Réformes, triangles d'or et calculs politiciens

Le temps manque, souvent, pour aller se renseigner sur tout ce qu’on voudrait. C’est le cas de la réforme constitutionnelle que les parlementaires et les sénateurs vont voter aujourd’hui. J’ai suivi de loin les tractations concernant le vote, qui va être tendu. Sur le fond, quelques grandes lignes m’ont convaincues que ça allait plutôt dans le bon sens. Je me retrouve dans les arguments que l’on peut lire sur Echo Politique, par exemple.
Dans la manière de mener un changement, on apprend en formation que ceux sur qui il faut s’appuyer pour convaincre les « mous », les « indécis » et les « passifs », sont les « triangles d’or ». Les « triangles d’or » sont ceux qui fonctionnent sur un mode d’esprit critique, d’analyse sceptique des éléments. Ce sont des « raisonnables », « factuels ». Et si eux participent à convaincre que le changement est bon, alors ils auront un vrai poids dans les discussions : on ne peut pas les soupçonner d’être acquis à une cause, ou convaincus à l’avance.
C’est l’impression que m’ont donné plusieurs tribunes où des esprits lucides ont choisi de dire pourquoi ils voteront oui, malgré des positions éloignées de celles du gouvernement. De la majorité, ou de l’opposition. Citons les radicaux de gauche[1. Gérard Charasse, Paul Giacobbi, Annick Girardin, Joël Giraud, Dominique Orliac et Sylvia Pinel] :

Et il faut bien reconnaître que de nombreuses dispositions contenues dans cette réforme contribuent à rénover le système actuel. Le nier serait faire preuve d’irresponsabilité et d’un manque certain de discernement. Il est toujours dangereux, sur un texte qui engage l’avenir de nos institutions, d’opter pour une grille de lecture uniquement partisane et s’inscrivant dans le seul court terme. Il faut se projeter et imaginer l’opposition d’aujourd’hui devenir majoritaire. Quand il s’agit de la Constitution, cet exercice, certes pas facile aujourd’hui, est toutefois indispensable.

[…] Notre vote n’est en rien un vote de soutien à la politique du président de la République. Depuis le début de cette législature, nous n’avons cessé de nous opposer à ses projets et à ses choix.

Pour ceux qui veulent lire le texte complet des articles modifiés qui sont soumis au vote du Congrès, c’est là : Le texte des articles modifiés sur Le Monde.
Je reprend, en guise de conclusion, l’article de Brice Couturier : il n’y a rien à ajouter.

Pourquoi édulcorer un pouvoir dont on peut s’emparer ?

Les hommes de parti, quelques pures que leurs intentions puissent être, répugnent toujours à limiter la souveraineté. Ils se regardent comme ses héritiers, et ménagent, même dans la main de leurs ennemis, leur propriété future. (Benjamin Constant)

Voilà pourquoi la majorité du PS refusera, en Congrès, les réformes constitutionnelles proposées par le gouvernement. Même s’il se trouve que nombre de ces réformes sont réclamées à corps et à cris depuis des années par la gauche libérale. Pourquoi l’opposition contribuerait-elle à rogner les pouvoirs exorbitants de l’exécutif, alors qu’elle sait qu’elle a de bonnes chances de l’emporter dans moins de 4 ans ? A-t-on vu que l’auteur du “Coup d’Etat permanent” ait renoncé en quoi que ce soit aux prérogatives ahurissantes accordée au président de la République, une fois élu ? Le pouvoir de nomination, en particulier, est, dans notre pays, scandaleux. On a vu l’usage qu’en ont fait et Mitterrand et Chirac en fin de mandat pour caser ou remercier leurs amis.


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Timothée
12 années il y a

Si j’étais parlementaire je ne voterais pas ce texte. C’est fort dommage, car un consensus était vraiment possible, une bonne partie des propositions du gouvernement allant dans le bon sens.
Mais on ne peut pas tolérer que le président puisse s’exprimer à l’Assemblée, étant donné qu’il est défà partout. De plus, il faut d’urgence réformer le mode de scrutin du Sénat, il est totalement inadapté à la sociologie actuelle de la France. Mais ça, la droite s’est bien gardée d’écouter les propositions du PS à ce sujet…
Dommage

Marc
12 années il y a

D’accord avec toi : « le temps manque, souvent, pour aller se renseigner sur tout ce qu’on voudrait », et sur le rôle des « triangles d’or » ; c’est mon cas sur cette révision ; je ne sais pas si je souhaite qu’elle soit adoptée ou rejetée. Mes représentants au Parlement en décideront…

Il serait intérssant de savoir pourquoi les parlementaires UMP qui votent non votent non ; là encore, je n’ai pas la réponse.

Dominik
12 années il y a

Pourquoi refuser cette réforme ?
Parce que les progrès, réels, sont des trompe-l’oeil qui ne donnent des pouvoirs supplémentaires qu’aux parlementaires de la majorité.
Parce que les pouvoirs supplémentaires donnés au président sont bels et bien réels, quoi que symbolique dans le cas du droit de parole face aux parlementaires, ça organise le côté monarchique de nos institutions.
Parce que le Sénat ne bougera pas d’un iota quoi qu’il arrive.
Parce que pour une telle réforme, demandez l’avis du peuple n’aurait pas été superflu.
parce que ça fait chier Sarkozy. Je reconnais que c’est puéril, mais on n’a pas souvent l’occasion de l’emmerder Sarko 1er alors… ;o)

Crucol
Crucol
12 années il y a

Bonjour, Je ne suis pas parlementaire, mais, si je l’étais, il me semble que je voterai blanc. Les efforts sont louables mais non suffisants à mon goût, il y a pléthore de politiciens au Parlement, la réduction de cette quantité de politiques est à mon humble une priorité, ainsi que la réforme du mode de scrutin du Parlement J’en veux pour preuve, la totale déconnexion du monde politique avec le reste de la France. Autre point, le nombre de parlementaire en regard de la population: 920 parlementaires en France pour 65 millions d’habitants soit un politique pour 70 000 habitants 535 parlementaires aux States pour 300 millions d’habitants soit un politique pour 560 000 habitants source wikipédia, certes la représentation parlementaire n’est pas un gage de prospérité, mais je gage, que mois, il y aura de postes à pourvoir, moins les retraites et les émoluments de ces piques assiettes nous coûteront! Il est aussi vrai que certains pays s’en sortent très bien avec un assez forte représentation, comme l’Irelande avec un politique pour 25 000, la Nouvelle Zélande avec un pour 33 000, mais il s’agit là de petits pays assez libéraux (environ 4 millions d’habitants chacun), avec un poids… Lire la suite »

Marc
12 années il y a

Tu parleras de Roger Douglas et de Ruth Richardson ?

Ozenfant
12 années il y a

Moi non plus, je ne sais pas si cette réforme tient debout !
Je n’ai d’ailleurs pas voulu faire de texte sur le sujet : je n’ai pas eu le courage de me pencher VRAIMENT sur le texte !
J’espère que la majorité des dépités l’ont lue et pas seulement déchiffrée et ont voté en leur âme et conscience et non pas pour satisfaire un quelconque stratégie partisane !

Aymeric
12 années il y a

Bonjour Lomig. Ouais moi aussi, quand ce week-end je me suis rendu compte qu’une modification substantielle de la Constitution allait être votée, et que je n’en savais presque rien à part les grandes lignes, j’ai eu envie de me taper dessus… Alors, j’ai enregistré toute l’émission de la Chaîne Parlementaire, et je l’ai regardée en rentrant chez moi, quatre heures tout de même ! Mais après avoir entendu tous ces avis contraires, j’étais perdu. L’art de la rhétorique est très puissant, c’est incroyable. J’étais simultanément d’accord avec Fillon, Montebourg, Copé ou les radicaux… Alors, j’ai décidé de me poser des questions simples, histoire d’arranger mes idées dans tout ce fatras. Y-a-t-il des avancées au niveau des libertés ? La réponse est oui, certes elles sont très encadrées comme par exemple le référendum d’initiative populaire ou le recours devant le Conseil Constitutionnel par le citoyen, mais elles sont bien là ces avancées. Y-a-t-il des régressions au niveau des libertés ? Non, après il faut voir comment les choses vont évoluer dans la pratique, mais a priori non. Qu’est-ce qui dérange à ce point l’opposition socialiste ? Et bien, ils le disent eux-mêmes, que les avancées soient trop timides, que le collège… Lire la suite »