Catégorie : 🧠 Réflexions

  • Ce que les enfants changent

    Tout. Avant d’en avoir, on le pense. Après, on le sait, on le vit. Concrètement, qu’est-ce que ça change d’avoir des enfants ? Je ne parle pas, ici, de l’expérience que la femme vit, c’est à elles de nous raconter cette aventure qui est probablement au-delà de ce qu’on peut décrire (le corps se transforme, les équilibres hormonaux aussi, et puis les femmes donnent la vie). Nous pouvons accompagner les femmes dans cet acte, les soutenir, mais comprendre ce qu’elles vivent, je ne pense pas. Trop physique, trop biologique pour être partagé complètement. D’ailleurs, quelle expérience peut-être complètement partagée ?

    Le mieux est l’ennemi du bien, commençons par décrire les choses, on verra si ça se partage. Pour un père, donc, ou une mère (hors grossesse et accouchement), qu’est-ce qui change avec des enfants ? On apprend le sens de plusieurs mots important, que l’on avait laissé de côté, à tort. J’en livre quelques-uns, spontanément.

    Le bonheur réside dans la santé. Quand la santé va, le reste suit. C’est un immense bonheur d’avoir la chance d’être en bonne santé. Le plus grand drame humain est certainement de perdre un enfant, ou d’avoir des enfants malades, ou qui souffrent.

    Sacrifice. Avoir des enfants, c’est sentir au plus profond de soi à quel point on peut se sacrifier pour eux. Si l’on me demandait demain de choisir entre ma vie et celle de mes enfants, je n’hésiterais pas une seconde. On découvre le sens du mot sacrifice avec des enfants. Son sens propre. C’est parce qu’on les aime, bien sûr, au-delà de ce qui est imaginable lorsqu’on n’a pas d’enfants. De l’amour qui veut juste donner, qui n’attend pas en retour. Agapè, selon la classification des grecs.

    Joie. Les enfants, spontanément, dès leur plus jeune âge, jouent. Ils sont joyeux, naturellement. Ils nous forcent à sortir de notre temps d’adulte, et à nous replonger dans l’instant présent. C’est une source infinie de sagesse. D’humilité. Car ce que les enfants font spontanément, nous devons, nous, faire l’effort de le redécouvrir. Pas en les imitant, bien sûr. Mais ils apportent quelque chose qui est de l’ordre du jeu permanent, qui malmène à bon escient notre sérieux d’adulte.

    Patience. Les enfants demandent de la patience. Ils apprennent, se trompent. Nous ne sommes pas toujours dans les bonnes dispositions pour leur laisser le temps. Et nous devons faire cet effort aussi : être patient, s’adapter, à nouveau à leur temps propre, à leurs besoins d’enfants. C’est dur, souvent, d’être patient. C’est un travail. Et comme tout travail, il donne des fruits. Notre caractère grandit au contact des enfants; Etre à l’écoute, tout en dirigeant les choses, en les cadrant à la bonne mesure.

    Responsabilité. Liberté. Nous sommes responsables de nos enfants. Responsables de leur bien-être, mais aussi et surtout de leur développement harmonieux. A nous de leur apprendre à être libres et heureux. A nous de les aider en les guidant, tel le tuteur avec la plante, sans les empêcher. A nous d’adapter le degré de liberté selon l’âge, les circonstances, l’enfant (aucun n’est identique). Comment douter que l’essentiel du sens dans notre vie vient des enfants ? Le monde qu’on veut participer à leur construire, les chances qu’on veut leur donner, les efforts que l’on peut faire, tout cela n’a de sens que par eux et pour eux. Tout cela inclut, bien sûr, le développement et l’épanouissement de leurs parents, en couple, et hors de la famille. Il ne s’agit pas d’un amour fusionnel. Au contraire. On donne à ses enfants. Mais plus rien ne peut être comme avant avec des enfants.

    Tout est mieux. Avec des enfants, le monde est plus riche, plus joyeux, plus doux, plus vivant, plus surprenant, plus angoissant, plus merveilleux, plus sensé, plus fou, plus tragique, plus tendre, plus beau. Plus humain.

  • Se changer pour changer le monde


    La conduite du changement m’intéresse. Parce que j’aime l’action, et que l’action c’est le changement. Comment agir sans rien changer ?

    Pour agir, il faut accepter le monde comme il est. Pas comme on le voudrait, mais simplement comme il est. Seth Godin revient là-dessus avec talent dans son dernier bouquin.

    J’ai toujours aimé cette citation de Marc-Aurèle :

    Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre.

    Marc-Aurèle

    Œuvrer efficacement, cela implique d’avoir un but. Cela peut-être inconscient, ou simplement faire changer les choses, se faire sa place, évoluer vers ce qui nous plait, peu importe. Chacun ses motivations. Mais chacun est bien obligé, dans la poursuite de ses buts, de se fixer certaines limites. Les règles morales, éthiques, servent à cela, à mon sens. Cela permet de chercher l’efficacité, mais pas de manière brutale : de manière humaine. C’est-à-dire en prenant en compte les autres, leurs propres intérêts, en prenant en compte notre volonté de continuer à se regarder dans une glace sans rougir : la fin ne justifie pas tous les moyens, c’est une question de fidélité à ce que nous sommes. Pas d’accomplissement dans l’action, si cela devait se faire au détriment de l’estime que l’on a de soi.

    Il faut arriver à lutter contre l’attachement qui nous lie à des choses irréelles (un passé fantasmé, un présent illusoire, un avenir utopique), pour œuvrer sur les choses telles qu’elles sont, tout en restant fidèle à ce que nous sommes.

    C’est cela, l’action, non ? Se défaire d’une partie de soi, en conservant une autre partie de soi. Accepter le changement en nous, tout en le conduisant à l’extérieur.

    On ne peut rien changer sans se changer soi-même.

  • Etes-vous indispensable ?

    Etes-vous indispensable ?

    Je voulais vous raconter l’histoire de ma reconversion dans ma boite. Et voilà  que Dominique me met dans les mains « Linchpin« , de Seth Godin. C’est un superbe livre, passionnant, riche, foisonnant, dérangeant parfois. Au final, il a changé ma manière de penser mon travail, même si cela n’a fait que me permettre de mettre des mots sur ce que je ressentais. Je repousse donc un peu le premier billet de la série, et vous conseille ce livre admirable. De quoi parle ce livre ? De la manière dont on peut se rendre indispensable au travail, s’épanouir, enrichir les autres, créer des connexions. C’est ce que Seth appelle faire son travail comme un art. L’art, c’est ce qui touche les autres et les fait changer. En donnant aux autres, en écrivant le plan plutôt qu’en suivant celui donné par les chefs. Un Linchpin, c’est un pivot, c’est celui qui créé du lien. C’est celui qui change les autres par son art (sa manière pleine de faire son travail). C’est chacun de nous : voilà  le propos de Seth Godin. Chacun peut devenir un « linchpin », et il suffit pour cela de vaincre la résistance, le cerveau reptilien (le « lézard »), qui veut tout sauf se retrouver dans l’inconfort, dans le risque, dans l’inattendu. Je ne saurais trop conseiller ce livre à  tous ceux qui veulent marier travail et passion. Cela ne dépend pas du travail, mais de nous. Il y a des « linchpin » parmi les garçons de café, parmi les ingénieurs, parmi les artistes, parmi les dirigeants. Partout. Pourquoi pas vous ?

  • Sisyphe à  la plage


    J’ai réalisé l’autre jour, sur la plage, en faisant des châteaux de sable avec ma fille, à quel point cette activité est absurde, au sens Camusien du terme : on fait quelque chose tout en sachant qu’il sera détruit, au final. Cela n’empêche ni de bien le faire, ni de prendre du plaisir à le faire. N’est-ce pas là une image de notre vie ?

    En pensant à cela, et en cherchant une image pour illustrer cet article, j’ai repensé à la superbe chanson d’Hendrix, « Castles Made of Sand« , dont le refrain semble écrit pour dire l’absurdité de cela (« les châteaux de sable finissent toujours par tomber dans la mer »).


    Je disais que le monde est absurde et j’allais trop vite. Ce monde en lui-même n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme. L’absurde dépend autant de l’homme que du monde. Il est pour le moment leur seul lien. Il les scelle l’un à l’autre comme la haine seule peut river les êtres.
    Albert Camus

  • Spécialisation ou créativité ?

    Spécialisation ou créativité ?

    J’ai entendu parler l’ancienne femme de Gainsbourg, hier à  la radio. Elle le décrivait comme un génie, excellent dans tous les domaines : doué en peinture, comme en musique. Cela m’a refait penser à  la figure fascinante des grands génies, merveilleux touches-à -tout, comme Archimède, ou Lénoard de Vinci.

    Bien sûr, un tel éclectisme n’est plus vraiment possible. Mais je ne me résoudrais jamais à  ne plus pratiquer qu’une seule activité. Ne serait-ce que parce que je dois équilibrer ma vie de famille, avec ma vie professionnelle.

    C’est un équilibre, à  nouveau, à  trouver : entre la spécialisation (indispensable pour aller loin), et la multidisciplinarité (indispensable pour être créatif), il faut s’adapter et trouver une juste répartition.

    Tout le monde, en y passant du temps, peut appréhender n’importe quel domaine ; pas y exceller, bien sûr, mais simplement l’appréhender, s’en enrichir l’esprit, se servir des nouvelles connexions ainsi créées. Ce qui manque, c’est donc le temps.

    Pour rester sur un bon équilibre, il convient donc de gérer son temps, de prioriser, et de s’organiser. C’est-à -dire être capable de lâcher certaines choses, et aussi faire l’effort de consacrer un peu de temps, chaque jour ou chaque semaine, aux choses que l’on veut continuer à  développer.

    Cela implique de se poser les bonnes questions : qu’est ce que moi je veux faire de ma vie ? Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Je n’ai pas la réponse, simplement des éléments. Et vous ?

  • Le divin dans l’humain

    Le divin dans l’humain

    Je me suis laissé aller à  regarder quelques conférences sur TED. Quel plaisir ! Quel richesse, et quelle chance de pouvoir profiter des meilleurs conférenciers, gratuitement, traduits la plupart du temps.

    Et je suis tombé sur cette merveilleuse conférence d’Elizabeth Gilbert. Elle y parle de ses doutes sur son métier, de son rapport au travail, de son processus de création.

    Elle y parle de la différence entre la manière de penser des grecs et des romains – qui voyaient le génie comme quelque chose d’extérieur au créateur, une sorte de force ou d’être divin qui venait donner à  l’oeuvre son tour unique (le créateur a un génie) – et celle généralement acceptée de nos jours – où l’entièreté du génie est considérée comme étant le fruit de l’individu (le créateur est un génie). Le fait de placer l’humain au centre de l’univers, à  la renaissance, a mis un poids excessif sur le dos des créateurs, selon Elizabeth Gilbert.

    Elle conclut son exposé en évoquant la question du sens de tout cela, et cela m’a profondément ému : elle y dit, magnifiquement, et avec un point de vue différent, l’émotion de l’absurde que Camus avait chanté dans « Le mythe de Sisyphe ». Mélange de joie, de nostalgie, de rage, de peur et d’amour de l’humain. J’ai pleuré, à  la fin, sans vraiment savoir pourquoi, emporté par l’émotion sincère et vraie de la conférencière. Quelle grâce, quelle force, quelle générosité !