Catégorie : 🧠 Réflexions

  • Questions spirituelles ?


    J’ai eu une discussion passionnante hier avec un ami. Il est croyant, chrétien orthodoxe, et je suis athée de croyance, agnostique de raison (faisons simple).

    Je suis toujours passionné par ce dialogue profond qui peut s’installer entre deux personnes qui assument leur spiritualité, et qui acceptent de l’échanger sans fard. C’est peut-être le sujet le plus important et le plus riche que celui de la religion, quand on le relie à  notre identité, à  ce qu’est l’acte de croire, à  ce que sont les symboles et les lignes de force des religions, des cultures, et à  leur impact sur notre conception du monde, et de l’homme.

    On présente souvent l’agnostique comme celui qui a « raison », c’est-à -dire qui choisit la seule attitude rationnelle, défendable : on ne peut pas connaitre la nature de l’être, l’essence des choses, Dieu, tout cela est hors de portée de l’intelligence humaine.

    Ce dont on ne peut parler, il faut le taire.

    Ludwig Wittgenstein

    Cela renvoie donc l’athée et le croyant dos-à -dos avec leurs croyances respectives. Mais plus ça va, et plus je pense que ces croyances se rejoignent sur une question centrale, qui est celle du sens.

    Je commence tout juste à  découvrir les apports du judaïsme, du christianisme, du protestantisme, et à  faire un peu le tri dans leurs différences, leurs ressemblances, leurs nuances. Mon ami, hier soir, m’a donné un éclairage passionnant sur l’origine de la différence entre christianisme et judaïsme, et sur les nombreux points communs entre chrétiens orthodoxes et juifs. Passionnant. Je dois étudier.

    Plusieurs notions passionnantes sont apparues naturellement dans la discussion : le mystère, le désespoir. On retrouve avec le désespoir la question du sens.

    J’ai essayé d’expliquer ma position d’athée : oui, pour l’athée il n’existe aucun sens absolu, et seul l’humain peut mettre du sens dans sa vie, et ce sens ne sera que relatif, partiel, changeant. Et cela donne, comme la foi j’imagine, une force. Ce désespoir est un moment dans la spiritualité de l’incroyant, qu’il convient de surmonter, et cela conduit à  une affirmation de la volonté, de l’individualité. Tout cela ne peut se faire qu’en acceptant la vérité crue, cruelle, d’un monde silencieux à  notre appel, comme le disait Camus :

    L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde.

    Albert Camus (1913 – 1960) écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, essayiste et nouvelliste français.

    Et cela ne peut également se faire qu’en acceptant un sens réel, effectif, biologique de la vie : se reproduire, avec tout ce que cela implique. C’est accepter que le sens vienne de l’extérieur, et c’est à  ce moment précis du trajet spirituel que l’athée se retrouve, à  mon sens, dans une position proche de celle des croyants. Le sens vient du monde, de quelque chose qui me dépasse, qui m’échappe. Et d’ailleurs, Jésus est un exemple pour tout le monde, même les athées comme moi. Cela aussi est un mystère. Ce n’est pas qu’une question de valeurs, d’éducation.

    Une autre réflexion qui m’est venue hier soir lors de cette passionnante discussion : la foi des croyants doit certainement être mise à  rude épreuve par moment, et c’est aussi cette lutte pour garder la foi qui constitue le chemin spirituel des croyants. Imaginons que ma conception du monde matérialiste constitue une foi également : est-ce que mon chemin spirituel est une lutte pour garder ma foi ? Est-ce que je dois lutter pour ne pas tomber dans la croyance en un sens absolu ? Je le crois. Car il y va de mon rapport à  la vérité : je ne peux imaginer qu’il existe un sens absolu à  ma vie. Je place beaucoup de sens dans mes actes, dans mes réflexions. Mais je ne veux pas croire que ce sens, ces sens, toujours en construction, toujours imparfaits, contradictoires par moment, puissent constituer un absolu. A la fin, je mourrai quand même.

    Je peux juste espérer que mes enfants pourront vivre dans un monde paisible, donc travailler de mon vivant à  le rendre meilleur. Je fais partie du monde : je dois donc aussi me rendre meilleur. Il est vrai qu’à  nouveau l’exemple des grandes figures comme Jésus, Socrate, Bouddha apporte beaucoup.

    Qu’est-ce que le Bien ? Si le Sens c’est aller vers le Bien, alors la réflexion porte sur ce qu’est le Bien. Avec ou sans majuscule ?

    Est-ce que cela constitue un sens absolu ? Je ne pense pas. Et vous ? Quel est le sens de votre vie, que vous soyez croyants ou non ?

  • Quel est votre super pouvoir ?

    Quel est votre super pouvoir ?

    C’est une questions que l’on peut se poser toute sa vie. Mon père, un jour, me l’avait posé : en quoi est-tu bon ? Dans quel domaine ? Je ne savais pas du tout, à  l’époque, répondre.

    Seth Godin, dans Linchpin, la repose en plus tranchée : quel est ton super pouvoir ? Si vous deviez aller à  l’essentiel, en vous présentant, que diriez-vous ? C’est d’ailleurs devenu un fil de discussion sur sa communauté fermée, Triiibes.

    La question est ardue, d’autant plus que Seth parle bien d’un super-pouvoir. Pas d’un simple pouvoir. Non pas : bonjour, je m’appelle John, et je joue super bien de la guitare. Mais plutôt : bonjour, je m’appelle John, et je peux émouvoir n’importe qui avec mon instrument. Quelque chose d’un peu absolu. Et d’un peu unique.

    Posez-vous la question, sincèrement : quel est votre super pouvoir ? Je me la pose, et ne sais toujours pas y répondre de manière correcte, ni satisfaisante.

    Ma réponse, à  ce jour : je peux dire la vérité à  n’importe qui. Je sais utiliser les mots pour échanger avec n’importe qui. Mais ce n’est pas vraiment un super pouvoir. Et ce n’est vrai que dans le cadre de relations où la violence physique est proscrite.

    Et vous ? Avez-vous identifié votre super pouvoir ?

  • Le bonheur est-il une fleur ?

    Le bonheur est-il une fleur ?

    Regardez bien cette conférence de Srikumar Rao. Le propos est magnifique, et simple : Il faut sortir du paradigme consistant à  penser « si j’ai ça, alors je serai heureux ». Parce ce qu’on a, et qui est censé faire notre bonheur, on peut le perdre. Pour être heureux, il faut s’attacher au processus, à  la manière de faire, à  l’action, plus qu’au résultat de cette action. Mettre de la joie et de la passion dans ce qu’on fait, le faire à  fond.

    Voir la vidéo sur TED

    Le bonheur n’est pas un but qu’on poursuit âprement, c’est une fleur que l’on cueille sur la route du devoir. — John Stuart Mill

    C’est une conférence qui reste longtemps en tête après l’avoir vu. Le propos est incontournable, et juste : évidemment, mettre tout son bonheur dans ce que l’on a (enfants, femme, travail, maison, etc…), c’est accepter de perdre tout son bonheur en quelques minutes. Et oui, plus on arrive à  être pleinement dans ce que l’on fait, en se souciant uniquement de faire de son mieux, et plus on est heureux. Et oui : ce que nous maîtrisons, ce sont nos actions, pas le résultat de ces actions.

    Mais il y a une réflexion qui m’intéresse aussi : pourquoi faudrait-il toujours être heureux ? Pourquoi faudrait-il toujours maîtriser les choses ? Est-ce que le fait de vouloir placer son bonheur dans ce qu’on ne peut pas perdre n’est pas une manière de fuir ? De déformer le sens du bonheur, la manière de le penser pour pouvoir mieux s’y accrocher ?

    Si la sagesse est aussi d’accepter le monde comme il est, alors je crois qu’il faut aussi accepter de placer son bonheur dans des choses que l’on peut perdre : j’aime la vie, je suis donc condamné à  placer mon bonheur dans quelque chose que je peux perdre. Que je vais perdre, inéluctablement. Fuir le tragique ne rendra pas la vie plus supportable ; oui, nous, les humains aimons des choses qui meurent. Qui peuvent être balayées en quelques minutes par un drame, une maladie pourrie, ou un concours malheureux de circonstances.

    Le travail sur soi proposé par Srikumar Rao est indispensable : bien sûr, il ne faut pas rester bloqué sur une logique d’appropriation ; mais il y a un autre travail sur soi qui consiste à  accepter de mettre son bonheur dans des personnes et des choses que l’on peut perdre. Il faut accepter, ainsi, d’aimer infiniment ses enfants tout en sachant que le malheur peut s’abattre sur eux. Est-ce que pour autant on doit cesser de les aimer ? Non, bien sûr. Doit-on les aimer différement ? Je ne sais pas. Je veux continuer à  aimer les choses qui me plaisent. Je ne suis pas condamné, en fait à  les aimer : je veux les aimer. Je prends le risque.

    Le bonheur suppose sans doute toujours quelque inquiétude, quelque passion, une pointe de douleur qui nous éveille à  nous-même. — Alain

  • Adapter l’école et les entreprises à  l’humain

    Adapter l’école et les entreprises à  l’humain

    J’ai trouvé cette animation magnifique par le biais de Presentation Zen. Les thèmes développés par Sir Ken Robinson rejoignent beaucoup ceux abordés par Seth Godin dans son livre Linchpin. En gros, le système éducatif, et beaucoup d’entreprises, fonctionnement encore de la manière dont fonctionnait le monde au moment de la société industrielle. Ces organisations loupent une bonne partie de la richesse de l’humain, et les gens sont étouffés par ces systèmes. Un appel vibrant, qui rejoint celui de Seth Godin. Chaque être humain est indispensable. Extrait (traduit rapidement, soyez indulgents) :

    Les arts, en particulier, touchent à  l’idée d’expérience esthétique. Une « expérience esthétique » est un moment pendant lequel vos sens fonctionnent à  plein régime. Un moment où vous êtes dans l’instant présent. Où vous résonnez joyeusement avec cette chose que vous vivez. Où vous êtes pleinement vivant. Une expérience « an-esthé(s)ique », c’est quand vous fermez vos sens, et que vous n’êtes plus ouvert à  ce qui arrive.

    Nous éduquons les enfants en les « anésthé(s)iant ». Et je pense que nous devrions faire tout l’inverse. Nous ne devrions pas les endormir, mais les éveiller à  ce qu’ils ont à  l’intérieur.

    Pour ceux que ça intéresse, j’avais déjà  renvoyé vers une conférence pour TED.com du même K. Robinson, parlant de créativité (il y a moyen de mettre des sous-titres en français).

  • Le chef d’orchestre japonais


    J’ai passé une demi-heure, il y a quelques temps, à me balader près du Trocadéro. Je me rendais à un groupe de travail, et j’étais arrivé, comme toujours, avec une avance confortable. Tellement confortable que les troquets n’étaient même pas encore ouverts. J’en ai profité pour faire un tour du côté des jets d’eau qui descendent du Trocadéro vers la tour Eiffel. Le jour se levait, et quelques balayeurs nettoyaient les détritus laissés là, la veille, par la foule amassée pour voir un concert (une scène était encore en place). La multitude laisse-t-elle nécessairement des monceaux de déchets derrière elle, mécaniquement, où est-ce le signe d’une population d’assistés qui préfèrent payer des balayeurs plutôt que d’amener un sac pour y placer ses ordures ?

    Quoi qu’il en soit, le paysage était splendide, et les passants très rares. L’air frais était agréable. L’activité des garçons de café pour installer les terrasses était pleine de joie, cette joie de l’attente « avant« . Le potentiel de la journée encore plein, mais déjà vibrant et riche de promesses.

    J’ai croisé en remontant vers la place du Trocadéro un homme, de type japonais. Il marchait tranquillement, la tête tournée vers le sol, Il faut placer dans chaque être humain toute la richesse de l’humanitédans une attitude sereine. Il avait un beau visage, la quarantaine, et tout dans son être respirait la bonté et la profondeur d’âme. Un bel humain, comme on en croise de temps en temps. Je me suis dit que ce pouvait être un chef d’orchestre japonais, en vacances à Paris (ses tongues et sa tenue décontractée m’ont influencée, bien sûr). J’en ai ressenti une forme de respect et de curiosité à son égard. Je lui faisais spontanément confiance.

    Aussitôt, je me suis fait la réflexion suivante : pourquoi juger (ici, en positif) cette personne sur son apparence ? Moi qui fais des efforts régulièrement pour ne pas juger négativement ceux qui ont des têtes franchement antipathiques, pourquoi le faire dans l’autre sens ? N’est-il pas plus juste de laisser son jugement en suspens tant qu’on ne connait pas un peu la personne ? L’habit ne fait pas le moine, ni le chef d’orchestre. Celui-ci, de chef d’orchestre, était peut-être en fait un sale con, qui cogne ses enfants, raciste comme pas deux, sectaire comme un poux.

    Mais je crois que j’avais raison, tout de même : il faut placer dans chaque être humain, et tant que ses actes ou ses paroles ne nous ont pas convaincu du contraire, toute la richesse de l’humanité. Chaque personne que nous croisons mérite d’être considérée comme un être bon, généreux, profond, sage, pacifique. Les humains sont fait aussi pour cela. C’est quand nous préjugeons en négatif que nous avons tort ; en positif, c’est simplement de la confiance placée en l’autre qui rend la relation possible, et la place sous un jour favorable.

    Il faut voir dans chaque humain un chef d’orchestre japonais.

  • Journée parfaite

    Journée parfaite

    Amusez-vous : décrivez votre « journée parfaite ». Listez de quoi elle serait faite. Vous pouvez faire l’exercice avec une semaine, ou un mois, ou une année. Avec votre vie, si vous le voulez. L’exercice est le même. Cela revient à  se poser la question du saupoudrage : quelle quantité de quoi je veux, en quelle proportion ?

    De l’amour, des sentiments, un peu de travail, de la musique ? Du dessin, des rigolades, une soirée entre amis ? Une promenade le long de l’eau, un barbecue sous les arbres en été ? Des jeux avec les enfants, un spectacle ? Du calme, de la lenteur ? Un peu de tout ça, et même plus ?

    La réalité, c’est qu’une fois dressée, cette liste n’a plus de sens, et devient aussitôt une caricature d’elle-même. Pourquoi ?

    Parce que répétées telles quelles, planifiées, toutes ces choses joyeuses seraient bientôt étouffantes, ou tristes.

    Pourquoi ? Parce nous changeons, et que ce qui était notre désir un jour, ne le sera pas forcément le lendemain. Parce que nous sommes vivants, et que nous sommes curieux, et avides de nouveauté : comment un jour – même parfait – répété à  l’identique, sans surprise, sans changements, pourrait-il nous combler ?

    La journée parfaite n’existe pas ; à  chacun de se débrouiller pour trouver de la joie dans chacune de ses journées. Personne ne sait de quoi l’avenir, son avenir, sera fait : décrire la journée parfaite (la semaine, le mois, l’année) serait une manière d’interdire le futur, le désir, les rêves un peu fous qui donnent envie de se dépasser. La perfection ne peut se produire que de manière fortuite, ponctuelle et spontanée, et c’est aussi cela, sa valeur.

    Il y a un étonnement, une surprise, dans la joie, qui en font une idée contradictoire avec celle de perfection.

    Une journée parfaite, ce serait une journée sans joie, et une journée sans joie ne saurait être parfaite.

    Un homme qui réussit est un homme qui se lève le matin et qui se couche le soir, et qui entre les deux fait ce qui lui plaît.

    Bob Dylan

    La journée parfaite, c’est celle où l’on fait ce que l’on veut. Même – surtout ? – si ce que l’on veut, c’est faire autre chose que la veille.