Résultats de recherche pour : « réel »

  • A la recherche du réel

    A la recherche du réel

    J’avais lu ce livre de Bernard d’Espagnat (« A la recherche du réel ») pendant mes études. Et je l’ai ressorti cet été car, écrivant un essai sur le thème du réel, en lien avec le découpage de Karl Popper, il m’a paru naturel, vu son titre, de m’y replonger.

    Je précise que c’est un livre de physicien, passionné de philosophie, et qu’il est à  destination d’un public plutôt averti. Il n’y pas d’équations dans le livre, mais les concepts manipulés ici nécessitent d’avoir un petit bagage scientifique. Le livre est centré, comme le rappelle la préface enthousiaste d’Etienne Klein (qui a connu Bernard d’Espagnat, et co-écrit un livre avec lui), sur la controverse entre Einstein et Bohr. Il s’agissait pour les physiciens, au moment des premiers succès de la mécanique quantique, de comprendre les implications philosophiques de cette théorie si efficace à  décrire une partie du réel, mais apportant des idées et des concepts radicalement contre-intuitifs. Pour ceux qui veulent en savoir plus, et comprendre comment dans les années 60 John Bell sur le plan théorique, et Alain Aspect et al. sur le plan pratique ont tranché dans ce débat, je recommande d’aller voir les vidéos et l’interview d’Alain Aspect que l’on peut trouver sur Sciences Etonnantes.

    S’appuyant sur ce thème, Bernard d’Espagnat en profitait pour apporter une réflexion profonde sur le « réel », et la capacité de la science à  la saisir. Il a forgé à  cette occasion le concept de « réel voilé » pour illustrer le décalage systématique entre l’Etre tel qu’il est, et nos modèles, descriptions, théories, langages qui ne sont capables que de décrire une partie des phénomènes (mais avec quelle efficacité parfois!). Je ne rentre pas dans la discussion à  proprement parler, car elle fera l’objet d’un chapitre de mon essai. Je recommande ce livre très riche, passionnant, et qui m’a permis d’ajouter dans ma collection, entre autres, cette magnifique citation de Pascal :

    Je ne dispute jamais du nom, pourvu qu’on m’avertisse du sens qu’on lui donne.

  • Le(s) paradoxe(s) du réel

    Le(s) paradoxe(s) du réel

    J’avais déjà  partagé sur ce blog ma découverte de la pensée de Karl Popper, vraiment indispensable. Je ne résiste pas à  revenir sur son modèle des « trois mondes ».

    Les 3 mondes de Karl Popper

    Karl Popper, dans ses ouvrages, et aussi dans des conférences, a expliqué qu’il revendique une vision pluraliste de la réalité. Donc ni monisme, ni dualisme. Il détaille donc trois mondes différents (j’ai refait une image en tête d’article pour garder ça quelque part) qui constituent à  eux trois le réel (définit comme l’ensemble de ce qui existe) :

    1. Le « Monde 1 » est celui des phénomènes physico-chimiques. « Par « Monde 1 », j’entends ce qui, d’habitude, est appelé le monde de la physique, des pierres, des arbres et des champs physiques des forces. J’entends également y inclure les mondes de la chimie et de la biologie.»
    2. Le « Monde 2 » est celui de la conscience, de l’activité psychique essentiellement subjective. « Par « Monde 2 » j’entends le monde psychologique, qui d’habitude, est étudié par les psychologues d’animaux aussi bien que par ceux qui s’occupent des hommes, c’est-à -dire le monde des sentiments, de la crainte et de l’espoir, des dispositions à  agir et de toutes sortes d’expériences subjectives, y compris les expériences subconscientes et inconscientes.»
    3. Le « Monde 3 » est celui de la connaissance objective (des « contenus de pensée » ou « idées »). « Par « Monde 3 », j’entends le monde des productions de l’esprit humain. Quoique j’y inclue les oeuvres d’art ainsi que les valeurs éthiques et les institutions sociales (et donc, autant dire les sociétés), je me limiterai en grande partie au monde des bibliothèques scientifiques, des livres, des problèmes scientifiques et des théories, y compris les fausses.»

    Le plus complexe à  saisir est le monde 3, dans son contenu non physique. Un bon exemple pour cela est l’exemple de Jean et Gabriel qui lisent chacun de leur côté la pièce « Hamlet« . Il y a là  deux objets différents du monde 1 (les deux livres physiques), deux ressentis émotionnels différents du monde 2 (Jean et Gabriel n’ont pas le même vécu, ni même le même ressenti en lisant Hamlet), par contre ils lisent tous les 2 le même objet du monde 3 qui est Hamlet, la pièce de Shakespeare. Cet objet du monde 3 est le « contenu de pensée ». Il y a dans ce monde, le schéma en tête d’article le mentionne : des théories, des symphonies, des idées, des objets réels du monde 1 bien sûr.

    Implications sur le réel

    Depuis que je le connais, je trouve ce modèle pluraliste très utile et applicable dans nos réflexions. Voici quelques exemples de ses implications, qui ne sont pas neutres. Ces implications sous-entendent que l’on partage l’idée selon laquelle seul existe le réel.

    • Une manière « simple » de distinguer les animaux et les humains, c’est peut-être de dire que les animaux n’ont pas le capacité à  discuter d’objets du monde 3, car ils sont liés à  l’apparition d’un « langage argumentatif »
    • En prenant la définition de Wunenburger, on peut positionner les imaginaires comme étant la zone à  cheval entre monde 2 et monde 3. Les contenus imaginaires ne sont donc pas ce qui n’existe pas (comme le langage semble nous l’indiquer, qui oppose réel et imaginaire), mais ce qui, dans un registre symbolique, déborde du strict monde 3 et chevauche dans le monde 2.
    • mes représentations du réel font partie du réel. Cette petite phrase est lourde de conséquence. Je peux donc modifier le réel par la pensée, de manière très factuelle. A partir du moment où une pensée est exprimée sous forme de mots, elle m’échappe en partie puisqu’elle devient partageable, et peut faire l’objet d’une critique intersubjective.
    • Il y a une forme de brouillage de frontière entre le réel et moi (nous avons l’habitude de nous penser comme une entité séparée du réel, nous habitons le réel). Je fais partie du réel, et le réel fait partie de moi (par le biais de chacun des trois mondes). La frontière entre moi et le monde n’est pas discontinue, mais bien continue.
    • Le meilleur pour la fin. Puisque Dieu, indubitablement, fait l’objet de croyances, et que l’on peut en donner une description dans le monde 3, alors Dieu existe bien sûr (fait partie du réel). C’est évident, mais ça va mieux en le disant. La(les) bonne(s) question(s) n’est donc pas « Est-ce que Dieu existe ? » (c’est une évidence dans ce modèle), mais bien « Qu’est-ce que cet objet du monde 2 et 3 a comme impact ? pour qui ? dans quel monde ? »

    Voilà , voilà . Qu’en pensez-vous ? Intéressant ? stimulant ? Personnellement, je trouve Popper indispensable.
    Modification : suite aux commentaires très justes et pertinents des lecteurs, je viens de relire la conf de Popper, et de mettre à  jour le schéma, qui était complètement faux ! Merci, donc aux lecteurs, et j’espère que du coup les choses seront plus claires. Le schéma ci-dessus, reprend la synthèse que Popper fait en fin d’article. Dans le monde 1, il parle du monde du vivant, qui a produit en évoluant, des organismes avec des expériences de consciences (monde 2). Dans ce monde 2, Popper parle des humains, qui ont produit en évoluant, des contenus de pensées, adossés à  des langages, et pour certains susceptibles de critique rationnelle. Chaque monde a un énorme feedback (effet retour) vers le monde dont il est issu.

  • A l’épreuve du réel

    A l’épreuve du réel

    Points communs entre Sansal et Rioufol ?

    Quels sont les points communs entre Ivan Rioufol et Boualem Sansal ? Il y en a plusieurs :

    • l’un et l’autre viennent de publier un livre, « La guerre civile qui vient » pour le premier, et « 2084 » pour le second
    • ces deux livres sont excellents, bien écrits, et portent des valeurs humanistes et démocrates
    • l’un comme l’autre parlent du même sujet : l’islam, mais en l’abordant par deux aspects très différents. Rioufol propose un essai politique, qui va droit au but, et qui montre – à  mon sens avec des très bons arguments – pourquoi les tergiversations d’un Pierre Manent sont dangereuses. Notre société doit résister à  des formes d’organisations qui remettent en question ses valeurs de tolérance, de liberté et d’égalité des personnes. Sansal, romancier, propose un récit qui permet de toucher du doigt la manière dont la vérité disparait dans un univers totalitaire, et avec elle une partie de ce qui fonde les rapports humains tels que nous les connaissons. Comme dans « 1984 », auquel il fait de nombreux clins d’oeils, nous découvrons un pouvoir totalitaire qui pour se maintenir est prêt à  tout ; violences, bien sûr, mais aussi conditionnement, exactions, distorsions du réel, inégalité totale des citoyens.

    Ce réel que les idéologies déforment

    Ce réel que l’un comme l’autre décrivent, l’un dans un futur lointain, et l’autre dans le présent, c’est la manière subtile avec laquelle les idéologies – l’islam en est une – peuvent se jouer de la réalité, des faits, et influencent peu à  peu les discours, et finalement la pensée.
    Il me semble que ces deux livres, que je relie artificiellement dans ce billet, méritent d’être lus. De manière urgente, et insoumise. Si vous les avez lus, ou si vous comptez le faire, ou si vous ne comptez pas le faire, laissez donc un commentaire ! C’est très exactement ce que les totalitaires et les idéologues ne supportent pas : l’échange, la discussion, la controverse, le débat d’idées critique et pluraliste.

  • Le réel – traité de l’idiotie

    Le réel – traité de l’idiotie

    Je viens de terminer le formidable livre de Clément Rosset « Le réel« , sous titré « Traité de l’idiotie ». Il y parle du réel, de la réalité.
    Remettant en question la quête obstinée de la philosophie à  vouloir percer le sens et la raison du devenir et de l’histoire, Clément Rosset entend rendre le réel à  lui-même, à  l’insignifiance. Il ne s’agit pas pour lui de décrire la réalité comme absurde ou inintéressante, mais à  dissiper les faux sens qui l’entoure : il n’y a pas de mystères dans les choses, il y a un mystère des choses. Inutile de creuser les choses pour leur arracher un secret qui n’existe pas, c’est dans leur existence que les choses sont incompréhensibles.

    Articulation entre représentations et réel

    J’ai trouvé ce livre vraiment jouissif à  lire, profond et sans concession. Il alimente et questionne mes réflexions sur le sens. Un renversement de perspective me paraitrait intéressant, puisque la problématique est tout de même bien, pour nous autres pauvres humains, celle de l’articulation entre les représentations et le réel (Rosset finit son essai par une réflexion sur le langage qui manque toujours le réel). Rosset me donne l’impression qu’il pense le réel comme « le monde sans l’humain » ? De mon point de vue, les représentations du réel font partie du réel. Car le réel est pour moi tout ce qui existe, et je trouve pour cela le découpage de Popper utile et intéressant. Bien sûr, nos représentations manquent toujours la coïncidence exacte avec le réel (c’est presque un truisme) ; mais nos représentations font partie du réel (elles existent), et leur seul attribut, ou fonction, n’est pas cette coïncidence avec leur objet. Car restreindre la valeur des représentations au fait qu’elles coïncident avec le réel, c’est les condamner d’emblée. Nos représentations surchargent le réel de sens, certes. Sens qui n’est pas dans le réel, mais bien contenu dans nos représentations. Je pense pour ma part, et c’est le sens de l’essai que je travaille, que ces représentations et ce sens sont une fonction des humains. Quelles interactions entre nos représentations et le réel ? A quoi cela peut-il servir de générer du sens en permanence dans un monde qui en est, à  l’évidence, dénué ? Voilà  les questions qui me viennent naturellement en rebond et dans le prolongement de ce livre incontournable.

  • Le réel et son double

    Le réel et son double

    Une thèse puissante : le réel est ce qui est sans double

    La thèse de ce magnifique petit livre, Le réel et son double de Clément Rosset, tient en quelques mots (merci pour le travail réalisé par les contributeurs de wikipedia!) : « la difficulté de penser le réel tient à  ce qu’il ne manque de rien, qu’il se suffit à  lui-même, qu’il se passe de tout fondement (car au fond, il n’y a rien à  expliquer, rien à  comprendre). D’où la thèse majeure du Réel et son double : le réel est ce qui est sans double et le fantasme du double trahit toujours le refus du réel. L’ontologie du réel sur laquelle débouche cette réflexion a la particularité de ne pas reposer sur la pensée de son être ou de son unité, mais de s’en tenir à  sa seule singularité, ce qui n’est possible que par la grâce d’une joie sans raison. Le réel auquel j’ai accès, aussi infime soit-il, en rapport de l’immensité qui m’échappe, doit être tenu pour le bon ».
    Clément Rosset analyse en détail et en finesse de quelle manière la structure du double est toujours un refus du réel, singulier. La démonstration est claire, magistral et d’une finesse jouissive à  découvrir. Magnifique petit essai !

    Pour aller plus loin

    Pour en savoir plus, vous pouvez aller écouter l’interview de Clément Rosset sur le site de France Culture. Vous pouvez également lire la recension que j’ai faite de son autre livre sur le thème : Le réel – traité de l’idiotie.
    Cet essai m’a refait penser à  une citation dans un champ différent (la politique), mais qui décrit finalement un peu le même phénomène mental :

    L’utopie appuyée par l’idéologie n’est astreinte à aucune obligation de résultats. Sa seule fonction est de permettre à ses adeptes de condamner ce qui existe au nom de ce qui n’existe pas.

    Jean-François Revel (1924-2006)
    Journaliste et essayiste français.

    Il me semble utile de toujours méditer cela, surtout lorsque – comme moi – on est idéaliste, donc en partie utopiste : comment faire co-exister la nécessaire acceptation du réel, avec l’action portée et orientée vers une vision, un double du réel (pour reprendre les mots de Rosset) ?

  • Chema Madoz : le réel décalé

    Chema Madoz : le réel décalé

    Connaissez-vous Chema Madoz ? C’est un photographe espagnol (né en 1958). En voyant passer sur Twitter un lien vers une photo très bien faite, j’ai eu envie de retourner voir ses photos. Sincèrement, si vous ne connaissez pas, courez les découvrir, c’est magnifique. Détournement des objets, mise en décalage de la réalité de manière simple et puissante, en noir et blanc. Sublime !

  • Une oeuvre d’art a peut-être plus à voir avec une autre oeuvre d’art qui l’a précédée qu’avec le réel.

    Harold Bloom
  • Strabisme divergent heureux

    Strabisme divergent heureux

    J’ai eu la grande chance, pour la deuxième fois, d’écouter une conférence de Christian Monjou : agrégé de l’Université, enseignant chercheur à Oxford, spécialiste des civilisations anglo-saxonnes, il a longtemps été professeur de chaire supérieure en khâgne B/L au Lycée Henri IV à Paris et chargé de cours d’agrégation à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Excusez du peu. Et après l’avoir écouté, je peux ajouter spécialiste de l’histoire de l’art et des idées, intelligence foisonnante, passionnée, et passionnante. Grande générosité dans le partage (Vous pouvez écoutez une passionnante interview sur le site de l’apm).

    Strabisme heureux

    L’exposé que nous avons eu avant hier portait sur les Wiener Werkstätte, célèbres ateliers viennois, fondés en 1903 par Josef Hoffmann, Koloman Moser et l’industriel Fritz Waerndorfer. Inspirés par le mouvement Arts & Crafts du Royaume-Uni, leur objectif était de fusionner les beaux-arts avec les arts décoratifs pour produire un art total rendu accessible au plus grand nombre. L’exposé était génial et foisonnant d’histoires et de photos d’oeuvre d’arts et d’artisanat. Cela résonnait pour moi beaucoup car mes parents avaient un gros livre, Wien 1900 (?), qui couvrait exactement cette période et que j’ai souvent feuilleté.
    Dans l’introduction de sa conférence, Christian Monjou a introduit le concept de « strabisme divergent heureux », que je tenais à conserver ici. L’idée en est claire, sinon simple : selon Christian Monjou, un trait caractéristique des leaders (thème de travail récurrent de Monjou), c’est cette capacité à avoir toujours un oeil sur deux choses à la fois (strabisme), contradictoires ou en tension (divergent), tout en parvenant à les articuler et à utiliser la tension pour en faire naître quelque chose. Il en a donné un premier exemple, qu’il trouve parfaitement adapté à ces géniaux créateurs de Wiener Werkstätte : avoir un oeil sur le passé, sur ce qui va disparaitre, mais dont il faut garder quelque chose (en l’occurence l’art nouveau), et un oeil sur l’avenir, sur ce qui est en train de survenir, et qu’il convient de façonner et de rendre possible (en l’occurence l’art déco). Bien sûr, c’est aussi un point de bascule historique entre le monde ancien de l’artisanat, et le monde qui survient, industriel.
    Il a illustré ce moment de transition, de strabisme divergent heureux, des Hoffman, Moser & Waerndorfer, avec beaucoup d’images d’oeuvres, d’objets, de créations, qui montrent très bien ce mélange d’un rappel du végétal, de l’organique et du naturel de l’art nouveau, avec déjà visible la géométrisation, et une forme de simplification des formes propre à l’art déco. Mais il l’a appliqué à d’autres sujets : il faut regarder, pour le leader, ce qui se passe dans sa communauté, à l’intérieur, mais aussi ce qui se passe en dehors. Ce strabisme divergent heureux est un concept utile, car il donne en quelques mots des éléments permettant de mieux attraper les paradoxes, dont le monde humain est fait, pour – non pas chercher à les résoudre – mais à apprendre, avec discernement, et humilité, ce que l’on peut bâtir avec. Ce qu’ils contiennent de réalité que nos modèles mentaux ne peuvent pas complètement, logiquement, réconcilier. Les paradoxes sont à expliciter, formuler, et à utiliser.
    Je vous recommander d’aller écouter l’interview linkée en début d’article pour découvrir le fabuleux conteur qu’est Christian Monjou. Et cette interview revient sur un des thèmes de sa conférence, « on ne crée / innove qu’en bidouillant avec le déjà-là », sur lequel j’ai capturé une petite citation.
    Une oeuvre d’art a peut-être plus à voir avec une autre oeuvre d’art qui l’a précédée qu’avec le réel. Harold Bloom

  • Mal intentionné ?

    J’ai pu tester, enfin, ce que je me proposais de faire ici : enregistrer un petit mémo vocal, en marchant, puis le faire mouliner avec le process suivant (adapté à ce qui suit souvent ma marche, c’est-à-dire un trajet de métro). Pourquoi enfin ? Parce qu’il fallait brancher Grok sur Google Drive, et lui faire générer un fichier de contexte permettant de faire les premiers tests.

    Process

    Dans mon Google Drive, sur lequel Grok est branché, j’ai :

    • un fichier de contexte (que Grok a généré en allant analyser mon blog, mon fil X, et dans lequel je lui ai demandé de faire une description de mon style et de mon positionnement philosophique)
    • un fichier de process, qui décrit ce que je suis en train de vous décrire, et qu’il applique à mon input (texte, vocal, autre). Ce fichier de process lui demande de prendre en compte le contexte pour travailler l’input, et je lui demande d’aller rédiger un court billet sur la base de tout ça, en l’agrémentant d’une ou deux citations d’auteurs intéressants sur le sujet.

    Je n’ai, dans Grok, qu’à lui dire : tiens prends ce « truc » (là j’ai utilisé la transcription automatique du mémo vocal créé dans iOS, très propre), passes le par le process, et il me génère un doc texte avec le résultat. Vous pouvez lire ici, avec de très légères corrections de ma part, la version produite par Grok, sur la base de 3 phrases enregistrées en marchant : « On ne pense pas bien le Mal, si on cherche d’abord à établir l’intentionnalité et à faire l’analyse des causes, avant de regarder les effets » (c’était moins clair dans mon mémo).

    Résultat

    Notre époque a du mal à nommer les êtres malfaisants parce qu’elle recouvre cette réalité d’une couche d’intentionnalité, de psychologie et de considérations juridiques. On exige de reconstituer les méandres internes de l’auteur avant d’admettre que le mal existe. Cette exigence, souvent présentée comme de la nuance, occulte la réflexion directe sur le mal et sur ses effets réels.

    Le mal existe et ses conséquences sont identiques qu’il soit intentionnel ou non. Insister sur l’intentionnalité comme condition préalable revient à subordonner les faits à nos constructions internes. Comme l’écrit Albert Camus dans L’Homme révolté, « La révolte est le mouvement par lequel l’homme se dresse contre ce qui le nie ». Karl Popper rappelait que la clarté des concepts est la première condition d’une société ouverte : brouiller la frontière entre le mal et ses excuses affaiblit précisément cette capacité critique. Refuser de nommer le mal tant que toutes les intentions ne sont pas éclaircies, c’est choisir de rester aveugle plus longtemps que nécessaire.

    Reconnaître le mal par ses effets, sans conditionner cette reconnaissance à la preuve d’une intention, est une exigence de lucidité. Le mal n’est pas une catégorie à démontrer ; c’est une réalité qui s’impose par ce qu’elle détruit. Dans une époque qui multiplie les justifications autour du mal, quelle forme de pensée morale reste possible ? Car enfin il me semble très clair que le Mal se combat, avant de se comprendre.

    Prochaines étapes

    Peaufiner la sortie, le forcer à aller soulever un ou deux problématiques conjointes ou qui prolongent le point de départ, lui faire ajouter des liens vers d’autres billets de mon blog abordant les mêmes sujets, ou d’autres ressources externes, lui faire créer un fichier d’apprentissage au long cours pour que chaque nouvelle co-création permettent d’enrichir d’affiner le process. Qu’en pensez-vous ?

  • La Bataille de Gaulle

    La Bataille de Gaulle

    J’avais eu des premiers retours un peu tièdes, et heureusement mon copain Jean-marc m’en a fait la pub : le diptyque « La Bataille de Gaulle », d’Antonin Baudry, est un superbe film. A voir absolument, à mon avis, pour plusieurs raisons dont je détaille certaines ci-dessous.

    Pour s’en convaincre…

    • Un auteur à découvrir : tout d’abord je découvre en lisant la fiche Wikipedia consacré au cinéaste qu’il est le fameux personnage (et scénariste) de la super BD « Quai d’Orsay » dessinée par Blain. Son parcours, sa formation, comme son premier super film « Le chant du loup », et ce double film sur de Gaulle, tout indique qu’Antonin Baudray fait partie des personnes à suivre de près.
    • Un bout d’histoire fabuleuse : je suis assez nul en histoire, je dois bien l’avouer, et ce focus mis sur une période très particulière (entre le départ de Charles de Gaulle pour Londres en mai 1940 et la libération de Paris en août 1944) permet d’en découvrir tout un tas d’aspects à la fois précis, déterminants, et passionnants. Le film s’appuie sur le livre d’un historien britannique, Julian Jackson, « Une certaine idée de la France ». L’éclairage en parallèle de l’histoire politique, sur la mise en place de la résistance forme un magnifique contrepoint pour suivre les évènements à la fois en France et hors de France.
    • Un vrai film de guerre : l’éclairage historique et concret apporté sur les batailles de Bir-Hakeim (avec Koenig à la manoeuvre, très bien incarné par Benoît Magimel) et de Ksar Ghilane sont vraiment époustouflantes, tant par le détail des combats que par les prises de paroles des Généraux.
    • Des acteurs formidables : tous les acteurs sont formidables, mais Simon Abkarian (de Gaulle), Niels Schneider (Leclerc) et Simon Russell Beale (Churchill) sont vraiment incroyables. A bout d’une heure de film, le personnage est tellement incarné qu’on en vient à se demander à quoi pouvait bien ressembler de Gaulle (le vrai) tant celui qu’on a sous les yeux semble être de Gaulle. Quant à Niels Schneider, il incarne un Leclerc absolument fantastique, empli d’un feu sacré à toute épreuve.
    • Un ton parfait : je trouve le ton du film très juste. Il ne tombe ni dans le docu historique pur et dur, veillant à surtout ne pas « romancer », ni dans le biopic un peu trop admiratif et faisant de l’histoire un instrument pour glorifier un personnage. Les personnages sont là, réels, et c’est ce que les rend si beaux et touchants. Dans la tourmente de temps terribles, ces héros, au sens propre du terme (« Homme, femme qui incarne dans un certain système de valeurs un idéal de force d’âme et d’élévation morale. »), sont incroyables de force morale, d’abnégation. Pas besoin d’en rajouter. Oui, il faut romancer un peu pour que l’histoire puisse se suivre, choisir ce qu’on va montrer et ce qu’on ne va pas montrer, et probablement caricaturer très légèrement : mais avec de tels personnages, pas besoin d’en rajouter. Les montrer en situation, face à leurs choix, suffit.

    J’ai trouvé ce film, pour ma part, bouleversant. Ce qui fait la ligne directrice du film, c’est bien sûr de Gaulle et son idée fixe (la France), et Leclerc avec son idée fixe (la France). Leur courage, sur un plan politique et stratégique pour de Gaulle, et sur un plan militaire et opérationnel pour Leclerc, fait bien plus que forcer le respect. Pendant le film, et c’est le succès de ce long-métrage, j’ai été frappé d’admiration, ému, bouleversé, par ces hommes hors du commun, trempés comme l’acier le plus pur, prêts à mourir pour leur devoir. Des invaincus, selon le mot de Leclerc. Je suis resté, et suis encore, habité par le souvenir de cet homme, Leclerc, dont le destin est si incroyable. Ce film donne envie d’aller lire les biographies et les mémoires, rend hommage aux héros (connus ou inconnus), fait passer un moment très fort, et parle du destin de la France. Que demander de plus à un film ?