂȘme, que je pioche ce petit livre parmi tous les autres, et que j’y dĂ©couvre quelque chose d’aussi proche de moi. Surprenant.
Le livre est facile Ă Â lire et trĂšs intime : François Cheng y explique comment sa langue maternelle (le chinois) et sa langue d’adoption (le français) ont enrichi sa vie spirituelle, son oeuvre poĂ©tique, par un dialogue profond. Je vous recommande ce livre d’un amoureux de la langue française, pour qui elle n’a pas Ă©tĂ© une donnĂ©e de dĂ©part, mais un chemin, une transformation, un choix. Il y a au dĂ©but quelques pages admirables sur le langage (au sens large) qui est notre moyen d’exprimer et de construire ce que nous sommes.
Vive le hasard !



Je viens de terminer le livre de Dominique Christian « Philosophie pour la crise du management ». Câest un livre passionnant, construit dâune Ă©trange maniĂšre : chaque chapitre intĂšgre un certain nombre de citations dâun auteur diffĂ©rent (elles sont un peu cachĂ©es au milieu du texte de Dominique Christian). Cela fait un Ă©trange mĂ©lange de voix ; une multiplicitĂ© dâinterlocuteurs pendant la lecture. Cela donne la sensation Ă Â la fois Ă©trange, dĂ©stabilisante, dâĂ©couter une personne aux visages multiples nous parler, et en mĂȘme temps lâagrĂ©able impression dâun auteur qui a la courtoisie, ou la rigueur, de mettre sa propre personne un peu en retrait.

