Pourquoi je suis optimiste

La grand philosophe Emile Chartier, dit AlainSuite à  un billet du Chafouin, et à  la réponse que j’ai laissé sur son billet expliquant pourquoi il est pessimiste, je ne peux pas résister à  l’envie de vous faire partager un petit texte d’Alain (le philosophe), sur l’optimisme et le pessimisme. Admirable, et cela explique mieux que je ne saurais le faire, mes raisons d’être optimiste. Je trouve ce texte magnifique, simple et puissant. Il me touche très profondément.

Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. Tout homme qui se laisse aller est triste, mais c’est trop peu dire, bientôt irrité et furieux. Comme on voit que les jeux des enfants, s’ils sont sans règle, tournent à  la bataille; et sans autre cause ici que cette force désordonnée qui se mord elle-même. Dans le fond, il n’y a point de bonne humeur ; mais l’humeur, à  parler exactement, est toujours mauvaise, et tout bonheur est de volonté et gouvernement.

Dans tous les cas le raisonnement est serf. L’humeur compose des systèmes étonnants que l’on voit grossis chez les fous ; il y a toujours de la vraisemblance et de l’éloquence dans les discours d’un malheureux qui se croit persécuté. L’éloquence optimiste est du genre calmant; elle s’oppose seulement à  la fureur bavarde; elle modère ; c’est le ton qui fait preuve, et les paroles importent moins que la chanson. Ce grondement de chien, que l’on entend toujours dans l’humeur, est ce qu’il faut changer premièrement; car c’est un mal certain en nous, et qui produit toutes sortes de maux hors de nous. C’est pourquoi la politesse est une bonne règle de politique; ces deux mots sont parents; qui est poli est politique.

L’insomnie là -dessus nous enseigne; et chacun connaît cet état singulier, qui ferait croire que l’existence est par elle-même insupportable. Ici il faut regarder de près. Le gouvernement de soi fait partie de l’existence; mieux, il la compose et l’assure. D’abord par l’action. La rêverie d’un homme qui scie du bois tourne aisément à  bien. Quand la meute est en quête, ce n’est pas alors que les chiens se battent. Le premier remède aux maux de pensée est donc de scier du bois. Mais la pensée bien éveillée est déjà  apaisante par elle-même; en choisissant elle écarte. Or, voici le mal de l’insomnie; c’est que l’on veut dormir et que l’on se commande à  soi-même de ne point remuer et de ne point choisir. En cette absence du gouvernement, aussitôt les mouvements et les idées ensemble suivent un cours mécanique; les chiens se battent. Tout mouvement est convulsif et toute idée est piquante. On doute alors du meilleur des amis; tous les signes sont mal pris; on se voit soi-même ridicule et sot. Ces apparences sont bien fortes, et ce n’est point l’heure de scier du bois.

On voit très bien par là  que l’optimisme veut un serment. Quelque étrange que cela paraisse d’abord, il faut jurer d’être heureux. Il faut que le fouet du maître arrête tous ces hurlements de chiens. Enfin, par précaution, toute pensée triste doit être réputée trompeuse. Il le faut, parce que nous faisons du malheur naturellement dès que nous ne faisons rien. L’ennui le prouve. Mais ce qui fait voir le mieux que nos idées ne sont pas en elles-mêmes piquantes, et que c’ est notre propre agitation qui nous irrite, c’est l’état heureux de somnolence où tout est relâché dans le corps ; cela ne dure pas ; quand le sommeil s’annonce ainsi, il n’est pas loin. L’art de dormir, qui peut ici aider la nature, consiste principalement à  ne vouloir point penser à  demi. Ou bien s’y mettre tout, ou bien ne pas du tout s’y mettre, par l’expérience que les pensées non gouvernées sont toutes fausses. Cet énergique jugement les rabaisse toutes au rang des songes, et prépare ces heureux songes qui n’ont point d’épines. Au rebours la clef des songes donne importance à  tout. C’est la clef du malheur.

Edit : Seb y est allé de son petit billet sur le thème également…

0 Comments

  1. Hum… Mon billet était un billet d'humeur, mais aussi le fruit d'un ras la bol latent. Il est issu d'une réflexion. D'un mécontentement. Qu'y puis-je, à voir sans cesse nos gouvernants faire n'importe quoi? Qu'y puis-je, si l'on vit dans un système de gouvernement qui est mauvais en soi? Qu'y puis-je, si nos contemporains sont majoritairement lâches, veules et cupides?

    Il se trouve qu'en ce moment (et là c'est l'humeur…) ce sentiment domine le reste. Ce qui n'est pas toujours le cas. N'empêche que ces constats, tu m'as dit que tu les partageais en partie. Or comme dit criticus, comment les faire changer à moins d'une tragédie, d'une révolution, d'un grand chambardement?

    Oui, il y a des raisons d'être négatif dans ce pays. Mais cela ne doit pas nous empêcher de nosu battre pour que ça change… Le pessimiste est réaliste, mais n'est pas passif…

    P.S : très bon texte, au demeurant!!

  2. salut le chafouin,

    oui, j'ai bien vu que ton texte était d'humeur. Quand tu dis que plein de choses ne vont pas bien, et que tu n'y peux rien, ça résume assez bien. Est-ce que l'existence de trucs qui ne vont pas bien (encore faudrait-il se mettre d'accord sur ce constat) justifie d'être pessimiste ? Dans ce cas tu sera certainement pessimiste toute ta vie !

    L'optimisme, justement, à mon sens, c'est la réflexion pleine qui part d'un constat (négatif ou positif), et qui construit là-dessus, par la volonté d'améliorer les choses, un "plan d'action" ou en tout cas qui agit.

    Il y a des raisons d'être positifs aussi dans ce pays.

    Si on écarte les ridicules effets de focus des médias (blogs y compris), il reste quand même que pas mal de choses sont en train de bouger, pas forcément comme on le voudrait, mais ça bouge.

    Je ne sais plus dans quel billet j'écrivais cela, mais déjà le simple fait de remettre en mouvement pas mal de choses est un point positif : comment changer quand on ne bouge pas ? Le mouvement ne suffit pas, mais il est tout de même nécessaire. Rien que pour cela, l'action de Sarko-Fillon est utile.

    Maintenant, ça ne veut pas dire que je trouve bien tout ce qu'ils font : je ne les trouve pas assez libéraux. ILs ne respectent pas assez la propriété privée, et la liberté individuelle pour que je sois pleinement satisfait : mais je reste optimiste.

    Ma seule vraie raison d'être parfois pessimiste est la montée de l'Islam dur au niveau mondial, qui présage – justement – de tragédies à venir. Dur.

    à bientôt !

  3. c est presque spirituel, je veux dire religieux comme pensee! c est tres oriental comme approche de la gestion de son comportement. la blogosphere devrait relire alain!! les occidentaux on plutot tendance a exister en prenant l ascendant sur leurs interlocuteurs.

    mais je trouve ce texte un peu faible tout de meme, parce qu assez eloigne del a vraie vie. on dirait de ce texte qu il est lui meme une reverie de philosophe. assez dur de par notre mode de vie de reagir de la sorte..

    mais encore une fois, sur internet, ca devrait faire partie d une charte de bonne conduite!

  4. Salut Igor,

    merci pour ton commentaire !

    Oui c'est spirituel. Mais quand tu dis que c'est éloigné de la vraie vie, je ne te rejoins pas du tout : as tu déjà eu du mal à t'endormir ? Il parle de ça dans le texte, et la phrase "Or, voici le mal de l’insomnie; c’est que l’on veut dormir et que l’on se commande à soi-même de ne point remuer et de ne point choisir. " me parle, parce que je l'ai vécu, cette sensation.

    Par ailleurs, pourquoi sur Internet ça devrait faire partie d'une charte de bonne conduite, et pas dans la réalité ?

  5. moi je trouve très bon ce texte, et le jugement d'igor sur ce texte "faible", est un peu fort :)
    la première phrase est à méditer, et peut s'appliquer dans notre vie de tous les jours, il ne s'agit absolument pas à mes yeux, d'"une rêverie de philosophe", mais au contraire d'un constat très pragmatique de l'état d'esprit de chacun.

  6. salut max,

    d'accord avec toi (c'est pour ça que j'ai mis le texte) : cela me semble être une réflexion intéressante et juste sur le fonctionnement de notre cerveau. Dit de manière intuitive et philosophique, certes, mais vrai tout de même!

    Le ressenti lié au vécu n'est pas de la rêverie, au contraire.

    à bientôt !

  7. salut Gontman !
    ça fait plaisir de revoir par ici, même si c'est pour lire un message très laconique ;)
    à bientôt !

  8. L’optimiste et le pessimiste vivent en moi comme deux frères ennemis qui se chamaillent et le gagnant change selon mon humeur.

  9. salut décembre,
    merci beaucoup pour ton commentaire.

    Finalement oui, on peut voir les choses comme ça.
    J’aurais tendance à  dire, en paraphrasant Alain, que l’optimiste justement est celui qui ne fait pas dépendre son point de vue de son humeur, mais de sa volonté.

    à  bientà´t !

  10. Sait-on pourquoi on est comme ci plutà´t que comme ça ? Je n’en sais rien….Profitons de la chance que nous avons d’être optimistes !

  11. @ LOmiG:
    Avant de juger l’islam il faut l’etudier a fin de mieux connaitre le vrai sens et les vrais objectifs de l’Islam

  12. Si Souad a certainement posté ici et non pas dans un fil concerné, c’est avant tout parce que tu fermes les fils en question après que tes amis aient copieusement insulté toute personne qui apporte un éclairage alternatif.
    Moi, ce qui m’étonne, c’est que tu n’aies trouvé aucun rapport entre le sujet du billet ci-dessus et l’islam, tu es donc moins obsédé que ce que je croyais finalement….

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