CatĂ©gorie : 🧠 RĂ©flexions

  • Eloge de la simplicitĂ©

    Complexité du monde, nécessaire simplicité

    Le monde est extraordinairement complexe. Les humains sont extraordinairement complexes. Vouloir apprĂ©hender le monde nĂ©cessite d’intĂ©grer une certaine complexitĂ©. On ne peut Ă©videmment pas rĂ©sumer le monde entier et la condition humaine en une phrase. Mais pour qui veut une certaine efficacitĂ© dans l’action, il est nĂ©cessaire de savoir simplifier. Simplifier, c’est viser la simplicitĂ©, et non pas oublier la complexitĂ©.

    La simplicitĂ© n’a pas besoin d’ĂȘtre simple, mais du complexe resserrĂ© et synthĂ©tisĂ©.
    [Alfred Jarry]

    Simplifier ce qui ne l’est pas : mariage de notre vĂ©ritĂ© et du monde

    Tout le travail de la connaissance — scientifique ou non — est de simplifier. Le monde n’est pas plus simple parce qu’on opĂšre des simplifications, c’est notre vision qui en est modifiĂ©e. La simplicitĂ© ne peut exister que pour un ĂȘtre pensant.

    Il n’y a pas de simplicitĂ© vĂ©ritable. Il n’y a que des simplifications.
    [Léon-Paul Fargue]

    La simplicitĂ© n’est donc pas un Ă©tat du monde (puisqu’il est complexe), mais donc un travail à  accomplir.

    La simplicitĂ© est en dĂ©finitive trĂšs difficile à  atteindre. Elle repose sur l’attention, la pensĂ©e, le savoir et la patience.
    [John Pawson]

    Comme tout travail, il n’a pas de fin. Et comme tout travail bien menĂ©, il est source de bonheur. C’est parce que le monde est complexe, difficile, tourmentĂ©, que nous devons essayer de le penser simplement. C’est une voie de sagesse, à  mon avis. Vouloir faire coller sa vĂ©ritĂ© avec la complexitĂ© du monde en compliquant sa vĂ©ritĂ© est une erreur. Au contraire, il faut choisir, et simplifier la complexitĂ© de notre conception du monde.

    L’homme devrait mettre autant d’ardeur à  simplifier sa vie qu’il en met à  la compliquer.
    [Henri Bergson]

    L’art de vivre pleinement ne consiste pas tant à  compliquer les choses simples qu’à  simplifier celles qui ne le sont pas.
    [François Hertel]

    Sagesse de la liberté et du choix

    Alors, bien sĂ»r, choisir la simplicitĂ© implique d’exclure des choses. Cela implique de savoir faire le deuil des branches multiples pour conserver les plus solides. La jeunesse accueille plus facilement la complexitĂ© du monde sans trancher. C’est quelque chose que l’on apprend en vieillissant, parce qu’on se construit en faisant des choix :

    Vieillir c’est simplifier.
    [Daniel Thibault]

    Chance et volonté de simplicité : clef du bonheur ?

    Viser la simplicitĂ© est un chemin de bonheur : et comme le bonheur, c’est exigeant mais indispensable. C’est la seule maniĂšre de marier notre vĂ©ritĂ© à  la rĂ©alitĂ© du monde.
    Rencontrer quelqu’un avec qui la vie est simple, c’est peut-ĂȘtre la plus belle chose qui puisse arriver. C’est ce qui m’est arrivĂ© avec Ben’. Chance de la rencontre, et dĂ©sir rĂ©ciproque de simplicitĂ© dans les relations.

    Il y a quelques rencontres dans la vie oĂč la vĂ©ritĂ© et la simplicitĂ© sont le meilleur manĂšge du monde.
    [Jean de La BruyĂšre]

  • L'horreur annoncĂ©e ?

    Y’a t’il encore un flic pour sauver la planĂšte ?

    Je faisais partie des quelques personnes qui pensaient que nous aurions dĂ» aller en Irak avec les amĂ©ricains, les anglais, les afghans, les australiens, les corĂ©ens, les danois, les espagnols, les islandais, les italiens, les japonais, les hollandais, les polonais, les portugais et j’en passe (plus de 44 pays faisaient partie de la coalition). Ne serait-ce que pour respecter les rĂ©solutions que nous avions nous-mĂȘmes votĂ©es avec tous les autres à  l’ONU pendant 10 ans.
    Le chaos en Irak n’est pas provoquĂ© par les amĂ©ricains ; il est le fait de chiites et de sunnites musulmans qui se font la guerre civile entre eux. Quand la chape de plomb de la dictature disparaĂźt, il parait assez comprĂ©hensible que les luttes pour le pouvoir s’expriment. Ces luttes intestines ne sont pas le fait de celui qui a soulevĂ© le couvercle, mais de ceux qui jettent l’huile sur le feu qui fait bouillir le tout. L’islam radical est responsable des morts quotidiennes en Irak.
    Je pense, maintenant, que les amĂ©ricains et les autres pays ont peut-ĂȘtre eu tort d’y aller. Non pas à  cause de la situation actuelle en Irak ; Mais plutĂŽt à  cause du fait que cette intervention a peut-ĂȘtre dĂ©tournĂ© trop longtemps les yeux du vrai problĂšme : l’Iran.
    Le fou à  vocation criminelle qui dirige ce pays semble bien parti pour essayer de dĂ©marrer une guerre mondiale, et j’espĂšre que nous saurons intervenir avant qu’il ne soit trop tard ; espĂ©rons que les USA ne seront pas trop Ă©chaudĂ©s par le coup de l’Irak, et pourront — encore une fois — jouer au flic de la planĂšte (visiblement il ne faut compter sur les français).

    Avertissements

    Pierre Besnainou, prĂ©sident du CongrĂšs juif europĂ©en, s’en inquiĂ©tait dans une tribune vibrante dans Le Figaro du 15/12/2006. Voici un — long — extrait (il faut faire circuler ça, à  mon avis) :

    «IsraĂ«l va bientĂŽt disparaĂźtre. » Telle est donc la derniĂšre menace de Mahmoud Ahmadinejad. [
]
    Rappelons simplement ce que chacun sait : le prĂ©sident iranien est tout sauf un marginal, il est à  la tĂȘte d’une nation de 70 millions d’habitants sur le point de disposer de l’arme nuclĂ©aire. Son ambition a le mĂ©rite d’ĂȘtre claire : nettoyer la Terre de l’État juif, comme Hitler souhaitait nettoyer la Terre des Juifs.
    Pour mener à  bien cette mission, l’Iran a essaimĂ© au Proche-Orient de nombreuses filiales oĂč la haine le dispute à  la sauvagerie. [
]
    Le devoir des chefs d’État europĂ©ens est de porter haut et fort cette mĂ©moire, en faisant barrage, sans silence, sans faiblesse et sans lĂąchetĂ©, à  ceux qui menacent l’avenir de l’humanitĂ©. Et de dĂ©noncer ces propos pour ce qu’ils sont : une incitation au gĂ©nocide sanctionnĂ©e par la Convention pour la prĂ©vention et la rĂ©pression du crime de gĂ©nocide de 1951 (article 3).[
]
    Quand dĂ©cidera-t-on que le temps de la diplomatie est passĂ© ? Jusqu’à  quand l’Europe se prĂȘtera-t-elle au jeu du rĂ©gime iranien ? Ce dernier a beau piĂ©tiner la mĂ©moire de l’humanitĂ©, profĂ©rer des discours de haine proprement inouĂŻs, narguer la communautĂ© internationale, il ne suscite que de vagues condamnations de principe. La rĂ©signation paraĂźt donc l’avoir emportĂ© sur l’indignation. On connaĂźt la suite : la rĂ©signation mĂšne à  l’indiffĂ©rence, et l’indiffĂ©rence à  la passivitĂ©. Voilà  pourquoi, dans le cas prĂ©sent, la rĂ©signation est impossible et l’indiffĂ©rence coupable : coupable à  l’endroit d’IsraĂ«l et du peuple juif, coupable pour la stabilitĂ© rĂ©gionale et la paix mondiale, coupable, enfin, à  l’Ă©gard des gĂ©nĂ©rations futures.
    Fermons les yeux l’espace d’un instant et plaçons-nous en 1938 à  la veille de la tragĂ©die. Supposons que nous connaissions les Ă©vĂ©nements tragiques qui allaient se dĂ©rouler dans le monde, quelle Ă©nergie et quels efforts n’aurions-nous pas dĂ©ployĂ©s pour les Ă©viter ?
    À prĂ©sent, il est temps d’ouvrir les yeux.

    Cette tribune rejoint celle, parue hier, d’une femme courageuse, Ayaan Hirsi Ali, ancien dĂ©putĂ© hollandais, d’origine somalienne, qui a Ă©crit le scĂ©nario du film « Soumission » dont l’auteur, Theo Van Gogh a Ă©tĂ© assassinĂ© par un islamiste radical. Elle y dĂ©nonce la propagande systĂ©matique qui est utilisĂ©e dans les pays musulmans, et dont nous serions bien avisĂ©s de ne pas nous rendre complice par notre silence.
    Extraits :

    Pourquoi personne, à  Riyad, au Caire, à  Jakarta, à  Lahore, n’a organisĂ© de contre-confĂ©rence condamnant Ahmanidejad ? Pourquoi les 57 membres de l’Organisation de la confĂ©rence islamique ont-ils gardĂ© le silence ?
    La rĂ©ponse pourrait ĂȘtre aussi simple qu’horrible : pendant des gĂ©nĂ©rations, les dirigeants de ces pays prĂ©tendument musulmans ont bourrĂ© le crĂąne de leurs populations avec une propagande similaire à  celle qu’ont connu, en leur temps, les Allemands : à  savoir que les Juifs Ă©taient la vermine et devaient ĂȘtre traitĂ©s comme telle. En Europe, la conclusion logique de cette propagande fut la Shoah. Si Ahmadinejad continue sur sa lancĂ©e, il n’aura pas besoin de pousser beaucoup les musulmans complaisants.
    Peut-ĂȘtre devrions-nous faire le compte des organisations caritatives musulmanes tissĂ©es d’antisĂ©mitisme. Leurs collĂšgues occidentaux et chrĂ©tiens oeuvrant dans le tiers-monde devraient endosser la responsabilitĂ© d’informer les musulmans – tout comme les non-musulmans – sur l’Holocauste.

    La corde raide

    Quelle doit ĂȘtre la rĂ©action des EuropĂ©ens, et des Français à  cet Ă©gard ? Devons-nous faire semblant de croire qu’une fois l’arme nuclĂ©aire entre ses mains, Ahmadinejad deviendra tout à  coup plein de sagesse et de comprĂ©hension ? Devons-nous intervenir quand il est encore temps ? par le biais d’un embargo ? La diplomatie a des limites, surtout s’il s’agit de parler à  un fou. Le chemin qui permet d’Ă©viter un conflit majeur devient de plus en plus mince.
    Pensez-vous que nous saurons y trouver la place d’avancer sans tomber — à  nouveau — dans l’horreur d’une guerre mondiale ?

  • VolontĂ© et devoir d’ĂȘtre heureux

    Faut-il cacher le bonheur ?

    Il y a tellement de malheur dans le monde, que le simple fait de ne pas l’ĂȘtre pourrait passer pour quelque chose d’Ă©trange, voire de suspect. Ca rejoint le fameux proverbe, tirĂ© d’un Fable :

    Pour vivre heureux, vivons caché.

    [Jean-Pierre Florian]

    Cacher le bonheur, quand le malheur s’Ă©tale Ă  longueur de journĂ©e sous nos yeux ? Autant interdire la beautĂ©, et faire taire la joie.
    Ce serait presque avoir honte d’ĂȘtre heureux.

    L’univers est une Ă©norme injustice. Le bonheur a toujours Ă©tĂ© une injustice.

    [Jules Romains]

    Mais si les gens heureux ne parlent pas de leur bonheur, s’ils ne le disent pas, qui parlera du bonheur ? L’intĂ©rĂȘt d’un discours ne se mesure pas Ă  la quantitĂ© de malheur de son propriĂ©taire, mais Ă  la justesse du propos.

    Manifester son bonheur est un devoir ; ĂȘtre ouvertement heureux donne aux autres la preuve que le bonheur est possible.

    [Albert Jacquard]

    Le bonheur est donc, d’un premiĂšre maniĂšre, reliĂ© au devoir. Qui sera heureux, si ce n’est les gens qui ont eu la chance pouvoir l’ĂȘtre ?

    Qu’est-ce que le bonheur ?

    C’est bien beau de dire qu’il faut ĂȘtre heureux, mais encore faut-il savoir ce qu’est le bonheur !
    Qu’est ce que le bonheur ? Chacun est libre de le rechercher oĂč il veut, dans la mesure oĂč il n’impose rien Ă  ses voisins.

    Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te füt

    Proverbe Français

    J’ai dĂ©jĂ  donnĂ© ici ma dĂ©finition du bonheur, en tout cas une qui me plait, et surtout qui correspond Ă  mon caractĂšre et Ă  mes envies. Le bonheur est quelque chose de dynamique, liĂ© Ă  des projets renouvelĂ©s, plus qu’un Ă©tat
Il est donc reliĂ© aussi Ă  la volontĂ©. Quel projet, quelle action sans volontĂ© ?

    Bonheur et volonté

    Le bonheur est attachĂ© Ă  l’action et Ă  la volontĂ© de deux maniĂšres un peu diffĂ©rentes :

    L’homme n’est heureux que de vouloir et d’inventer.

    [Alain]

    et

    Il n’y a qu’une route vers le bonheur c’est de renoncer aux choses qui ne dĂ©pendent pas de notre volontĂ©

    [EpictĂšte]

    Loin de l’image figĂ©e du bonheur, notre culture nous renvoie plutĂŽt l’image d’un bonheur qui est le fruit du devoir et de la volontĂ©. Le bonheur n’est donc pas un but :

    Le bonheur n’est pas un but qu’on poursuit Ăąprement, c’est une fleur que l’on cueille sur la route du devoir.

    [John Stuart Mill]

    Leçon de vie par un philosophe

    Sur un tel sujet, il faut laisser le mot de la fin au maĂźtre, qui a dit l’essentiel lĂ -dessus dans le superbe recueil « Propos sur le bonheur ». La notion de volontĂ©, comme celle de devoir, y sont reliĂ©es au bonheur, bien sĂ»r. C’est un texte profond et simple que j’aime beaucoup, et que je trouve, Ă  chaque relecture, d’une vĂ©ritĂ© terriblement Ă©mouvante.

    Devoir d’ĂȘtre heureux
    Il n’est pas difficile d’ĂȘtre malheureux ou mĂ©content; il suffit de s’asseoir, comme fait un prince qui attend qu’on l’amuse […]
    Il est toujours difficile d’ĂȘtre heureux; c’est un combat contre beaucoup d’Ă©vĂ©nements et contre beaucoup d’hommes; il se peut que l’on y soit vaincu; il y a sans doute des Ă©vĂ©nements insurmontables et des malheurs plus forts que l’apprenti stoĂŻcien; mais c’est le devoir le plus clair peut-ĂȘtre de ne point se dire vaincu avant d’avoir luttĂ© de toutes ses forces. Et surtout, ce qui me paraĂźt Ă©vident, c’est qu’il est impossible que l’on soit heureux si l’on ne veut pas l’ĂȘtre; il faut donc vouloir son bonheur et le faire.
    Ce que l’on n’a point assez dit, c’est que c’est un devoir aussi envers les autres que d’ĂȘtre heureux. On dit bien qu’il n’y a d’aimĂ© que celui qui est heureux; mais on oublie que cette rĂ©compense est juste et mĂ©ritĂ©e; car le malheur, l’ennui et le dĂ©sespoir sont dans l’air que nous respirons tous; aussi nous devons reconnaissance et couronne d’athlĂšte Ă  ceux qui digĂšrent les miasmes, et purifient en quelque sorte la commune vie par leur Ă©nergique exemple. Aussi n’y a-t-il rien de plus profond dans l’amour que le serment d’ĂȘtre heureux. Quoi de plus difficile Ă  surmonter que l’ennui, la tristesse ou le malheur de ceux que l’on aime? Tout homme et toute femme devraient penser continuellement Ă  ceci que le bonheur, j’entends celui que l’on conquiert pour soi, est l’offrande la plus belle et la plus gĂ©nĂ©reuse.

    Alain, septembre 1923.

  • InĂ©galitĂ©s et richesses : synonymes ?

    J’ai Ă©coutĂ© l’autre jour à  la radio un dĂ©bat qui Ă©tait complĂštement faussĂ© (sur BFM, trĂšs bonne radio par ailleurs) , simplement du fait que tous les participants utilisaient le mot « inĂ©galité » comme synonyme de « pauvreté ». CrĂ©er de l’inĂ©galitĂ© Ă©quivalait implicitement dans leur discussion à  crĂ©er de la pauvretĂ© ? Rien n’est moins sĂ»r, pourtant

    Tout cela m’a fait repenser à  un passage de l’excellent « La guerre des deux France », oĂč Jacques Marseille compare les progressions de niveau de vie aux USA et en France sur une pĂ©riode de 20 ans, ainsi que les progressions des inĂ©galitĂ©s. La conclusion est simple :

    • le niveau de vie est plus fort et progresse plus vite aux USA
    • les inĂ©galitĂ©s sont plus fortes aux USA qu’en France entre les plus riches et les plus pauvres

    La question — centrale, à  mon avis – que pose ensuite J. Marseille est la suivante :

    Vaut-il mieux vivre plus riche dans une société plus inégalitaire, ou plus pauvre dans une société plus égalitaire ?

    Cela force à  s’interroger sur le type de sociĂ©tĂ© que l’on veut construire, et sur ce qu’il est possible de faire. L’inĂ©galitĂ© est-elle moins souhaitable que la pauvretĂ© ? La richesse est-elle moins souhaitable que l’Ă©galitĂ© ? Peut-on crĂ©er en mĂȘme temps de la richesse et de l’Ă©galitĂ© ?
    C’est toute la question des rĂŽles respectifs de l’Ă©conomie et de la politique qui se joue sur ces questions
on ne peut pas en tout cas pas les rĂ©gler d’un trait de plume, en assimilant « inĂ©galité » et « pauvreté ».
    Si vous voulez plus de chiffres, allez faire un tour sur ces deux liens :

  • Partager ce qui n’existe pas : donner forme aux idĂ©es…

    Partager ce qui n’existe pas : donner forme aux idĂ©es…

    En tant que bon matĂ©rialiste de base, je ne crois pas à  l’existence des idĂ©es (ou des pensĂ©es) indĂ©pendamment de la matiĂšre (qui en est le support physique). Cela signifie qu’une idĂ©e n’est qu’une configuration particuliĂšre de flux entre neurones. Un flux, par essence, est un mouvement. Donc un idĂ©e est quelque chose de nĂ©cessairement dynamique. C’est l’expĂ©rience que l’on en a d’ailleurs : un idĂ©e est mouvante, et on ne la saisit qu’au moment oĂč elle se dĂ©roule dans notre tĂȘte


    Ce que les hommes cherchent à  personnifier dans le mot « pensĂ©e », c’est la matiĂšre en mouvement.

    Edgar Allan Poe

    Si une idĂ©e est une configuration neuronale, alors elle n’est rĂ©elle et n’existe qu’au moment oĂč je la pense. Comment pourrait elle exister encore si on n’est plus en train de la penser ?

    Deux personnes ne peuvent pas penser la mĂȘme chose exactement : il est impossible de quantifier ce qu’une idĂ©e peut provoquer de sentiments, d’Ă©motions et de rĂ©sonances personnelles, lorsqu’elle est pensĂ©e ; puisque ça implique un ressenti qui par dĂ©finition est une boucle centrĂ©e sur celui qui pense (les sentiments sont la conscience d’une Ă©motion + l’Ă©motion consciente qui en rĂ©sulte) !

    Comment partager les idées, alors ?
    Comment diminuer – un peu — notre isolement intellectuel ?
    Il y a deux maniĂšres de le faire, qui consistent toutes les deux à  lui donner forme : pas de partage d’idĂ©e sans la mettre hors de notre tĂȘte, c’est une Ă©vidence


    La premiĂšre, c’est de formuler les idĂ©es en mots. A l’oral ou à  l’Ă©crit, peu importe. Formuler sa pensĂ©e, comme l’Ă©tymologie l’indique, c’est lui donner forme. Et cela aussi est conforme à  notre vĂ©cu (demi-boutade de source inconnue
) :

    Comment puis-je savoir ce que je pense, si je ne l’ai pas encore dit ?

    La deuxiĂšme maniĂšre de savoir si on a la mĂȘme idĂ©e, et si on la partage, c’est d’envisager ensemble l’action qui peut en rĂ©sulter, et de la mener à  bien. Cela permet de focaliser sur UNE application de l’idĂ©e, et de lui donner forme. C’est finalement le moyen le plus efficace pour partager des idĂ©es : les appliquer
!

    Le plus sĂ»r moyen de rester en contact intellectuel avec quelqu’un, c’est bien de faire des projets ensemble, non ?

    La vĂ©ritable forme du sentiment, ce n’est pas la conscience qu’on en a, mais l’action qu’on en tire.

    Ramon Fernandez

  • VĂ©ritĂ© ou rĂ©alitĂ© : faut-il choisir ?

    Toute réflexion commence par la définition propre des concepts utilisés, non ?

    RĂ©alitĂ© : ce qui existe indĂ©pendamment du sujet, ce qui n’est pas le produit de la pensĂ©e.

    Vérité :

    1. Scientifique : connaissance reconnue comme juste, comme conforme à  son objet et possédant à  ce titre une valeur absolue, ultime
    2. Philosophie : norme, principe de rectitude, de sagesse considĂ©rĂ©(e) comme un idĂ©al dans l’ordre de la pensĂ©e ou de l’action
    3. Logique : conformité de la pensée ou de son expression avec son objet

    La rĂ©alitĂ© contient la vĂ©ritĂ©, puisqu’elle englobe le monde entier, donc toutes les pensĂ©es que les humains peuvent avoir sur le monde.
    Constater la diffĂ©rence entre vĂ©ritĂ© et rĂ©alitĂ©, c’est le premier pas. On peut ensuite souligner ce qui diffĂ©rencie les deux, ou ce qui les rapproche. Ce qui diffĂ©rencie les deux, c’est le sujet qui pense ; c’est souligner le point de vue particulier — limitĂ© – sur l’universel. Souligner la diffĂ©rence, c’est donc souligner l’incomplĂ©tude de l’ĂȘtre humain, son manque d’aptitude à  dire le rĂ©el.
    Souligner ce qui les rapproche, c’est souligner la possibilitĂ© d’une description partagĂ©e du monde, indĂ©pendamment du sujet. La science aide à  ce rapprochement. Le dialogue aide à  ce rapprochement. Exprimer des points de vue diffĂ©rents, c’est dĂ©jà  partager plus que le silence, et les rapprocher par le partage.
    Vouloir systĂ©matiquement dissocier vĂ©ritĂ© et rĂ©alitĂ© est dangereux : c’est le jeu des relativistes. « Puisque chacun possĂšde sa part de vĂ©ritĂ©, alors aucune n’est vraie ». C’est oublier un peu vite que chacun peut penser faux. Toutes les vĂ©ritĂ©s individuelles ne sont pas forcĂ©ment Ă©quivalentes.
    Il me semble que chacun doit faire l’effort de diminuer l’Ă©cart entre sa vĂ©ritĂ© (sa maniĂšre de penser le monde) et la rĂ©alitĂ© (le monde lui-mĂȘme). On peut le faire de deux maniĂšres, et les deux sont nĂ©cessaires : adapter l’image que l’on se fait du monde, et changer le monde en suivant notre volontĂ©. Il n’y a donc pas à  choisir entre vĂ©ritĂ© et rĂ©alitĂ© ; notre vĂ©ritĂ©, c’est notre volontĂ© d’agir, de changer les choses, et la rĂ©alitĂ© c’est l’espace de travail, qu’il faut savoir accepter.
    Pour agir bien, il faut savoir accepter le seul terrain de jeu qui nous est donné.

    Toute vérité est une route tracée à  travers la réalité.[Henri Bergson]