CatĂ©gorie : 🧠 RĂ©flexions

  • Les postures de l’innovation

    Les postures de l’innovation

    La science nous a appris que l’ĂȘtre humain est un tout : il n’y a pas l’esprit d’un cĂŽtĂ©, et le corps de l’autre. Fini le dualisme, bienvenue à  l’organisme.

    J’avais Ă©tĂ© trĂšs intĂ©ressĂ© par la lecture (il y a longtemps dĂ©jà ) du livre « Le sens du Mouvement », d’Alain Berthoz. J’en ai retenu, entre autres, que l’état d’esprit et la posture influencent la maniĂšre de vivre une situation, y compris la maniĂšre dont l’organisme perçoit son environnement. Le scĂ©nario interne inconscient dĂ©termine ce que l’organisme va percevoir et utiliser pour son action.

    Il y a peu de temps, j’ai vu cette vidĂ©o trĂšs intĂ©ressante sur Ted (grĂące à  Max), oĂč Amy Cuddy explicite les liens qui existent entre postures physiques et Ă©tat d’esprit : oui, prendre une posture physique de « puissance » met effectivement en condition d’ĂȘtre plus efficace, rĂ©actif, dĂ©tendu, etc


    Et dans le cadre de mon travail, je viens de lire un excellent article de Andrew B. Hargadon (1998) : « Firms as Knowledge Brokers: Lessons in Pursuing Continuous Innovation », California Management Review 40 (3): 209—227. C’est passionnant : il y revient sur l’analyse de firmes spĂ©cialisĂ©es dans l’innovation continue, c’est-à -dire de sociĂ©tĂ©s dont la principale et seule activitĂ© est l’innovation (IDEO, Design Continuum, McKinsey, etc
).

    Entre autres choses passionnantes, il y mentionne la ”posture du sage » : le fait d’ĂȘtre suffisamment confiant et à  la fois pas trop arrogant, et qui permet de partager ses connaissances avec les autres, mais aussi ses problĂšmes et ses doutes. Une clĂ© dans le « knowledge brokering » et le bon fonctionnement des organisations basĂ©es sur cela pour innover en permanence. Ce retour sur une « posture » a fait tilt, car je l’avais dĂ©jà  Ă©voquĂ© avec mon collĂšgue @Mickouku !

    J’ai donc envie d’aller chercher et Ă©tudier un peu tout ça : les postures (à  la fois physiques et psychiques), leur typologie et leur impact sur la rĂ©flexion, la crĂ©ativitĂ© et l’innovation. J’imagine qu’il y a des classifications qui existent et des travaux à  ce sujet. Si vous en connaissez, merci de me le dire en commentaire. Quelles sont les postures ouvertes/fermĂ©es ? Quels liens avec les grandes postures rĂ©flexologiques Ă©voquĂ©es par G. Durand dans « Structures anthropologiques de l’imaginaire » ? Quels liens entre l’espace physique de travail et les postures ? Quel impact ont les postures sur les postures ? quel est l’impact d’un changement de posture plus ou moins forcĂ© ? quel lien avec les postures fondamentales Ă©voquĂ©es par Laborit et d’autres (lutte, fuite, inhibition de l’action, jeu, dĂ©couverte) ? Comment une organisation peut favoriser telle ou telle posture ? Je sens que ça va ĂȘtre passionnant
et j’aimerais bien que ça dĂ©bouche sur une classification simple et utilisable des « postures de l’innovation ».

    Si vous avez dĂ©jà  des connaissances sur le sujet, ou si vous pouvez m’orienter vers des ressources, des auteurs, etc
 je suis preneur ! Soyez sages.

  • La vulnĂ©rabilitĂ© comme mesure du courage

    GrĂące Ă   Twitter, je suis tombĂ© sur un excellent article « Why you need to be vulnerable to innovate« . L’auteur y revient sur la « thĂ©orie » et les observations de BrenĂ© Brown, et renvoie Ă   une confĂ©rence donnĂ©e lors d’un TEDx Houston.

    Et en cherchant Ă   retrouver cette vidĂ©o avec les sous-titres, je suis tombĂ© sur la suivante : BrenĂ© Brown y revient sur le succĂšs de la premiĂšre vidĂ©o/confĂ©rence, et sur les suites de son travail. Toujours aussi passionnant et sincĂšre.

  • Un individu dans l’innovation

    Un individu dans l’innovation

    A l’heure oĂč tout ce qui s’est construit sur le web impacte pleinement les entreprises (pour le meilleur souvent), et la sociĂ©tĂ© en gĂ©nĂ©ral, je suis empli – plus que jamais – de doutes. Est-il encore permis de douter, tout en agissant ? Je l’espĂšre !

    Si vous ĂȘtes certain, vous vous trompez certainement, parce que rien n’est digne de certitude ; et on devrait toujours laisser place à  quelque doute au sein de ce qu’on croit ; et on devrait ĂȘtre capable d’agir avec Ă©nergie, malgrĂ© ce doute. — Bertrand Russell

    Idéalisme et action intraprenariale

    J’ai la chance de faire un mĂ©tier passionnant, centrĂ© sur l’innovation (donc sur la structuration de l’inconnu, la conduite du changement, et l’humain au sens large). Et j’ai la chance d’avoir une activitĂ© qui mĂȘle les non-spĂ©cialistes aux spĂ©cialistes, et qui questionne la capacitĂ© à  faire (Refaire?).

    Etant idĂ©aliste, j’ai une tendance naturelle à  voir le rĂ©sultat escomptĂ© avant les embĂ»ches : je pense qu’il est possible d’imaginer, et de construire, une sociĂ©tĂ© oĂč les humains puissent vivre librement, en sĂ©curitĂ©, et rechercher comme ils l’entendent leur bonheur, en respectant ce mĂȘme droit pour les autres. Je pense Ă©galement qu’il possible d’imaginer, et de construire, des entreprises (des firmes) oĂč il fait bon travailler, dans la joie, le respect et la transparence.

    Le propre de l’idĂ©alisme, c’est d’ĂȘtre dĂ©calĂ© du monde rĂ©el. L’idĂ©aliste se construit dans l’espace qui sĂ©pare sa vision de la rĂ©alitĂ©. L’idĂ©aliste non dogmatique se nourrit des difficultĂ©s (le sage aussi, mais sans en souffrir). Ma souffrance au quotidien (souffrance toute spirituelle) consiste à  mesurer l’Ă©cart entre ma visĂ©e, et ce qui est la rĂ©alitĂ© au quotidien. Je suis donc pour cela (et aussi un peu par choix/nĂ©cessitĂ©) enclin au doute. Et comme je pense qu’il est plus profitable de partager ses doutes que ses convictions, j’ai envie d’en partager quelques-uns.

    Les grandes entreprises sont-elles prĂȘtes à  jouer le jeu de l’innovation ?

    Pour le vivre au quotidien, je crois que le vrai problĂšme de l’innovation dans les grandes entreprises est l’articulation entre les activitĂ©s de conception innovante et les celles de conception rĂ©glĂ©e (je ne parle pas comme chercheur, mais sur la base d’un retour d’expĂ©rience de terrain, donc non gĂ©nĂ©ralisable). Mettre en place des structures de conception rĂ©glĂ©e pour mener à  bien des exploits industriels, beaucoup d’entreprises l’ont fait, et savent trĂšs bien le faire. Mener à  bien des activitĂ©s de conception innovante, beaucoup d’entreprises aussi l’ont fait. Mais articuler ces deux activitĂ©s relativement diffĂ©rentes (dans leurs modes de raisonnements, dans leur pilotage, dans la maniĂšre de les Ă©valuer), au sein d’une mĂȘme structure, voilà  qui est plus complexe. Certaines entreprises ont montrĂ© des voies possibles : Apple, Google, Pixar, mais aussi 3M, Seb, et bien d’autres. Articuler ces deux types d’activitĂ©s conduit à  faire se parler deux mondes :
    1° comment rendre appropriables par le monde de la conception rĂ©glĂ©e les sorties de l’activitĂ© de conception innovante ? L’exploration de la valeur (au sens plein du terme) parait ĂȘtre le chemin commun. En voyez-vous d’autres ?
    2° comment intĂ©grer les contraintes de la conception rĂ©glĂ©e à  l’activitĂ© de conception innovante ?
    Pour l’une comme pour l’autre de ces questions, il parait Ă©vident que le plus simple est de mĂ©langer des acteurs de ces deux mondes, et les faire travailler ensemble. Plus facile à  dire qu’à  faire. Les projets temps libres sont une vraie piste pour cela (sortir les gens de leurs missions au sein de la firme), et les « tiers-lieu » permettent de formaliser cette transversalitĂ©, et de favoriser un mĂ©lange rĂ©ussi entre les mĂ©tiers, avec une organisation diffĂ©rente de l’activitĂ©. Les grandes entreprises sont-elle prĂȘtes pour ce jeu-là  ? J’en doute, tant les effets de la « corporate governance », mĂȘlĂ©s à  ceux de la crise, tendent la situation interne.

    Une rĂ©volution, ça tourne…et ça revient !

    Il est toujours dangereux de parler de « changement de paradigme », de « rĂ©volution ». Notre point de vue est si temporellement dĂ©fini que les effets de distorsion sont inĂ©vitables. Voilà  un doute de plus : je doute sincĂšrement du fait que nous soyons en plein changement de paradigme. Je crois que beaucoup de monde se gargarise avec ces grands mots, qui cachent facilement les petites lĂąchetĂ©s et la paresse intellectuelle. La bascule des produits vers les services, nouvelle ? Mais IBM l’a dĂ©jà  rĂ©alisĂ©e ! L’arrivĂ©e des Big Datas, nouvelle ? Mais Google s’est justement construite sur la structuration des informations, et sur leur utilisation appropriĂ©e ! Dans un cas comme dans l’autre, parler de rĂ©volution, c’est bien, mais cela masque surtout un manque de capacitĂ© à  intĂ©grer ces exemples au jour le jour dans nos pratiques. Qu’en pensez-vous ? Sommes-nous rĂ©ellement dans un « changement de paradigme » ?

    L’humain au centre de tout ça

    Voilà  qui nous ramĂšne directement à  l’humain, et aux individus. Jusqu’à  preuve du contraire, une entreprise, un Ă©tat, une nation, une communautĂ©, ça ne parle pas, ça ne pense pas ; les individus oui. Les acteurs sont les individus. Et le fait que leurs actions et leurs pensĂ©es puissent ĂȘtre structurĂ©es par des facteurs externes n’y change pas grand-chose. Les acteurs sont les individus.
    Voilà  encore un doute qui me traverse au quotidien. Aucune idĂ©e n’avance seule ; les idĂ©es avancent parce que des porteurs y mettent leur Ă©nergie, leurs tripes parfois, et parce que cela rencontre un Ă©cho chez les autres. Qu’ils soient des acteurs à  fĂ©dĂ©rer, des clients à  combler ou à  titiller, des partenaires à  sĂ©duire (dans le bon sens du terme). Voilà  un autre doute qui m’anime, liĂ©e à  notre contexte français : les gens sont-ils prĂȘts à  accepter une sociĂ©tĂ© plus ouverte, avec une place accrue de la sociĂ©tĂ© civile, avec une mise en avant plus forte de la responsabilitĂ© individuelle ? Je suis un ferme partisan d’une vraie subsidiaritĂ© : avant de prĂ©voir des plans pharaoniques nĂ©cessitant un recours souvent brutal au financement des contribuables, il convient de balayer devant sa porte. En commençant à  la brique Ă©lĂ©mentaire, l’individu. Nous avons un penchant culturel à  toujours vouloir rĂ©gler les problĂšmes par le haut, au lieu de commencer à  retrousser les manches au niveau local pour gĂ©rer nous-mĂȘmes les choses. Le systĂšme (qu’il soit celui de l’entreprise, ou la sociĂ©tĂ© en gĂ©nĂ©ral) ne peut se changer qu’au quotidien, avec un peu de courage, de libertĂ© et de vĂ©ritĂ©. Cela implique une ambiance de confiance totale ; c’est ce qu’Ed Catmull -co-fondateur de Pixar- avait bien compris. La premiĂšre rĂšgle formelle chez Pixar est : chacun est libre de s’adresser à  n’importe qui. Cette simple rĂšgle serait rĂ©volutionnaire si on l’appliquait dans beaucoup d’organisme. La confiance est une clĂ©. La convivialitĂ© aussi. Le goĂ»t du dĂ©bat, voire de la controverse, de l’argumentation font partie de tout cela. Un soldat au garde-à -vous est utile pour que l’armĂ©e soit opĂ©rationnelle ; est-ce une attitude bien utile dans une entreprise innovante ? Voilà  un ensemble de valeur dont j’entends souvent parler, mais qui demandent, pour ĂȘtre dĂ©fendue au quotidien, pas mal d’efforts, et d’idĂ©alisme. Qu’en pensez-vous? Ces doutes exprimĂ©s vous parlent-ils ? Vous paraissent-ils ridicules ? La section commentaire est là  pour en discuter !

  • Le paradoxe de la connaissance

    Le paradoxe de la connaissance

    C’est une pensĂ©e qui m’est restĂ©e, et trĂšs vive, depuis ma lecture des confĂ©rences de Karl Popper. C’est un paradoxe apparent seulement : plus j’apprends, plus j’augmente mes connaissances, et plus j’augmente le nombre de questions sans rĂ©ponses qui s’ouvrent à  moi. L’Ă©tude nous enrichit, et augmente nos connaissances. Mais elle diminue en mĂȘme temps la part relative de nos connaissances par rapport à  l’inconnu, ou à  la masse de problĂšmes irrĂ©solus. Plus j’apprends, moins je sais – relativement. Ce n’est pas une pirouette, c’est la vĂ©ritĂ©.

    La solution d’un problĂšme engendre toujours de nouveaux problĂšmes, irrĂ©solus. Lesquels sont d’autant plus intĂ©ressants qu’Ă©tait plus difficile le problĂšme initial et plus audacieuse la solution que l’on a cherchĂ© à  lui donner. Plus nous en apprenons sur le monde, plus nous approfondissons nos connaissances, et plus est lucide, Ă©clairant et fermement circonscrit le savoir que nous avons de ce que nous ne savons pas, le savoir que nous avons de notre ignorance. [Karl Popper]

  • Le fond et la forme

    Le fond et la forme

    Il y a quelques semaines, j’ai vu passer une vidĂ©o qui appelait à  signer une pĂ©tition (pour le Pacte pour la Justice). La vidĂ©o est poignante, puisque l’on y entend un pĂšre raconter la mort de son fils, agressĂ© par une bande de voyous et tuĂ©s à  coups de couteau (vous pouvez aussi voir la confĂ©rence de presse donnĂ©e rĂ©cemment par l’IPJ et JoĂ«l Censier, le pĂšre de la vidĂ©o). A l’origine de cette vidĂ©o et de cette pĂ©tition, l’Institut pour la Justice.

    J’ai signĂ© cette pĂ©tition, et j’ai fait suivre sur Facebook. Un copain m’a invitĂ© à  lire la rĂ©action de MaĂźtre Eolas : Attention manip : le « pacte 2012 » de « l’Institut pour la Justice ». J’ai Ă©tĂ© un peu interloquĂ© à  la lecture de l’article de l’avocat-blogueur.

    D’un cĂŽtĂ©, il est probable – c’est le domaine de compĂ©tence d’Eolas, et je lui laisse – que les avis portĂ©s contre la justice dans la vidĂ©o sont faits à  l’emporte-piĂšce, et critiquables. Est-ce que pour autant le fond est condamnable ?

    Il me parait important de distinguer la forme du fond.

    La forme, ce sont les artifices rhĂ©toriques, l’argumentation sans fin. Le fond, c’est d’analyser le sens de l’action de l’IPJ. Or, dĂšs le dĂ©but maitre Eolas condamne le sens de cette action. DĂšs lors, rien n’aura plus de valeur à  ses yeux puisque l’IPJ est classĂ© dans la catĂ©gorie des faux-instituts manipulateurs.

    La forme, c’est le jeu sur l’Ă©motion pour faire bouger des lignes, la manipulation. Le fond, c’est une action pour augmenter le nombre de places de prison, et limiter la rĂ©cidive. Notons au passage que l’on peut trĂšs bien voir la vidĂ©o, prendre du recul car on est conscient que l’on joue sur nos sentiments, et nĂ©anmoins signer la pĂ©tition, parce que l’on juge que cela fera bouger les choses dans le bon sens. C’est mon cas. Commencer par se montrer comme le dĂ©monteur de la manipulation, c’est considĂ©rer que la plupart de ceux qui ont vu la vidĂ©o n’ont pas cette capacitĂ© de prise de recul.

    La forme, c’est la distinction faite par la justice sur le niveau de responsabilitĂ© des diffĂ©rents participants à  l’agression. Le fond, c’est de juger des actes comme il se doit. Maitre Eolas, qui a le Droit pour lui, explique que ceux qui n’ont pas portĂ© de coups de couteau ne sont juridiquement pas considĂ©rĂ©s comme des meurtriers.

    Notez que JoĂ«l Censier s’obstine à  parler au pluriel des meurtriers alors qu’il a Ă©tĂ© depuis longtemps Ă©tabli que Samson G. a seul portĂ© les coups mortels.

    Cela me parait moralement discutable. La justice est là  pour faire appliquer la loi, c’est une chose, mais cette loi (ou cet ensemble de lois, de rĂ©glementations et de jurisprudence) est là  pour faire respecter un certain nombre de rĂšgles de juste conduite. ConsidĂ©rer qu’une bande d’agresseurs, en s’attaquant à  une personne seule, n’est pas en train de mettre en place une dynamique de meurtre, me parait tout à  fait discutable, voire choquant. On est responsable de ce qu’on dit, et de ce qu’on laisse dire. On est responsable de ce que l’on fait, et de ce qu’on laisse faire. Je comprends donc M. Censier quand il appelle ceux ont participĂ© à  l’agresssion sans porter de coups de couteau des « meurtriers » ; et je crois qu’il a raison. C’est bien tout le sens de cette pĂ©tition, il me semble : ne pas fermer les yeux sur des actes qui sont inacceptables. Il est inacceptable de tolĂ©rer des agressions de ce type, quels qu’en soient les auteurs, quelles qu’en soient les victimes. Les actes commis sont grave, et ils mĂ©ritent une sanction lourde.

    La forme, c’est le jeu des acteurs qui dĂ©fendent leurs points de vue : l’IPJ son action pour augmenter les places de prison, MaĂźtre Eolas qui se pose en dĂ©fenseur du systĂšme existant. Le fond, c’est la prise de recul et les arguments. Le fond, c’est Eolas qui analyse et Ă©value la qualitĂ© du discours de la vidĂ©o, et qui propose des arguments pour l’Ă©valuer. Le fond, c’est l’IPJ qui oeuvre politiquement, et non pas juridiquement. Et le fond, c’est que le combat politique n’a pas besoin que de vĂ©ritĂ© pour avancer, mais aussi de force (c’est pour cette raison exactement que je suis un peu en retrait des jeux politiques).

    Ce qui compte à  mes yeux, c’est le fond. Que vise l’IPJ ? Si ce qu’il vise est juste, alors j’accepte ce genre de pĂ©titions. C’est aussi simple, et compliquĂ©, que cela. Ce que MaĂźtre Eolas nous explique, c’est qu’il ne veut pas plus de places de prison (j’imagine, puisqu’il ne parle presque pas du fond dans son article). Pour ma part, et pour l’IPJ (je prĂ©cise que je ne suis pas adhĂ©rent de l’IPJ), il en faut plus. Voilà  le vrai dĂ©bat : que faisons-nous, collectivement, pour Ă©viter les multi-rĂ©cidives ? Comment fait-on, concrĂštement, pour Ă©viter que des personnes dangereuses puissent nuire encore et encore ? Je n’ai pas beaucoup d’autres pistes que la mise à  l’Ă©cart (la prison) pour le court-terme, et l’Ă©ducation et l’amour (dans la famille) pour le long-terme.

    Qu’a donc dans sa besace maitre Eolas qui lui permette de balayer d’un revers de manche le combat de l’IPJ ? Cela n’est pas visible dans son article – par ailleurs remarquable – de juriste. Car le fond de l’action de l’IPJ est politique, pas juridique.

    PS : la forme, c’est aussi de mettre des liens vers les sites / blogs de ceux dont on parle. MaĂźtre Eolas n’a pas mis de liens vers la vidĂ©o ou la pĂ©tition. Le fond, c’est qu’il mĂ©prise totalement l’IPJ, et cela se sent.

  • Peut-on se changer ?

    Peut-on se changer ?

    J’ai animĂ© pendant 5 ans un blog politique, Expression Libre. J’ai dĂ©cidĂ© rĂ©cemment, faute de temps et d’Ă©nergie, de le fermer. Pour ne pas complĂštement Ă©craser cette pĂ©riode, j’ai commandĂ© l’impression papier des billets que j’avais publiĂ©. Un peu Ă©gocentrique, certes, mais intĂ©ressant quand mĂȘme.

    J’ai tout d’abord apprĂ©ciĂ© la qualitĂ© de l’impression et de la reliure des ouvrages réçus (commandĂ©s sur Lulu.com). C’est quelque chose quand mĂȘme, de tenir un ouvrage papier, et de rĂ©aliser concrĂštement la quantitĂ© de travail fourni.

    Ensuite, je me suis replongĂ© par curiositĂ© dans les premiers billets du blog, c’est-Ă  -dire dans le dĂ©but du livre. Et j’ai Ă©tĂ© frappĂ© tout de suite par une chose : aprĂšs tout ce temps passĂ© Ă   rĂ©flĂ©chir, Ă   lire, Ă   Ă©crire, Ă   discuter, Ă   argumenter, je me sens trĂšs proche, idĂ©ologiquement, de celui qui Ă©crivait les premiers billets sur le blog. Quoi : tout ce travail pour ne pas changer ? Tout ce chemin, pour ĂȘtre aussi prĂȘt du point de dĂ©part ?

    C’est un sentiment complexe que j’Ă©prouve depuis.

    D’un cĂŽtĂ©, je me dis qu’il est finalement trĂšs difficile de se changer soi-mĂȘme, mĂȘme s’il y a eu des changements (Ă   commencer par un changement de mĂ©tier issu directement de mon activitĂ© de blogueur). Comme si une certaine conformation de l’esprit prĂ©valait sur les Ă©lĂ©ments qu’on peut lui apporter, et sur les efforts qu’on lui fait faire. Plus d’innĂ© que d’acquis ? Tout se joue avant six ans ? Je n’en sais rien. Est-ce simplement la continuitĂ© dans le sentiment de moi-mĂȘme que je constate, ou l’inertie rĂ©elle Ă   se dĂ©caler soi-mĂȘme ?

    D’un autre cĂŽtĂ©, cela m’Ă©voque un tronc d’arbre, avec l’aubier (la partie vivante) et le duramen (la partie morte). Le duramen peut ĂȘtre plus important en volume que l’aubier, c’est quand mĂȘme la partie vivante qui importe, mais qui se construit en s’appuyant sur la partie morte. C’est donc une question de valeur : le peu qui a changĂ© pendant ces 5 ans a quand mĂȘme beaucoup de valeurs Ă   mes yeux. Les rencontres, ce que j’ai appris, tout cela compte plus que ce que ça a changĂ© en moi. La dynamique est lĂ  , et cela fait partie aussi de la joie que j’ai eue Ă   bloguer sur Expression Libre.

    D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, ça rejoint la vieille problĂ©matique du « changement » et du « permanent ». Qu’est-ce qui reste constant dans le changement ? Le mouvement et le changement n’ont de sens qu’au regard de quelque chose qui ne change pas. Pour ceux qui seraient curieux (ou pour des lecteurs nostalgiques au point de vouloir commander ces livres) :