Paradis perdu

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Avez-vous déjà fait un rêve merveilleux ? Vous savez, ce genre de rêve où vous baignez dans une sensation de plénitude totale, où les désirs se mêlent à la joie, et à la jouissance ? Il est surprenant que le cerveau endormi soit capable de produire une telle plénitude, un telle sensation de perfection. Cette sensation d’ailleurs, nous trompe et nous fait croire que le bonheur est un état, alors qu’il est un mouvement et un équilibre. Et ce rêve merveilleux a une fin.

Mais bêtement, même en orage
Les routes vont vers des pays,
bientôt le sien fit un barrage
à l’horizon de ma folie.

Georges Brassens

Lorsque le réveil sonne, on ne sait plus où l’on est. Le manque est immédiat. C’est terrible, de quitter le paradis…
On ressent alors un mélange de bonheur – tout notre être résonne encore de cet accord bienfaisant – et de frustration -. Ce mélange, n’est-ce pas aussi ce que l’on ressent lorsque l’on est mélancolique ? Le concept du paradis, je pense, illustre en partie cette sensation de mélancolie. On donnerait cher pour retrouver ce lieu de « luxe, de calme et de volupté ». Mais essayer de rattraper un rêve, c’est comme vouloir retenir le sable qui vous coule entre les doigts.

L’Eden est un rêve érotique évanoui. Et que l’on ne retrouvera sûrement jamais.

Cocktail détonnant

J’ai découvert tout à l’heure en regardant la soirée des 20 ans du Festival d’humour de Montreux l’excellent Eric Antoine. Je ne peux résister à poster une vidéo, tellement ce mélange d’humour et de magie constitue pour moi un cocktail irrésistible !

Soyons superficiels

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J’ai repensé l’autre jour à une idée que j’avais eu, alors que j’étais en licence. Il y a quinze ans. Je m’en rappelle parce que je l’avais exposée à un copain, au comptoir du café en face de la fac Jussieu, et qu’il avait trouvé cette idée séduisante. J’en avais été gratifié ; et du coup, je m’en rappelle encore. Rien de tel qu’une petite gratification pour activer la mémoire, n’est-ce pas ?

Cette idée m’était venue en lisant « L’éloge de la fuite », d’Henri Laborit. Ce livre radical force à douter de pas mal de choses, et j’y avais été très réceptif. Il donne une vision désespérée de l’être humain, aspirant au bonheur, mais incapable d’y arriver, enfermé et broyé par les déterminismes biologiques. L’amertume que l’on sent derrière le propos finit par être gênante, et par brouiller le message, initialement scientifique et puissant. Mais cela reste un livre très stimulant.

Cette idée, donc, est simple : puisque chacun d’entre nous n’est en définitive qu’un être vivant, mortel, soumis à des déterminismes indépassables, il est illusoire de chercher autre chose que cela au fond des humains ; nous sommes, au plus profond de nous-mêmes, tous identiques. Des pauvres animaux apeurés et seuls, cherchant désespérément à survivre, survivre, survivre. Sauver sa peau. Tout en sachant qu’on ne le peut pas. Et ce qui importe donc, c’est la surface. Soyons donc superficiels : je préfère découvrir ce que les autres veulent me montrer, plutôt que ce qu’ils sont au fond : je le sais déjà. C’est la manière qui compte ; c’est ce qu’ils décident, ou peuvent, partager.

Derrière le paradoxe brillant et un peu futile, je trouve qu’il y a toujours quelque chose de juste dans cette pensée. L’idée que la surface, la zone d’échange, d’interaction, nous constitue de manière forte. Et nous avons une influence sur cette surface, sur la forme qu’elle prend.

Au contraire des billes froides et lisses que j’ai choisies pour illustrer ce billet, les surfaces des humains sont chaotiques, s’interpénètrent, se soudent parfois. On se construit avec les autres, par les autres. Un humain est d’autant plus humain qu’il interagit. C’est à cela que sert la surface. Soyons intensément superficiels !