Catégorie : 🧠 Réflexions

  • Le divin dans l’humain

    Le divin dans l’humain

    Je me suis laissé aller à  regarder quelques conférences sur TED. Quel plaisir ! Quel richesse, et quelle chance de pouvoir profiter des meilleurs conférenciers, gratuitement, traduits la plupart du temps.

    Et je suis tombé sur cette merveilleuse conférence d’Elizabeth Gilbert. Elle y parle de ses doutes sur son métier, de son rapport au travail, de son processus de création.

    Elle y parle de la différence entre la manière de penser des grecs et des romains – qui voyaient le génie comme quelque chose d’extérieur au créateur, une sorte de force ou d’être divin qui venait donner à  l’oeuvre son tour unique (le créateur a un génie) – et celle généralement acceptée de nos jours – où l’entièreté du génie est considérée comme étant le fruit de l’individu (le créateur est un génie). Le fait de placer l’humain au centre de l’univers, à  la renaissance, a mis un poids excessif sur le dos des créateurs, selon Elizabeth Gilbert.

    Elle conclut son exposé en évoquant la question du sens de tout cela, et cela m’a profondément ému : elle y dit, magnifiquement, et avec un point de vue différent, l’émotion de l’absurde que Camus avait chanté dans « Le mythe de Sisyphe ». Mélange de joie, de nostalgie, de rage, de peur et d’amour de l’humain. J’ai pleuré, à  la fin, sans vraiment savoir pourquoi, emporté par l’émotion sincère et vraie de la conférencière. Quelle grâce, quelle force, quelle générosité !

  • La place du jeu


    J’ai regardé hier soir, sur Presentation Zen, une excellente conférence du Dr. Stuart Brown. Il y est question du jeu, et de son importance dans le développement des animaux en général, et des humains en particulier. Différents types de jeux sont présentés : le jeu avec le corps, le jeu avec les objets, le jeu de groupe, le jeu solitaire.

    Les études scientifiques montrent que c’est l’aptitude au jeu qui explique en partie notre faculté d’adaptation. Le jeu a une place biologique, une fonction, comme le sommeil et les rêves. On y parle un peu aussi de motivations internes, car bien évidemment le fait qu’il y ait une part de jeu dans nos activités nous motive grandement pour les réaliser avec passion et énergie.

    Et puis dans la présentation, le Dr Stuart Brown parle d’une expérience avec des souris, pour illustrer son propos. Comme j’avais été sensible aux expériences citées par Laborit, j’ai été aussi intéressé par celle-ci.

    Deux groupes de souris sont utilisés : l’un peut jouer, et l’autre ne peut plus jouer (les expérimentateurs les empêchent de développer l’aptitude au jeu). On place ensuite le groupe dans un endroit où il y a une odeur très marquée de chat, et une porte de sortie vers un trou protecteur. Tous les rats fuient bien sûr, pour se sauver. Et on observe ensuite deux comportements différents : les rats qui n’ont pas développés l’aptitude au jeu ne ressortent jamais du trou où ils se sont cachés. Ils meurent. L’autre groupe, celui des chanceux que l’on a laissé vivre normalement, avec le jeu, est plus adapté : les rats finissent par explorer, chercher à sortir, regarder ce qui se passe. On mesure là toute l’importance du jeu dans la construction cognitive. Mais assez parlé : l’original est bien mieux. Bon visionnage (pour les nuls en anglais comme moi, n’oubliez pas d’activer les sous-titres, ils ne sont qu’en anglais, mais ça aide quand même) !

  • La beauté, c’est ce qui reste

    La beauté, c’est ce qui reste

    En écoutant ce matin le « Clavier bien tempéré » de J.S. Bach, je me suis fait la réflexion que je ratais certainement plein de choses géniales qui sortent en ce moment. Et aussitôt, je me suis dit que ce n’était pas bien grave : le temps et les hommes feront leur travail de tri naturel, d’émergence lente, et l’on saura bientôt ce qui, au final, aura été nouveau et intéressant.

    Le volume d’oeuvres produit chaque année rend-il ce tri plus difficile qu’avant ? Je ne le pense pas, car la diffusion et l’accès aux oeuvres a dans le même temps été amélioré, et continuera de s’améliorer.
    Les génies de ce jour seront reconnus comme tels rapidement, et je pourrai les découvrir tranquillement dans quelques années.

    Le nouveau, et la beauté, c’est ce qui reste. Les tableaux de Vermeer de Delft, plus de 350 ans après, continuent d’avoir cette force d’émotion incroyable qui est le propre des grandes oeuvres artistiques.

  • Vérité partagée, ou solidarité volontaire ?

    En tenant un blog politique, on apprend à  découvrir une vérité simple : la discussion requiert des points de vue variés pour vivre et exister, tandis que l’action nécessite de plutôt se retrouver avec des gens qui pensent la même chose. Les deux situations extrêmes à  éviter sont bien sûr, pour la discussion, de laisser la porte ouverte à  tous les points de vue, ce qui conduit à  un pugilat très peu constructif, et pour l’action, de ne se regrouper qu’avec les gens qui pensent exactement la même chose, ce qui conduit au dogmatisme. Le rapport à  la vérité diffère, d’ailleurs, dans ces deux situations. Dans la discussion, la vérité se construit à  plusieurs, ou au moins nécessite de confronter son point de vue à  celui des autres pour le faire naître, pour lui donner forme. Même en cas de désaccord, la discussion permet de construire des raisonnements, de peaufiner des arguments, de faire ses armes rhétoriques. La vérité se partage, s’explicite. Dans l’action, la vérité est acquise – en partie au moins – et devient plus forte avec le nombre. La logique n’est pas de construire, mais de gagner en puissance, d’influencer. Les opposants et les contradicteurs se transforment en ennemis, même figurés. Mais, et c’est important, les partenaires dans l’action deviennent des amis, au sens où l’on fait ensemble. Finalement, je préfère – dans mon rapport à  la vérité – celui que permet la discussion et l’échange, et le désaccord. La vérité personnelle, mais partagée, et sans cesse confrontée à  l’avis des autres. Et je préfère – dans mon rapport aux autres – celui que permet l’action commune. L’intérêt commun bien compris, la solidarité volontaire. J’ai bien de la chance de pouvoir faire les deux – échanger, agir – avec les mêmes personnes.

  • Equilibre instable

    Equilibre instable

    L’équilibre est une notion qui m’a toujours intéressé : je suis quelqu’un de calme, et je recherche l’équilibre. J’ai compris, et cela m’a pris du temps, que l’équilibre est quelque chose de dynamique, et non de statique. L’équilibre, pour un être vivant, n’est possible que dans l’action.

    Équilibre est synonyme d’activité.

    Jean Piaget (1896 – 1980) biologiste, psychologue, logicien et épistémologue suisse

    Il faut donc aussi équilibrer notre manière de recherche l’équilibre : ne pas vouloir atteindre un improbable équilibre stable, mais au contraire rechercher l’équilibre instable. Notre vie est une recherche d’équilibre instable. Nous devons nous mettre sans cesse en mouvement, agir, et dans le même temps conserver au mieux les équilibres.

    La vie, c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre.

    Albert Einstein (1879 – 1955) physicien théoricien allemand, puis helvético-américain

  • Paradis perdu

    Paradis perdu

    Avez-vous déjà  fait un rêve merveilleux ? Vous savez, ce genre de rêve où vous baignez dans une sensation de plénitude totale, où les désirs se mêlent à  la joie, et à  la jouissance ? Il est surprenant que le cerveau endormi soit capable de produire une telle plénitude, un telle sensation de perfection. Cette sensation d’ailleurs, nous trompe et nous fait croire que le bonheur est un état, alors qu’il est un mouvement et un équilibre. Et ce rêve merveilleux a une fin.

    Mais bêtement, même en orage
    Les routes vont vers des pays,
    bientôt le sien fit un barrage
    à  l’horizon de ma folie.

    Georges Brassens

    Lorsque le réveil sonne, on ne sait plus où l’on est. Le manque est immédiat. C’est terrible, de quitter le paradis…
    On ressent alors un mélange de bonheur – tout notre être résonne encore de cet accord bienfaisant – et de frustration -. Ce mélange, n’est-ce pas aussi ce que l’on ressent lorsque l’on est mélancolique ? Le concept du paradis, je pense, illustre en partie cette sensation de mélancolie. On donnerait cher pour retrouver ce lieu de « luxe, de calme et de volupté ». Mais essayer de rattraper un rêve, c’est comme vouloir retenir le sable qui vous coule entre les doigts.

    L’Eden est un rêve érotique évanoui. Et que l’on ne retrouvera sûrement jamais.