A l’heure de la connexion possible au reste du monde, instantanée, il me semble qu’un danger nous guette, encore plus probablement que la consommation futile ou toxique, c’est celui de se faire voler notre bonheur quotidien.
Ils sont nombreux, les insatiables, les voraces, les illuminés, à vouloir absolument nous forcer à prêter attention à des choses qui ne nous concernent pas, ou pas directement, ou si peu, que le simple fait d’y prêter attention porte déjà atteinte à nos propres enjeux et préoccupations. Je crois qu’il y a définitivement deux catégories d’humains : ceux qui apprennent à se contenter de mener leur vie, humblement, laborieusement, en étant ouvert au doute, et sachant s’étonner et se satisfaire de peu, et ceux (que j’appelais ci-dessus les insatiables) dont la soif de pouvoir, de grandeur personnelle, ne sera jamais comblée, et fait peu de cas de la vie des autres, qu’ils peuvent à l’occasion considérer comme des moyens d’atteindre leurs objectifs.
Il y a de grands projets portés par les deux catégories d’Hommes. J’ai de moins en moins de respect pour ceux portés par la deuxième catégorie. Ceux qui nous forcent, par exemple, à nous préoccuper du sort de gens à l’autre bout du monde, qui sont complètement hors de nos vies pratiques. Par le biais de l’émotion (qui ne compatirait pas avec le malheur de ses congénères ?), ils nous volent du temps d’attention, ils nous surchargent le quotidien d’un poids impossible à porter. Je crois que c’est volontaire, à défaut d’être nécessairement conscient. Une fois les honnêtes gens accablés de stress, de culpabilité, d’émotions contradictoires et ingérables (parce que les causes sont trop éloignées de nos moyens d’actions), il ne reste plus qu’une population hagarde, ou frappée de stupeur, qu’il est bien aisé de manipuler.
Nous n’avons pas les épaules suffisamment solides pour porter le poids de monde. Nous ne sommes pas Atlas, mais des Hommes. Nous avons le droit, et le devoir, de refuser ce poids, inhumain, démesuré.
Sachons nous concentrer sur nos proches, sur notre famille, notre travail, sur la réalité concrète qui nous entoure. Mon voisin est plus important qu’un iranien, n’en déplaise aux journalistes et aux politiciens. Mes enfants sont plus importants que la majorité municipale. J’ai tendance parfois à l’oublier ; non pas intellectuellement, bien sûr, mais en termes d’attention portée, d’univers mental. Ma réalité est d’abord sous mes yeux, à chaque instant, chaque jour. Il faut bien sûr garder un œil sur les insatiables (on est bien obligé, car ils sont nuisibles), mais sans nous laisser voler notre bonheur quotidien, dont la saveur et le sens ne sont pas à l’échelle d’une planète, ou de l’Histoire, mais bien à l’échelle de phénomènes et d’interactions à taille humaine, plus modestes, plus actionnables. Méfions nous de l’idéal qui condamne ou cache la réalité. Ne nous laissons pas gagner par leur hubris, qui flatte l’ego – en faisant croire que nous pouvons porter le monde sur nos épaules – et déforme les désirs les plus simples. Un Homme bien ancré dans sa propre vie, avec ses propres objectifs, ses relations, son travail, est une force de résistance face aux voraces voleurs de bonheur.
Étiquette : Bonheur
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Le poids du monde
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Citation #188
Il faut avoir femmes, enfants, biens, et surtout de la santé, si l'on peut; mais non pas s'y attacher en manière que notre bonheur en dépende. Il faut se réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissions notre vraie liberté et principale retraite et solitude.
Michel Eyquem de Montaigne (1533 – 1593)
philosophe, humaniste, écrivain érudit et moraliste français de la Renaissance.
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Citation #168
Il ne faut pas pleurer pour ce qui n’est plus mais être heureux pour ce qui a été.
Marguerite Yourcenar (1903-1987)
Femme de lettres française.
Merci à l’ami Jean-Marc pour cette belle citation !
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Citation #111
De bons amis, de bons livres et la conscience somnolente, voilà le secret du bonheur.
Mark Twain (1835-1910)
Ecrivain, essayiste et humoriste américain.
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Pourquoi sommes-nous heureux ?
Je vous invite à regarder cette très belle conférence de Dan Gilbert (professeur de psychologie à Harvard) pour TED.com. Il y revient sur la manière dont le cerveau fabrique le bonheur, de manière à la fois drôle et passionnante !
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Une fleur cueillie
Une de mes filles, la plus jeune, s’est réveillée plus tôt que d’habitude l’autre jour.
Du coup, nous l’avons prise avec nous dans notre lit. Cette petite fille de 2 ans, couchée avec nous, pleine encore de sommeil, c’était un bonheur. Elle me faisait une petite caresse sur le nez dans le noir, et restait tranquillement allongée.
J’ai réalisé à nouveau à quel point ces moments sont merveilleux, à quel point j’ai de la chance d’avoir une famille, et des enfants. Et à quel point les enfants, clairement, donnent un sens à la vie. Il est sûr que je dois faire tout mon possible pour que mes enfants puissent être heureux. Cela implique d’être heureux soi-même, bien sûr, et de les aider à se construire et peu à peu à s’émanciper. Å’uvrer aussi pour un monde meilleur, à tous les niveaux. Dans la joie, et en leur donnant tout l’amour du monde. Chaque enfant mérite tout l’amour du monde ; je crois qu’en fin de compte, tout le Mal vient du manque d’amour. C’est en quoi le message de Jésus est universel, en tout cas en quoi il me touche profondément.
Et ce sens là , formidable, il faut être capable d’y intégrer aussi un peu de raison. Tout ce bonheur, toute cette douceur et toute cette joie, peuvent disparaitre du jour au lendemain. Personne n’est à l’abri. Je ne peux même pas imaginer ce que cela signifierait en termes de douleur, de chagrin et de désespoir ; mais je sais que c’est aussi une part de la vérité. Il est possible de la fuir, au point de l’oublier. Je ne suis pas sûr que cela soit souhaitable. J’ai choisi de mettre du sens dans quelque chose de fragile. Comment pourrait-il en être autrement, d’ailleurs ? Ce qui est beau, et bon, est souvent fragile et difficile.
Le bonheur n’est pas un but qu’on poursuit âprement, c’est une fleur que l’on cueille sur la route du devoir. John Stuart Mill