Raymond Boudon, dans le hors-sĂ©rie du Point sur le libĂ©ralisme, commence l’interview qui lui est consacrĂ©e par prĂ©ciser ce qui, selon lui, sĂ©pare les socialistes des libĂ©raux. Les libĂ©raux mettent l’accent sur l’autonomie des humains, et les socialistes sur l’hĂ©tĂ©ronomie. C’est effectivement le point central. Voyons donc les dĂ©finitions de ces termes (mĂȘme si l’Ă©tymologie est relativement claire).
AUTONOMIE :
- FacultĂ© de se dĂ©terminer par soi-mĂȘme, de choisir, d’agir librement
- Liberté, indépendance morale ou intellectuelle
HETERONOMIE :
- Fait d’ĂȘtre influencĂ© par des facteurs extĂ©rieurs, d’ĂȘtre soumis Ă Â des lois ou des rĂšgles dĂ©pendant d’une entitĂ© extĂ©rieure.
VoilĂ Â pour l’opposition frontale, les deux pĂŽles. D’un cĂŽtĂ© l’accent est mis sur la libertĂ© individuelle, la responsabilitĂ©. De l’autre, l’accent est mis sur les causes biologiques, socio-culturelles et psychologiques. Comme toujours, la vĂ©ritĂ© est Ă Â chercher entre les deux…ou plutĂŽt avec les deux ! A l’Ă©vidence, l’homme et son action sont Ă Â la fois hĂ©tĂ©ronomes et autonomes. La vĂ©ritĂ© – qui concerne l’action, parce que le monde et les hommes sont en perpĂ©tuel mouvement – est donc plus de savoir oĂč on se situe par rapport Ă Â l’Ă©quilibre. Les extrĂȘmes Ă Â Ă©viter sont simples :
- Expliquer l’ĂȘtre humain uniquement par des causes externes non dĂ©pendantes de sa volontĂ©, c’est nier la formidable force Ă©volutive de la libertĂ© et de la raison, et c’est nier toute responsabilitĂ© de nos actes ! A donner trop de place Ă Â la cause externe, on oublie la libertĂ© individuelle qui est l’oxygĂšne de l’esprit
- Expliquer l’ĂȘtre humain uniquement par ses dĂ©cisions supposĂ©es libres, c’est nier la formidable emprise de la biologie, de la culture et de l’inconscient sur notre vie. A donner trop de place Ă Â la libertĂ© individuelle, on oublie la nĂ©cessaire prise en compte de l’injustice du monde et la solidaritĂ©
Il importe donc d’insister lĂ Â -dessus : l’homme est le rĂ©sultat de causes externes ET de sa libertĂ© de ses choix. Dans chaque situation particuliĂšre, la question est de savoir si on met trop l’accent sur l’un ou l’autre pĂŽle. La France – nous ! – , en ce moment particulier de son histoire, doit remettre l’accent sur l’autonomie des individus (donc sur leur responsabilitĂ©), sous peine de les Ă©touffer ; ça ne veut pas dire qu’il faut oublier toutes les causes externes qui motivent leurs actes, tout le poids de la socio-culture. C’est simplement le constat qu’on est d’un cĂŽtĂ© de l’Ă©quilibre, et cela montre dans quel sens une action vraie et juste peut et doit se dĂ©velopper.