Comment éviter le pire ?
La montĂ©e en puissance de lâislam, comme lâindolence rĂ©signĂ©e des nihilistes, ne prĂ©sagent rien de bon pour lâavenir de lâhumanitĂ©. Pour qui est attachĂ© Ă la raison et au doute, pour qui a peur de lâaveuglement des convictions et des croyances, et de la violence qui en rĂ©sulte, cette situation est difficilement tenable. Sâil nây avait pas le danger, je pourrais me contenter du doute. Je vis assez bien avec. On peut facilement douter de tout, mais difficilement croire en nâimporte quoi.
Mais la force est du cĂŽtĂ© de ceux qui croient. La force est du cĂŽtĂ© de celui qui sâabĂźme dans lâabsolu. Celui qui se perd et sâoublie, est capable de tout. Du pire bien souvent. Comment Ă©viter le pire ?
Doute et Foi
Le doute est le point de dĂ©part de la philosophie : la rĂ©flexion commence avec la mise en question. La croyance est le point de dĂ©part de la foi : lâabandon dans quelque chose de plus grand que nous, la confiance absolue dans la vĂ©ritĂ© dâun objet inconnu. Comment marier le doute â indispensable pour qui aime la vĂ©ritĂ© â avec les croyances â indispensables pour qui veut espĂ©rer, aimer et vivre ? Comment croire sans abandonner la vĂ©ritĂ©, comment penser sans perdre espoir ? Comment, pour celui qui pratique le doute, prendre exemple sur ceux qui croient et prendre cette force ?
Acte de croyance et objets de croyances
Le seul moyen de ne pas abandonner la vĂ©ritĂ©, câest de conserver le doute sur ce qui est incertain, et dâadmettre ce qui est sĂ»r. En se laissant la marge de manoeuvre pour en douter, au besoin. Le doute aura toujours la raison pour lui.
Croire en quelque chose. Il y a lĂ un acte (croire), et un objet (quelque chose). La force du croyant, câest dans lâacte de croire quâil la puise, pas dans lâobjet de la croyance, ni dans la vĂ©racitĂ© de cet objet. Il faut donc garder ce qui donne la force (lâacte), et forger des objets de croyances moins excessifs que ceux qui ne croient en rien, ou en Dieu.
Nihilistes et Religieux
Ceux qui pensent ne croire en rien se mentent Ă eux-mĂȘmes et affichent seulement un manque de luciditĂ© sur leur fonctionnement. Câest un « non » lancĂ© Ă la cantonade, de mĂȘme que la Foi est un « oui » lancĂ© au monde. Quoi quâil en soit, « Rien » (pour les nihilistes) ou « Tout/Dieu » (pour les religieux) sont des objets de croyances hors de la portĂ©e de la raison. Proposons donc cet exercice Ă la raison : identifier ses croyances, les expliciter pour les forger et les partager, et garder lâacte de croire pour celles que la raison aura validĂ©es. Nous pourrons alors â avec un risque moindre â nous abandonner raisonnablement dans une croyance, non nocive. Les grands thĂšmes de la philosophie sont dâailleurs rĂ©sumĂ©s Ă cela : les concepts pour lesquels lâĂ©clairage de la science nâa pas suffit Ă tout rĂ©soudre, et qui impliquent toujours, pour avancer, un mariage de raison et de croyance.
Mes croyances
Je propose ici quatre croyances que jâai, et dans lesquels je peux puiser une certaine force, quand le doute se calme. Ce nâest pas exhaustif, câest valable maintenant et pour moi, et discutable, bien sĂ»r (doute oblige).
Deux croyances individuelles, et deux croyances collectives.
Amour et Liberté
Au niveau individuel, je crois Ă lâexistence de lâamour et de la libertĂ©. Ce sont deux choses dont lâexistence mĂȘme peut ĂȘtre mise en doute, mais dans lesquelles je crois, et qui me sont indispensables. Je pense que lâamour vĂ©cu et partagĂ© peut apporter du bonheur. Lâacte dâaimer est la quintessence de la croyance. Dieu est amour, parait-il. Lâamour câest le don et la confiance, aussi.
Je pense que la libertĂ© individuelle, vĂ©cue et assumĂ©e, peut apporter du bonheur. Toujours accorder Ă lâautre une part de libertĂ© nâest pas si facile, mais tellement profitable pour tout le monde quand on le pratique. Tellement indispensable, que ce soit en pensĂ©e ou en acte. Câest garder Ă chaque ĂȘtre humain sa dignitĂ©. Il est important de savoir ce que lâon aime, qui lâon aime, et oĂč notre libertĂ© nous porte.
ProgrÚs et Vérité
Au niveau collectif, je crois Ă lâexistence du progrĂšs et de la vĂ©ritĂ©. Ce sont deux choses dont lâexistence mĂȘme peut ĂȘtre mise en doute, mais dans lesquelles je crois, et qui me sont indispensables. La vĂ©ritĂ© est le lieu dâĂ©change de lâintellect (comme les sens sont les lieux dâĂ©changes des corps), et le progrĂšs est ce but commun regroupant tous les humains de bonne volontĂ©. La croyance dans le progrĂšs est la croyance dans la possibilitĂ© dâun progrĂšs : non pas que tout ira forcĂ©ment mieux demain quâaujourdâhui, mais quâavec beaucoup dâefforts, de chance et de bonne volontĂ©, les choses peuvent aller mieux demain quâaujourdâhui, que le pire nâest jamais sĂ»r. Toujours identifier ce qui fait rĂ©gresser ou progresser lâhumanitĂ©, et choisir le progrĂšs Ă long terme est souvent une bonne politique. En tout cas, refuser ce qui fait clairement rĂ©gresser.
Suite …
Bien dâautres croyances existent, dans ma tĂȘte comme dans la vĂŽtre. Je disais plus haut que tout cela Ă©tait discutable, et heureusement : on en discute ?