L’innovation pour les nuls #3

L’article précédent se terminait sur les tensions entre les activités concernant le « maintenant » et le « demain », au sein des entreprises. Ces tensions sont le cœur de l’innovation. Articuler ces deux mondes nécessaires, organiser le dialogue entre les acteurs qui en portent la responsabilité. Et pour pouvoir dialoguer, il faut avoir un langage commun. Plusieurs cadres conceptuels permettent de penser tout cela, et de disposer de ce langage commun. J’aime beaucoup l’approche des 3 horizons, et je trouve très éclairants les éléments structurés dans un cadre de sciences de gestion par les chercheurs de l’Ecole des Mines (Laboratoire Centre de Gestion Scientifique). Voyons tout cela (en très résumé) ! Ces deux approches ont en commun d’expliciter des natures d’activités différentes qui coexistent au sein d’une même entreprise, et de rendre lisible leurs différences. On ne gère pas de la même manière les opérations courantes, et les activités d’exploration.

3 horizons

Comme toujours, Philippe Silberzahn en a fait un excellent article. Pour résumer, les 3 horizons concernent les activités matures (H1), les activités en croissance (H2), et les activités émergentes (H3). Le tableau suivant donne les éléments principaux.

Le point qui me semble crucial, et ce sera aussi le cas pour l’approche ci-après, c’est que l’on n’évalue pas des activités différentes avec les mêmes critères de performance.

RID & Conception Innovante

(Pour ceux qui veulent plus de détails, je vous renvoie à un article plus détaillé, écrit en sortant de formation). J’avais appris beaucoup lors de cette formation à l’Ecole des Mines. Le modèle RID, tout d’abord, très utile dans des boites technologiques, où la confusion règne souvent entre R&D, et innovation. Quelques définitions, centrées sur les connaissances et les compétences de l’entreprise :

  • La Recherche est un processus contrôlé de production de connaissances
  • le Développement est un processus contrôlé, activant les compétences existantes pour spécifier un système en accord avec le cahier des charges prédéfini
  • L’Innovation définit la valeur, et est un processus de construction des compétences

Il est à mon avis utile et structurant de passer du temps à comprendre ce qu’est un régime de conception. Un régime de conception se définit par 3 caractéristiques : des raisonnements, des modes d’évaluation de la performance, et des organisations. On peut décrire – au moins – deux grands régimes de conception dans les activités d’une entreprise : le régime de conception réglée, et le régime de conception innovante. J’aime bien synthétiser cela sous la forme d’un tableau et de deux images illustrant une métaphore.

Conception Réglée (D) ​Conception Innovante (I)​
Raisonnements Design formel, ​Design fonctionnel, Design détaillé C-K, revisiter l’identité des objets
Evaluation de la performance ​Qualité – Coût – Délai ​Variété, Valeur, Originalité, Robustesse
​Organisation ​Projets ​Equipe multidisciplinaire, itération

Pour rendre ce tableau plus digeste, j’utilise en général une métaphore forestière : la conception réglée, c’est comme construire une route à travers une forêt, quand on en a déjà fait plusieurs. La conception innovante, c’est explorer une forêt en cherchant à y trouver tout ce qui peut avoir de la valeur.

De manière schématique, la conception réglée c’est le domaine de compétences de l’entreprise : elle a déjà construit des routes, et sait dire au début ce qu’est un objet « route ». Les compétences nécessaires, le budget, le temps, tout cela est plus ou moins connu au démarrage des travaux. Il y aura de l’imprévu, des embûches, et des innovations incrémentales pendant ce chantier, mais à la fin on sais ce que l’on conçoit et construit : une route.
La conception innovante, c’est le fait d’aller explorer la forêt. Peut-être y trouvera-t-on des endroits pour faire des routes, mais aussi des puits d’eau, des mines d’or, des arbres aux fruits magiques. Il est probable qu’il faudra aller chercher des compétences hors de l’entreprise pour comprendre ce que l’on aura trouvé dans cette forêt. Le premier livrable de cette exploration, c’est la carte de la forêt, la plus complète possible (y compris en ayant analysé et compris les objets inconnus que l’on y a trouvé, sous l’angle de la valeur). Une autre caractéristique des raisonnements de conception innovante, c’est qu’ils conduisent à revisiter l’identité de l’objet conçu. Nous y reviendrons dans l’article consacré à la créativité, mais vous pouvez déjà lire à profit l’excellent article d’Armand Hatchuel sur ce sujet : « Quelle analytique de la conception ? Parure et pointe en design. ».
Tout l’enjeu, à mon sens, est de faire dialoguer ces deux activités très différentes, par leur nature, comme dans leur mode d’évaluation. Le plus gros risque serait d’évaluer la Conception Réglée avec les critères de performance de la Conception Innovante, et vice versa.

Fort heureusement, il existe un MOOC conçu et présenté par Armand Hatchuel et Sophie Hooge, de l’Ecole des mines, qui revient sur tout cela et sur bien d’autres choses encores : Concevoir pour innover. Nous reviendrons dans un article ultérieur – probablement le #5 – sur les raisonnements de conception,
et sur la créativité.

Conclusion

La prochaine fois nous parlerons de « mission ». C’est un sujet que je trouve passionnant, car c’est la clef de voûte permettant d’articuler le dialogue nécessaire mentionné en introduction. Un levier puissant pour penser à la fois le « maintenant » et le « demain », c’est bien entendu d’assumer la nature organique de l’activité des entreprises, et d’expliciter la mission de l’entreprise, le sens de ce travail collectif. Y compris dans son aspect évolutif.

Un bénéfice direct à l’écriture de ces articles : j’ai découvert grâce à ma collègue ce très beau cadre concepteur, sur les 3 structures existantes dans les entreprises, et en parlant avec Frédéric Touvard, j’ai pu découvrir l’approche de Berne (livre commandé à l’instant, miam, miam).

En terrain miné


Sincèrement, le dialogue épistolaire entre Alain Finkielkraut et Elisabeth de Fontenay est décevant, et porte bien son titre « En terrain miné ». Ils n’ont pas réussi à éviter les mines. Il est vrai que je suis un lecteur et un auditeur fidèle de Finkielkraut, car je me sens proche de sa pensée, et qu’il m’a souvent permis de mettre des mots plus justes sur la mienne. J’ai donc commencé cette lecture avec un regard biaisé. Malheureusement, ce regard n’a pas été tellement bousculé par les échanges de ces deux intellectuels. Elisabeth de Fontenay, pour le dire vite et plus directement que Finkielkraut ne peut le dire, est une intellectuelle idéologue, ou en tout cas dans une forme d’éthique de conviction. Ses attaques ad hominem, pourtant contradictoire avec son amitié affichée, suffisent presque à me faire tomber le livre des mains. On n’est pas obligé de partager les vues, réflexions et opinions de ses contradicteurs, mais cela ne fait pas une raison pour essayer de les discréditer moralement. Finkielkraut, patient, explique, dit et redit. A perte, à mon sens.
Il y a quelques bons passages, de l’un et de l’autre, mais le dialogue n’a pas vraiment pris. Je recommande donc de plutôt se jeter sur les excellents « L’identité malheureuse » et « Un coeur intelligent », qui sont infiniment plus riches et profonds.

Qu’est-ce que l’Occident ?

Je viens de terminer l’excellentissime petit livre de Philippe Nemo : « Qu’est-ce que l’Occident ? ». Le propos est simple : Philippe Nemo essaye de dégager ce qui constitue l’identité spirituelle et culturelle de l’Occident. Il articule son propos en décrivant cinq moments-clés, cinq « miracles » qui consituent l’épine dorsale de la culture occidentale. Brièvement, les voici : 

  1. l’invention de la Cité, de la liberté sous la loi, de la science et de l’école par les Grecs
  2. l’invention du droit, de la propriété privée, de la « personne » et de l’humanisme par Rome
  3. la révolution éthique et eschatologique de la Bible : la charité dépassant la justice, la mise sous tension eschatologique d’un temps linéaire, le temps de l’Histoire
  4. la « Révolution papale » des XIe-XIIIe siècles, qui a choisi d’utiliser la raison de la science grecque et du droit romain pour l’inscrire dans l’histoire éthique et eschatologique bibliques, réalisant ainsi la première véritable synthèse entre « Athènes », « Rome » et « Jérusalem »
  5. la promotion de la démocratie libérale accomplie par ce qu’il est convenu d’appeler les grandes révolutions démocratiques (Hollande, Angleterre, Etats-Unis, France, puis, sous une forme ou une autre, tous les autres pays de l’Europe occidentale). Le pluralisme étant plus efficient que tout ordre naturel ou que tout ordre artificiel dans les trois domaines de la science, de la politique et de l’économie, ce dernier évènement a conféré à l’Occident une puissance de développement sans précédent qui lui a permis d’engendrer la Modernité.

Nemo explique que le propre de l’Occident serait d’avoir été modelé par tous ces cinq miracles, et par aucun autre. Philippe Nemo termine en posant la question centrale de l’universalité de l’Occident, puis en proposant une Union Occidentale. J’ai adoré la lecture de ce livre : simple, synthétique au possible (130 pages), magistral dans l’enchaînement des idées et des concepts. Les passages sur la construction du droit romain, ou sur la révolution Papale étaient particulièrement instructifs pour moi (car inconnus auparavant).

Il conclut en expliquant que le meilleur moyen pour que les cultures, les civilisations différentes puissent se parler entre elles, et que ce dialogue puisse déboucher, et être mené en vérité, il faut que chacun y soit authentiquement lui-même. Son livre participe à faire émerger, superbement et simplement, ce « soi-même » essentiel des occidentaux.

Pour une recension plus détaillée, je vous invite à lire cet article sur Actu Philosophia. 

Blog pour les nuls #4

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Réseau Social, Web 2.0, participatif. Que recouvrent ces mots ? Le blogueur ne peut pas se contenter de lancer ses bouteilles à la mer en écrivant ses articles, il faut aussi qu’il se fasse connaitre, et qu’il aille à la rencontre d’autres blogueurs pour découvrir d’autres choses. Qui dit blog, dit dialogue ; et qui dit dialogue, dit interlocuteurs. Quels sont les moyens de favoriser, et d’augmenter le dialogue sur un blog ? Quels sont les moyens de rencontrer des personnes intéressées par les mêmes choses que vous ? C’est à cette question que j’essaye de répondre dans cet article, et le dialogue, c’est la motivation principale du blogueur, non ? Poursuivre la lecture

Pourquoi je blogue ?

Une chaine circule à nouveau dans la blogosphère française : Pourquoi je blogue ? Les chaines, c’est extrêmement simple (même une méduse analphabète en saisirait le principe) : Un sujet (souvent à traiter en quelques points), et hop! on fait passer à d’autres personnes. Pourquoi ? mais parce que si vous ne faites pas passer à d’autres, ce n’est plus un chaine ! Une chaine, c’est des maillons connectés. Les blogueurs aiment jouer au maillon. Connecting People, vous savez ? Là, c’est Simon Robic qui m’a invité à y participer, et je l’en remercie.
Alors, trêve de foutaises, voilà pourquoi je blogue :

  1. parce que j’aime écrire
  2. parce que j’ai envie de donner mon avis sur tout
  3. parce que j’aime échanger des arguments sur les sujets que j’aime
  4. parce que j’aime les discussions enflammées sur les sujets polémiques, et que l’écrit permet de les avoir sans que le ton monte forcément trop vite
  5. parce que j’aime l’informatique, le web, et les possibilités infinies que tout cela offre

Voili voilou ! Je passe donc le relais aux maillons suivants (j’ai malheureusement du en écarter certains, parce qu’ils avaient déjà répondu à la chaine) :

A vous de jouer, messieurs ! Et comme ça me saoule de n’en appeler que 5, et que ce soit tous des mecs, j’invite également Mimie, dont je vous conseille d’aller découvrir l’excellent blog, remis à neuf récemment !