Catégorie : 📚 Livres

  • La Loi, de Frédéric Bastiat

    J’ai reçu hier mon exemplaire de « La Loi« , de Frédéric Bastiat. Bien entendu, je n’ai pas pu résister, et j’ai commencé à  le lire. Je vous en donne quelques extraits ici, pour vous donner envie d’aller le lire…

    J’ai retrouvé avec exaltation, et un plaisir intense, la langue pure et belle de Bastiat, sa manière de rigoureusement exprimer les idées. Sa verve aussi, car c’est réellement un grand écrivain. Comme ce livre est disponible en intégralité sur le net, j’ai pu aller vous chercher deux extraits lus hier soir. En guise d’amuse-gueule…

    Propriété, Spoliation et Loi

    L’homme ne peut vivre et jouir que par une assimilation, une appropriation perpétuelle, c’est-à -dire par une perpétuelle application de ses facultés sur les choses, ou par le travail. De là  la Propriété.
    Mais, en fait, il peut vivre et jouir en s’assimilant, en s’appropriant le produit des facultés de son semblable. De là  la Spoliation.
    Or, le travail étant en lui-même une peine, et l’homme étant naturellement porté à  fuir la peine, il s’ensuit, l’histoire est là  pour le prouver, que partout où la spoliation est moins onéreuse que le travail, elle prévaut; elle prévaut sans que ni religion ni morale puissent, dans ce cas, l’empêcher.
    Quand donc s’arrête la spoliation ? Quand elle devient plus onéreuse, plus dangereuse que le travail.
    Il est bien évident que la Loi devrait avoir pour but d’opposer le puissant obstacle de la force collective à  cette funeste tendance ; qu’elle devrait prendre parti pour la propriété contre la Spoliation.
    Il est bien évident que la Loi devrait avoir pour but d’opposer le puissant obstacle de la force collective à  cette funeste tendance ; qu’elle devrait prendre parti pour la propriété contre la Spoliation
    Mais la Loi est faite, le plus souvent, par un homme ou par une classe d’hommes. Et la Loi n’existant point sans sanction, sans l’appui d’une force prépondérante, il ne se peut pas qu’elle ne mette en définitive cette force aux mains de ceux qui légifèrent.
    Ce phénomène inévitable, combiné avec le funeste penchant que nous avons constaté dans le coeur de l’homme, explique la perversion à  peu près universelle de la Loi. On conçoit comment, au lieu d’être un frein à  l’injustice, elle devient un instrument et le plus invincible instrument d’injustice. On conçoit que, selon la puissance du législateur, elle détruit, à  son profit, et à  divers degrés, chez le reste des hommes, la Personnalité par l’esclavage, la Liberté par l’oppression, la Propriété par la spoliation.
    Il est dans la nature des hommes de réagir contre l’iniquité dont ils sont victimes. Lors donc que la Spoliation est organisée par la Loi, au profit des classes qui la font, toutes les classes spoliées tendent, par des voies pacifiques ou par des voies révolutionnaires, à  entrer pour quelque chose dans la confection des Lois. Ces classes, selon le degré de lumière où elles sont parvenues, peuvent se proposer deux buts bien différents quand elles poursuivent ainsi la conquête de leurs droits politiques : ou elles veulent faire cesser la spoliation légale, ou elles aspirent à  y prendre part.

    Loi, Morale et Justice

    Aucune société ne peut exister si le respect des Lois n’y règne à  quelque degré ; mais le plus sûr, pour que les lois soient respectées, c’est qu’elles soient respectables. Quand la Loi et la Morale sont en contradiction, le citoyen se trouve dans la cruelle alternative ou de perdre la notion de Morale ou de perdre le respect de la Loi, deux malheurs aussi grands l’un que l’autre et entre lesquels il est difficile de choisir.
    Il est tellement de la nature de la Loi de faire régner la Justice, que Loi et Justice, c’est tout un, dans l’esprit des masses. Nous avons tous une forte disposition à  regarder ce qui est légal comme légitime, à  ce point qu’il y en a beaucoup qui font découler faussement toute justice de la Loi. Il suffit donc que la Loi ordonne et consacre la Spoliation pour que la spoliation semble juste et sacrée à  beaucoup de consciences. L’esclavage, la restriction, le monopole trouvent des défenseurs non seulement dans ceux qui en profitent, mais encore dans ceux qui en souffrent. Essayez de proposer quelques doutes sur la moralité de ces institutions. « Vous êtes, dira-t-on, un novateur dangereux, un utopiste, un théoricien, un contempteur des lois ; vous ébranlez la base sur laquelle repose la société. » Faites-vous un cours de morale, ou d’économie politique ?

  • DLL – Le développement de l'optique évolutionniste

    Chapitre premier : « Raison et évolution »

    Le développement de l’optique évolutionniste

    Il devint de plus en plus clair que la formation de types réguliers de relations humaines qui ne sont pas le but conscient d’actions humaines soulevait un problèmes qui nécessiterait le développement d’une théorie sociale systématique. La réponse à  ce besoin fut fournie pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle dans le domaine économique par les philosophes moralistes écossais, conduits par Adam Smith et Adam Ferguson, cependant que les conséquences à  en tirer pour la théorie politique recevaient leurs magnifiques formulations du grand visionnaire Edmund Burke, encore que l’on chercherait vainement dans son oeuvre une théorie systématique.

    Hayek s’emploie ensuite à  dissiper certains malentendus à  propos de la théorie évolutionniste.

    Il y a d’abord la croyance erronée que c’est une conception empruntée à  la biologie. Ce fut en réalité l’inverse, et si Charles Darwin a su appliquer avec succès à  la biologie un concept qu’il avait largement reçu des sciences sociales, cela ne rend pas ce concept moins important dans le domaine où il avait pris naissance. C’est à  l’occasion de la réflexion sur des formations sociales telles que le langage et la morale, le droit et la monnaie, qu’au cours du XVIIIe siècle les conceptions jumelles de l’évolution et de la formation spontanée d’un ordre furent enfin clairement formulées, fournissant ainsi à  Darwin et ses contemporains des outils intellectuels qu’ils purent appliquer à  l’évolution biologique. Ces philosophes moralistes du XVIIIe siècle et les écoles historiques du droit et du langage peuvent bien être nommés — comme certains des théoriciens du langage du XIXe se sont eux-mêmes qualifiés — des darwiniens avant Darwin.

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  • DLL – La fausse dichotomie du "naturel" et de "l'artificiel"

    Chapitre premier : « Raison et évolution »

    La fausse dichotomie du « naturel » et de « l’artificiel »

    Hayek explique ensuite la confusion, due à  la tradition philosophique grecque, entre plusieurs types de phénomènes. Les grecs divisaient les phénomènes en deux catégories (« naturels » et « artificiels »), dont la seconde comportaient à  son tour deux types non suffisamment distingués de phénomènes (nomos et theisis). Finalement il était nécessaire d’introduire, pour limiter les confusions, une troisième classe distincte de phénomènes « résultant de l’action humaine, mais sans être le fruit d’un dessein humain ».

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  • L'évolution corrélative de l'esprit et de la société : le rôle des règles

    Chapitre premier : « Raison et évolution »

    L’évolution corrélative de l’esprit et de la société : le rôle des règles

    La réalité, évidemment, est que cet esprit (l’esprit de l’homme. Ndr) est une adaptation à  l’environnement naturel et social dans lequel l’homme vit, et qu’il s’est développé en constante interaction avec les institutions qui déterminent la structure de la société. L’esprit est tout autant le produit de l’environnement social dans lequel il a grandi et qu’il n’a point fait, que quelque chose qui, à  son tour, a agi sur ces institutions et les a modifiées. Il résulte de ce que l’homme s’est développé en société et a appris celles des habitudes et pratiques qui augmentaient les chances de survie du groupe dans lequel il vivait. La conception d’un esprit déjà  complètement développé, ayant conçu les institutions qui rendaient la vie en société possible, est contraire à  tout ce que nous savons de l’histoire de l’homme.

    Hayek décrit ensuite le processus de formation des règles, et en décrit deux attributs essentiels à  ses yeux.

    Le premier attribut que la plupart des règles possédaient originellement est qu’elles sont observées dans l’action sans être connues de l’acteur sous forme de mots (« verbalisées » ou explicites). Elles se manifesteront dans une régularité d’action, qui peut être explicitement décrite, mais cette régularité d’action ne résultat pas de ce que les personnes qui agissent peuvent énoncer les règles en question. Le second attribut est que de telles règles viennent à  être observées par le fait qu’elles confèrent au groupe qui les pratique une puissance supérieure, et non pas parce que cette conséquence est prévue par ceux que ces règles guident. Bien que de telles règles finissent par être acceptées parce que leur application produit certaines effets, elles ne sont pas obéies avec l’intention de produire ces effets-là  — effets que la personne agissante peut aussi bien ignorer.

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  • DLL – Connaissance des faits et science

    Chapitre premier : « Raison et évolution »

    Connaissance des faits et science

    C’est une erreur de croire que la science est une méthode pour obtenir la certitude au sujet de faits individuels et que le progrès des techniques scientifiques nous permettra d’identifier et de manipuler tous les évènements particuliers à  notre guise. En un certain sens, c’est une banalité de dire que notre civilisation consiste à  faire reculer l’ignorance. Mais précisément parce que l’idée nous est familière, elle tend à  nous dissimuler ce qu’elle contient de plus important : à  savoir que la civilisation repose sur le fait que nous bénéficions tous de connaissances que nous ne possédons pas.

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  • DLL – Les limitations permanentes de notre connaissance des faits

    Chapitre premier : « Raison et évolution »

    Les limitations permanentes de notre connaissance des faits

    La façon de voir constructiviste conduit à  des conclusions fausses parce que les actions de l’homme réussissent largement — non pas seulement au stade primitif mais plus encore sans doute au stade de la civilisation – grâce au fait qu’elles sont adaptées à  la fois aux faits particuliers que l’homme connaît et à  un grand nombre d’autres faits qu’il ne connaît ni ne peut connaître. […] cette inéluctable ignorance de la plupart des données qui entrent dans l’ordre de la Grande Société[1. D’après ce que j’ai compris, la « grande société » d’Hayek est proche de la société ouverte décrite par Popper dans « La société ouverte et ses ennemis »] est la racine du problème central de tout ordre social ; la fiction par laquelle cette ignorance est provisoirement mise de côté n’est la plupart du temps jamais explicitement abandonnée, on se contente de la passer sous silence. Après quoi, le raisonnement suit son chemin comme si cette ignorance n’avait aucune importance.[…]
    Ce sera l’une de nos thèses principales, que la plupart des règles de conduite qui gouvernent nos actions, et la plupart des institutions qui se dégagent de cette régularité sont autant d’adaptations à  l’impossibilité pour quiconque de prendre consciemment en compte tous les faits distincts qui composent l’ordre d’une société. Nous verrons en particulier que la possibilité de la justice repose sur cette limitation inéluctable de notre connaissance des faits et que, par conséquent, la compréhension profonde de la nature de la justice est refusée à  tous les constructivistes qui raisonnent habituellement à  partir d’une présomption d’omniscience. […] L’erreur caractéristique des rationalistes constructivistes est, à  cet égard, qu’ils ont tendance à  fonder leur raisonnement sur ce qui a été appelé l’illusion synoptique, c’est-à -dire sur cette fiction que tous les faits à  prendre en considération sont présents à  l’esprit d’un même individu et qu’il est possible d’édifier, à  partir de cette connaissance des données réelles de détail, un ordre social désirable.

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