CatĂ©gorie : 🧠 RĂ©flexions

  • Etes-vous heureux ?

    Etes-vous heureux ?

    L’erreur avec le bonheur, c’est de vouloir le penser comme un Ă©tat. Pour rĂ©pondre Ă   la question du titre, il faut dĂ©finir le bonheur (qui n’est pas la joie). J’aime la dĂ©finition suivante (je ne parviens pas Ă   me rappeler si c’est de Laborit ou Comte-sponville, peu importe) trĂšs biologique et trĂšs dynamique (de mĂ©moire) : « Etre heureux, c’est ĂȘtre capable d’avoir des projets, ĂȘtre capable de les mener Ă   bien, ĂȘtre capable de jouir de leur accomplissement, et ĂȘtre capable d’en avoir Ă   nouveau ». Cela dĂ©finit le bonheur par son contraire, le malheur (qui n’est pas la souffrance). Est malheureux, celui qui n’est pas capable de faire des projets, celui qui n’est pas capable d’accomplir ses projets, celui qui ne peut pas en jouir une fois accomplis, et celui qui ne sait pas rebondir pour faire d’autre projets ensuite, ou qui n’a plus l’envie. Le bonheur serait donc plus un Ă©lan, une dynamique, plus qu’un Ă©tat. Ca me parait sensĂ© ; par ailleurs, cette description rejoint une autre image que j’aime bien : celle proposĂ©e par Camus, de Sisyphe poussant son rocher inlassablement, et y trouvant son bonheur.

    Il faut imaginer Sisyphe heureux.

    Pour finir petite citation d’Alain (ça fait toujours du bien par oĂč ça passe) – expert en bonheur – :

    Le bonheur est une rĂ©compense qui vient Ă   ceux qui ne l’ont pas cherchĂ©.

  • Partance

    Partance

    Souvent le matin, en partant de chez moi pour aller travailler, je vois un couple avenue du Maine. Il est 06h30, je ne sais pas s’ils sortent d’un immeuble voisin, ou s’ils se sont rejoint ici. Entre 50 et 60 ans, la femme semble attaquĂ©e par l’alcool, lui semble plus sain. A chaque fois que je les ai vu (souvent), ils semblent sur le point de se quitter (pour la journĂ©e ? pour la vie ?). Ils se prennent souvent dans les bras l’un de l’autre, se parlent, avec entre eux comme une tendresse excluant toute sensualitĂ©.

    Je ne connais pas leur histoire. La scĂšne rituelle montre qu’ils partagent au moins de la tendresse, sinon de l’amour. Lui semble loin, en retrait. Il porte sur le visage une sorte de tristesse de fond sereine, elle porte sur le visage une dĂ©tresse un peu hagarde. Elle est plus agitĂ©e, s’Ă©carte de lui souvent, revient dans ses bras. Comme si elle voulait l’emmener avec elle, mais sans savoir oĂč…On dirait une enfant ; peut-ĂȘtre la maniĂšre – protectrice – qu’il a de la prendre dans ses bras. Selon mon humeur, mon imagination, j’imagine leur histoire sous des angles diffĂ©rents. Ce pourrait ĂȘtre simplement un couple trĂšs soudĂ©. Le mari ou la femme partant travailler tĂŽt, et ils se disent au revoir pour la journĂ©e.

    Mais l’au revoir est trop long pour une journĂ©e, et l’air qu’ils ont de vouloir se cacher, l’espĂšce d’urgence sourde qui semble animer la femme, laissent entrevoir une histoire plus compliquĂ©e. Peut-ĂȘtre une histoire de sĂ©paration rendue impossible par le temps passĂ©. Lui, ayant refait sa vie ailleurs, avec femme et enfants, et Elle toujours amoureuse. Et Lui, ayant gardĂ© de la tendresse et n’ayant jamais pu Ă©carter l’ancienne amante, par peur de faire mal à  un ĂȘtre dĂ©jà  diminuĂ©. Peut ĂȘtre une histoire sordide, complĂ©tant la premiĂšre, d’homme mariĂ© faisant croire à  son amante qu’il va quitter sa femme depuis 30 ans. Et l’amante docile qui attend une bouteille à  la main l’Ă©vĂšnement salvateur qui ne viendra jamais.

    Je ne sais pas. Je ne saurais probablement jamais. Ce qui est sĂ»r, c’est que quand je les vois, j’ai toujours une sensation Ă©trange, une Ă©motion un peu mĂ©lancolique : on ne voit pas souvent des couples qui restent au mĂȘme endroit sur le trottoir plus de trente secondes, encore moins à  6H30 du matin. Cette situation rappelle un quai de gare. Peut-ĂȘtre est-ce ça d’ailleurs, leur histoire : une Ă©ternelle partance recommencĂ©e chaque jour au petit matin.

  • Desperate Housewives

    Desperate Housewives

    Comme quoi une sĂ©rie peut ĂȘtre un bon divertissement, ET une source de rĂ©flexion : l’autre jour, j’ai vu un Ă©pisode de cette super sĂ©rie amĂ©ricaine, et il se terminait par cette priĂšre (de mĂ©moire) :

    Donne nous la force d’accepter ce qui ne peut ĂȘtre changĂ©, le courage de changer ce qui peut l’ĂȘtre, et la sagesse de faire la diffĂ©rence entre les deux.

    Belle priĂšre, non ? MĂȘme si on pense qu’elle ne s’adresse à  personne d’autre qu’à  nous.

  • Raison et Croyance

    Raison et Croyance

    Comment éviter le pire ?

    La montĂ©e en puissance de l’islam, comme l’indolence rĂ©signĂ©e des nihilistes, ne prĂ©sagent rien de bon pour l’avenir de l’humanitĂ©. Pour qui est attachĂ© Ă   la raison et au doute, pour qui a peur de l’aveuglement des convictions et des croyances, et de la violence qui en rĂ©sulte, cette situation est difficilement tenable. S’il n’y avait pas le danger, je pourrais me contenter du doute. Je vis assez bien avec. On peut facilement douter de tout, mais difficilement croire en n’importe quoi.
    Mais la force est du cĂŽtĂ© de ceux qui croient. La force est du cĂŽtĂ© de celui qui s’abĂźme dans l’absolu. Celui qui se perd et s’oublie, est capable de tout. Du pire bien souvent. Comment Ă©viter le pire ?

    Doute et Foi

    Le doute est le point de dĂ©part de la philosophie : la rĂ©flexion commence avec la mise en question. La croyance est le point de dĂ©part de la foi : l’abandon dans quelque chose de plus grand que nous, la confiance absolue dans la vĂ©ritĂ© d’un objet inconnu. Comment marier le doute — indispensable pour qui aime la vĂ©ritĂ© — avec les croyances — indispensables pour qui veut espĂ©rer, aimer et vivre ? Comment croire sans abandonner la vĂ©ritĂ©, comment penser sans perdre espoir ? Comment, pour celui qui pratique le doute, prendre exemple sur ceux qui croient et prendre cette force ?

    Acte de croyance et objets de croyances

    Le seul moyen de ne pas abandonner la vĂ©ritĂ©, c’est de conserver le doute sur ce qui est incertain, et d’admettre ce qui est sĂ»r. En se laissant la marge de manoeuvre pour en douter, au besoin. Le doute aura toujours la raison pour lui.
    Croire en quelque chose. Il y a lĂ   un acte (croire), et un objet (quelque chose). La force du croyant, c’est dans l’acte de croire qu’il la puise, pas dans l’objet de la croyance, ni dans la vĂ©racitĂ© de cet objet. Il faut donc garder ce qui donne la force (l’acte), et forger des objets de croyances moins excessifs que ceux qui ne croient en rien, ou en Dieu.

    Nihilistes et Religieux

    Ceux qui pensent ne croire en rien se mentent Ă   eux-mĂȘmes et affichent seulement un manque de luciditĂ© sur leur fonctionnement. C’est un « non » lancĂ© Ă   la cantonade, de mĂȘme que la Foi est un « oui » lancĂ© au monde. Quoi qu’il en soit, « Rien » (pour les nihilistes) ou « Tout/Dieu » (pour les religieux) sont des objets de croyances hors de la portĂ©e de la raison. Proposons donc cet exercice Ă   la raison : identifier ses croyances, les expliciter pour les forger et les partager, et garder l’acte de croire pour celles que la raison aura validĂ©es. Nous pourrons alors — avec un risque moindre — nous abandonner raisonnablement dans une croyance, non nocive. Les grands thĂšmes de la philosophie sont d’ailleurs rĂ©sumĂ©s Ă   cela : les concepts pour lesquels l’éclairage de la science n’a pas suffit Ă   tout rĂ©soudre, et qui impliquent toujours, pour avancer, un mariage de raison et de croyance.

    Mes croyances

    Je propose ici quatre croyances que j’ai, et dans lesquels je peux puiser une certaine force, quand le doute se calme. Ce n’est pas exhaustif, c’est valable maintenant et pour moi, et discutable, bien sĂ»r (doute oblige).
    Deux croyances individuelles, et deux croyances collectives.

    Amour et Liberté

    Au niveau individuel, je crois Ă   l’existence de l’amour et de la libertĂ©. Ce sont deux choses dont l’existence mĂȘme peut ĂȘtre mise en doute, mais dans lesquelles je crois, et qui me sont indispensables. Je pense que l’amour vĂ©cu et partagĂ© peut apporter du bonheur. L’acte d’aimer est la quintessence de la croyance. Dieu est amour, parait-il. L’amour c’est le don et la confiance, aussi.
    Je pense que la libertĂ© individuelle, vĂ©cue et assumĂ©e, peut apporter du bonheur. Toujours accorder Ă   l’autre une part de libertĂ© n’est pas si facile, mais tellement profitable pour tout le monde quand on le pratique. Tellement indispensable, que ce soit en pensĂ©e ou en acte. C’est garder Ă   chaque ĂȘtre humain sa dignitĂ©. Il est important de savoir ce que l’on aime, qui l’on aime, et oĂč notre libertĂ© nous porte.

    ProgrÚs et Vérité

    Au niveau collectif, je crois Ă   l’existence du progrĂšs et de la vĂ©ritĂ©. Ce sont deux choses dont l’existence mĂȘme peut ĂȘtre mise en doute, mais dans lesquelles je crois, et qui me sont indispensables. La vĂ©ritĂ© est le lieu d’échange de l’intellect (comme les sens sont les lieux d’échanges des corps), et le progrĂšs est ce but commun regroupant tous les humains de bonne volontĂ©. La croyance dans le progrĂšs est la croyance dans la possibilitĂ© d’un progrĂšs : non pas que tout ira forcĂ©ment mieux demain qu’aujourd’hui, mais qu’avec beaucoup d’efforts, de chance et de bonne volontĂ©, les choses peuvent aller mieux demain qu’aujourd’hui, que le pire n’est jamais sĂ»r. Toujours identifier ce qui fait rĂ©gresser ou progresser l’humanitĂ©, et choisir le progrĂšs Ă   long terme est souvent une bonne politique. En tout cas, refuser ce qui fait clairement rĂ©gresser.

    Suite …

    Bien d’autres croyances existent, dans ma tĂȘte comme dans la vĂŽtre. Je disais plus haut que tout cela Ă©tait discutable, et heureusement : on en discute ?