CatĂ©gorie : 🧠 RĂ©flexions

  • Des convictions

    Des convictions

    J’ai eu une discussion trĂšs intĂ©ressante avec deux amis Ă   propos de cette citation de Nietzsche :

    Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges.

    Friedrich Nietzsche (1844-1900)
    Philologue, philosophe, poĂšte, pianiste et compositeur allemand.

    J’ai toujours aimĂ© cette citation. Elle me parle, car je crois que la vĂ©ritĂ© est une quĂȘte indispensable, et parce que j’ai toujours regardĂ© avec un peu de mĂ©fiance les gens qui mettent en avant leurs « convictions ». J’y reviendrai plus loin. Cette citation est puissante car elle apporte un distinguo trĂšs important pour comprendre ce que l’on appelle la vĂ©ritĂ©. Pourquoi le mensonge n’est pas un ennemi de la vĂ©ritĂ© ? Parce qu’en mentant, le menteur sait qu’il ment, qu’il dĂ©forme la vĂ©ritĂ©, qu’il ne dĂ©crit pas vraiment la rĂ©alitĂ©, et finalement il est donc dans le mĂȘme cadre de rĂ©fĂ©rence que celui qui dit vrai. Ils ont la mĂȘme notion du « vrai » : ils se rĂ©fĂšrent tous deux au rĂ©el. Tandis que celui qui fonctionne sur les convictions est dans un mode diffĂ©rent : il ne remet pas en cause ces convictions, et ne doute pas. Ou en tout cas, il peut, par conviction, ne pas voir une partie du rĂ©el. Ces deux modes de vĂ©ritĂ© portent un nom : vĂ©ritĂ©-correspondance et vĂ©ritĂ©-cohĂ©rence. J’avais dĂ©couvert cette distinction dans Popper, et je la trouve essentielle.

    Vérité-correspondance et vérité-cohérence

    Dans le mode vĂ©ritĂ©-correspondance, le critĂšre du vrai est l’adĂ©quation, la correspondance, entre une proposition et le rĂ©el. C’est la posture de la science : je n’y reviens pas, j’avais fait un long article sur le sujet. L’adĂ©quation avec le rĂ©el tranche, et nos propositions sont d’autant plus vraies qu’elles dĂ©crivent mieux la rĂ©alitĂ©.
    La vĂ©ritĂ©-cohĂ©rence, par opposition, a comme critĂšre de vĂ©ritĂ© la cohĂ©rence logique des propositions ou des thĂ©ories. C’est l’absence de contradiction interne d’une thĂ©orie ou d’une idĂ©e qui la rend vraie, et non son adĂ©quation avec le rĂ©el.
    Etant scientifique de formation, j’avoue ĂȘtre clairement du cĂŽtĂ© de la vĂ©ritĂ© correspondance : aussi belle formellement et cohĂ©rente que puisse ĂȘtre une thĂ©orie, si elle ne dĂ©crit pas adĂ©quatement le rĂ©el, elle est fausse. C’est une belle construction, mais fausse. J’essaye de ne pas caricaturer cependant : la recherche de cohĂ©rence et de non-contradiction logique est tout Ă   fait lĂ©gitime et normale. Mais cela ne doit pas conduire Ă   nier le rĂ©el.

    Du coup, avec cet Ă©clairage, la phrase de Nietzsche dit simplement que la vĂ©ritĂ©-correspondance, qui est le cadre de pensĂ©e du menteur comme de celui qui dit la vĂ©ritĂ©, est prĂ©fĂ©rable Ă   la vĂ©ritĂ©-cohĂ©rence (cadre de celui qui a des convictions) dans la recherche de la vĂ©ritĂ©. Mais il est temps de prĂ©ciser ce que l’on entend par conviction (on peut les remettre en cause), ou par croyance, ou mĂȘme par dogmatisme : c’Ă©tait un des sujets de notre discussion amicale.

    Convictions et doute

    Comme souvent, il est utile de revenir Ă   la dĂ©finition des mots. Conviction a deux sens trĂšs diffĂ©rents – en plus du sens juridique qui en fait un synonyme de « preuve matĂ©rielle » :

    • Certitude de l’esprit fondĂ©e sur des preuves jugĂ©es suffisantes. Par mĂ©tonymie : Opinions, idĂ©es, principes considĂ©rĂ©s comme fondamentaux.
    • Avec conviction : Avec sĂ©rieux, avec application, en croyant Ă   ce qu’on fait ou dit. Avec chaleur, enthousiasme.

    Etre convaincu, c’est donc ĂȘtre certain, d’une part, et d’autre part c’est aussi faire le choses avec Ă©nergie, enthousiasme, sĂ©rieux. Peut-on ne pas ĂȘtre dans la conviction, donc accessible au doute, tout en agissant avec conviction ? Cela me fait penser Ă   une autre citation, d’une grand dĂ©fenseur de la vĂ©ritĂ©-correspondance :

    Si vous ĂȘtes certain, vous vous trompez certainement, parce que rien n’est digne de certitude ; et on devrait toujours laisser place Ă   quelque doute au sein de ce qu’on croit ; et on devrait ĂȘtre capable d’agir avec Ă©nergie, malgrĂ© ce doute.

    Bertrand Russell (1872-1970)
    Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique.

    Alors, bien sĂ»r, personne ne peut vivre sans convictions. Il est relativement aisĂ© de douter de tout, philosophiquement, mais pour vivre il faut s’appuyer des connaissances stables et sĂ»res. Je sais qu’en lĂąchant un verre, il tombe (toujours) et se casse au sol (presque toujours). Je n’ai pas besoin de douter de cela, et c’est mĂȘme recommandĂ© de ne pas douter de cela. Mais nos convictions ne sont pas toutes liĂ©es Ă   des Ă©noncĂ©s sur le rĂ©el : certaines de nos convictions sont des convictions morales (dans telle ou telle situation, il faut agir comme ceci, ou comme cela), ou des convictions politiques (pour atteindre tel objectif, il faut organiser – ou pas – les choses comme cela). Dans ces domaines, les connaissances sont souvent moins Ă©videntes. Mais la phrase de Russell le dit bien : pas besoin que les convictions soient sĂ»res et certaines pour agir avec conviction. Le tout est de savoir en dĂ©battre, en douter quand il le faut (quand le rĂ©el nous force Ă   le faire). Pour cela, il faut accepter que la confrontation au rĂ©el est plus importante que nos convictions, ou que leur cohĂ©rence, ou que l’adĂ©quation de nos Ă©motions avec ces convictions. L’adĂ©quation au rĂ©el tranche, c’est ce que dit la phrase de Nietzsche.

    En politique

    Il n’est pas possible de conclure cette petite rĂ©flexion sans parler – puisque le mot « conviction » y est central – de la distinction apportĂ©e par Weber entre Ă©thique de conviction et Ă©thique de responsabilitĂ©. L’article wikipedia sur le Savant et le Politique rĂ©sume assez bien la chose :
    Weber distingue deux Ă©thiques de l’action politique, l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilitĂ© : ceux qui agissent selon une Ă©thique de conviction sont certains d’eux-mĂȘmes et agissent doctrinalement (…) alors que l’éthique de responsabilitĂ© repose sur l’acceptation de rĂ©pondre aux consĂ©quences de ses actes ; si l’éthique de conviction est nĂ©cessaire, elle produit dans le parti un appauvrissement intellectuel au profit de la discipline de parti.
    Pour en savoir plus, vous pouvez Ă©couter, par exemple, Michel Onfray en parler sur France Culture. J’avais fait un article sur les diffĂ©rents types d’Ă©thiques en politique, qui apporte d’autres Ă©lĂ©ments. C’est un sujet complexe : il est bien sĂ»r stĂ©rile de croire que ces archĂ©types existent seuls. Il faut bien sĂ»r agir au nom d’un certain nombre de principes, de convictions, mais il faut Ă©galement bien sĂ»r assumer les consĂ©quences de ses actes. C’est un point de tension dans ma pensĂ©e : je suis libĂ©ral, et le libĂ©ralisme est une Ă©thique de conviction, procĂ©durale. Le libĂ©ralisme est une pensĂ©e qui est adossĂ© Ă   un systĂšme de rĂšgles, justes, valable pour tous, et qui accepte que la sociĂ©tĂ© Ă©volue librement, de maniĂšre spontanĂ©e, sur ces rĂšgles. Force est de constater que sur certains sujets, l’Ă©volution spontanĂ©e ne conduit pas toujours au bon endroit. Que l’on pense Ă   la PMA, et Ă   la GPA : une Ă©thique de responsabilitĂ© doit conduire Ă   restreindre la libertĂ© sur certains sujets pour Ă©viter ces dĂ©rives. Mais c’est aussi une Ă©thique de conviction, puisqu’elle s’adosse Ă   la conviction qu’on ne peut pas « marchandiser » les humains, louer le ventre des femmes, acheter des bĂ©bĂ©s.
    Et d’un autre cĂŽtĂ©, raisonner uniquement Ă   partir des consĂ©quences prĂ©visibles de nos actes est aussi parfois une impasse, car il existe de multiples consĂ©quences imprĂ©visibles – et souvent positives – des actes humains dans une sociĂ©tĂ© libre.

    Qu’est-ce qu’une bonne conviction ?

    En conclusion, je dirai qu’il faut avoir des convictions, et qu’il faut ĂȘtre capable de les regarder comme un physicien considĂšre les thĂ©ories scientifiques : si le rĂ©el vient les chahuter, il faut ĂȘtre capable de les remettre en question. Elles n’en sortiront pas annulĂ©es, mais transformĂ©es, amĂ©liorĂ©es dans leur adĂ©quation avec le rĂ©el. Qu’est-ce qu’une bonne conviction ? Une conviction dont l’horizon est la vĂ©ritĂ©-correspondance. Non pas celle qui rĂ©sonne en boucle avec moi-mĂȘme, ou qui s’insĂšre dans un systĂšme cohĂ©rent, mais une conviction qui est un principe d’action juste respectant la dignitĂ© humaine et la raison, et en mĂȘme temps les phĂ©nomĂšnes et lois naturels qui sont Ă   l’oeuvre dans la rĂ©alitĂ©. Il y a encore Ă   creuser sur ce sujet (de mon cĂŽtĂ©). Passionnant. Merci les amis pour les discussions enrichissantes, stimulantes, dĂ©rangeantes.

    Et vous ? Que vous inspire cette phrase de Nietzsche ?

  • Loi et rĂ©glementation

    Loi et réglementation

    Une distinction importante existe entre « loi » et « rĂ©glementation ». C’est un trĂšs bon outil pour analyser une partie des atteintes actuelles à  la Justice, à  la LibertĂ© et à  la paix sociale.

    Justice, droit positif et droit naturel

    Nous vivons dans des sociĂ©tĂ©s civilisĂ©es, c’est-à -dire des sociĂ©tĂ©s qui ont peu à  peu incorporĂ©es dans leurs rĂšgles de fonctionnement les apprentissages moraux que les humains avaient fait. C’est mal de tuer, il y a donc une rĂšgle qui le dit « Tu ne tueras point ». Ces rĂšgles sont en gĂ©nĂ©ral formulĂ©es en posant une limite entre ce qui est interdit (formulĂ© dans la rĂšgle) et le reste, qui est par dĂ©faut autorisĂ©. Ces Lois visent la Justice, et s’appliquent à  tous de la mĂȘme maniĂšre. Pas de morale sans visĂ©e universelle. Ces Lois ne sont pas nĂ©cessairement explicitĂ©es, certaines sont prĂ©sentes dans la tradition de telle ou telle sociĂ©tĂ©, sans forcĂ©ment avoir fait l’objet d’une incorporation dans le droit positif. Le droit naturel, les traditions, notre raison, le sens de la Justice permettent d’avoir un regard critique sur le droit positif, et c’est pour cela qu’il Ă©volue.

    Ce que je peux faire, ce n’est pas ce que me dit un homme de loi ; mais ce que l’humanitĂ©, la raison et la justice me disent que je devrais faire.

    Edmund Burke (1729-1797)
    Homme politique et philosophe irlandais.

    Dans la pensĂ©e d’Hayek, une distinction est faite entre ce droit positif (appelĂ© « Thesis », le droit du lĂ©gislateur), et le « Nomos », le droit issu de la jurisprudence, de la tradition, et qui prĂ©existe à  la Loi positive. On obĂ©it au droit du lĂ©gislateur parce qu’il fait appliquer une Loi prĂ©sumĂ©e exister en dehors d’elle et fondĂ©e sur l’opinion diffuse de ce qui est juste.

    Lois et réglementations

    Une distinction supplĂ©mentaire doit ĂȘtre faite au sein du droit positif (« Thesis »). J’ai gardĂ© cette distinction comme un outil de pensĂ©e trĂšs utile de ma lecture d’Hayek, moins prĂ©cis et dĂ©taillĂ© que l’analyse qu’il en faisait, mais qui me sert souvent sous cette forme (en Ă©crivant cette phrase, je viens de dĂ©cider de relire cet extraordinaire livre). Il s’agit de la distinction entre Lois et RĂ©glementations.

    • les lois sont les rĂšgles qui servent la justice. Elles ont une visĂ©e universelle, s’appliquent à  tous de la mĂȘme maniĂšre (ÉgalitĂ© devant la loi), et sont en gĂ©nĂ©ral plutĂŽt formulĂ©es nĂ©gativement (« tu ne dois pas… »). Ces lois sont celles du Rule of Law, plutĂŽt du cĂŽtĂ© du Nomos. Les Lois, interdisant certains comportements, ne disent pas ce qui doit ĂȘtre fait, mais ce qui ne doit pas ĂȘtre fait. Elles sont un outil pour favoriser la libertĂ©, et l’ordre spontanĂ©. Les lois, en France, sont proposĂ©es, dĂ©battues, adoptĂ©es par l’AssemblĂ©e Nationale.
    • les rĂ©glementations sont les rĂšgles qui servent un objectif spĂ©cifique, en fixant un certains nombres de contraintes non universelles. C’est l’outil des gouvernements pour atteindre leurs objectifs, pour construire un ordre de maniĂšre dirigĂ©e. Les rĂ©glementations ne s’appliquent pas à  tous de la mĂȘme maniĂšre, elles sont circonstancielles. Ce sont les rĂšgles des constructivistes, c’est-à -dire des rĂšgles avec une visĂ©e politique qui supposent la capacitĂ© à  influer sur l’ordre de la sociĂ©tĂ©.

    On trouve des précisions dans les cours de Droit :
    Avant la constitution de 1958, la distinction entre la loi et le rĂ©glement existait dĂ©jà . Mais cette distinction s’accompagnait d’une affirmation de primautĂ© absolue de la loi. En effet, dans la tradition constitutionnelle rĂ©publicaine française, la souverainetĂ© est exercĂ©e par les reprĂ©sentants du peuple, Ă©lus au Parlement, c’est-à -dire le pouvoir lĂ©gislatif. Cette prĂ©dominance de la loi aujourd’hui quasiment disparue. (…) La fonction du rĂ©glement n’est plus seulement de permettre l’exĂ©cution des lois en en dĂ©terminant les conditions de mise en oeuvre ; elle est aussi de rĂ©gir toutes les matiĂšres pour lesquelles la loi n’est pas compĂ©tente.
    On apprend un peu plus loin qu’il existe des procĂ©dures de protection du domaine rĂ©glementaire contre les empiĂštements du pouvoir lĂ©gislatif. Il n’existe pas, par contre, de procĂ©dures de protection du domaine lĂ©gislatif contre l’empiĂštement du pouvoir rĂ©glementaire. En d’autres termes : le gouvernement peut prendre des dĂ©cisions, et mettre en place des rĂ©glementations qui ne sont pas fidĂšles Ă  l’esprit des lois.En d’autres termes : le gouvernement peut prendre des dĂ©cisions, et mettre en place des rĂ©glementations qui ne sont pas fidĂšles à  l’esprit des lois. Voilà  qui est profondĂ©ment choquant, conforme par ailleurs à  ce que l’on observe, et à  mes yeux, une rĂ©elle forme de dĂ©rive constructiviste. De toutes façons, dans l’esprit des gens, la distinction entre loi et rĂ©glementation n’Ă©tant pas claire, la voie Ă©tait ouverte.

    Dérives constructivistes : deux exemples

    Une sociĂ©tĂ© de libertĂ© suppose d’accepter une forme importante d’ordre spontanĂ©. L’individualisme, et le rĂ©gime de libertĂ© qui va avec, consiste à  « reconnaĂźtre l’individu comme juge en dernier ressort de ses propres fins, et à  croire que dans la mesure du possible ses propres opinions doivent gouverner ses actes ». On peut ne pas ĂȘtre individualiste dans ce sens, et c’est prĂ©cisĂ©ment ce que les penseurs comme Hayek ont appelĂ© le constructivisme. Deux exemples simples permettront de comprendre comment la rĂ©glementation nuit à  la loi, à  l’Ă©galitĂ© devant la loi des citoyens, et donc à  la Justice. Cela ne condamne bien sĂ»r pas toute forme de constructivisme, mais devrait par contre susciter la plus grande mĂ©fiance vis-à -vis de cette maniĂšre de faire.
    Rappelez-vous : la distinction entre loi et rĂ©glementation est simple ; la loi s’applique à  tous et vise la justice, et un ordre spontanĂ© de la sociĂ©tĂ© dans le respect de ces rĂšgles, la rĂ©glementation ne s’applique pas à  tous, et vise un Ă©tat prĂ©cis, un ordre construit, de la sociĂ©tĂ©. Les deux exemples montrent bien comment, une fois que l’on accepte d’avoir des rĂšgles (rĂ©glementations) qui ne s’applique pas à  tous de la mĂȘme maniĂšre, on met le doigt dans un cercle vicieux sans fin. Dans les deux cas, l’Ă©galitĂ© de fait est visĂ©e plutĂŽt que l’Ă©galitĂ© devant la loi.

    Il y a toute les diffĂ©rences du monde entre traiter les gens de maniĂšre Ă©gale et tenter de les rendre Ă©gaux. La premiĂšre est une condition pour une sociĂ©tĂ© libre alors que la seconde n’est qu’une nouvelle forme de servitude.

    Friedrich Hayek (1899-1992)
    Economiste et philosophe britannique.

    ImpĂŽts progressifs

    L’impĂŽt proportionnel (taux fixe) est celui qui vise une contribution au financement de l’action publique par les citoyens à  proportion de leur revenu (avec un taux de 10%, celui qui a 100 paye 10, et celui qui a 1000 paye 100). L’impĂŽt progressif (taux variable) vise, quant à  lui, à  une correction des inĂ©galitĂ©s par la redistribution (le riche payera plus en proportion que le pauvre). Deux maniĂšres de penser l’impĂŽt. En France, l’impĂŽt est en partie progressif, en partie proportionnel. Je trouve injuste l’impĂŽt progressif, qui n’a pas de fin, et laisse la porte ouverte à  l’arbitraire : selon les humeurs, les volontĂ©s politiques, il sera facile de modifier la progressivitĂ© et d’aller jusqu’à  la spoliation. On ne saurait qualifier de « loi » des rĂ©glementations traitant diffĂ©remment – fiscalement – les citoyens. J’ai pris l’exemple de l’impĂŽt, et on pourrait dĂ©rouler les milliers d’injustices qui existent dans ce domaine : selon que vous travaillerez dans tels ou tels secteur vous ne serez pas imposĂ© de la mĂȘme maniĂšre. Constructivisme toujours : le rĂ©gulateur, dans un bel Ă©lan de scientisme, prĂ©tend savoir ce qu’il faut soutenir ou affaiblir comme type d’activitĂ©.

    Discrimination positive

    Un autre exemple oĂč la volontĂ© de « construire » un ordre supposĂ©ment plus juste conduit à  faire n’importe quoi : la discrimination positive conduisant à  mettre en place des quotas (de noirs, de femmes, de jaunes, d’homosexuels, etc.) pour atteindre une « égalité ». Par des rĂ©glementations stupides, on piĂ©tine l’Ă©galitĂ© devant la loi, on force des dĂ©cisions injustes. Et à  nouveau, l’engrenage est sans fin : une foi l’Ă©galitĂ© devant la Loi rompue, comment arrĂȘter le dĂ©lire ? S’il y a des quotas de noirs, pourquoi pas de roux ? ou d’obĂšse avec des boutons ? Tout cela est dĂ©lirant, instrumentalisĂ© par des militants diversitaires, et nous devrions ĂȘtre beaucoup plus fermes sur nos principes. Pour cela, il est important de subordonner à  nouveau la rĂ©glementation aux lois : la loi est la mĂȘme pour tous, et – contrairement aux rĂšglements qui sont l’outil des gouvernants – elle est dĂ©battue et adoptĂ©e par les reprĂ©sentants du peuple.

  • RhĂ©torique du conflit

    Rhétorique du conflit

    Faut-il toujours choisir son camp ?

    Les discussions sont Ăąpres sur les rĂ©seaux sociaux. Et heureusement ! Ce n’est pas prĂšs de s’arrĂȘter, d’ailleurs, puisque la ridicule loi Avia vient de se faire sĂ©vĂšrement dĂ©sosser par le Conseil Constitutionnel. Pas de pensĂ©e libre, sans libertĂ© d’expression, et sans confrontation des idĂ©es.
    RĂ©cemment, Philippe Silberzahn, Professeur à  l’EMLyon, spĂ©cialiste des organisations et de l’innovation, a rĂ©agi dans un excellent billet à  ceux qui le sommaient « de choisir son camp ». A juste titre : si sur chaque sujet, on n’a le choix qu’entre deux camps, la rĂ©flexion est morte et il ne reste que le conflit. Se forcer à  intĂ©grer a minima 3 points de vue permet de sortir de cette logique binaire d’affrontement. Tout en Ă©tant d’accord avec tout ce qu’il Ă©crivait, je faisais la remarque qu’il existe des situations oĂč cette logique de « camps », guerriĂšre, Ă©tait adaptĂ©e : notamment les situations oĂč nous nous retrouvons dĂ©signĂ©s comme ennemis à  abattre. De toutes façons, la rĂ©flexion sur les « camps » est rapidement stĂ©rile. On est forcĂ©ment dans un camp, mĂȘme si c’est celui de ceux qui n’en choisissent pas. Les camps, comme le statut d’ennemi, nous sont en gĂ©nĂ©ral assignĂ©s par d’autres.

    Ennemis et adversaires

    Il ne s’agit pas pour autant de nier l’existence des conflits : le conflit, qui prend des formes multiples, fait partie des phĂ©nomĂšnes naturels, dans le rĂšgne animal. De tous temps, le conflit a fait partie de l’humanitĂ©, de ses mythes, de ce qui structure son histoire, de ce qui alimente la rĂ©flexion. Cela m’a rappelĂ© une distinction importante apportĂ© par Mathieu Bock-CĂŽtĂ©, dans son ouvrage « L’empire du politiquement correct » : celle entre adversaire et ennemi.

    Les significations et les imaginaires associĂ©s ne sont pas les mĂȘmes : l’ennemi envoie dans le champ de la guerre, de la haine, de la violence, tandis que l’adversaire renvoie dans le champ du combat politique, de la controverse. On cherche à  Ă©liminer un ennemi, on cherche à  avoir raison contre ses adversaires. Tous les coups sont permis avec un ennemi, on suit des rĂšgles avec un adversaire. Dans son essai, Bock-CĂŽtĂ© fait l’Ă©loge du « conflit civilisé » : le vrai conflit d’idĂ©es, qui frotte, qui fĂąche, et qui permet aux idĂ©es de se structurer, de se bousculer, d’ĂȘtre en concurrence. C’est un des outils indispensables pour rechercher la vĂ©ritĂ©. Celui qui n’est pas d’accord avec vous n’est pas nĂ©cessairement un ennemi, mais simplement un adversaire. Et celui qui est votre ennemi, à  l’inverse, n’a pas ĂȘtre traitĂ© comme un simple adversaire. Ceux qui ne veulent pas discuter, cherchent à  toujours faire voir leurs adversaires comme des ennemis. Comme ça, tous les coups (dĂ©gueulasses, sournois, injustes) sont permis. Et on peut sortir de l’Ă©change d’idĂ©es rationnel, puisque l’interlocuteur n’en est plus un : c’est un ennemi. Attaque ad hominem.

    Ce que m’ont apportĂ© les Ă©changes libres sur Twitter

    GrĂące à  ces Ă©changes instructifs, sur Twitter, j’ai pu lire, et je vous le recommande, l’article de Philippe Silberzahn, me remettre en tĂȘte cette distinction essentielle apportĂ©e par Bock-CĂŽtĂ©. J’ai pu Ă©galement me demander ce que l’on pourrait creuser à  propos de rhĂ©torique du conflit. Logos, Pathos et Ethos du conflit, ça doit permettre d’aller chercher des choses intĂ©ressantes. Le temps de me demander cela, je suis tombĂ© sur l’ouvrage de Julien Freund, « Sociologie du conflit« , qui est, du coup, dĂ©jà  installĂ© sur mon Kindle. Miam. Miam.

  • Ce que la crise rĂ©vĂšle

    Ce que la crise révÚle

    Il est bien connu qu’une maniĂšre de tester un systĂšme, c’est de le mettre « sous stress » : cela rĂ©vĂšle les failles, les problĂšmes – structurels ou non. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la crise sanitaire liĂ©e au Corona Virus (COVID-19) a bien rĂ©vĂ©lĂ© les failles du systĂšme de soin et de la sociĂ©tĂ© française. Voici quelques problĂšmes, quelques choses positives aussi, et quelques enseignements.

    Les problÚmes (re)révélés

    Crise des élites

    La crise des Ă©lites françaises, d’abord, si bien dĂ©crite par Pierre Mari, a Ă©tĂ© flagrante : gesticulation mĂ©diatique du pouvoir, navigation à  vue, discours plats du prĂ©sident. Chacun a pu observer cela. J’en reparlerai en conclusion.

    Territoires pas perdus pour tout le monde

    Il n’y avait pas de raisons que pour que cela change, mais dĂšs le dĂ©but du confinement on a pu vĂ©rifier qu’il y a dĂ©sormais plusieurs sortes de territoires en France, sĂ©parĂ©s, et n’obĂ©issant pas aux mĂȘmes rĂšgles (qui ne sont pas imposĂ©s par l’Etat). Cette rĂ©alitĂ©, montrĂ©e timidement, a vite Ă©tĂ© oubliĂ©e (heureusement certains mĂ©dias continuent à  parler du rĂ©el et il y a des sources alternatives partout sur Twitter).

    Politisation de la société

    La politisation de la justice, manipulĂ©e par des lobbys anticapitalistes et multiculturalistes a Ă©galement Ă©tĂ© bien visible (affaire Amazon, qui n’a fait que confirmer ce que l’on avait pu voir au moment de l’affaire du mur des cons, des cabales contre Zemmour, ou de l’affaire Fillon. Cette politisation est Ă©galement perceptible dans le domaine scientifique avec l’affaire Raoult : mĂ©langer science et politique est monnaie courante et devrait toujours alerter les esprits critiques. Raoult n’est pas certainement pas le sauveur que certains ont voulu voir, mais ses arguments tiennent la route, et la mise en place de tests massifs dans son IHU devraient à  minima imposer une forme de respect de la personne.

    Inflation administrative et bureaucratique

    Les deux problĂšmes mentionnĂ©s ci-dessus, ressortant d’une extension de la « politisation » de tous le sujets, me semble avoir une cause commune : l’inflation permanente du champ d’action de l’Etat. Cette inflation administrative, normative, bureaucratique, conduit à  une « soviĂ©tisation » de l’Ă©conomie française, et à  beaucoup d’inepties.
    Notamment, visible en ces temps de crises, des Ă©lĂ©ments de manque de rĂ©activitĂ© et de comprĂ©hension des prioritĂ©s. Scandaleux. Et comme les couches du mille-feuille sont multiples, on aboutit forcĂ©ment à  des dĂ©cisions arbitraires, sans vision d’ensemble : pourquoi les hyper-marchĂ©s peuvent ĂȘtre ouvert, et pas les petits commerces ?

    Classe politique globalement indigente

    Les membres de la classe politique ont montrĂ©, dans leur grand majoritĂ©, qu’ils n’incarnaient plus aucune forme de « stratĂ©gie », ou de hauteur de vue. Globalement incapables de s’inspirer de ce qui marche dans les autres pays, ou d’appeler au refus des actions idiotes (Ă©lections rĂ©gionales, avec confinement le lendemain). Je ne parle mĂȘme pas des rĂ©actions du monde syndical, tant il nous avait dĂ©jà  montrĂ© à  quel point ils Ă©taient hors de la rĂ©alitĂ© vĂ©cue par les français.

    Idéologisation des esprits et utopie

    La difficultĂ© à  ĂȘtre dans le rĂ©el, justement, et à  rĂ©soudre les problĂšmes qui se posent à  nous, ici et maintenant, fait partie de ce qui est ressorti de plus pĂ©nible. Obsession de l’idĂ©al, et de l’aprĂšs, trĂšs bien dĂ©crite et analysĂ©e par Philippe Silberzahn. Cette forme d’obsession utopique, et de prĂ©fĂ©rence pour les idĂ©aux, me semble ĂȘtre dans le mĂȘme registre passif que la « vĂ©nĂ©ration/dĂ©testation » des dirigeants : on a passĂ© plus de temps à  commenter les discours de Macron, dans la sphĂšre mĂ©diatique, qu’à  rĂ©flĂ©chir aux moyens qui pourraient ĂȘtre mis en oeuvre pour pallier à  nos manques.
    Dans ce monde hors-sol, il est logique que les constructivistes aux manettes continuent à  utiliser les mĂȘmes leviers, addictifs, que d’habitude : l’argent sort de terre (ou plutĂŽt de la planche à  billet), pourquoi ne pas en distribuer à  tout le monde ? Nous continuons de prĂ©parer la prochaine crise financiĂšre.

    Quelques sources d’espoir

    Solidarité et entraide spontanées

    Il y a malgrĂ© tout, quelques signes encourageants. La capacitĂ© des gens à  spontanĂ©ment s’organiser a Ă©tĂ© remarquable. J’applaudis à  ma fenĂȘtre, et je suis content de voir mes voisins et les saluer. Je n’applaudis pas les soignants, mais l’ensemble des gens qui sont en premiĂšre ligne, sans masques, depuis plusieurs semaines (livreurs, policiers, vendeurs, etc.). J’ai Ă©galement trouvĂ© salutaire l’effervescence de production et de partage de blagues sur le confinement, extraordinaire soupape, et moyen de prise de recul par rapport à  des nouvelles trĂšs anxiogĂšnes. Les forces d’entraide et de solidaritĂ©s ont jouĂ© à  tous les niveaux (y compris au niveau des si dĂ©criĂ©es et honnies entreprises).

    Emergence de nouvelles figures ?

    Il est trop tĂŽt pour le dire, mais j’aime à  penser que certaines voix qui se sont confirmĂ©es ou qui ont Ă©mergĂ©es dans ces temps de crises comme Ă©tant porteuses de vision structurĂ©es pour la France, prendront de l’importance dans l’aprĂšs.

    Enseignements : retour aux principes de base

    Deux principes me paraissent essentiels à  mettre en avant pour garder une forme de luciditĂ©. La responsabilitĂ©, et l’esprit critique.

    Et la responsabilité, bordel ?

    Il est grand temps de redonner sa place à  la responsabilitĂ©, indispensable composante de la libertĂ©. Seuls des individus peuvent ĂȘtre responsable. On est responsable de quelque chose, devant quelqu’un. Il me semble qu’un certain nombre des maux dĂ©crits ci-dessus sont en partie causĂ© par un manque gĂ©nĂ©ralisĂ© d’esprit de responsabilitĂ©. Il ne s’agit pas de chercher des coupables, simplement de remettre cette logique d’action au coeur de l’organisation sociale. Devant qui sont responsables les juges ? Devant qui le gouvernement est-il responsable ? Devant qui l’obscur fonctionnaire qui interdit à  un entrepreneur de vendre des masques est-il responsable ? Devant qui sont responsables ceux qui n’envoient pas les malades en surnombre vers les cliniques privĂ©es ? Tous ces fonctionnaires, ou membres de l’appareil d’Etat, ou de la sphĂšre publique, devraient ĂȘtre responsables devant les contribuables, et devant le peuple. L’Etat doit ĂȘtre au service du peuple, et pas l’inverse. Quelles procĂ©dures allons-nous mettre en place pour Ă©viter les dysfonctionnement et les dĂ©cisions absurdes ? Les Ă©lites ne pourront ĂȘtre rĂ©habilitĂ©s dans l’esprit des français que s’ils endossent, en mĂȘme temps que le pouvoir, des responsabilitĂ©s.

    Esprit critique

    A titre personnel, je traverse cette crise Ă©tant plus convaincu que jamais qu’il est indispensable d’apprendre à  penser par soi-mĂȘme. Les experts de l’OMS ont donnĂ©, sur le port des masques, des avis contradictoires à  une semaine d’intervalle. Personne ne peut penser, ou Ă©valuer à  notre place. Si les français apprennent à  nouveau à  penser par eux mĂȘmes, à  sortir des carcans idĂ©ologiques qui empĂȘchent de voir le rĂ©el, alors cette crise aura peut-ĂȘtre apportĂ© une bonne chose. EspĂ©rons que peu à  peu cela permette de sortir de la double impasse dans laquelle nous sommes : socialiste, et multiculturaliste.

    Quelques rĂšgles d’hygiĂšne de pensĂ©e, pour complĂ©ter l’hygiĂšne du langage, sont toujours utiles à  rappeler ou à  intĂ©grer dans nos habitudes.

    • Ne pas accepter les arguments d’autoritĂ©, tout en Ă©coutant les experts
    • Laisser une place au doute, et comparer plusieurs points de vue avant de se faire une opinion
    • Distinguer ce qui est de l’ordre des faits / Ă©noncĂ©s sur la rĂ©alitĂ©, et ce qui est de l’ordre des reprĂ©sentations / interprĂ©tations de cette rĂ©alitĂ©
    • Se mĂ©fier de ceux qui cherchent à  Ă©viter le rĂ©el

    Il y en certainement plein d’autres : vous les partagez en commentaire ?

  • Innovation pour les nuls

    Innovation pour les nuls

    Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’innovation, la crĂ©ativitĂ©, et leur place dans les entreprises. Il manquait un index à  cette sĂ©rie d’articles consacrĂ©es à  l’innovation, et je publie donc ce post pour regrouper les diffĂ©rents articles « Innovation pour les nuls ». En voici la liste :

    Bien entendu, je ne me prĂ©sente pas comme un expert : n’hĂ©sitez pas à  challenger, questionner, discuter, tous ces contenus ! Je les publies ici pour garder une trace, mĂȘme peu construite, des rĂ©flexions qui sont les miennes, ou des connaissances qui me paraissent utiles. Vous pouvez Ă©galement commenter pour demander un article sur tel ou tel sujet (en lien avec innovation et crĂ©ativitĂ© bien sĂ»r) : si je le maĂźtrise suffisamment je le produirai avec plaisir. C’est ça aussi, l’innovation pour les nuls ! Bonne lecture !

  • L’hygiĂšne du langage d’Orwell

    L’hygiĂšne du langage d’Orwell

    Je ne rĂ©siste pas au plaisir de partager avec vous un trĂšs beau texte de George Orwell, datant de 1946, et consacrĂ© aux liens entre langage et pensĂ©e. On connait la rĂ©flexion d’Orwell dans 1984 sur le langage, avec la « novlangue« . Pour penser juste, il faut utiliser correctement le langage. Mode d’emploi.

    Parler bien pour bien penser

    Si vous lisez ce blog, vous savez qu’il correspond Ă   un effort que j’essaye de faire pour penser correctement.

    Travaillons donc Ă   bien penser : voilĂ   le principe de la morale.

    Blaise Pascal (1623 – 1662)mathĂ©maticien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et thĂ©ologien français

    Penser correctement, cela veut dire, bien sĂ»r, ĂȘtre conscient des biais cognitifs susceptibles d’altĂ©rer la qualitĂ© de notre rĂ©flexion. Mais Ă©galement, sur un plan diffĂ©rent, il faut toujours ĂȘtre conscient que penser ne peut se faire qu’en utilisant le langage, qui est la forme de la pensĂ©e (une pensĂ©e sans langage est informe).

    Ce matin dans ma boite mail, j’avais la newsletter du site PolĂ©mia, et en me baladant sur ce site je suis tombĂ© sur un texte d’Orwell (article de PolĂ©mia, citant lui-mĂȘme une traduction disponible en ligne sur Espace contre Ciment), qui est un trĂšs joli petit essai de 1946, La politique et la langue anglaise. Je ne rĂ©siste pas Ă   vous partager, donc, ce texte, essentiel Ă   mes yeux.

    Quelques extraits pour la route

    Tout d’abord quelques rĂšgles d’Ă©critures que je garde ici :
    Mais il arrive souvent que l’on Ă©prouve des doutes sur l’effet d’un terme ou d’une expression, et il faut pouvoir s’appuyer sur des rĂšgles quand l’instinct fait dĂ©faut. Je pense que les rĂšgles suivantes peuvent couvrir la plupart des cas :
    1. N’utilisez jamais une mĂ©taphore, une comparaison ou toute autre figure de rhĂ©torique que vous avez dĂ©jĂ   lue Ă   maintes reprises.
    2. N’utilisez jamais un mot long si un autre, plus court, peut faire l’affaire.
    3. S’il est possible de supprimer un mot, n’hĂ©sitez jamais Ă   le faire.
    4. N’utilisez jamais le mode passif si vous pouvez utiliser le mode actif.
    5. N’utilisez jamais une expression Ă©trangĂšre, un terme scientifique ou spĂ©cialisĂ© si vous pouvez leur trouver un Ă©quivalent dans la langue de tous les jours.
    6. Enfreignez les rĂšgles ci-dessus plutĂŽt que de commettre d’évidents barbarismes.

    Et puis le dĂ©but du texte, pour vous donner envie de le lire…
    La plupart des gens qui s’intĂ©ressent un peu Ă   la question sont disposĂ©s Ă   reconnaĂźtre que la langue anglaise est dans une mauvaise passe, mais on s’accorde gĂ©nĂ©ralement Ă   penser qu’il est impossible d’y changer quoi que ce soit par une action dĂ©libĂ©rĂ©e. Notre civilisation Ă©tant globalement dĂ©cadente, notre langue doit inĂ©vitablement, selon ce raisonnement, s’effondrer avec le reste. Il s’ensuit que lutter contre les abus de langage n’est qu’un archaĂŻsme sentimental, comme de prĂ©fĂ©rer les bougies Ă   la lumiĂšre Ă©lectrique ou l’élĂ©gance des fiacres aux avions. A la base de cette conception, il y a la croyance Ă   demi consciente selon laquelle le langage est le rĂ©sultat d’un dĂ©veloppement naturel et non un instrument que nous façonnons Ă   notre usage. Il est certain qu’en derniĂšre analyse une langue doit son (La langue) devient laide et imprĂ©cise parce que notre pensĂ©e est stupide, mais ce relĂąchement constitue Ă   son tour une puissante incitation Ă   penser stupidement.dĂ©clin Ă   des causes politiques et Ă©conomiques : il n’est pas seulement dĂ» Ă   l’influence nĂ©faste de tel ou tel Ă©crivain. Mais un effet peut devenir une cause, qui viendra renforcer la cause premiĂšre et produira un effet semblable sous une forme amplifiĂ©e, et ainsi de suite. Un homme peut se mettre Ă   boire parce qu’il a le sentiment d’ĂȘtre un ratĂ©, puis s’enfoncer d’autant plus irrĂ©mĂ©diablement dans l’échec qu’il s’est mis Ă   boire. C’est un peu ce qui arrive Ă   la langue anglaise. Elle devient laide et imprĂ©cise parce que notre pensĂ©e est stupide, mais ce relĂąchement constitue Ă   son tour une puissante incitation Ă   penser stupidement. Pourtant ce processus n’est pas irrĂ©versible. L’anglais moderne, et notamment l’anglais Ă©crit, est truffĂ© de tournures vicieuses qui se rĂ©pandent par mimĂ©tisme et qui peuvent ĂȘtre Ă©vitĂ©es si l’on veut bien s’en donner la peine. Si l’on se dĂ©barrasse de ces mauvaises habitudes, on peut penser plus clairement, et penser clairement est un premier pas, indispensable, vers la rĂ©gĂ©nĂ©ration politique ; si bien que le combat contre le mauvais anglais n’est pas futile et ne concerne pas exclusivement les Ă©crivains professionnels.
    Lire la suite : La politique et la langue anglaise.