Étiquette : Passé

  • Mélancolie

    Hier, je me suis rendu au pot de départ à la retraite d’un vieux collègue et ami. C’était un très chouette moment de partage, de souvenirs, et de retrouvailles.
    Je suis retourné pour l’occasion sur mon ancien lieu de travail, à Guyancourt, où j’ai passé une bonne dizaine d’année, de 2003 à 2015. Retourner en voiture là-bas, redécouvrir le bâtiment, les lieux fréquentés à l’époque, le Lab que j’avais contribué à mettre en place, et – bien sûr – revoir d’anciens collègues, tout cela m’a rendu un peu mélancolique. Un étrange sentiment m’a étreint toute la journée, lié à une sorte de télescopage d’époques : revenir là où a commencé ma vie professionnelle dans le privé, vingt-deux ans plus tard, a créé une sorte de repli du temps et de l’espace sur lui-même. Le bâtiment n’a presque pas changé, mais les gens, l’organisation, tout le reste, oui. Les visages des collègues perdus de vue il y a plus de 10 ans pour certains, toujours les mêmes, mais marqués par le temps qui passe, étaient à la fois une source de joie, et de compassion. Les visages ne mentent pas : le temps, mais aussi les évènements y laissent des marques visibles, sinon lisibles, et le choc est assez intense.
    Heureusement, les échanges, le très beau discours de départ de mon ami (profond, sincère et riche en partage), et la chaleur humaine, palpable, de gens qui s’apprécient et ont construit des choses ensemble, ont coloré cette journée d’une joie réelle qui a nuancé cette mélancolie. Mais la mélancolie déclenchée par le voyage aller, en voiture, cette remontée dans le temps, a absorbé d’une traite cette joie, et s’en est nourrie. Le temps ne plaisante pas vraiment. Peut-être ce mélange de tristesse et de joie est ce que les portugais appellent la saudade ?
    Mélancolie : Sentiment d’une tristesse vague et douce, dans laquelle on se complaît, et qui favorise la rêverie désenchantée et la méditation.

  • Robert Doisneau : saisissant

    Robert Doisneau : saisissant

    J’ai eu la chance d’aller avant-hier découvrir l’exposition consacrée à Doisneau au Musée Maillol. Plusieurs centaines de photos y sont exposées, par grandes thématiques (l’enfance, les ateliers d’artistes, les écrivains, Renault, les troquets, etc..). Bien sûr, les photos sont pour un grand nombre d’entre elles très belles, formellement, mais ce n’est pas ce qui ressort, je dois dire, de l’exposition. Doisneau n’est pas un photographe qui structure autant sa toile photographique qu’un Cartier-Bresson, par exemple. Deux autres choses m’ont frappées, et c’est ce qui a rendu l’exposition passionnante, et saisissante.

    Monde disparu

    La première, c’est que le monde photographié par Doisneau a quasi-disparu. C’est logique, d’ailleurs, puisque cet homme était à peu près de la génération de mes grands-parents : les premières photos de l’expo, datant d’avant la seconde guerre mondiale, montrent un monde dans lequel mes propres parents n’étaient pas encore nés. Mais au fil de l’expo et des thèmes, on arrive dans le monde où je suis né (en 1974), et ce monde là aussi a disparu. Les décors, les voitures, les habits, les attitudes, tout semble venir d’un passé très lointain. Il est vrai que je ne suis plus tout jeune. Mais la technologie, le grand remplacement, le fait que chacun maintenant ait un appareil photo dans sa poche a changé le monde, notre regard sur celui-ci et notre regard aussi sur ceux qui capturent des images. Même les photos des années 80 semblent vraiment tiré d’un monde très ancien. J’imagine que c’est le propre des photos que de montrer et faire ressentir le temps qui passe et les choses qui ne seront plus jamais les mêmes…

    Regard tendre

    L’autre point très marquant des photos de Doisneau c’est le regard incroyable qu’il pose sur les gens qu’il photographie. Les sujets sont parfois difficiles, mais on sent, et on voit, qu’il a la confiance des gens qu’il a immortalisé, et toujours la photo montre leur dignité et leur humanité. Souvent avec tendresse et humour. C’est assez incroyable, et je pense que ça dit beaucoup de la relation qu’il devait tisser avec eux avant de les photographier. Ce monde étrange et poétique des banlieues en pleine construction avec leurs terrains vagues, des bistrots de quartier, des cercles d’artistes et d’auteurs, de gueules cassées, de pauvres gens, ce monde de la haute société aussi quand il travaillait pour Vogue, est un monde profondément humain, plutôt joyeux, jamais misérabiliste, parce que visiblement Doisneau n’a jamais regardé quelqu’un avec pitié mais toujours avec respect, en cherchant à montrer la dignité et l’étrangeté de ses congénères. Chapeau le journaliste reporter photographe.

  • Citation #168

    Il ne faut pas pleurer pour ce qui n’est plus mais être heureux pour ce qui a été.

    Marguerite Yourcenar (1903-1987)
    Femme de lettres française.

    Merci à l’ami Jean-Marc pour cette belle citation !

  • Citation #166

    L’oubli est un puissant instrument d’adaptation à la réalité parce qu’il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle.

    Marcel Proust (1871-1922)
    Ecrivain français.

  • Citation #163

    L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine. C’est un des plus difficiles à définir. Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l’existence d’une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d’avenir. Participation naturelle, c’est-à-dire amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l’entourage. Chaque être humain a besoin d’avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l’intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie.
    Simone Weil (1909 – 1943), philosophe humaniste française