CatĂ©gorie : 🧠 RĂ©flexions

  • Les motards doivent-ils respecter la loi ?

    Je met un titre volontairement provocateur parce c’est un sujet qui m’Ă©nerve, et qui me parait symptomatique de la mentalitĂ© ambiante
Je vais au boulot tous les jours en voiture ; et je suis choquĂ© par le fait que quasiment toutes les situations de danger que je peux rencontrer sont liĂ©es aux motards/scooters ! A part le fait de doubler par la droite et de circuler systĂ©matiquement entre les files de voitures (qui est passible d’une contravention !), je voudrais donner deux exemples rĂ©cents :

    • en rentrant le soir, je passe sur l’avenue du GĂ©nĂ©ral Leclerc et l’avenue du Maine : systĂ©matiquement, les deux-roues qui circulent en face franchissent la ligne blanche centrale et roulent tout simplement
à  contresens sur la file de gauche de mon cĂŽtĂ© ! Sous les yeux des agents de la circulation placĂ©s là , qui ne semblent mĂȘme pas le remarquer
si par malheur je fais un appel de phare pour montrer que, bon, quand mĂȘme, j’ai le droit une fois sur deux à  un signe d’Ă©nervement de la part du motard/scooter me montrant que cette situation lui semble normale
    • en traversant la rue d’AlĂ©sia l’autre jour sur un de ces passages piĂ©tons si pratiques (vous savez, ceux oĂč il n’y a pas de feux, et oĂč les piĂ©tons doivent littĂ©ralement risquer leur vie pour passer entre les voitures qui, en l’absence de feu, foncent
), en traversant donc, un scooter – qui Ă©tait à  10 mĂštres du passage lorsque j’Ă©tais rendu au milieu de celui-ci –  a failli me rentrer dedans : c’est moi qui me suis arrĂȘtĂ© pour le laisser passer ; Ă©nervĂ©, j’ai fais un geste de la main (style « je prĂ©pare un claque ») pour lui montrer ma peur et ma colĂšre. Il a simplement fait demi-tour pour me rattraper et m’ »expliquer » (sur un ton plus proche du cri de la hyĂšne enragĂ©e que de celui de la discussion posĂ©e) qu’il Ă©tait engagĂ© (à  10 mĂštres du passage piĂ©ton!) et que je devais le laisser passer ! Sans commentaires 


    Ce ne sont pas des exemples trĂšs graves, puisqu’il ne s’agit pas d’accident. Mais ces comportements, malheureusement mĂšnent à  des accidents : les motards reprĂ©sentent 0,8% du traffic, mais 15,5% des conducteurs impliquĂ©s dans un accident corporels (chiffres sĂ©curitĂ© routiĂšre). Bien sĂ»r, ils sont moins protĂ©gĂ©s, mais quand on voit que dans 50% des cas, la voiture qui a participĂ© à  l’accident avec un 2 roues ne l’a carrĂ©ment pas vu, il convient, plutĂŽt que de montrer du doigt les voitures allumant leurs phares, de se poser la question du comportement dangereux des motards/scooters.
    Pourquoi tolĂšre t’on ces infractions au code de la route, alors qu’on sait qu’ils sont la cause d’accidents ? Y’a-t-il plusieurs types d’usagers, ceux qui doivent respecter le code de la route, et ceux qui n’en ont pas l’obligation
? Ces questions se posent aussi pour les automobilistes, quand on voit le respect tout relatif des distances de sĂ©curitĂ©, ou l’utilisation hasardeuse des clignotants
 Alors bien sĂ»r, je sais bien que tous les motards ne sont pas des inconscients irrespectueux de la loi : il y a Ă©videmment plein de motards prudents, conscients du danger, et respectueux des plus Ă©lĂ©mentaires rĂšgles du code de la route. Mais, outre le fait qu’ils ne sentiront pas visĂ©s, ils ne pourront qu’approuver le fait de vouloir faire appliquer strictement le code de la route aux motards.
    Ne vous mĂ©prenez pas : je ne suis pas un extrĂ©miste de l’application de la loi. La loi peut ĂȘtre mauvaise, à  revoir, ou dans des circonstances particuliĂšres, conduire à  des actes immoraux (c’est alors un devoir de ne pas la respecter). Mais quand la loi vise de toute Ă©vidence à  rendre possible la cohabitation harmonieuse des citoyens, et qu’elle va dans le bon sens, il n’y a aucune raison à  ne pas la respecter. Et aucune excuse à  ne pas la faire respecter. Quel est le sens d’une loi qu’on n’applique pas ?

  • Faut-il avoir de l’ambition ?

    A force d’entendre les commentateurs critiquer Sarkozy pour son ambition, et comme cela rejoint des critiques que l’on entend couramment au sein de ma boite concernant tel ou tel cadre dirigeant, je me suis posĂ© la question du sens du mot « ambition ».

    En effet, le français est une langue comportant peu de mots, et il n’est pas rare qu’un mot comporte plusieurs acceptions de sens relativement diffĂ©rents. J’avais lu cette phrase, je ne sais plus oĂč, que « le français avait longtemps Ă©tĂ© la langue de la diplomatie justement pour cette raison : une langue avec peu de mots permet de trouver plus facilement une formulation un peu ambiguĂ« qui convient aux deux parties ». Le français n’est plus la langue diplomatique depuis le TraitĂ© de Versailles (1919), mais il n’a pas tellement Ă©voluĂ© depuis, que cet Ă©tat de fait soit devenu faux.

    Pour le nombre de mots, j’ai trouvĂ© dans les articles de wikipĂ©dia (celui sur le français et celui sur l’anglais) et sur le site de l’AcadĂ©mie Française qu’en gros le français comporte 100.000 mots (TrĂ©sor de la Langue Française), pour 500.000 mots en anglais (Oxford English Dictionnary).

    Je suis donc allĂ© faire un tour sur l’excellent dico Lexilogos, et voilà  la dĂ©finition pour le mot « ambition » :

    Ambition :

    1. Recherche immodérée de la domination et des honneurs.
    2. DĂ©sir d’accomplir, de rĂ©aliser une grande chose, en y engageant sa fiertĂ©, son honneur.

    Ce qui est clair en lisant ces deux dĂ©finitions, c’est qu’elles n’ont pas du tout le mĂȘme sens : autant la premiĂšre dĂ©crit quelque chose de nĂ©gatif (recherche immodĂ©rĂ©e de la domination, c’est tout de mĂȘme bien la description du connard, ça), autant la seconde dĂ©crit quelque chose qui peut ĂȘtre trĂšs positifComment s’Ă©tonner que les Français entretiennent avec l’ambition (et la rĂ©ussite, qui peut ĂȘtre le rĂ©sultat de l’ambition) des rapports ambiguĂ«s ? Le mot lui-mĂȘme est pour le moins ambivalent…
    Pour conclure, il faut bien prĂ©ciser de quoi l’on parle lorsqu’on dit d’un homme politique, ou d’un dirigeant, ou de n’importe qui d’ailleurs, qu’il est animĂ© par une Ă©norme ambition…Si avoir de l’ambition au premier sens du mot est inquiĂ©tant, ne pas en avoir au second sens du mot l’est tout autant !

  • L’oeuf et la poule

    Qu’est ce qui Ă©tait là  d’abord ? L’oeuf ou la poule ?

    Voilà  l’exemple le plus cĂ©lĂšbre de question mal posĂ©e : comme tout oeuf est pondu par une poule, et chaque poule issue d’un oeuf, on peut passer quelques millions d’annĂ©es sur cette question sans y apporter de rĂ©ponse. Et pourtant, il suffit de constater que c’est dans la nature de la poule de pondre des oeufs, et dans la nature des oeufs de donner naissance à  un poulet pour clore les dĂ©bats : l’oeuf ne vas pas sans poule, comme la poule ne va pas sans oeufs…!
    Ces rĂ©flexions poulaillĂšres sont Ă©videmment d’un interĂȘt considĂ©rable ! En effet, il arrive trĂšs souvent dans la vie que notre rĂ©flexion soit bloquĂ©e par une question de causalitĂ© de ce type. Et il suffit pour redĂ©marrer la rĂ©flexion de sortir de la spirale de la maniĂšre suivante : certaines choses vont ensembles, et il n’y pas besoin de chercher trop longtemps qui cause quoi, et qui est est la cause de quoi ! Il s’agit de comprendre que deux phĂ©nomĂšnes peuvent ĂȘtre à  la fois cause et consĂ©quence l’un de l’autre. Une sorte synergie, en fait.
    Des exemples ? En voilà  quelques-uns parmi beaucoup d’autres possibles (c’est un jeu amusant)…:

    • Est-ce que la misĂšre sociale est la consĂ©quence de la dictature, ou est-ce que la dictature est la consĂ©quence de la misĂšre sociale ? L’oeuf ET la poule : dictature et misĂšre sociale vont ensemble.
    • Est-ce que la pensĂ©e extrĂȘme est la cause de l’absence de dialogue, ou est-ce que l’absence de dialogue est la cause de la pensĂ©e extrĂȘme ? L’oeuf ET la poule : la pensĂ©e extrĂȘme va avec l’absence de dialogue
    • Est-ce que l’Ă©ducation favorise l’Ă©mancipation sociale, ou est ce que l’Ă©mancipation sociale favorise l’Ă©ducation ? L’oeuf ET la poule : Ă©mancipation sociale et Ă©ducation vont de pair

    Il importe plus, dans tous ces exemples, de comprendre vers quoi tendent les deux Ă©lĂ©ments que de savoir lequel est la cause de l’autre : qu’importe qui, de l’Ă©mancipation sociale ou de l’Ă©ducation scolaire, est la cause ou la consĂ©quence ? Ce qui compte de favoriser au maximum l’Ă©ducation ET l’Ă©mancipation sociale, puisqu’ils vont de pair, et que nous les jugeons souhaitables. Voyez-vous d’autres exemples comme ça ? N’hĂ©sitez pas les mettre en commentaire…

  • Eloge de la simplicitĂ©

    Complexité du monde, nécessaire simplicité

    Le monde est extraordinairement complexe. Les humains sont extraordinairement complexes. Vouloir apprĂ©hender le monde nĂ©cessite d’intĂ©grer une certaine complexitĂ©. On ne peut Ă©videmment pas rĂ©sumer le monde entier et la condition humaine en une phrase. Mais pour qui veut une certaine efficacitĂ© dans l’action, il est nĂ©cessaire de savoir simplifier. Simplifier, c’est viser la simplicitĂ©, et non pas oublier la complexitĂ©.

    La simplicitĂ© n’a pas besoin d’ĂȘtre simple, mais du complexe resserrĂ© et synthĂ©tisĂ©.
    [Alfred Jarry]

    Simplifier ce qui ne l’est pas : mariage de notre vĂ©ritĂ© et du monde

    Tout le travail de la connaissance — scientifique ou non — est de simplifier. Le monde n’est pas plus simple parce qu’on opĂšre des simplifications, c’est notre vision qui en est modifiĂ©e. La simplicitĂ© ne peut exister que pour un ĂȘtre pensant.

    Il n’y a pas de simplicitĂ© vĂ©ritable. Il n’y a que des simplifications.
    [Léon-Paul Fargue]

    La simplicitĂ© n’est donc pas un Ă©tat du monde (puisqu’il est complexe), mais donc un travail à  accomplir.

    La simplicitĂ© est en dĂ©finitive trĂšs difficile à  atteindre. Elle repose sur l’attention, la pensĂ©e, le savoir et la patience.
    [John Pawson]

    Comme tout travail, il n’a pas de fin. Et comme tout travail bien menĂ©, il est source de bonheur. C’est parce que le monde est complexe, difficile, tourmentĂ©, que nous devons essayer de le penser simplement. C’est une voie de sagesse, à  mon avis. Vouloir faire coller sa vĂ©ritĂ© avec la complexitĂ© du monde en compliquant sa vĂ©ritĂ© est une erreur. Au contraire, il faut choisir, et simplifier la complexitĂ© de notre conception du monde.

    L’homme devrait mettre autant d’ardeur à  simplifier sa vie qu’il en met à  la compliquer.
    [Henri Bergson]

    L’art de vivre pleinement ne consiste pas tant à  compliquer les choses simples qu’à  simplifier celles qui ne le sont pas.
    [François Hertel]

    Sagesse de la liberté et du choix

    Alors, bien sĂ»r, choisir la simplicitĂ© implique d’exclure des choses. Cela implique de savoir faire le deuil des branches multiples pour conserver les plus solides. La jeunesse accueille plus facilement la complexitĂ© du monde sans trancher. C’est quelque chose que l’on apprend en vieillissant, parce qu’on se construit en faisant des choix :

    Vieillir c’est simplifier.
    [Daniel Thibault]

    Chance et volonté de simplicité : clef du bonheur ?

    Viser la simplicitĂ© est un chemin de bonheur : et comme le bonheur, c’est exigeant mais indispensable. C’est la seule maniĂšre de marier notre vĂ©ritĂ© à  la rĂ©alitĂ© du monde.
    Rencontrer quelqu’un avec qui la vie est simple, c’est peut-ĂȘtre la plus belle chose qui puisse arriver. C’est ce qui m’est arrivĂ© avec Ben’. Chance de la rencontre, et dĂ©sir rĂ©ciproque de simplicitĂ© dans les relations.

    Il y a quelques rencontres dans la vie oĂč la vĂ©ritĂ© et la simplicitĂ© sont le meilleur manĂšge du monde.
    [Jean de La BruyĂšre]

  • L'horreur annoncĂ©e ?

    Y’a t’il encore un flic pour sauver la planĂšte ?

    Je faisais partie des quelques personnes qui pensaient que nous aurions dĂ» aller en Irak avec les amĂ©ricains, les anglais, les afghans, les australiens, les corĂ©ens, les danois, les espagnols, les islandais, les italiens, les japonais, les hollandais, les polonais, les portugais et j’en passe (plus de 44 pays faisaient partie de la coalition). Ne serait-ce que pour respecter les rĂ©solutions que nous avions nous-mĂȘmes votĂ©es avec tous les autres à  l’ONU pendant 10 ans.
    Le chaos en Irak n’est pas provoquĂ© par les amĂ©ricains ; il est le fait de chiites et de sunnites musulmans qui se font la guerre civile entre eux. Quand la chape de plomb de la dictature disparaĂźt, il parait assez comprĂ©hensible que les luttes pour le pouvoir s’expriment. Ces luttes intestines ne sont pas le fait de celui qui a soulevĂ© le couvercle, mais de ceux qui jettent l’huile sur le feu qui fait bouillir le tout. L’islam radical est responsable des morts quotidiennes en Irak.
    Je pense, maintenant, que les amĂ©ricains et les autres pays ont peut-ĂȘtre eu tort d’y aller. Non pas à  cause de la situation actuelle en Irak ; Mais plutĂŽt à  cause du fait que cette intervention a peut-ĂȘtre dĂ©tournĂ© trop longtemps les yeux du vrai problĂšme : l’Iran.
    Le fou à  vocation criminelle qui dirige ce pays semble bien parti pour essayer de dĂ©marrer une guerre mondiale, et j’espĂšre que nous saurons intervenir avant qu’il ne soit trop tard ; espĂ©rons que les USA ne seront pas trop Ă©chaudĂ©s par le coup de l’Irak, et pourront — encore une fois — jouer au flic de la planĂšte (visiblement il ne faut compter sur les français).

    Avertissements

    Pierre Besnainou, prĂ©sident du CongrĂšs juif europĂ©en, s’en inquiĂ©tait dans une tribune vibrante dans Le Figaro du 15/12/2006. Voici un — long — extrait (il faut faire circuler ça, à  mon avis) :

    «IsraĂ«l va bientĂŽt disparaĂźtre. » Telle est donc la derniĂšre menace de Mahmoud Ahmadinejad. [
]
    Rappelons simplement ce que chacun sait : le prĂ©sident iranien est tout sauf un marginal, il est à  la tĂȘte d’une nation de 70 millions d’habitants sur le point de disposer de l’arme nuclĂ©aire. Son ambition a le mĂ©rite d’ĂȘtre claire : nettoyer la Terre de l’État juif, comme Hitler souhaitait nettoyer la Terre des Juifs.
    Pour mener à  bien cette mission, l’Iran a essaimĂ© au Proche-Orient de nombreuses filiales oĂč la haine le dispute à  la sauvagerie. [
]
    Le devoir des chefs d’État europĂ©ens est de porter haut et fort cette mĂ©moire, en faisant barrage, sans silence, sans faiblesse et sans lĂąchetĂ©, à  ceux qui menacent l’avenir de l’humanitĂ©. Et de dĂ©noncer ces propos pour ce qu’ils sont : une incitation au gĂ©nocide sanctionnĂ©e par la Convention pour la prĂ©vention et la rĂ©pression du crime de gĂ©nocide de 1951 (article 3).[
]
    Quand dĂ©cidera-t-on que le temps de la diplomatie est passĂ© ? Jusqu’à  quand l’Europe se prĂȘtera-t-elle au jeu du rĂ©gime iranien ? Ce dernier a beau piĂ©tiner la mĂ©moire de l’humanitĂ©, profĂ©rer des discours de haine proprement inouĂŻs, narguer la communautĂ© internationale, il ne suscite que de vagues condamnations de principe. La rĂ©signation paraĂźt donc l’avoir emportĂ© sur l’indignation. On connaĂźt la suite : la rĂ©signation mĂšne à  l’indiffĂ©rence, et l’indiffĂ©rence à  la passivitĂ©. Voilà  pourquoi, dans le cas prĂ©sent, la rĂ©signation est impossible et l’indiffĂ©rence coupable : coupable à  l’endroit d’IsraĂ«l et du peuple juif, coupable pour la stabilitĂ© rĂ©gionale et la paix mondiale, coupable, enfin, à  l’Ă©gard des gĂ©nĂ©rations futures.
    Fermons les yeux l’espace d’un instant et plaçons-nous en 1938 à  la veille de la tragĂ©die. Supposons que nous connaissions les Ă©vĂ©nements tragiques qui allaient se dĂ©rouler dans le monde, quelle Ă©nergie et quels efforts n’aurions-nous pas dĂ©ployĂ©s pour les Ă©viter ?
    À prĂ©sent, il est temps d’ouvrir les yeux.

    Cette tribune rejoint celle, parue hier, d’une femme courageuse, Ayaan Hirsi Ali, ancien dĂ©putĂ© hollandais, d’origine somalienne, qui a Ă©crit le scĂ©nario du film « Soumission » dont l’auteur, Theo Van Gogh a Ă©tĂ© assassinĂ© par un islamiste radical. Elle y dĂ©nonce la propagande systĂ©matique qui est utilisĂ©e dans les pays musulmans, et dont nous serions bien avisĂ©s de ne pas nous rendre complice par notre silence.
    Extraits :

    Pourquoi personne, à  Riyad, au Caire, à  Jakarta, à  Lahore, n’a organisĂ© de contre-confĂ©rence condamnant Ahmanidejad ? Pourquoi les 57 membres de l’Organisation de la confĂ©rence islamique ont-ils gardĂ© le silence ?
    La rĂ©ponse pourrait ĂȘtre aussi simple qu’horrible : pendant des gĂ©nĂ©rations, les dirigeants de ces pays prĂ©tendument musulmans ont bourrĂ© le crĂąne de leurs populations avec une propagande similaire à  celle qu’ont connu, en leur temps, les Allemands : à  savoir que les Juifs Ă©taient la vermine et devaient ĂȘtre traitĂ©s comme telle. En Europe, la conclusion logique de cette propagande fut la Shoah. Si Ahmadinejad continue sur sa lancĂ©e, il n’aura pas besoin de pousser beaucoup les musulmans complaisants.
    Peut-ĂȘtre devrions-nous faire le compte des organisations caritatives musulmanes tissĂ©es d’antisĂ©mitisme. Leurs collĂšgues occidentaux et chrĂ©tiens oeuvrant dans le tiers-monde devraient endosser la responsabilitĂ© d’informer les musulmans – tout comme les non-musulmans – sur l’Holocauste.

    La corde raide

    Quelle doit ĂȘtre la rĂ©action des EuropĂ©ens, et des Français à  cet Ă©gard ? Devons-nous faire semblant de croire qu’une fois l’arme nuclĂ©aire entre ses mains, Ahmadinejad deviendra tout à  coup plein de sagesse et de comprĂ©hension ? Devons-nous intervenir quand il est encore temps ? par le biais d’un embargo ? La diplomatie a des limites, surtout s’il s’agit de parler à  un fou. Le chemin qui permet d’Ă©viter un conflit majeur devient de plus en plus mince.
    Pensez-vous que nous saurons y trouver la place d’avancer sans tomber — à  nouveau — dans l’horreur d’une guerre mondiale ?

  • VolontĂ© et devoir d’ĂȘtre heureux

    Faut-il cacher le bonheur ?

    Il y a tellement de malheur dans le monde, que le simple fait de ne pas l’ĂȘtre pourrait passer pour quelque chose d’Ă©trange, voire de suspect. Ca rejoint le fameux proverbe, tirĂ© d’un Fable :

    Pour vivre heureux, vivons caché.

    [Jean-Pierre Florian]

    Cacher le bonheur, quand le malheur s’Ă©tale Ă  longueur de journĂ©e sous nos yeux ? Autant interdire la beautĂ©, et faire taire la joie.
    Ce serait presque avoir honte d’ĂȘtre heureux.

    L’univers est une Ă©norme injustice. Le bonheur a toujours Ă©tĂ© une injustice.

    [Jules Romains]

    Mais si les gens heureux ne parlent pas de leur bonheur, s’ils ne le disent pas, qui parlera du bonheur ? L’intĂ©rĂȘt d’un discours ne se mesure pas Ă  la quantitĂ© de malheur de son propriĂ©taire, mais Ă  la justesse du propos.

    Manifester son bonheur est un devoir ; ĂȘtre ouvertement heureux donne aux autres la preuve que le bonheur est possible.

    [Albert Jacquard]

    Le bonheur est donc, d’un premiĂšre maniĂšre, reliĂ© au devoir. Qui sera heureux, si ce n’est les gens qui ont eu la chance pouvoir l’ĂȘtre ?

    Qu’est-ce que le bonheur ?

    C’est bien beau de dire qu’il faut ĂȘtre heureux, mais encore faut-il savoir ce qu’est le bonheur !
    Qu’est ce que le bonheur ? Chacun est libre de le rechercher oĂč il veut, dans la mesure oĂč il n’impose rien Ă  ses voisins.

    Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te füt

    Proverbe Français

    J’ai dĂ©jĂ  donnĂ© ici ma dĂ©finition du bonheur, en tout cas une qui me plait, et surtout qui correspond Ă  mon caractĂšre et Ă  mes envies. Le bonheur est quelque chose de dynamique, liĂ© Ă  des projets renouvelĂ©s, plus qu’un Ă©tat
Il est donc reliĂ© aussi Ă  la volontĂ©. Quel projet, quelle action sans volontĂ© ?

    Bonheur et volonté

    Le bonheur est attachĂ© Ă  l’action et Ă  la volontĂ© de deux maniĂšres un peu diffĂ©rentes :

    L’homme n’est heureux que de vouloir et d’inventer.

    [Alain]

    et

    Il n’y a qu’une route vers le bonheur c’est de renoncer aux choses qui ne dĂ©pendent pas de notre volontĂ©

    [EpictĂšte]

    Loin de l’image figĂ©e du bonheur, notre culture nous renvoie plutĂŽt l’image d’un bonheur qui est le fruit du devoir et de la volontĂ©. Le bonheur n’est donc pas un but :

    Le bonheur n’est pas un but qu’on poursuit Ăąprement, c’est une fleur que l’on cueille sur la route du devoir.

    [John Stuart Mill]

    Leçon de vie par un philosophe

    Sur un tel sujet, il faut laisser le mot de la fin au maĂźtre, qui a dit l’essentiel lĂ -dessus dans le superbe recueil « Propos sur le bonheur ». La notion de volontĂ©, comme celle de devoir, y sont reliĂ©es au bonheur, bien sĂ»r. C’est un texte profond et simple que j’aime beaucoup, et que je trouve, Ă  chaque relecture, d’une vĂ©ritĂ© terriblement Ă©mouvante.

    Devoir d’ĂȘtre heureux
    Il n’est pas difficile d’ĂȘtre malheureux ou mĂ©content; il suffit de s’asseoir, comme fait un prince qui attend qu’on l’amuse […]
    Il est toujours difficile d’ĂȘtre heureux; c’est un combat contre beaucoup d’Ă©vĂ©nements et contre beaucoup d’hommes; il se peut que l’on y soit vaincu; il y a sans doute des Ă©vĂ©nements insurmontables et des malheurs plus forts que l’apprenti stoĂŻcien; mais c’est le devoir le plus clair peut-ĂȘtre de ne point se dire vaincu avant d’avoir luttĂ© de toutes ses forces. Et surtout, ce qui me paraĂźt Ă©vident, c’est qu’il est impossible que l’on soit heureux si l’on ne veut pas l’ĂȘtre; il faut donc vouloir son bonheur et le faire.
    Ce que l’on n’a point assez dit, c’est que c’est un devoir aussi envers les autres que d’ĂȘtre heureux. On dit bien qu’il n’y a d’aimĂ© que celui qui est heureux; mais on oublie que cette rĂ©compense est juste et mĂ©ritĂ©e; car le malheur, l’ennui et le dĂ©sespoir sont dans l’air que nous respirons tous; aussi nous devons reconnaissance et couronne d’athlĂšte Ă  ceux qui digĂšrent les miasmes, et purifient en quelque sorte la commune vie par leur Ă©nergique exemple. Aussi n’y a-t-il rien de plus profond dans l’amour que le serment d’ĂȘtre heureux. Quoi de plus difficile Ă  surmonter que l’ennui, la tristesse ou le malheur de ceux que l’on aime? Tout homme et toute femme devraient penser continuellement Ă  ceci que le bonheur, j’entends celui que l’on conquiert pour soi, est l’offrande la plus belle et la plus gĂ©nĂ©reuse.

    Alain, septembre 1923.