Journée parfaite

Photo by Ihor Malytskyi on Unsplash

Amusez-vous : décrivez votre « journée parfaite ». Listez de quoi elle serait faite. Vous pouvez faire l’exercice avec une semaine, ou un mois, ou une année. Avec votre vie, si vous le voulez. L’exercice est le même. Cela revient à se poser la question du saupoudrage : quelle quantité de quoi je veux, en quelle proportion ?

De l’amour, des sentiments, un peu de travail, de la musique ? Du dessin, des rigolades, une soirée entre amis ? Une promenade le long de l’eau, un barbecue sous les arbres en été ? Des jeux avec les enfants, un spectacle ? Du calme, de la lenteur ? Un peu de tout ça, et même plus ?

La réalité, c’est qu’une fois dressée, cette liste n’a plus de sens, et devient aussitôt une caricature d’elle-même. Pourquoi ?

Parce que répétées telles quelles, planifiées, toutes ces choses joyeuses seraient bientôt étouffantes, ou tristes.

Pourquoi ? Parce nous changeons, et que ce qui était notre désir un jour, ne le sera pas forcément le lendemain. Parce que nous sommes vivants, et que nous sommes curieux, et avides de nouveauté : comment un jour – même parfait – répété à l’identique, sans surprise, sans changements, pourrait-il nous combler ?

La journée parfaite n’existe pas ; à chacun de se débrouiller pour trouver de la joie dans chacune de ses journées. Personne ne sait de quoi l’avenir, son avenir, sera fait : décrire la journée parfaite (la semaine, le mois, l’année) serait une manière d’interdire le futur, le désir, les rêves un peu fous qui donnent envie de se dépasser. La perfection ne peut se produire que de manière fortuite, ponctuelle et spontanée, et c’est aussi cela, sa valeur.

Il y a un étonnement, une surprise, dans la joie, qui en font une idée contradictoire avec celle de perfection.

Une journée parfaite, ce serait une journée sans joie, et une journée sans joie ne saurait être parfaite.

Un homme qui réussit est un homme qui se lève le matin et qui se couche le soir, et qui entre les deux fait ce qui lui plaît.

Bob Dylan

La journée parfaite, c’est celle où l’on fait ce que l’on veut. Même – surtout ? – si ce que l’on veut, c’est faire autre chose que la veille.

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Claire
Claire
9 années il y a

Assez d’accord avec toi Lomig. D’ailleurs, j’ai été incapable de faire l’exercice d’imaginer la « journée parfaite ». C’est plutôt le soir, une fois la journée finie, les amis rentrés, etc. quand on se retrouve au calme qu’on se dit « c’était une bonne journée » et même alors, on ne parle pas de journée parfaite. Même pour les journées exceptionnelles (type mariage), je ne pense pas qu’on emploie cette expression, tellement subjective et dépendante de l’individu.

Lomig
Lomig
9 années il y a

Salut Claire,merci pour ton passage ici, et désolé pour le délai avant réponse : j’étais en vacances à la campagne…J’aime bien l’idée du retour au calme en fin de journée, ça renvoit à l’idée de Camus dans la conclusion « mythe de Sisyphe » (a lire absolument). Sisyphe à été condamné à éternellement pousser une pierre en haut de la montagne, pour qu’elle retombe en bas. Il recommence sans cesse : pour Camus sisyphe est à l’image de nos vies humaines, absurdes, tragiques. Je ne résiste pas à coller ici la fin du livre. »Il faut imaginer Sisyphe heureux.Tout au bout de ce long effort mesuré par l’espace sans ciel et le temps sans profondeur, le but est atteint. Sisyphe regarde alors la pierre dévaler en quelques instants vers ce monde inférieur d’où il faudra la remonter vers les sommets. Il redescend dans la plaine.C’est pendant ce retour, cette pause, que Sisyphe m’intéresse. Un visage qui peine si près des pierres est déjà pierre luimême. Je vois cet homme redescendre d’un pas lourd mais égal vers le tourment dont il ne connaîtra pas la fin. Cette heure qui est comme une respiration et qui revient aussi sûrement que son malheur, cette heure est… Lire la suite »

Claire
Claire
9 années il y a

Waouh, belle performance : citer Bob Marley et Camus dans le même post ! J’ai lu un peu du camus plus jeune. J’ai préféré les œuvres étudiées et décryptees à l’école. Il faudrait peut-être que je reteste une fois adulte.

lomig
lomig
9 années il y a

Bob Dylan, claire, bob dylan. J’aime la musique des deux, mais je crois que Dylan est tout de même un peu plus … profond. :)