D’aussi loin que je me souvienne…

Si j’essaye de me rappeler mon enfance, et les moments de bonheur que j’ai eu, je reviens souvent sur une scène, qui est plus une sensation qu’un moment précis, une impression que j’ai vécue plusieurs fois…

Nous sommes en plein été à la campagne. Le soleil brûle, la piscine est synonyme d’apaisement vif et tonique ; elle transforme ce qui pourrait être étouffant en plaisir.

La sensation que j’ai encore gravée en moi, et que je retrouve toujours avec beaucoup de plaisir, c’est celle que j’éprouvais en passant de l’air surchauffé du dehors à l’atmosphère fraiche de la maison. Les maisons de campagne aux murs épais savent conserver la fraicheur.

En passant du dehors à la fraicheur, la sensation est totale : la température chute d’un coup, les yeux pendant un instant ne distinguent plus très bien…quelle douce sensation ! mes parents et mes frères sont là, dehors, dedans, quelque part, et je peux les rejoindre quand je veux. Pour jouer, et laisser le temps – inexistant – filer sans y penser.

Et la sensation inverse m’attend, jouissive aussi : repasser de la fraicheur de la pénombre à la fournaise, avec en tête, déjà, la fraicheur de l’eau, enveloppante.

J’ai six ans, huit ans, dix ans : je ne sais pas.
Mais cette sensation de bonheur sensuel, ludique et familial sera toujours vive en moi.