CatĂ©gorie : đŸ§‘đŸ»â€đŸ€â€đŸ§‘đŸ» SociĂ©tĂ©

  • Encore l’Etat, toujours l’Etat…

    J’aime bien Nicolas Sarkozy. Je le trouve juste, plein d’Ă©nergie et capable de remettre pas mal de choses en bon ordre de marche s’il est Ă©lu. Et je l’ai trouvĂ© convaincant lundi soir, dans l’Ă©mission qui le mettait face aux questions d’un « échantillon » de français…J’ai Ă©galement apprĂ©ciĂ© sa lettre de soutien à  Charlie Hebdo, dans l’affaire qui oppose le journal satirique aux abrutis extrĂ©mistes du CFCM…
    Mais il y a certaines de ses rĂ©ponses qui ne me satisfont pas. Lorsqu’une personne lui pose la question du manque de mĂ©decin dans les petits villages de campagne, Sarkozy rĂ©pond 
 qu’il donnera des subventions aux mĂ©decins qui vont s’installer dans les rĂ©gions « dĂ©sertĂ©s » rĂ©ponse pleine de pragmatisme ? non : rĂ©ponse imbibĂ©e de la logique habituelle de l’Etat providence. Pour conserver intacte l’illusion que la santĂ© ne coĂ»te rien, et que tout le monde y accĂšde de la mĂȘme maniĂšre (ce qui n’est pas vrai), on prĂ©serve le dogme de la consultation à  prix fixe.
    Pour surtout ne pas annoncer une libĂ©ralisation de la mĂ©decine (pourtant censĂ©e ĂȘtre dĂ©jà  libĂ©rale), les efforts à  fournir — payĂ©s par le contribuable, bien sĂ»r – vont ĂȘtre les suivants :

    • payer des fonctionnaires pour collecter l’impĂŽts et les cotisations
    • payer des fonctionnaires pour Ă©valuer quelles zones doivent bĂ©nĂ©ficier de subventions, et pour distribuer les subventions aux mĂ©decins
    • maintenir en continu la surveillance : si la mesure porte ses fruits, la rĂ©partition des mĂ©decins va changer, et il faudra rĂ©guliĂšrement réévaluer quelles zones doivent ou non bĂ©nĂ©ficier des subventions

    Que d’efforts pour essayer de reproduire, en moins bien, les effets qu’une libĂ©ralisation du service « mĂ©decine » auraient eus de maniĂšre naturelle et rĂ©gulatrice. Pourquoi autant de mĂ©fiance vis-à -vis des effets rĂ©gulateurs de la libre Ă©volution de l’offre et de la demande ? Pourquoi ne pas comprendre que c’est le prix fixe de l’acte mĂ©dical qui crĂ©e cette dĂ©sertification : si je touche 20€ par consultation, je vais aller m’installer là  oĂč il y a le plus de clients possible, non ? c’est logique

    En effet, imaginons un instant (horreur!) que le prix de la consultation soit complĂštement libre : chaque mĂ©decin fixe le prix qui lui chante pour la consultation — ou n’importe quel acte mĂ©dical, d’ailleurs. Qu’est-ce qui serait choquant à  cela, d’ailleurs ? Est-ce que quelqu’un s’Ă©tonne que les prix des voitures ne soient pas tous identiques ? Est-ce que quelqu’un propose que les prix des appartements soient les mĂȘmes quel que soit l’emplacement ? non, bien sĂ»r. On va me rĂ©pondre que la mĂ©decine n’est pas un produit, ou un service comme un autre ; je reviendrais là -dessus dans un prochain billet, mais notons dĂšs à  prĂ©sent que si la mĂ©decine n’est pas un service comme un autre, il ne faut pas non plus vouloir la faire fonctionner à  rebours de tous les mĂ©canismes Ă©conomiques connus, et qui sont sources de rĂ©gulation. Par ailleurs, le fait d’ĂȘtre un produit diffĂ©rent des autres, ce dont je suis d’accord, n’impose pas pour autant que ce produit doivent avoir un prix unique partout et pour tous !
    Continuons donc l’expĂ©rience de pensĂ©e : le prix des actes mĂ©dicaux est librement fixĂ© par les mĂ©decins. Les effets d’offre et de demande vont donc jouer :

    • le mĂ©decin qui ira s’installer dans une zone de campagne un peu dĂ©sertĂ©e fera payer plus cher sa consultation (ce qui est rare est cher)
    • Il sera donc incitĂ© à  s’installer là , puisque sa balance financiĂšre sera assurĂ©e : moins de clients, mais plus d’argent par client ; mais cette incitation ne coĂ»tera pas un sou aux Français (sauf qui iront se faire soigner chez lui)
    • Cela dĂ©sengorgera les villes, saturĂ©es en mĂ©decin
    • Cela permettra aussi, avantage important, aux bons mĂ©decins de faire payer la qualitĂ© de leurs services

    On me dira : oui, mais alors, les pauvres gens qui habitent dans ce village vont payer plus cher que les autres ! oui, mais c’est dĂ©jà  le cas : s’il n’y a pas de mĂ©decin dans leur village, il faut bien qu’ils payent leur essence pour aller en trouver un dans la ville voisine, non ? Par ailleurs, la rĂ©gulation par le marchĂ© aura lieu : plusieurs mĂ©decins pourront avoir la mĂȘme idĂ©e, et du fait de leur nombre, ils seront obligĂ©s d’ajuster au plus prĂšs le prix de la consultation pour garder leurs clients

    Pourquoi ne pas Ă©conomiser alors tous ces coĂ»ts de fonctionnement de collecte de cotisations et de redistribution, alors que l’offre et la demande feraient le travail plus efficacement et de maniĂšre plus durable ? C’est ĂȘtre dogmatiquement anti-libĂ©ral. Je ne m’attendais franchement pas à  une rĂ©ponse comme celle-là  de la part de Sarkozy.
    Un souhait, et une remarque, en guise de conclusion :

    • le souhait : que ce discours de Sarkozy soit purement d’ordre pragmatique, et de campagne, et qu’il sera — s’il est Ă©lu — plus libĂ©ral que ce qu’il peut se permettre de dire maintenant. C’est l’impression que j’avais eu en Ă©coutant François Fillon. Nous verrons aprĂšs les Ă©lections. Mais si on dit qu’on veut « tout dire avant, pour tout faire aprĂšs », alors il faut aussi commencer le travail d’Ă©ducation Ă©conomique des français, pour expliquer ce que le libĂ©ralisme a d’efficace.
    • la remarque : libĂ©raliser les prix des actes mĂ©dicaux n’implique pas un manque de solidaritĂ©, au contraire ! Il faut bien entendu aider les plus nĂ©cessiteux à  accĂ©der aux soins. Mais je prĂ©fĂšre que mes cotisations aillent à  une aide directe et efficace d’accĂšs aux soins, plutĂŽt qu’à  une sorte de redistribution gĂ©nĂ©ralisĂ©e – du saupoudrage – menant à  une aide mal donnĂ©e, à  une mĂ©decine de mauvaise qualitĂ©, et à  une inflation du nombre de fonctionnaires.

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  • Justice sociale et Ă©galitĂ©

    Justice sociale et égalité

    Constat

    Le monde est injuste. Il suffit de regarder autour de soi pour constater des injustices monstrueuses. Quelle justice dans le monde quand on peut naĂźtre malformĂ© ? Ou malade ? Ou dans une famille qui ne nous donnera pas d’amour ? Ou dans un pays dĂ©vastĂ© par la maladie ou la guerre ? Il y a sur la terre des gens qui naissent avec tout et d’autres avec rien. C’est tout le sens qui est contenu lĂ  , et les droits de l’homme. Dire que les hommes naissent libre et Ă©gaux en droit, c’est affirmer que, malgrĂ© toutes les inĂ©galitĂ©s injustes prĂ©sentes au dĂ©part, la sociĂ©tĂ© que l’on veut construire n’en crĂ©era pas de supplĂ©mentaires.
    Cela, c’est le constat que l’on peut faire Ă   12 ans, en ouvrant les yeux. Et ce sentiment d’injustice est une facette trĂšs humaine et trĂšs communĂ©ment partagĂ©e de nos sentiments.

    La justice n’est pas l’Ă©galitĂ©

    La suite, c’est de savoir comment on garantit le mieux possible qu’une sociĂ©tĂ© ne produit pas d’injustices supplĂ©mentaires. Et trouver l’équilibre entre l’égalitĂ© et la justice. C’est un sujet qu’on n’aime pas trop en France : l’égalitĂ© est-elle forcĂ©ment juste ?
    Poser en principe l’égalitĂ© de droit c’est une trĂšs bon moyen d’éviter un certain nombre d’injustices de type « castes ». Mal comprendre ce principe, c’est vouloir une Ă©galitĂ© de fait, et c’est l’esprit du communisme.
    Ce qui est choquant dans les inĂ©galitĂ©s, ce sont celles qui ne sont pas mĂ©ritĂ©es. Celles qui sont lĂ   avant ou dĂšs la naissance, oĂč qui sont créées malgrĂ© nous par l’environnement. Une sociĂ©tĂ© juste se doit de corriger ces inĂ©galitĂ©s lĂ  .

    Il y a des inégalités justes

    Il ne faut pas se tromper de cible et vouloir corriger toute inĂ©galitĂ©. Certains Français sont soupçonneux dĂšs qu’une inĂ©galitĂ© pointe le bout de son nez. MĂȘme si elle est juste. Dire qu’une inĂ©galitĂ© peut ĂȘtre juste, c’est dĂ©jĂ   douteux pour beaucoup. Cela force Ă   poser la question du mĂ©rite, centrale dans les sociĂ©tĂ©s dĂ©mocratiques libĂ©rales telles que la nĂŽtre.
    Les injustices sont Ă   mon avis la principale source de mĂ©contentement dans notre sociĂ©tĂ© ; peut-ĂȘtre mĂȘme que le sentiment d’injustice est une source de violences sociales plus importante que la pauvretĂ© Ă   moyen terme.
    RĂ©flĂ©chir aux rapports entre la justice sociale et l’égalitĂ© est indispensable.
    Comme le disait Aristote :

    La plus grande injustice est de traiter également les choses inégales.

    J’espĂšre que toutes ces questions seront dĂ©battues librement par les candidats Ă   l’élection prĂ©sidentielle ; cela permettrait de sortir un peu de la schizophrĂ©nie ambiante qui consiste Ă   vivre dans une sociĂ©tĂ© qui soupçonne toujours celui ou celle qui rĂ©ussit Ă©conomiquement, tout en vivant sur son dos. Histoire d’ĂȘtre un peu plus justes.