CatĂ©gorie : 🧠 RĂ©flexions

  • La place du jeu


    J’ai regardé hier soir, sur Presentation Zen, une excellente conférence du Dr. Stuart Brown. Il y est question du jeu, et de son importance dans le développement des animaux en général, et des humains en particulier. Différents types de jeux sont présentés : le jeu avec le corps, le jeu avec les objets, le jeu de groupe, le jeu solitaire.

    Les études scientifiques montrent que c’est l’aptitude au jeu qui explique en partie notre faculté d’adaptation. Le jeu a une place biologique, une fonction, comme le sommeil et les rêves. On y parle un peu aussi de motivations internes, car bien évidemment le fait qu’il y ait une part de jeu dans nos activités nous motive grandement pour les réaliser avec passion et énergie.

    Et puis dans la présentation, le Dr Stuart Brown parle d’une expérience avec des souris, pour illustrer son propos. Comme j’avais été sensible aux expériences citées par Laborit, j’ai été aussi intéressé par celle-ci.

    Deux groupes de souris sont utilisés : l’un peut jouer, et l’autre ne peut plus jouer (les expérimentateurs les empêchent de développer l’aptitude au jeu). On place ensuite le groupe dans un endroit où il y a une odeur très marquée de chat, et une porte de sortie vers un trou protecteur. Tous les rats fuient bien sûr, pour se sauver. Et on observe ensuite deux comportements différents : les rats qui n’ont pas développés l’aptitude au jeu ne ressortent jamais du trou où ils se sont cachés. Ils meurent. L’autre groupe, celui des chanceux que l’on a laissé vivre normalement, avec le jeu, est plus adapté : les rats finissent par explorer, chercher à sortir, regarder ce qui se passe. On mesure là toute l’importance du jeu dans la construction cognitive. Mais assez parlé : l’original est bien mieux. Bon visionnage (pour les nuls en anglais comme moi, n’oubliez pas d’activer les sous-titres, ils ne sont qu’en anglais, mais ça aide quand même) !

  • La beautĂ©, c’est ce qui reste

    La beautĂ©, c’est ce qui reste

    En Ă©coutant ce matin le « Clavier bien tempĂ©ré » de J.S. Bach, je me suis fait la rĂ©flexion que je ratais certainement plein de choses gĂ©niales qui sortent en ce moment. Et aussitĂŽt, je me suis dit que ce n’Ă©tait pas bien grave : le temps et les hommes feront leur travail de tri naturel, d’Ă©mergence lente, et l’on saura bientĂŽt ce qui, au final, aura Ă©tĂ© nouveau et intĂ©ressant.

    Le volume d’oeuvres produit chaque annĂ©e rend-il ce tri plus difficile qu’avant ? Je ne le pense pas, car la diffusion et l’accĂšs aux oeuvres a dans le mĂȘme temps Ă©tĂ© amĂ©liorĂ©, et continuera de s’amĂ©liorer.
    Les génies de ce jour seront reconnus comme tels rapidement, et je pourrai les découvrir tranquillement dans quelques années.

    Le nouveau, et la beautĂ©, c’est ce qui reste. Les tableaux de Vermeer de Delft, plus de 350 ans aprĂšs, continuent d’avoir cette force d’Ă©motion incroyable qui est le propre des grandes oeuvres artistiques.

  • VĂ©ritĂ© partagĂ©e, ou solidaritĂ© volontaire ?

    En tenant un blog politique, on apprend à  dĂ©couvrir une vĂ©ritĂ© simple : la discussion requiert des points de vue variĂ©s pour vivre et exister, tandis que l’action nĂ©cessite de plutĂŽt se retrouver avec des gens qui pensent la mĂȘme chose. Les deux situations extrĂȘmes à  Ă©viter sont bien sĂ»r, pour la discussion, de laisser la porte ouverte à  tous les points de vue, ce qui conduit à  un pugilat trĂšs peu constructif, et pour l’action, de ne se regrouper qu’avec les gens qui pensent exactement la mĂȘme chose, ce qui conduit au dogmatisme. Le rapport à  la vĂ©ritĂ© diffĂšre, d’ailleurs, dans ces deux situations. Dans la discussion, la vĂ©ritĂ© se construit à  plusieurs, ou au moins nĂ©cessite de confronter son point de vue à  celui des autres pour le faire naĂźtre, pour lui donner forme. MĂȘme en cas de dĂ©saccord, la discussion permet de construire des raisonnements, de peaufiner des arguments, de faire ses armes rhĂ©toriques. La vĂ©ritĂ© se partage, s’explicite. Dans l’action, la vĂ©ritĂ© est acquise – en partie au moins – et devient plus forte avec le nombre. La logique n’est pas de construire, mais de gagner en puissance, d’influencer. Les opposants et les contradicteurs se transforment en ennemis, mĂȘme figurĂ©s. Mais, et c’est important, les partenaires dans l’action deviennent des amis, au sens oĂč l’on fait ensemble. Finalement, je prĂ©fĂšre – dans mon rapport à  la vĂ©ritĂ© – celui que permet la discussion et l’Ă©change, et le dĂ©saccord. La vĂ©ritĂ© personnelle, mais partagĂ©e, et sans cesse confrontĂ©e à  l’avis des autres. Et je prĂ©fĂšre – dans mon rapport aux autres – celui que permet l’action commune. L’intĂ©rĂȘt commun bien compris, la solidaritĂ© volontaire. J’ai bien de la chance de pouvoir faire les deux – Ă©changer, agir – avec les mĂȘmes personnes.

  • Equilibre instable

    Equilibre instable

    L’Ă©quilibre est une notion qui m’a toujours intĂ©ressĂ© : je suis quelqu’un de calme, et je recherche l’Ă©quilibre. J’ai compris, et cela m’a pris du temps, que l’Ă©quilibre est quelque chose de dynamique, et non de statique. L’Ă©quilibre, pour un ĂȘtre vivant, n’est possible que dans l’action.

    Équilibre est synonyme d’activitĂ©.

    Jean Piaget (1896 – 1980) biologiste, psychologue, logicien et Ă©pistĂ©mologue suisse

    Il faut donc aussi Ă©quilibrer notre maniĂšre de recherche l’Ă©quilibre : ne pas vouloir atteindre un improbable Ă©quilibre stable, mais au contraire rechercher l’Ă©quilibre instable. Notre vie est une recherche d’Ă©quilibre instable. Nous devons nous mettre sans cesse en mouvement, agir, et dans le mĂȘme temps conserver au mieux les Ă©quilibres.

    La vie, c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’Ă©quilibre.

    Albert Einstein (1879 – 1955) physicien thĂ©oricien allemand, puis helvĂ©tico-amĂ©ricain

  • Paradis perdu

    Paradis perdu

    Avez-vous dĂ©jà  fait un rĂȘve merveilleux ? Vous savez, ce genre de rĂȘve oĂč vous baignez dans une sensation de plĂ©nitude totale, oĂč les dĂ©sirs se mĂȘlent à  la joie, et à  la jouissance ? Il est surprenant que le cerveau endormi soit capable de produire une telle plĂ©nitude, un telle sensation de perfection. Cette sensation d’ailleurs, nous trompe et nous fait croire que le bonheur est un Ă©tat, alors qu’il est un mouvement et un Ă©quilibre. Et ce rĂȘve merveilleux a une fin.

    Mais bĂȘtement, mĂȘme en orage
    Les routes vont vers des pays,
    bientĂŽt le sien fit un barrage
    à  l’horizon de ma folie.

    Georges Brassens

    Lorsque le rĂ©veil sonne, on ne sait plus oĂč l’on est. Le manque est immĂ©diat. C’est terrible, de quitter le paradis…
    On ressent alors un mĂ©lange de bonheur – tout notre ĂȘtre rĂ©sonne encore de cet accord bienfaisant – et de frustration -. Ce mĂ©lange, n’est-ce pas aussi ce que l’on ressent lorsque l’on est mĂ©lancolique ? Le concept du paradis, je pense, illustre en partie cette sensation de mĂ©lancolie. On donnerait cher pour retrouver ce lieu de « luxe, de calme et de volupté ». Mais essayer de rattraper un rĂȘve, c’est comme vouloir retenir le sable qui vous coule entre les doigts.

    L’Eden est un rĂȘve Ă©rotique Ă©vanoui. Et que l’on ne retrouvera sĂ»rement jamais.

  • Soyons superficiels

    Soyons superficiels

    J’ai repensĂ© l’autre jour à  une idĂ©e que j’avais eu, alors que j’étais en licence. Il y a quinze ans. Je m’en rappelle parce que je l’avais exposĂ©e à  un copain, au comptoir du cafĂ© en face de la fac Jussieu, et qu’il avait trouvĂ© cette idĂ©e sĂ©duisante. J’en avais Ă©tĂ© gratifiĂ© ; et du coup, je m’en rappelle encore. Rien de tel qu’une petite gratification pour activer la mĂ©moire, n’est-ce pas ?

    Cette idĂ©e m’était venue en lisant « L’éloge de la fuite », d’Henri Laborit. Ce livre radical force à  douter de pas mal de choses, et j’y avais Ă©tĂ© trĂšs rĂ©ceptif. Il donne une vision dĂ©sespĂ©rĂ©e de l’ĂȘtre humain, aspirant au bonheur, mais incapable d’y arriver, enfermĂ© et broyĂ© par les dĂ©terminismes biologiques. L’amertume que l’on sent derriĂšre le propos finit par ĂȘtre gĂȘnante, et par brouiller le message, initialement scientifique et puissant. Mais cela reste un livre trĂšs stimulant.

    Cette idĂ©e, donc, est simple : puisque chacun d’entre nous n’est en dĂ©finitive qu’un ĂȘtre vivant, mortel, soumis à  des dĂ©terminismes indĂ©passables, il est illusoire de chercher autre chose que cela au fond des humains ; nous sommes, au plus profond de nous-mĂȘmes, tous identiques. Des pauvres animaux apeurĂ©s et seuls, cherchant dĂ©sespĂ©rĂ©ment à  survivre, survivre, survivre. Sauver sa peau. Tout en sachant qu’on ne le peut pas. Et ce qui importe donc, c’est la surface. Soyons donc superficiels : je prĂ©fĂšre dĂ©couvrir ce que les autres veulent me montrer, plutĂŽt que ce qu’ils sont au fond : je le sais dĂ©jà . C’est la maniĂšre qui compte ; c’est ce qu’ils dĂ©cident, ou peuvent, partager.

    DerriĂšre le paradoxe brillant et un peu futile, je trouve qu’il y a toujours quelque chose de juste dans cette pensĂ©e. L’idĂ©e que la surface, la zone d’échange, d’interaction, nous constitue de maniĂšre forte. Et nous avons une influence sur cette surface, sur la forme qu’elle prend.

    Au contraire des billes froides et lisses que j’ai choisies pour illustrer ce billet, les surfaces des humains sont chaotiques, s’interpĂ©nĂštrent, se soudent parfois. On se construit avec les autres, par les autres. Un humain est d’autant plus humain qu’il interagit. C’est à  cela que sert la surface. Soyons intensĂ©ment superficiels !