Alexis de Tocqueville (1805 – 1859) philosophe politique, prĂ©curseur de la sociologie et homme politique français.
Cette citation de Tocqueville est Ă la fois rassurante et inquiĂ©tante. Elle inquiĂ©tante, bien sĂ»r, car elle dĂ©crit une restriction progressive de notre libertĂ©. George Orwell, Raymond Boudon, et d’autres ont soulignĂ©s Ă©galement comment, dans ses dĂ©veloppements rĂ©cents, la dĂ©mocratie libĂ©rale, avec des mĂ©dias et des institutions noyautĂ©es par des socialistes, a connu une dĂ©rive plus perverse encore. Des pseudos chercheurs et intellectuels font circuler des idĂ©es fausses, relativistes, en se targuant de « dĂ©construire » le bon sens commun (consistant Ă voir ce qu’on a sous les yeux), et frappant d’anathĂšme ceux qui ne se conforment pas Ă l’utilisation des mots et des rĂ©cits autorisĂ©s. Toute action est imputĂ©e Ă des « passions », et jamais Ă des « raisons ». C’est une maniĂšre de faire passer tout le monde (sauf les intellectuels bien sĂ»r) pour des bestiaux qu’il faut parquer, gĂ©rer, diriger, piquouser, piloter, car ils en sont bien incapables, pilotĂ©s qu’ils sont par leurs passions. Ils imposent ainsi leurs mots, analyses, opinions. Cette petite censure par les mots et les idĂ©es finit par restreindre le champ d’exercice de notre pensĂ©e. Pas besoin de censure, nous n’avons plus les mots, les concepts, et le recul critique, pour penser correctement.
On pourrait la trouver rassurante en se disant que finalement, en dĂ©mocratie, cette tendance Ă l’amollissement, Ă la perte de l’esprit critique, nous Ă©vite la tyrannie et l’imposition forcĂ©e d’un ordre non voulu. Et que l’existence de mĂ©dias alternatifs, et de libertĂ© d’expression nous permettra toujours de maintenir une pensĂ©e et des dĂ©bats vifs. Mais c’est faux, car ce qui reste de dissidence gĂȘne les pouvoirs en place et on peut observer, un peu partout en Europe, une tentation Ă peine cachĂ©e de censure (se prĂ©sentant bien entendu comme un moyen d’Ă©viter la dĂ©rive vers les extrĂȘmes ; l’argument est Ă©culĂ©, mais les moutons sont dociles). On peut dĂ©sormais ĂȘtre condamnĂ© Ă de la prison pour des propos, des opinions. Certains moutons, d’un type particulier (ceux avec la tĂȘte dans le sable), continuent de bĂȘler que c’est pour se/nous protĂ©ger.
Tout cela est bien affligeant. Ce qui affligeant, c’est que les penseurs libĂ©raux avaient dĂ©jĂ vu et dit tout cela, et que des gĂ©nĂ©rations entiĂšres se sont quand mĂȘme fait avoir. Nous en payons les consĂ©quences aujourd’hui. Nous devons subir non seulement le mensonge permanent et la perversion morale, mais en plus il faudrait ne pas le dĂ©noncer. Continuons de nous battre contre les socialistes de tout poils.
Alexis de Tocqueville (1805 – 1859) philosophe politique, prĂ©curseur de la sociologie et homme politique français.





