CatĂ©gorie : 🧠 RĂ©flexions

  • InĂ©galitĂ©s et richesses : synonymes ?

    J’ai Ă©coutĂ© l’autre jour à  la radio un dĂ©bat qui Ă©tait complĂštement faussĂ© (sur BFM, trĂšs bonne radio par ailleurs) , simplement du fait que tous les participants utilisaient le mot « inĂ©galité » comme synonyme de « pauvreté ». CrĂ©er de l’inĂ©galitĂ© Ă©quivalait implicitement dans leur discussion à  crĂ©er de la pauvretĂ© ? Rien n’est moins sĂ»r, pourtant

    Tout cela m’a fait repenser à  un passage de l’excellent « La guerre des deux France », oĂč Jacques Marseille compare les progressions de niveau de vie aux USA et en France sur une pĂ©riode de 20 ans, ainsi que les progressions des inĂ©galitĂ©s. La conclusion est simple :

    • le niveau de vie est plus fort et progresse plus vite aux USA
    • les inĂ©galitĂ©s sont plus fortes aux USA qu’en France entre les plus riches et les plus pauvres

    La question — centrale, à  mon avis – que pose ensuite J. Marseille est la suivante :

    Vaut-il mieux vivre plus riche dans une société plus inégalitaire, ou plus pauvre dans une société plus égalitaire ?

    Cela force à  s’interroger sur le type de sociĂ©tĂ© que l’on veut construire, et sur ce qu’il est possible de faire. L’inĂ©galitĂ© est-elle moins souhaitable que la pauvretĂ© ? La richesse est-elle moins souhaitable que l’Ă©galitĂ© ? Peut-on crĂ©er en mĂȘme temps de la richesse et de l’Ă©galitĂ© ?
    C’est toute la question des rĂŽles respectifs de l’Ă©conomie et de la politique qui se joue sur ces questions
on ne peut pas en tout cas pas les rĂ©gler d’un trait de plume, en assimilant « inĂ©galité » et « pauvreté ».
    Si vous voulez plus de chiffres, allez faire un tour sur ces deux liens :

  • Partager ce qui n’existe pas : donner forme aux idĂ©es…

    Partager ce qui n’existe pas : donner forme aux idĂ©es…

    En tant que bon matĂ©rialiste de base, je ne crois pas à  l’existence des idĂ©es (ou des pensĂ©es) indĂ©pendamment de la matiĂšre (qui en est le support physique). Cela signifie qu’une idĂ©e n’est qu’une configuration particuliĂšre de flux entre neurones. Un flux, par essence, est un mouvement. Donc un idĂ©e est quelque chose de nĂ©cessairement dynamique. C’est l’expĂ©rience que l’on en a d’ailleurs : un idĂ©e est mouvante, et on ne la saisit qu’au moment oĂč elle se dĂ©roule dans notre tĂȘte


    Ce que les hommes cherchent à  personnifier dans le mot « pensĂ©e », c’est la matiĂšre en mouvement.

    Edgar Allan Poe

    Si une idĂ©e est une configuration neuronale, alors elle n’est rĂ©elle et n’existe qu’au moment oĂč je la pense. Comment pourrait elle exister encore si on n’est plus en train de la penser ?

    Deux personnes ne peuvent pas penser la mĂȘme chose exactement : il est impossible de quantifier ce qu’une idĂ©e peut provoquer de sentiments, d’Ă©motions et de rĂ©sonances personnelles, lorsqu’elle est pensĂ©e ; puisque ça implique un ressenti qui par dĂ©finition est une boucle centrĂ©e sur celui qui pense (les sentiments sont la conscience d’une Ă©motion + l’Ă©motion consciente qui en rĂ©sulte) !

    Comment partager les idées, alors ?
    Comment diminuer – un peu — notre isolement intellectuel ?
    Il y a deux maniĂšres de le faire, qui consistent toutes les deux à  lui donner forme : pas de partage d’idĂ©e sans la mettre hors de notre tĂȘte, c’est une Ă©vidence


    La premiĂšre, c’est de formuler les idĂ©es en mots. A l’oral ou à  l’Ă©crit, peu importe. Formuler sa pensĂ©e, comme l’Ă©tymologie l’indique, c’est lui donner forme. Et cela aussi est conforme à  notre vĂ©cu (demi-boutade de source inconnue
) :

    Comment puis-je savoir ce que je pense, si je ne l’ai pas encore dit ?

    La deuxiĂšme maniĂšre de savoir si on a la mĂȘme idĂ©e, et si on la partage, c’est d’envisager ensemble l’action qui peut en rĂ©sulter, et de la mener à  bien. Cela permet de focaliser sur UNE application de l’idĂ©e, et de lui donner forme. C’est finalement le moyen le plus efficace pour partager des idĂ©es : les appliquer
!

    Le plus sĂ»r moyen de rester en contact intellectuel avec quelqu’un, c’est bien de faire des projets ensemble, non ?

    La vĂ©ritable forme du sentiment, ce n’est pas la conscience qu’on en a, mais l’action qu’on en tire.

    Ramon Fernandez

  • VĂ©ritĂ© ou rĂ©alitĂ© : faut-il choisir ?

    Toute réflexion commence par la définition propre des concepts utilisés, non ?

    RĂ©alitĂ© : ce qui existe indĂ©pendamment du sujet, ce qui n’est pas le produit de la pensĂ©e.

    Vérité :

    1. Scientifique : connaissance reconnue comme juste, comme conforme à  son objet et possédant à  ce titre une valeur absolue, ultime
    2. Philosophie : norme, principe de rectitude, de sagesse considĂ©rĂ©(e) comme un idĂ©al dans l’ordre de la pensĂ©e ou de l’action
    3. Logique : conformité de la pensée ou de son expression avec son objet

    La rĂ©alitĂ© contient la vĂ©ritĂ©, puisqu’elle englobe le monde entier, donc toutes les pensĂ©es que les humains peuvent avoir sur le monde.
    Constater la diffĂ©rence entre vĂ©ritĂ© et rĂ©alitĂ©, c’est le premier pas. On peut ensuite souligner ce qui diffĂ©rencie les deux, ou ce qui les rapproche. Ce qui diffĂ©rencie les deux, c’est le sujet qui pense ; c’est souligner le point de vue particulier — limitĂ© – sur l’universel. Souligner la diffĂ©rence, c’est donc souligner l’incomplĂ©tude de l’ĂȘtre humain, son manque d’aptitude à  dire le rĂ©el.
    Souligner ce qui les rapproche, c’est souligner la possibilitĂ© d’une description partagĂ©e du monde, indĂ©pendamment du sujet. La science aide à  ce rapprochement. Le dialogue aide à  ce rapprochement. Exprimer des points de vue diffĂ©rents, c’est dĂ©jà  partager plus que le silence, et les rapprocher par le partage.
    Vouloir systĂ©matiquement dissocier vĂ©ritĂ© et rĂ©alitĂ© est dangereux : c’est le jeu des relativistes. « Puisque chacun possĂšde sa part de vĂ©ritĂ©, alors aucune n’est vraie ». C’est oublier un peu vite que chacun peut penser faux. Toutes les vĂ©ritĂ©s individuelles ne sont pas forcĂ©ment Ă©quivalentes.
    Il me semble que chacun doit faire l’effort de diminuer l’Ă©cart entre sa vĂ©ritĂ© (sa maniĂšre de penser le monde) et la rĂ©alitĂ© (le monde lui-mĂȘme). On peut le faire de deux maniĂšres, et les deux sont nĂ©cessaires : adapter l’image que l’on se fait du monde, et changer le monde en suivant notre volontĂ©. Il n’y a donc pas à  choisir entre vĂ©ritĂ© et rĂ©alitĂ© ; notre vĂ©ritĂ©, c’est notre volontĂ© d’agir, de changer les choses, et la rĂ©alitĂ© c’est l’espace de travail, qu’il faut savoir accepter.
    Pour agir bien, il faut savoir accepter le seul terrain de jeu qui nous est donné.

    Toute vérité est une route tracée à  travers la réalité.[Henri Bergson]

  • Equilibrer la tolĂ©rance : une nĂ©cessitĂ© !

    Commençons – comme d’habitude – par une dĂ©finition :

    Tolérance :

    1. Fait de tolĂ©rer quelque chose, d’admettre avec une certaine passivitĂ©, avec condescendance parfois, ce que l’on aurait le pouvoir d’interdire, le droit d’empĂȘcher.
    2. État d’esprit de quelqu’un ouvert à  autrui et admettant des maniĂšres de penser et d’agir diffĂ©rentes des siennes.

    et par une citation :

    TolĂ©rer, c’est accepter ce qu’on pourrait condamner, c’est laisser faire ce qu’on pourrait empĂȘcher ou combattre. C’est donc renoncer à  une part de son pouvoir, de sa force, de sa colĂšre. [
] La tolĂ©rance ne vaut que contre soi, et pour autrui. Il n’y a pas de tolĂ©rance quand on n’a rien à  perdre. [
] TolĂ©rer, c’est prendre sur soi. [
]
    AndrĂ© Comte-sponville (1952 – ) Philosophe français

    La tolĂ©rance n’est pas une valeur positive en soi ; c’est — comme pour beaucoup de choses — une valeur pour laquelle le juste Ă©quilibre est à  chercher. Trop et trop peu sont synonymes d’aspects nĂ©gatifs.
    Pas assez de tolĂ©rance, c’est ce qu’on appelle le sectarisme ou l’intĂ©grisme.

    TolĂ©rance. C’est arriver à  penser : « Bien que je croie avoir raison, et que la vĂ©ritĂ© existe, je ne ferai rien pour vous l’imposer »

    Albert Memmi (1920 – 2020), Ă©crivain et essayiste tunisien, Extrait d’ Exercice du bonheur

    Les excĂšs des religions de tous poils illustrent bien l’intolĂ©rance.
    Mais, Trop de tolĂ©rance, c’est ce qu’on appelle le laxisme, ou la complaisance :

    Sous prétexte de tolérance, on devient complaisant.

    Marie-France Hirigoyen (1949 – ) psychiatre et psychothĂ©rapeute familiale française.

    Il est important dans nos sociĂ©tĂ©s ouvertes, qui ont fait l’effort pendant longtemps, et c’est un grand bienfait, de conquĂ©rir la tolĂ©rance pour pouvoir vivre en paix, de ne pas s’enfoncer dans l’excĂšs qui est l’inverse de l’intolĂ©rance, à  savoir la complaisance.

    Toute tolérance devient à  la longue un droit acquis.

    Georges ClĂ©menceau (1841 – 1929) homme d’Etat français, extrait d’Au soir de la pensĂ©e

    Tout ce qui vient empĂȘcher l’ouverture, tout ce qui veut voir disparaĂźtre la tolĂ©rance, on doit le combattre, et ne pas le tolĂ©rer. Il est important de tolĂ©rer ce qui est tolĂ©rable, et d’ĂȘtre intolĂ©rant avec ce qui ne l’est pas. Qu’est ce qui ne l’est pas ? la violence physique et psychologique faite à  l’enfance n’est pas tolĂ©rable. La violation flagrante de libertĂ© individuelle n’est pas tolĂ©rable. Le racisme n’est pas tolĂ©rable. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, et sans tomber dans le lĂ©galisme, toutes les entorses faites aux rĂšgles de vie communes (le Droit) sont intolĂ©rables.Soyons assez intelligent pour reconnaĂźtre l’intolĂ©rable, afin de continuer à  vivre dans une sociĂ©tĂ© tolĂ©rante !
    Pour finir, une petite citation sur les rapports entre religion et tolĂ©rance, qui fait tout de mĂȘme penser à  l’Islam :

    Une religion qui peut tolérer les autres ne songe guÚre à  sa propagation.

    Montesquieu (1689 – 1755) penseur politique, prĂ©curseur de la sociologie, philosophe et Ă©crivain français des LumiĂšres

  • Aimez-vous les habitudes ?

    J’aime les habitudes. C’est rassurant et puissant, les habitudes. Notre vie est faite – en partie – d’habitudes. Beaucoup de gens confondent les habitudes, et la routine. La routine n’est qu’une habitude mal vĂ©cue :

    Routine : Habitude de penser ou d’agir selon des schĂ©mas invariables, en repoussant a priori toute idĂ©e de nouveautĂ© et de progrĂšs.

    Si l’idĂ©e de nouveautĂ© ou de progrĂšs, ainsi que l’idĂ©e de variation, sont exclues, là , oui, ça devient insupportable, les habitudes. Ce sont les cĂŽtĂ©s systĂ©matiques et machinals, l’action « sans y penser » qui rendent les habitudes si Ă©nervantes. Mais faire quelque chose « sans y penser », c’est plus de la faute de celui qui le vit, que de la faute de la rĂ©pĂ©tition.
    Il suffit d’habiter ce qu’on vit, et le vouloir, pour transformer une routine en une habitude, et y trouver de la joie; la conscience de l’action transforme l’habitude en experience sans cesse renouvelĂ©e. La peur de la nouveautĂ© fait se rĂ©fugier certains dans l’habitude ; c’est confortable l’habitude. Je pense cependant qu’il faut continuer à  voir la nouveautĂ©, mĂȘme dans nos habitudes. Il faut mettre de la volontĂ© dans le moindre de nos actes, et dans nos habitudes.
    Et puis l’habitude, c’est aussi la capacitĂ© acquise par rĂ©pĂ©tition. Il faut refaire ses gammes, souvent, et de maniĂšre presque invariable, pour atteindre la libertĂ© du jeu.
    L’important, en somme, c’est de savoir identifier les bonnes habitudes (le travail, les relations humaines, par exemple) et les mauvaises (la drogue, par exemple). Savez-vous identifier vos mauvaises habitudes ? et vos bonnes ? Abandonner les mauvaises ? faire fructifier les bonnes ?

    Il faut prendre trĂšs tĂŽt de bonnes habitudes, surtout celle de savoir changer souvent et facilement d’habitudes.
    [Pierre Reverdy]

  • Etes-vous vertueux : les quatre vertus cardinales

    Il y a un mois, un gars dans une formation a Ă©voquĂ© – pour illustrer son propos – les 4 vertus cardinales. Comme je n’aime pas trop rester dans l’ignorance, je suis allĂ© chercher ce que c’est, et je vous livre le rĂ©sultat de mes recherches.
    Tout d’abord, qu’est-ce qu’une vertu ?

    Vertu : Disposition habituelle, comportement permanent, force avec laquelle l’individu se porte volontairement vers le bien, vers son devoir, se conforme à  un idĂ©al moral, religieux, en dĂ©pit des obstacles qu’il rencontre.

    Beau programme, n’est-ce pas ? Cela donne envie d’ĂȘtre vertueux

    Les quatre vertus cardinales sont les suivantes : Prudence, tempĂ©rance, force et justice. Le christianisme considĂšre qu’elles jouent un rĂŽle central (cardinale vient de « cardo », qui signifie = charniĂšre, pivot) dans l’action humaine, et pour le comportement des hommes entre eux. Elles sont issues de l’antiquitĂ© (Platon, Aristote, philosophes stoĂŻciens). Voilà  les dĂ©finitions que l’on peut trouver sur WikipĂ©dia et Lexilogos, assorties de quelques citations piochĂ©es sur Evene. Je ne suis l’auteur de rien dans cet article, ce ne sont que des copiĂ©s-collĂ©s, mais ces dĂ©finitions donnent à  rĂ©flĂ©chir, je trouve. Et permettent de se poser les questions : suis-je vertueux ? La vertu est-elle un idĂ©al à  viser ou non ?

    Prudence

    La prudence dispose la raison pratique à  discerner en toute circonstance le vĂ©ritable bien et à  choisir les justes moyens de l’accomplir.
    Définitions :

    1. PremiĂšre vertu cardinale, celle qui allie force d’esprit, facultĂ© de discernement, connaissance de la vĂ©ritĂ© dans la conduite de la vie.
    2. QualitĂ©, attitude d’esprit de celui qui prĂ©voit, calcule les consĂ©quences d’une situation, d’une action qui pourraient ĂȘtre fĂącheuses ou dangereuses moralement ou matĂ©riellement, et qui rĂšgle sa conduite de façon à  les Ă©viter

    La prudence ne prévient pas tous les malheurs, mais le défaut de prudence ne manque jamais de les attirer.
    [Proverbe espagnol]

    Tempérance

    La tempĂ©rance assure la maĂźtrise de la volontĂ© sur les instincts et maintient les dĂ©sirs dans les limites de l’honnĂȘtetĂ©, procurant l’équilibre dans l’usage des biens.
    Définition :
    Modération, sobritété, retenue, mesure

    La tempérance est un arbre qui a pour racine le contentement de peu, et pour fruits le calme et la paix.
    [Ferdinand Denis]

    Force

    La force, c’est-à -dire le courage, assure dans les difficultĂ©s la fermetĂ© et la constance dans la poursuite du bien, affermissant la rĂ©solution de rĂ©sister aux tentations et de surmonter les obstacles dans la vie morale.
    Définition :
    Ensemble des ressources physiques, morales ou intellectuelles qui permettent à  une personne de s’imposer ou de rĂ©agir.

    C’est la force et la libertĂ© qui font les excellents hommes. La faiblesse et l’esclavage n’ont fait jamais que des mĂ©chants.
    [Jean-Jacques Rousseau]

    Justice

    La justice consiste dans la constante et ferme volonté de donner à  chacun ce qui lui est dû.
    Définition :
    Principe moral impliquant la conformité de la rétribution avec le mérite, le respect de ce qui est conforme au droit.

    L’injustice ne se trouve jamais dans les droits inĂ©gaux, elle se trouve dans la prĂ©tention à  des droits Ă©gaux.
    [Friedrich Nietzsche]

    Bien sĂ»r, personne n’est à  la fois prudent, fort, juste et faisant preuve de tempĂ©rance ; mais on doit essayer d’y tendre, non ?
    Rappelons que les vertus sont des attitudes fermes, des dispositions stables, des perfections habituelles de l’intelligence et de la volontĂ© qui rĂšglent les actes, ordonnent les passions et guident la conduite.
    Elles procurent facilitĂ©, maĂźtrise et joie pour mener une vie moralement bonne. L’homme vertueux, c’est celui qui librement pratique le bien.
    Sources :