Ceux qui ne veulent pas compter

J’ai entendu l’autre jour un débat où il était question de la réforme de la carte judiciaire. Regrouper des tribunaux pour mutualiser les moyens, en gros. Optimiser le fonctionnement de la justice. Certains opposants (avocats, magistrats) critiquaient la réforme portée par Rachida Dati, au motif que c’était une réforme comptable, qui laissait de côté l’aspect humain. Certains mêmes décrivaient la méthode de Mme Dati comme une méthode « brutale ». On voit bien la critique qui est sous-entendue là : toujours critiquer la méthode pour ne pas parler du fond. Comme les syndicats. Heureusement, le député UMP Georges Fenech était présent pour défendre l’action de rénovation du gouvernement, et a finalement expliqué que tous ces arguments ne portaient jamais sur le fond, mais visaient plus à défendre les intérêts de corporations, et/ou de maires soucieux de conserver « leurs » tribunaux à quelques mois des élections. Il a dû réaffirmer que le gouvernement ne visait pas « à démanteler la Justice » (ce dont l’accusait une femme dont j’ai oublié le nom), mais à optimiser son fonctionnement, et à casser les conservatismes. C’est pour cette raison, selon lui, que la réforme n’a pas été redescendue au niveau local (régions, département). Un des intervenants expliquaient en effet qu’il aurait fallu laisser les gens qui connaissent les dossiers sur le terrain décider de quel tribunal doit ou pas être fermé. Georges Fenech a répondu à cet argument – plutôt raisonnable à première vue – que c’était justement le meilleur moyen pour que chacun s’accroche à « son » tribunal et finisse par conclure que la réforme est bonne, mais pas dans sa ville.
J’aurais bien voulu également que quelqu’un souligne que critiquer l’aspect « comptable » d’une réforme est un peu ambigu. Rappelons la définition de « comptable ».

Définition :
En parlant d’un personne, il s’agit de quelqu’un qui doit des comptes, qui responsable. En parlant d’une chose, cet adjectif désigne tout ce qui sert à tenir, ou qui fait partie, d’une comptabilité, et ce qui déterminé par les techniques comptables. Rajoutons pour finir que l’étymologie vient de « contable » (XIIIe s.) « que l’on peut compter ».

Je trouve ça plutôt sain, pour ma part, que les réformes soient comptables : ça fait des années que les politiques utilisent l’argent du contribuable sans compter, justement, et il est temps que ça cesse. Etre dans une logique comptable, c’est aussi et surtout chiffrer ce qu’on veut faire, porter le débat sur des choses objectives et non pas sur des questions idéologiques ou sur des procès d’intention.
Par ailleurs, si pour que l’on puisse réformer, il est nécessaire d’aller interviewer chaque juge, chaque avocat, chaque greffier, et lui demander son avis sur la question, alors cela veut dire que la réforme est impossible. L’aspect comptable, justement, permet de connaitre quels sont les nombres de dossiers par juge, les nombres de juges et de tribunaux par habitant selon les régions et les villes, le temps moyen de traitement des dossiers, etc., tous ces éléments enfin qui permettent bien mieux que des grands discours de cerner la réalité concrète et objective. Combien de tribunaux doit-on fermer pour que chacun de ceux qui restent se retrouve dans une meilleure situation pour dispenser à chaque citoyen une justice de qualité ? Voilà la logique comptable. La qualité de la Justice ne se mesure pas au nombre de kilomètre que l’on doit faire pour arriver au tribunal. C’est pourtant un argument avancé par ceux qui ne veulent pas « compter ». Il ne faut surtout pas compter l’argent public dépensé, mais on peut compter, par contre, les kilomètres. Il faut arrêter de se moquer du monde.

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alakhnor
13 années il y a

Bah, élément de prestige pour les maires, confort personnel pour les avocats : on voit bien que la contestation de cette réforme repose avant tout sur ces principes. On voit aussi que les magistrats semblent moins mobilisés que ces deux castes. (bon, pour les maires, il y a aussi un côté vie de la ville, emploi, etc…) Que les particuliers doivent faire des kilomètres pour se rendre au Tribunal est le cadet de leurs soucis. Je pense que ces mêmes particuliers seraient plus heureux d'avoir une justice fonctionnant mieux et des avocats plus disponibles, quitte à faire quelques kilomètres de plus. Je ne connais pas le détail de la réforme, et il y a sûrement des erreurs (qui pourront être corrigées ultérieurement d'ailleurs), mais sur le principe, il n'y a pas photo. Après, si la proximité est réellement un problème, les maires et les avocats n'ont qu'à s'entendre avec les magistrats pour mettre en place des cellules dans les mairies (comme pour la poste, un bureau ouvert 1 fois par semaine de 2 à 4^^). Quant à la méthode, c'est clair qu'au moins elle permet de faire le changement en moins d'une génération, quel scandale ! (ah bin, je suis… Lire la suite »

LOmiG
LOmiG
13 années il y a

salut alakhnor,

bah oui, on dirait bien qu'on est d'accord sur toute la ligne en ce qui concerne cette réforme ! Je te rejoins entièrement sur le fait que le citoyen lambda n'en a rien à cogner de faire 4 ou 20 kilomètres quand il affaire à la Justice : il est plus intéressé par la qualité du service et sa proximité de fonctionnement, que par la proximité géographique !

Pour la méthode, je pense que les commentateurs confondent (?) fermeté et brutalité. Rachida Dati semble savoir exactement ce qu'elle veut, et ça c'est peut-être une nouveauté. Elle n'est pas là pour ménager la chêvre et le choux.

merci pour ton commentaire, et à bientôt !

jmj arras
13 années il y a

Bonjour Lomig,

Je partage également ton point de vue et je pense qu'il convient de souligner que la nécessité de réformer la carte judiciaire n'est pas nouvelle mais que, par faute d'un courage politique suffisant, bon nombre des gouvernements précédents ont préféré abdiquer en rase campagne sur ce sujet pour des raisons généralement électorales et clientèlistes…

Il faut reconnaître à Rachida DATI le mérite d'avoir fait preuve du courage politique nécessaire en la matière pour mettre en place une réforme trop longtemps différée et qui finalement permettra une meilleure qualité de service pour le justiciable.

Certaines voies ont pu s'élever contre la prétendue "brutalité" du garde des sceaux mais tu as raison de signaler dans ton commentaire précédent qu'il ne faut pas confondre brutalité et fermeté car il ne s'agit pas vraiment de la même chose.

Bonne fin de journée ;)

alakhnor
13 années il y a

Je pense que le problème de proximité pour les hôpitaux se pose différemment. Tant qu'on n'a pas généralisé les centres de soin (un réseau d'hôpitaux complété par un réseau de centres de soin serait léidéal), c'est le seul lieu où les malades peuvent trouver un accueil permanent.

Bon, en même temps, côté hôpitaux, il y a d'autres problèmes à résoudre avant…

mic90
mic90
13 années il y a

Une fois de plus la justice veut plus de moyens mais ne veut rien changer à ses habitudes et comportements. Comme la médecine, elle refuse de compter, un exemple que je connais car j'y habite : le territoire de Belfort, tout petit département, est à 20 km de Montbéliard sous-préfecture du Doubs situé à 80 km de Besançon préfecture du Doubs avec Héricourt ville de Haute saone également a 20 km et très éloigné de Vesoul sa préfecture. tout est en double puisque ces 2 villes sont dans des départements différents, et Héricourt n'a rien puisque que ce n'est pas une sous-préfecture. La majorité des habitants du territoire de Belfort et d'Héricourt travaillent dans le Doubs à Montbéliard dans la sphère Peugeot. L'ensemble constitue ce que l'on appelle l'air urbaine avec un peu plus de 300 000 habitants. Malgrès les divergences politique un certain nombre de synergies ce sont faites entre ces 3 villes situées dans 3 départements. Le rapproche de la justice en un seul tribunal est à l'ordre du jour mais ces messieurs (et dames) ne supportent pas un déplacement de 20 km (15 mn par autoroute gratuite) et manifestent bruyamment. Une bonne partie de l'industrie locale a… Lire la suite »