Pourquoi sommes-nous heureux ?

Je vous invite à regarder cette très belle conférence de Dan Gilbert (professeur de psychologie à Harvard) pour TED.com. Il y revient sur la manière dont le cerveau fabrique le bonheur, de manière à la fois drôle et passionnante !

Une fleur cueillie

Une de mes filles, la plus jeune, s’est réveillée plus tôt que d’habitude l’autre jour.

Du coup, nous l’avons prise avec nous dans notre lit. Cette petite fille de 2 ans, couchée avec nous, pleine encore de sommeil, c’était un bonheur. Elle me faisait une petite caresse sur le nez dans le noir, et restait tranquillement allongée.

J’ai réalisé à nouveau à quel point ces moments sont merveilleux, à quel point j’ai de la chance d’avoir une famille, et des enfants. Et à quel point les enfants, clairement, donnent un sens à la vie. Il est sûr que je dois faire tout mon possible pour que mes enfants puissent être heureux. Cela implique d’être heureux soi-même, bien sûr, et de les aider à se construire et peu à peu à s’émanciper. Œuvrer aussi pour un monde meilleur, à tous les niveaux. Dans la joie, et en leur donnant tout l’amour du monde. Chaque enfant mérite tout l’amour du monde ; je crois qu’en fin de compte, tout le Mal vient du manque d’amour. C’est en quoi le message de Jésus est universel, en tout cas en quoi il me touche profondément.

Et ce sens là, formidable, il faut être capable d’y intégrer aussi un peu de raison. Tout ce bonheur, toute cette douceur et toute cette joie, peuvent disparaitre du jour au lendemain. Personne n’est à l’abri. Je ne peux même pas imaginer ce que cela signifierait en termes de douleur, de chagrin et de désespoir ; mais je sais que c’est aussi une part de la vérité. Il est possible de la fuir, au point de l’oublier. Je ne suis pas sûr que cela soit souhaitable. J’ai choisi de mettre du sens dans quelque chose de fragile. Comment pourrait-il en être autrement, d’ailleurs ? Ce qui est beau, et bon, est souvent fragile et difficile.

Le bonheur n’est pas un but qu’on poursuit âprement, c’est une fleur que l’on cueille sur la route du devoir. John Stuart Mill

Le bonheur est-il une fleur ?

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Regardez bien cette conférence de Srikumar Rao. Le propos est magnifique, et simple : Il faut sortir du paradigme consistant à penser « si j’ai ça, alors je serai heureux ». Parce ce qu’on a, et qui est censé faire notre bonheur, on peut le perdre. Pour être heureux, il faut s’attacher au processus, à la manière de faire, à l’action, plus qu’au résultat de cette action. Mettre de la joie et de la passion dans ce qu’on fait, le faire à fond.

Première partie :

Deuxième partie :

Le bonheur n’est pas un but qu’on poursuit âprement, c’est une fleur que l’on cueille sur la route du devoir. — John Stuart Mill

C’est une conférence qui reste longtemps en tête après l’avoir vu. Le propos est incontournable, et juste : évidemment, mettre tout son bonheur dans ce que l’on a (enfants, femme, travail, maison, etc…), c’est accepter de perdre tout son bonheur en quelques minutes. Et oui, plus on arrive à être pleinement dans ce que l’on fait, en se souciant uniquement de faire de son mieux, et plus on est heureux. Et oui : ce que nous maîtrisons, ce sont nos actions, pas le résultat de ces actions.

Mais il y a une réflexion qui m’intéresse aussi : pourquoi faudrait-il toujours être heureux ? Pourquoi faudrait-il toujours maîtriser les choses ? Est-ce que le fait de vouloir placer son bonheur dans ce qu’on ne peut pas perdre n’est pas une manière de fuir ? De déformer le sens du bonheur, la manière de le penser pour pouvoir mieux s’y accrocher ?

Si la sagesse est aussi d’accepter le monde comme il est, alors je crois qu’il faut aussi accepter de placer son bonheur dans des choses que l’on peut perdre : j’aime la vie, je suis donc condamné à placer mon bonheur dans quelque chose que je peux perdre. Que je vais perdre, inéluctablement. Fuir le tragique ne rendra pas la vie plus supportable ; oui, nous, les humains aimons des choses qui meurent. Qui peuvent être balayées en quelques minutes par un drame, une maladie pourrie, ou un concours malheureux de circonstances.

Le travail sur soi proposé par Srikumar Rao est indispensable : bien sûr, il ne faut pas rester bloqué sur une logique d’appropriation ; mais il y a un autre travail sur soi qui consiste à accepter de mettre son bonheur dans des personnes et des choses que l’on peut perdre. Il faut accepter, ainsi, d’aimer infiniment ses enfants tout en sachant que le malheur peut s’abattre sur eux. Est-ce que pour autant on doit cesser de les aimer ? Non, bien sûr. Doit-on les aimer différement ? Je ne sais pas. Je veux continuer à aimer les choses qui me plaisent. Je ne suis pas condamné, en fait à les aimer : je veux les aimer. Je prends le risque.

Le bonheur suppose sans doute toujours quelque inquiétude, quelque passion, une pointe de douleur qui nous éveille à nous-même. — Alain

Bonne année 2009 !

Je vous souhaite une excellente année 2009, pleine de santé, d’amour et de joie. Comment le bonheur pourrait-il ne pas être au rendez-vous, avec ces ingrédients-là ?

Pour moi, le bonheur, c’est dans l’action qu’on le trouve. Dans les projets que l’on construit, que l’on réalise. C’est comme ça qu’on rencontre des gens intéressants (en faisant avec eux), et c’est comme cela qu’on se réalise.

Je vous tiendrais au courant sur ce blog d’un projet qui me tient à coeur : j’ai proposé avant la fin de l’année à mon directeur de participer à construire, à animer et à alimenter l’intranet de ma direction. S’il accepte, ça pourrait être une aventure incroyable et palpitante, me permettant de marier mon travail, et ma nouvelle compétence en « animation de contenu » (je ne connais pas de terme approprié).

Bonne année !

Volonté et devoir d’être heureux


Faut-il cacher le bonheur ?

Il y a tellement de malheur dans le monde, que le simple fait de ne pas l’être pourrait passer pour quelque chose d’étrange, voire de suspect. Ca rejoint le fameux proverbe, tiré d’un Fable :

Pour vivre heureux, vivons caché.

[Jean-Pierre Florian]

Cacher le bonheur, quand le malheur s’étale à longueur de journée sous nos yeux ? Autant interdire la beauté, et faire taire la joie.
Ce serait presque avoir honte d’être heureux.

L’univers est une énorme injustice. Le bonheur a toujours été une injustice.

[Jules Romains]

Mais si les gens heureux ne parlent pas de leur bonheur, s’ils ne le disent pas, qui parlera du bonheur ? L’intérêt d’un discours ne se mesure pas à la quantité de malheur de son propriétaire, mais à la justesse du propos.

Manifester son bonheur est un devoir ; être ouvertement heureux donne aux autres la preuve que le bonheur est possible.

[Albert Jacquard]

Le bonheur est donc, d’un première manière, relié au devoir. Qui sera heureux, si ce n’est les gens qui ont eu la chance pouvoir l’être ?

Qu’est-ce que le bonheur ?

C’est bien beau de dire qu’il faut être heureux, mais encore faut-il savoir ce qu’est le bonheur !
Qu’est ce que le bonheur ? Chacun est libre de le rechercher où il veut, dans la mesure où il n’impose rien à ses voisins.

Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît

Proverbe Français

J’ai déjà donné ici ma définition du bonheur, en tout cas une qui me plait, et surtout qui correspond à mon caractère et à mes envies. Le bonheur est quelque chose de dynamique, lié à des projets renouvelés, plus qu’un état…Il est donc relié aussi à la volonté. Quel projet, quelle action sans volonté ?

Bonheur et volonté

Le bonheur est attaché à l’action et à la volonté de deux manières un peu différentes :

L’homme n’est heureux que de vouloir et d’inventer.

[Alain]

et

Il n’y a qu’une route vers le bonheur c’est de renoncer aux choses qui ne dépendent pas de notre volonté

[Epictète]

Loin de l’image figée du bonheur, notre culture nous renvoie plutôt l’image d’un bonheur qui est le fruit du devoir et de la volonté. Le bonheur n’est donc pas un but :

Le bonheur n’est pas un but qu’on poursuit âprement, c’est une fleur que l’on cueille sur la route du devoir.

[John Stuart Mill]

Leçon de vie par un philosophe

Sur un tel sujet, il faut laisser le mot de la fin au maître, qui a dit l’essentiel là-dessus dans le superbe recueil « Propos sur le bonheur ». La notion de volonté, comme celle de devoir, y sont reliées au bonheur, bien sûr. C’est un texte profond et simple que j’aime beaucoup, et que je trouve, à chaque relecture, d’une vérité terriblement émouvante.

Devoir d’être heureux
Il n’est pas difficile d’être malheureux ou mécontent; il suffit de s’asseoir, comme fait un prince qui attend qu’on l’amuse […]
Il est toujours difficile d’être heureux; c’est un combat contre beaucoup d’événements et contre beaucoup d’hommes; il se peut que l’on y soit vaincu; il y a sans doute des événements insurmontables et des malheurs plus forts que l’apprenti stoïcien; mais c’est le devoir le plus clair peut-être de ne point se dire vaincu avant d’avoir lutté de toutes ses forces. Et surtout, ce qui me paraît évident, c’est qu’il est impossible que l’on soit heureux si l’on ne veut pas l’être; il faut donc vouloir son bonheur et le faire.
Ce que l’on n’a point assez dit, c’est que c’est un devoir aussi envers les autres que d’être heureux. On dit bien qu’il n’y a d’aimé que celui qui est heureux; mais on oublie que cette récompense est juste et méritée; car le malheur, l’ennui et le désespoir sont dans l’air que nous respirons tous; aussi nous devons reconnaissance et couronne d’athlète à ceux qui digèrent les miasmes, et purifient en quelque sorte la commune vie par leur énergique exemple. Aussi n’y a-t-il rien de plus profond dans l’amour que le serment d’être heureux. Quoi de plus difficile à surmonter que l’ennui, la tristesse ou le malheur de ceux que l’on aime? Tout homme et toute femme devraient penser continuellement à ceci que le bonheur, j’entends celui que l’on conquiert pour soi, est l’offrande la plus belle et la plus généreuse.

Alain, septembre 1923.

Etes-vous heureux ?

L’erreur avec le bonheur, c’est de vouloir le penser comme un état. Pour répondre à la question du titre, il faut définir le bonheur (qui n’est pas la joie). J’aime la définition suivante (je ne parviens pas à me rappeler si c’est de Laborit ou Comte-sponville, peu importe) très biologique et très dynamique (de mémoire) : « Etre heureux, c’est être capable d’avoir des projets, être capable de les mener à bien, être capable de jouir de leur accomplissement, et être capable d’en avoir à nouveau ». Cela définit le bonheur par son contraire, le malheur (qui n’est pas la souffrance). Est malheureux, celui qui n’est pas capable de faire des projets, celui qui n’est pas capable d’accomplir ses projets, celui qui ne peut pas en jouir une fois accomplis, et celui qui ne sait pas rebondir pour faire d’autre projets ensuite, ou qui n’a plus l’envie. Le bonheur serait donc plus un élan, une dynamique, plus qu’un état. Ca me parait sensé ; par ailleurs, cette description rejoint une autre image que j’aime bien : celle proposée par Camus, de Sisyphe poussant son rocher inlassablement, et y trouvant son bonheur.

Il faut imaginer Sisyphe heureux.

Pour finir petite citation d’Alain (ça fait toujours du bien par où ça passe) – expert en bonheur – :

Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l’ont pas cherché.