CatĂ©gorie : 🧠 RĂ©flexions

  • Pour un 1er Amendement

    Pour un 1er Amendement

    Je ne serais probablement pas d’accord en tout avec Etienne Chouard, mais il a raison quand il dit que tout citoyen devrait rĂ©flĂ©chir Ă  la Constitution. Et je pense que sur le point de la libertĂ© d’expression, cela s’applique trĂšs bien.

    Constitution

    La dĂ©finition de la Constitution dit bien sĂ»r tout, mais je suis plus pragmatique que cela. De mon point de vue, il est plus simple de repartir des basiques : toute sociĂ©tĂ© humaine fonctionne en ayant un certains nombre de rĂšgles. Ces rĂšgles dĂ©finissent un certain nombre d’interdits qui encadrent la libertĂ© humaine, en prĂ©cisant les conditions d’applications. Elles doivent ĂȘtre, pour ĂȘtre justes, adossĂ©e aux rĂšgles morales de la sociĂ©tĂ© en question, et valable pour tous de la mĂȘme maniĂšre. Certaines de ces rĂšgles sont implicites, traditionnelles, et d’autres sont explicites, Ă©crites. Je ne reviens pas lĂ -dessus, j’en ai dĂ©jĂ  parlĂ© en dĂ©tail ici : Loi et rĂšglementation.
    La Constitution, dans mon esprit, est un ensemble de principes et de meta-rĂšgles qui permettent de juger de la validitĂ© des rĂšgles (lois, rĂšglementations, dĂ©crets, etc.). La Constitution dĂ©finit ce qu’est une bonne rĂšgle.

    C’est dans cet esprit que le Bill of Right US a Ă©tĂ© Ă©crit, et je le trouve bien plus puissant et pertinent que notre propre constitution (qui en fait, sans la dĂ©claration des Droits de l’Homme et du Citoyen, n’est qu’une longue liste descriptive de l’organisation des pouvoirs, certes intĂ©ressante, mais guĂšre utile pour parler « principe » ou « meta-rĂšgles »). Pourquoi ? Parce la premiĂšre meta-rĂšgle, le premier amendement, dit qu’une bonne loi ne pourrait entraver la libertĂ© de conscience et d’expression des citoyens. Le second amendement, dit qu’une bonne loi ne pourrait pas dĂ©sarmer les citoyens. Le troisiĂšme prĂ©cise que sauf cas trĂšs exceptionnel, le respect de la propriĂ©tĂ© privĂ©e sera absolu. Allez lire le texte, vous verrez qu’il rĂ©ellement costaud. Les lĂ©gislateurs et hommes de pouvoirs ne peuvent pas faire taire les gens, les dĂ©sarmer, les exproprier arbitrairement, etc. Ils essayent, mais les citoyens amĂ©ricains sont protĂ©gĂ©s par leur Constitution.

    LibertĂ© d’expression

    Dans ce billet, je voulais partager mes interrogations et recherches sur la libertĂ© d’expression (le 1er amendement amĂ©ricain), car elle est bien menacĂ©e. Pour en savoir plus sur la libertĂ© d’expression, vous pouvez aller lire l’excellent article de la Stanford University. Les rĂ©cents Ă©vĂšnements en Angleterre le montrent : on y laisse des hordes armĂ©es circuler en ville pour terroriser tout le monde en appelant au meurtre, mais on peut emprisonner un citoyen pour ses propos sur les rĂ©seaux sociaux.
    J’ai dĂ©jĂ  rappelĂ© ailleurs la magnifique dĂ©monstration de John Stuart Mill concernant la nĂ©cessitĂ© de la libertĂ© d’expression.
    Philippe Nemo a raison bien sĂ»r, quand il dit qu’il faut abolir les lois de censures en France. Mais est-ce suffisant ? Je ne le crois pas.

    Constitution Française

    Dans notre Constitution, la libertĂ© d’expression n’est mentionnĂ©e nulle part. Un petit peu dans l’article 4 (« La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation Ă©quitable des partis et groupements politiques Ă  la vie dĂ©mocratique de la Nation »), mais le terme « équitable » laisse la porte ouverte Ă  toutes les dĂ©rives. Le 1er amendement est beaucoup plus clair et radical :
    Le CongrĂšs n’adoptera aucune loi relative Ă  l’Ă©tablissement d’une religion, ou Ă  l’interdiction de son libre exercice ; ou pour limiter la libertĂ© d’expression, de la presse ou le droit des citoyens de se rĂ©unir pacifiquement ou d’adresser au Gouvernement des pĂ©titions pour obtenir rĂ©parations des torts subis.
    Il faut aller chercher dans la DĂ©claration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 (Ă  laquelle il est fait rĂ©fĂ©rence dans le prĂ©ambule).

    Article 10
    Nul ne doit ĂȘtre inquiĂ©tĂ© pour ses opinions, mĂȘme religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public Ă©tabli par la loi.
    Article 11
    La libre communication des pensĂ©es et des opinions est un des droits les plus prĂ©cieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, Ă©crire, imprimer librement, sauf Ă  rĂ©pondre de l’abus de cette libertĂ© dans les cas dĂ©terminĂ©s par la loi.

    L’article 11 pourrait sembler donner les mĂȘmes garanties que le 1er amendement US, mais ce n’est pas le cas : il suffit qu’une loi (telles que celles dont l’abrogation est demandĂ©e par Nemo) dĂ©limite des cas oĂč la libertĂ© d’opinion n’est plus la bienvenue (selon qui ? pour quelles raisons ?) pour faire taire les gens. Un article de Constitution qui laisse la loi venir changer son sens n’est pas trĂšs solide. C’est d’ailleurs le cas en France, puisque des juges politisĂ©s autorisent et voient comme recevables des plaintes qui sont de vĂ©ritables tentatives de censures. Qu’est-ce qui garantit la libertĂ© d’expression en France ? Pas grand-chose. Pour une part de notre attachement culturel Ă  ce principe, mais il faut regarder les choses en face : les gauchistes au pouvoir, y compris au Conseil Constitutionnel (voire la sortie de Fabius au moment de la derniĂšre prĂ©sidentielle), n’ont aucune espĂšce d’envie de laisser parler leurs opposants. On peut voir les attaques contre Cnews, C8, L’incorrect (pour des unes, par leur banque), et les dissolutions d’associations identitaires diverses comme autant d’exemples de cette rĂ©duction lente, mais sĂ»re, de la libertĂ© d’expression.

    Constitution Anglaise

    La situation est beaucoup plus complexe en Angleterre, car leur systĂšme de rĂšgles est un mĂ©lange de rĂšgles coutumiĂšres, de droit positif contenu dans plusieurs documents diffĂ©rents : Magna Carta, Habeas Corpus, Bill of Rights, diffĂ©rents Acts). Mais ce qu’on peut y voir n’incite pas Ă  l’optimisme : il n’y a pas de droit formel Ă  la libertĂ© d’expression, celle-ci reposant principalement sur la « common law » (droit coutumier ou jurisprudence). Quand la culture change, le « droit coutumier » aussi. C’est tout l’intĂ©rĂȘt d’une Constitution : elle ancre de maniĂšre formelle des choses qui sont rendues plus difficiles Ă  faire bouger. Pour l’Angleterre, du coup, c’est l’article 10 de la Convention EuropĂ©enne des Droits de l’Homme qui joue, et c’est la mĂȘme que celle de la DĂ©claration des droits de l’Homme. Depuis plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ , la police de la pensĂ©e veille au grain multiculturaliste en Angleterre.

    Pour un 1er amendement à la Française

    Il me semble clair qu’il faut absolument rĂ©intĂ©grer dans notre Constitution un article identique Ă  celui de la Constitution AmĂ©ricaine : un article interdisant aux lĂ©gislateurs, politiciens, hommes du pouvoir, de restreindre la libertĂ© d’expression et d’opinions. Sans conditions. Sans cela, nous suivrons le mĂȘme chemin que l’Angleterre.

  • Le rĂšgne du mensonge

    Le rĂšgne du mensonge

    On a beau tourner la tĂȘte, Ă  droite, Ă  gauche, en haut, en bas, c’est partout le rĂšgne du mensonge. Sur quelque sujet que ce soit, l’approche consistant simplement Ă  vouloir commencer par les faits, la rĂ©alitĂ©, puis Ă  Ă©laborer, se heurte Ă  toute une litanie de prĂȘchi-prĂȘcha Ă  peine construits, Ă  peine crĂ©dibles, et il faut toute la force de frappe d’une rĂ©pĂ©tition mĂ©diatique continue, d’un matraquage de haute intensitĂ© pour l’imposer aux gens. Cette idĂ©ologisation permanente maintient la population dans un Ă©tat d’enfance, en l’empĂȘchant d’aller se confronter au rĂ©el.
    J’ai le sentiment parfois que certains de mes congĂ©nĂšres ne pensent plus, ou n’osent plus le faire, et mĂȘme dans le pire des cas pĂ©rorent, assĂšnent, bouffis de fausses certitudes visant simplement Ă  se regarder dans un miroir agrĂ©able Ă  leurs yeux. Les plus fieffĂ©s utilisent ces narrations politiques pour se faire une place de choix, implacablement. Cyniquement. Immoralement. Le travail et la droiture morale devraient seuls permettre de s’honorer de quoi que ce soit. Le mensonge est aussi, je crois, le signe de notre Ă©poque oĂč chacun veut aller vite. La vĂ©ritĂ© n’est pas toujours donnĂ©e, il faut travailler acquĂ©rir des connaissances. La vĂ©ritĂ© transcende, lĂ  oĂč le mensonge avili.

    Les plus honnĂȘtes d’entre nous, bien sĂ»r, heureusement, et dont j’ai la prĂ©tention de faire partie, continuent Ă  penser, mais en se taisant souvent, en baissant parfois la tĂȘte, toujours en serrant les dents. Pour qui aime la vĂ©ritĂ©, et sa quĂȘte, l’époque est difficile. Cela mine en partie la qualitĂ© des relations sociales : ĂȘtre obligĂ©s de mentir par omission aux gens que l’on apprĂ©cie humainement est un crĂšve-cƓur.

    On est obligĂ© de regarder notre beau pays s’abimer, sans mĂȘme, au moins, pouvoir le dire. Heureusement, il existe des proches, des amis, avec qui l’on peut continuer Ă  au moins ne pas se mentir. Il faut, et je crois que c’est le premier combat, retrouver le goĂ»t de la vĂ©ritĂ©, chasser le mensonge, dĂ©battre. La libre expression, respectueuse et contradictoire, est l’urgence. Il faut abolir les lois de censures qui font baisser le niveau du dĂ©bat, et forcent les intelligences amoindries Ă  rĂ©pĂ©ter ou Ă  ne pas contredire – pour simplement pouvoir rester dans la zone de respectabilitĂ© – les contes Ă  dormir debout de ceux qui ont le pouvoir. Il faut couper toutes les subventions Ă  ceux qui, avec notre argent, Ɠuvrent Ă  restreindre la libertĂ© de penser.

    Je crois qu’il va falloir que tous les citoyens osent sortir de la zone de confort, et peu Ă  peu, en partant du cercle amical et familial, Ă©largissent les cercles de libre parole. Avec les collĂšgues proches, avec son boulanger ou avec le serveur, avec ses voisins. Sur les rĂ©seaux. Le salut ne viendra pas d’en haut : les pires sont ceux que l’on voit faire leur cirque mĂ©diatique et politique pour rĂ©cupĂ©rer des postes, tout en nous vomissant dessus, car presque jamais ils ne parlent directement de ce qui est important, en des termes simples, avec le goĂ»t de l’intĂ©rĂȘt du peuple. Le mensonge, parfois, n’est pas que de la rouerie, mais bien de la perversitĂ©.

    Petit test : prenez un sujet, n’importe lequel. RĂ©flĂ©chissez quelques minutes Ă  ce qu’est la situation rĂ©elle. Puis comparez avec ce qu’il est autorisĂ© d’en dire socialement, et avec ce que les politiciens et les journalistes racontent. Je ne sais pas le sujet que vous avez choisi, mais je suis presque sĂ»r de pouvoir affirmer la chose suivante : ce qu’il est convenu d’en dire dans un cadre social normal est un affreux ramassis de mensonges, de soumission au wokisme et Ă  des idĂ©es dĂ©lirantes d’extrĂȘme-gauche, de relativisme moral, d’approximations visant Ă  cacher la rĂ©alitĂ©. C’est une sorte de dogme assez rigide, pouvant conduire au tribunal les plus rebelles du verbe, mais bĂąti sur du sable intellectuel et moral.

    Parlons-en. Le plus possible. Entre nous, souvent. Et essayons de faire bouger les lignes : plus nombreux nous serons, et plus nous serons Ă  nouveau capable, peut-ĂȘtre, de faire un contre-pouvoir. Notre vote n’est plus tout Ă  fait suffisant, il me semble, et j’en ai bien peur. Notre premiĂšre arme, c’est la vĂ©ritĂ©.

    Alors, vous avez pris quoi comme sujet pour faire le test ?

  • Vote et dĂ©mocratie

    Vote et démocratie

    Dans les commentaires du dernier billet consacrĂ© Ă  Milei, j’avais partagĂ© cette interview d’Etienne Chouard, car je l’avais trouvĂ© trĂšs intĂ©ressante.

    Vote et élection

    Il y a pose notamment, dĂšs le dĂ©but, une distinction qui me parait essentielle entre Ă©lection11. Election : ProcĂ©dure par laquelle des Ă©lecteurs portent leurs suffrages sur les candidats qu’ils chargent de les reprĂ©senter dans des assemblĂ©es administratives de ressort et de compĂ©tence variables. et vote. Dans sa conception, c’est trĂšs limpide : voter, c’est donner son avis sur un sujet prĂ©cis (on est dans le processus de dĂ©cision), et Ă©lire, c’est choisir quelqu’un qui va nous reprĂ©senter, et donc choisir pour nous. Je rejoins Chouard dans son analyse : l’Ă©lection est assez antidĂ©mocratique, et le vote l’est. Il en tire les consĂ©quences, et je invite Ă  regarder la vidĂ©o pour suivre le raisonnement, notamment l’importance du tirage au sort (dossier sur son site).
    Pour ĂȘtre plus prĂ©cis, dans le systĂšme actuel, nous ne votons que pour Ă©lire, et presque jamais pour donner notre avis (et quand on nous le demande, c’est soit sur des sujets subalternes ou ridicules, soit pour faire semblant et nous la faire Ă  l’envers quelques temps plus tard). Notre avis, l’avis du peuple n’intĂ©resse pas les « élites ».

    Constitution et démocratie

    Un autre point, qui parait Ă©vident en y rĂ©flĂ©chissant un peu, est que la Constitution22. Loi fondamentale ou ensemble des principes et des lois fondamentales qui dĂ©finissent les droits essentiels des citoyens d’un État, dĂ©terminent son mode de gouvernement et rĂšglent les attributions et le fonctionnement des pouvoirs publics., en tant que « loi fondamentale », faisant rĂ©fĂ©rence pour juger de la pertinence des lois & rĂ©glementations, ne devrait pas pouvoir ĂȘtre modifiĂ©e sans un vote d’accord du peuple. Or, c’est constamment le cas. Nous ne sommes donc pas Ă  proprement parler, en dĂ©mocratie. On peut faire semblant, bien sĂ»r, de considĂ©rer que tout cela n’est pas trĂšs grave, et que ce sont somme toute des arguties juridiques sans importance. Mais je crois, au contraire, que c’est central dans les combats politiques qui, je l’espĂšre, vont venir. RĂ©tablir ce lien sacrĂ© entre « constitution » et « peuple » parait ĂȘtre un point central d’un retour Ă  une dĂ©mocratie vĂ©ritable.

  • Les forgerons

    Les forgerons

    C’est la dose qui fait le poison.

    Paracelse (1493 – 1541) mĂ©decin, philosophe et alchimiste, mais aussi thĂ©ologien laĂŻc suisse

    .

    J’ai appris il n’y a pas si longtemps cette vĂ©ritĂ© sur les poisons : il y est question de quantitĂ©, autant que de qualitĂ©. C’est trĂšs logique, si l’on pense que l’organisme est une chose en Ă©quilibre dynamique permanent, mais tout de mĂȘme, cela m’avait forcĂ© Ă  repenser certaines choses. Bien sĂ»r il y a des produits trĂšs actifs chimiquement, qui interagissent trĂšs fort avec notre organisme, mais c’est une question de quantitĂ© : en infime quantitĂ©, leur toxicitĂ© ne suffira pas Ă  causer des dĂ©gĂąts. De la mĂȘme maniĂšre, il y a des produits que l’on ingĂšre chaque jour, et qui sont indispensables Ă  notre santĂ© : en trop grande quantitĂ©, ils deviennent toxiques.

    S’exercer

    J’ai mis du temps Ă  comprendre cette autre vĂ©ritĂ© simple et logique, dans toute sa prodondeur.

    Nous sommes ce que nous faisons de maniĂšre rĂ©pĂ©tĂ©e. L’excellence n’est donc pas un acte mais une habitude.

    Aristote (1493 – 1541) philosophe et polymathe grec de l’AntiquitĂ©

    Nous n’avons pas Ă  choisir ce que nous sommes ; nous pouvons identifier des choses que l’on aime, ou qui nous sont utiles, et les pratiquer. C’est avec la pratique rĂ©guliĂšre que l’on progresse. De mĂȘme qu’un poison se dĂ©finit par la nature ET par la quantitĂ© d’une produit, la pratique rĂ©guliĂšre se dĂ©finit par la mĂ©thode de travail ET par le temps passĂ©. Rester bloquĂ© sur la mĂ©thode – le prof, la mĂ©thode, le support, les conditions, le confort – est un trĂšs grand frein Ă  l’apprentissage. La pratique rĂ©guliĂšre est Ă  l’apprentissage, ce que la quantitĂ© est au poison.Vous voulez progresser aux Ă©checs ? Jouez chaque jour. Vous voulez apprendre la musique ? Jouez chaque jour. Vous voulez apprendre une langue ? Ecoutez et parlez chaque jour.
    Bien sĂ»r, l’exercice et la pratique rĂ©guliĂšre ne se suffisent pas Ă  eux-mĂȘmes : il est toujours extrĂȘmement loisible de profiter d’un professeur, d’une mĂ©thode. Mais de mĂȘme que pour le poison, oĂč c’est d’abord la quantitĂ© qui compte, c’est d’abord la pratique rĂ©guliĂšre et rĂ©pĂ©tĂ©e qui nous permet de progresser. La pratique rĂ©guliĂšre est Ă  l’apprentissage, ce que la quantitĂ© est au poison. Un Ă©lĂšve, profitant du meilleur prof du monde, ne progressera presque pas s’il ne travaille pas rĂ©guliĂšrement.
    C’est une joie pour moi de penser que nous pouvons librement apprendre et pratiquer ce qui nous plait, et progresser. C’est une joie pour moi de pratiquer et m’exercer chaque jour dans des activitĂ©s variĂ©es et riches.
    Toutes ces banalités importantes sont contenues dans le dicton bien connu :

    C’est en forgeant qu’on devient forgeron.

  • Gorgias

    Gorgias

    Gorgias est un classique de la philosophie, dense, compact, Ă©crit par Platon, et qui raconte une discussion entre Gorgias, sophiste et maĂźtre de rhĂ©torique, et Socrate qui on le sait, critiquait beaucoup les sophistes car, manipulant les mots et les idĂ©es pour ĂȘtre efficaces, ils n’avaient pas pour but la vĂ©ritĂ© et la justice.

    Dialogue Ă  trois

    Le dialogue est en fait Ă  trois : Gorgias, qui ne parle pas tant que cela, Socrate bien sĂ»r, et CalliclĂšs qui est un jeune politicien et qui utilise l’art de Gorgias. Ce n’est donc pas Ă  proprement parler un ouvrage sur la rhĂ©torique et ses techniques, mais plutĂŽt un ouvrage sur la valeur morale de la rhĂ©torique. Peut-on influencer les gens ? Si oui, quels moyens sont lĂ©gitimes ?
    Socrate est sans pitiĂ© : il force, avec sa maniĂšre habituelle de conduire les Ă©changes, en toute logique, ses interlocuteurs Ă  reconnaitre que la rhĂ©torique est un art oratoire qui sert Ă  manipuler les gens, Ă  jouer sur les croyances, quitte Ă  travestir la vĂ©ritĂ©, ou Ă  n’ĂȘtre pas juste. Donc Ă  servir des intĂ©rĂȘts particuliers et non des idĂ©aux.
    « Socrate : Veux-tu alors que nous posions qu’il existe deux formes de convictions : l’une qui permet de croire sans savoir, et l’autre qui fait connaĂźtre ?
    Gorgias. – Oui, tout à fait.
    Socrate. – Alors, de ces deux formes de convictions, quelle est celle que la rhĂ©torique exerce, « dans les tribunaux, ou sur toute autre assemblĂ©e », lorsqu’elle parle de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas ? Est-ce la conviction qui permet de croire sans savoir ? ou est-ce la conviction propre Ă  la connaissance ?
    Gorgias. – Il est bien Ă©vident, Socrate, que c’est une conviction qui tient Ă  la croyance. »

    A lire et Ă  relire

    Si vous voulez en avoir un excellent rĂ©sumĂ©, complet, je vous invite Ă  lire ce billet de blog superbement bien structurĂ© et complet de Beaudoin Le Roux : Gorgias. Je pense pour ma part que c’est un livre majeur et que je le relirai : sa densitĂ©, l’ampleur des questions qu’il aborde, le rendent incroyablement puissant. La force de la logique et du raisonnement de Socrate est implacable. Il y a des arguments Ă  opposer Ă  l’idĂ©alisme d’un Socrate : mais vu la branlĂ©e que se prennent Gorgias et Polos son disciple, il vaut mieux travailler un peu avant de s’y risquer !

  • De quelle maniĂšre les morts existent-ils ?

    De quelle maniĂšre les morts existent-ils ?

    Tout simplement un mort que j’aime ne sera jamais mort pour moi. Je ne peux mĂȘme pas dire : je l’ai aimĂ© ; non, je l’aime. Et si je refuse de parler de mon amour pour lui au temps passĂ©, cela veut dire que celui qui est mort est. C’est lĂ  peut-ĂȘtre que se trouve la dimension religieuse de l’homme.

    Milan Kundera (1929 – 2023) Ă©crivain tchĂšque naturalisĂ© français.

    Inconsolables

    J’avais fait un brouillon de rĂ©flexion, jamais avancĂ©, sur le thĂšme de la mort et de la perte. Et l’Ă©coute de l’excellente Ă©mission de Finkielkraut, RĂ©pliques, sur le sujet de « l’Ă©criture du deuil » (conversation avec AdĂšle Van Reeth et JĂ©rĂŽme Garcin, tous deux auteurs de livres racontant leurs morts), m’a donnĂ© envie de le (re)travailler. Je me suis senti trĂšs proche du point de vue d’AdĂšle Van Reeth, dont le livre « Inconsolable » montre Ă  quel point, et les autres membres de cette conversation en Ă©taient bien d’accord, l’expression « faire son deuil » est assez horrible et convient trĂšs mal pour dĂ©crire ce que nous vivons quand nous perdons un ĂȘtre cher. L’introduction de Finkielkraut le dit trĂšs bien :

    Si l’on en croit l’esprit du temps, celle ou celui qui vient de perdre un ĂȘtre cher doit impĂ©rativement “faire son deuil”, c’est-Ă -dire accepter cette disparition, prendre acte de la rĂ©alitĂ©, et se vider, se dĂ©lester du mort, afin de rĂ©intĂ©grer dans les meilleures conditions et dans les plus brefs dĂ©lais le monde trĂ©pidant des vivants. Heureusement pour l’HumanitĂ©, la littĂ©rature prend les choses Ă  l’envers. AdĂšle Van Reeth, dans Inconsolable, et JĂ©rĂŽme Garcin, dans Mes fragiles, disent un chagrin dont ni l’un ni l’autre ne peuvent, ni ne veulent guĂ©rir. » (A. Finkielkraut)

    Le terme de chagrin est Ă©voquĂ© pour parler de ce qui se passe aprĂšs. Il n’y a pas vraiment de raison, finalement d’ĂȘtre, consolables. Il faut apprendre Ă  vivre sans, donc avec. Pourquoi cela passerait-il par la disparition du chagrin ? Nous avons dĂ», Ă  notre grande douleur, laisser partir la personne : pourquoi devrions-nous en plus l’oublier ? Car ne nous trompons pas : il faut bien sĂ»r continuer Ă  vivre, pour les vivants et avec ceux qui sont lĂ . Mais le trou bĂ©ant laissĂ© dans le rĂ©el par la disparition d’un ĂȘtre cher, ne saurait ĂȘtre oubliĂ©, ou rempli, ou recousu. Il s’agit de ne pas tomber dedans, mais pas non plus de prĂ©tendre qu’il n’existe pas. Je ne peux pas ne pas partager la magnifique citation de Michelet que Finkielkraut donne en fin d’Ă©mission :

    Rien de tel avant, rien aprĂšs, Dieu ne recommencera point ; il en viendra d’autres sans doute, le monde qui ne se lasse pas amĂšnera Ă  la vie d’autres personnes, meilleures peut-ĂȘtre, mais semblables jamais, jamais, jamais.

    Jules Michelet (1798 – 1874) historien français.

    Présence des morts : au-delà des traces

    Alors bien sĂ»r : les morts sont morts, et on ne les ramĂšnera pas. Je ne crois pas aux mondes alternatifs, ou Ă  la vie aprĂšs la mort. Je ne retrouverai pas ceux qui sont partis. Mais cela, heureusement, ne signifie pas que l’on doive les rĂ©duire Ă  l’Ă©tat de traces (souvenirs, photos, Ă©crits, etc.). Ces traces ont une valeur inestimable, mais elles sont statiques. Je crois que les morts sont prĂ©sents en nous, et que quelque chose d’eux se perpĂ©tue, dynamiquement, parmi les vivants. Il me semble que c’est d’ailleurs quelque chose de fragile, et qu’il faut entretenir et protĂ©ger comme une petite flamme dans la tempĂȘte. Quel est donc ce « mode de prĂ©sence » des morts parmi nous ? Puisqu’Ă  l’Ă©vidence, comme le dit quelqu’un dans l’Ă©mission, « les morts n’ont que les vivants comme ressource pour exister », il nous faut bien penser ce « mode d’existence » pour les maintenir, malgrĂ© la mort, parmi nous. D’ailleurs, il s’agit plus de comprendre ce que l’on peut garder d’eux, malgrĂ© leur disparition, et ce que l’on peut en faire. Comme le disait Chateaubriand :

    Les vivants ne peuvent rien apprendre aux morts ; les morts, au contraire, instruisent les vivants.

    François-RenĂ© de Chateaubriand (1768 – 1848) Ă©crivain, mĂ©morialiste et homme politique français.

    Je ne prétends pas avoir de réponse définitive sur le sujet, mais plutÎt quelques pistes qui me paraissent intéressantes.

    Transmission

    Bien sĂ»r, nos morts continueront d’exister, indirectement, si nous perpĂ©tuons leur lignĂ©e : des gĂšnes, bien sĂ»r, mais aussi une histoire, des histoires, que l’on va continuer Ă  incarner et Ă  transmettre Ă  notre tour.

    Evocation & invocation

    Se souvenir est indispensable (Evoquer : « Faire apparaĂźtre par ses propos (quelque chose) Ă  l’esprit »), et c’est le premier moyen dont nous disposons pour garder un peu avec nous ceux qui sont partis. Certains vont jusqu’Ă  invoquer les disparus, en gĂ©nĂ©ral pour se soutenir. C’est une piste que je trouve difficile : je suis mauvais en invocation, j’ai le sentiment de me parler Ă  moi-mĂȘme, en dĂ©formant encore plus les choses qu’en Ă©voquant simplement la personne.

    Sublimation

    Bien sĂ»r, il y aussi un travail de purification (Sublimer : « Action de purifier, de transformer en Ă©levant. ») C’est ce qu’exprime magnifiquement Alain, dans un petit texte splendide (ImmortalitĂ© des morts parmi les vivants) dont il avait le secret :

    Nos dieux naturels sont nos morts grandis et purifiés.

    Alain (Emile Chartier, dit) (1868 – 1951) philosophe, journaliste, essayiste et professeur de philosophie français

    Nos morts deviennent (ils l’Ă©taient dĂ©jĂ  en partie de leur vivant) des modĂšles Ă  suivre ; cette transformation n’est pas trahir leur mĂ©moire, c’est continuer de polir ce qu’ils avaient apportĂ© au monde de meilleur. Je crois que, mĂȘme sans vie aprĂšs la mort, nous avons Ă  nos cĂŽtĂ©s un peuple de Dieux :
    Elle Ă©tait profonde sans le savoir, cette croyance des anciens qui voyaient partout autour d’eux se mouvoir et agir l’ñme des ancĂȘtres, qui sentaient revivre Ă  leurs cĂŽtĂ©s les morts, peuplaient le monde d’esprits et douaient ces esprits d’une puissance plus qu’humaine. Si la pensĂ©e traverse la mort, elle doit devenir pour autrui une providence. Il semble que l’humanitĂ© ait le droit de compter sur ses morts comme elle compte sur ses hĂ©ros, sur ses gĂ©nies, sur tous ceux qui marchent devant les autres. S’il est des immortels, ils doivent nous tendre la main, nous soutenir, nous protĂ©ger : pourquoi se cachent-ils de nous ? Quelle force ne serait-ce pas pour l’humanitĂ© de sentir avec elle, comme les armĂ©es d’HomĂšre, un peuple de dieux prĂȘt Ă  combattre Ă  son cĂŽtĂ© !
    Jean-Marie Guyau (dans le trĂšs beau Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction)

    Inconsolables … et fidĂšles

    Pour conclure ce post trop long, j’ai le sentiment que le terme qui convient le mieux, finalement est, celui de fidĂ©litĂ©. Les morts continuent d’exister par le biais de notre fidĂ©litĂ© Ă  ce qu’ils Ă©taient, Ă  ce que nous avons partagĂ©, Ă  ce qu’ils nous ont donnĂ© et transmis, et Ă  ce qu’ils auraient voulu que l’on continu Ă  ĂȘtre. C’est un programme simple et ambitieux Ă  la fois, et qui nĂ©cessite, pour en vĂ©rifier la cohĂ©rence, de toujours faire exister en nous la singularitĂ© de ceux qui sont morts. C’est pour cela que le propos d’AdĂšle Van Reeth m’a touchĂ© : il nous faut bien accepter d’ĂȘtre inconsolables pour pouvoir ĂȘtre fidĂšles. Qu’en-pensez vous ?