Étiquette : IA

  • Plaisir d’écrire

    Grâce à l’écoute du dialogue entre Villani & Zyzek (merci Max), j’ai pu infléchir ce que j’avais mis en place l’autre jour. Je partais d’un petit texte (input), et grâce à un process décrit dans Grok, j’en sortais un texte plus abouti, enrichi, pré-rédigé. Comme Villani et ses interlocuteurs le soulignent très bien, on veut garder pour nous le labeur, la part du travail qui nous progresser, avancer, grandir, et le plaisir. J’ai donc modifié le process (et je suis passé dans un vrai environnement pour faire cela Grok Build, époustouflant).
    Tout ce que produira ce process (documenté, apprenant, automatisé en partie) sera injecté dans un brouillon de WordPress, et me servira simplement de matière pour amplifier, enrichir, questionner ma réflexion. Et je garde le plaisir, et le labeur, de l’écriture. Car j’aime écrire, et l’acte d’écriture est ce qui me permet de finaliser ma pensée, de l’affiner. De la laisser reposer aussi, pour la reprendre ensuite. Cette partie-là m’intéresse trop pour la laisser à l’IA. Mais elle fait tellement bien le reste qu’il serait idiot de ne pas s’en servir. A moi, le plaisir, l’imperfection de l’écriture et de la pensée vive. A l’iA, la systématique, la rapidité, la documentation, le branchement des outils.
    Je suis en train de regarder la manière d’automatiser une partie du process pour que Grok aille automatiquement enrichir les brouillons qu’il trouve dans WordPress (en ajoutant à la suite du brouillon, des enrichissements, éclairages, questions, citations, auteurs). Et il le fait avec ma manière : je lui ai demandé, par exemple d’intégrer dans la documentation du process les éléments trouvés dans Boussole de vérité et dans Auto-jeopardysation. Je me régale.

  • Mal intentionné ?

    J’ai pu tester, enfin, ce que je me proposais de faire ici : enregistrer un petit mémo vocal, en marchant, puis le faire mouliner avec le process suivant (adapté à ce qui suit souvent ma marche, c’est-à-dire un trajet de métro). Pourquoi enfin ? Parce qu’il fallait brancher Grok sur Google Drive, et lui faire générer un fichier de contexte permettant de faire les premiers tests.

    Process

    Dans mon Google Drive, sur lequel Grok est branché, j’ai :

    • un fichier de contexte (que Grok a généré en allant analyser mon blog, mon fil X, et dans lequel je lui ai demandé de faire une description de mon style et de mon positionnement philosophique)
    • un fichier de process, qui décrit ce que je suis en train de vous décrire, et qu’il applique à mon input (texte, vocal, autre). Ce fichier de process lui demande de prendre en compte le contexte pour travailler l’input, et je lui demande d’aller rédiger un court billet sur la base de tout ça, en l’agrémentant d’une ou deux citations d’auteurs intéressants sur le sujet.

    Je n’ai, dans Grok, qu’à lui dire : tiens prends ce « truc » (là j’ai utilisé la transcription automatique du mémo vocal créé dans iOS, très propre), passes le par le process, et il me génère un doc texte avec le résultat. Vous pouvez lire ici, avec de très légères corrections de ma part, la version produite par Grok, sur la base de 3 phrases enregistrées en marchant : « On ne pense pas bien le Mal, si on cherche d’abord à établir l’intentionnalité et à faire l’analyse des causes, avant de regarder les effets » (c’était moins clair dans mon mémo).

    Résultat

    Notre époque a du mal à nommer les êtres malfaisants parce qu’elle recouvre cette réalité d’une couche d’intentionnalité, de psychologie et de considérations juridiques. On exige de reconstituer les méandres internes de l’auteur avant d’admettre que le mal existe. Cette exigence, souvent présentée comme de la nuance, occulte la réflexion directe sur le mal et sur ses effets réels.

    Le mal existe et ses conséquences sont identiques qu’il soit intentionnel ou non. Insister sur l’intentionnalité comme condition préalable revient à subordonner les faits à nos constructions internes. Comme l’écrit Albert Camus dans L’Homme révolté, « La révolte est le mouvement par lequel l’homme se dresse contre ce qui le nie ». Karl Popper rappelait que la clarté des concepts est la première condition d’une société ouverte : brouiller la frontière entre le mal et ses excuses affaiblit précisément cette capacité critique. Refuser de nommer le mal tant que toutes les intentions ne sont pas éclaircies, c’est choisir de rester aveugle plus longtemps que nécessaire.

    Reconnaître le mal par ses effets, sans conditionner cette reconnaissance à la preuve d’une intention, est une exigence de lucidité. Le mal n’est pas une catégorie à démontrer ; c’est une réalité qui s’impose par ce qu’elle détruit. Dans une époque qui multiplie les justifications autour du mal, quelle forme de pensée morale reste possible ? Car enfin il me semble très clair que le Mal se combat, avant de se comprendre.

    Prochaines étapes

    Peaufiner la sortie, le forcer à aller soulever un ou deux problématiques conjointes ou qui prolongent le point de départ, lui faire ajouter des liens vers d’autres billets de mon blog abordant les mêmes sujets, ou d’autres ressources externes, lui faire créer un fichier d’apprentissage au long cours pour que chaque nouvelle co-création permettent d’enrichir d’affiner le process. Qu’en pensez-vous ?

  • Un monde d’IA

    On peut trouver cela fascinant, angoissant, stimulant, décourageant, stressant, ou tout ce qu’on veut, ça ne change pas grand-chose à la réalité du phénomène : nous entrons (sommes entrés) dans un monde d’IA. Rien de mieux pour s’en convaincre que d’écouter Olivier Babeau, Laurent Alexandre et Luc Ferry lors de l’audition sur l’IA à l’Assemblée Nationale. Sans polémique aucune, on voit bien que les politiciens sont totalement dépassés (ils le sont déjà sur des sujets moins disruptifs, comment ne le seraient-il pas ici ?), mais c’est le cas aussi dans les entreprises, à l’école, et même dans notre relation à nos enfants. Comment aborder cette vague qui va bousculer beaucoup de choses ?

    Ils y font référence au papier de Sam Altman (à lire du coup). Je retiens de leur audition beaucoup de choses, à commencer par le fait qu’il faut apprendre à nos enfants des valeurs morales, et l’esprit critique.
    Qu’en pensez-vous ?

  • Ultra-Intelligence

    Ultra-Intelligence

    Aymeric Roucher signe un livre facile à lire pour donner une vue d’ensemble de la vague IA. Sous-titré « Jusqu’où iront les IA ? », il commence par rappeler ce que sont les IA & LLM, replace ces technologies dans le contexte plus large, branche cela avec les impacts déjà à l’oeuvre sous nos yeux, et dessine à traits rapides les possibilités presqu’infinies offertes par ces outils, et les risques également.
    J’ai trouvé plutôt agréable le livre, même si le début est, quand on connaît un peu le sujet – comme c’est mon cas car je m’y intéresse -, pas super poussé. J’ai rapidement eu l’impression, un peu désagréable, de lire le livre d’un (très) bon élève. Sur chaque thème, la structure est la même : voilà ce qui s’ouvre comme champ des possibles, voilà pourquoi c’est formidable, voilà pourquoi il faut y faire attention. C’est un peu le livre d’un brillant ingénieur, qui a lu aussi un peu de philo, et qui cherche à faire du thèse-antithèse-synthèse à chaque étape de sa réflexion. C’est, de ce fait, riche, stimulant car cela force à considérer des options multiples, mais également un peu plat, redondant, et à la fin je me suis demandé ce que l’auteur avait à me dire de nouveau. Trop sage, ou trop politiquement correct, c’est aussi le livre d’un auteur qui est aussi un entrepreneur dans le domaine : pas question de prendre trop de risques avec le politiquement correct, pas question d’être trop clivant. On pourrait croire qu’il a fait relire et corriger son livre par une IA… L’image d’expert se soigne, avec un livre qui démontre l’expertise, mais ne comporte aucune vision.
    En refermant le livre, je me suis demandé : pourquoi ce livre ? Je suis un peu dur : pour un néophyte, le livre est certainement très riche, et très profitable, et l’auteur est visiblement super intelligent et connaisseur.

  • Animal technique

    Dans les discussions à propos de l’IA, et ses implications, je retrouve un biais cognitif, déjà souligné à propos de Finkielkraut : il y aurait d’un côté des activités humaines, et de l’autre des objets techniques, des inventions, des innovations, qui en seraient comme séparées. Cela conduit à des choix et des questionnements du type : faut-il avoir peur de l’IA ? Doit-on créer des labels « Handmade » (vu dans une bd l’autre jour) pour signaler les produits faits « sans IA » ?
    Il y aurait donc des objets, des créations, « purement » humaine et d’autres avec IA. C’est évidemment complètement ridicule. C’est comme si l’on devait estampiller les ouvrages écrits « sans stylos », ou « sans imprimerie ». Le biais cognitif que je vois à l’oeuvre s’appuie sur un modèle mental d’un humain complètement séparé des objets techniques, comme une sorte d’humain « naturel » qui utiliserait des outils « non-naturels » / artificiels. Ce modèle, renforcé par le langage, est très intuitif. Mais il est faux, il me semble : l’homme est un animal technique, au sens anthropologique du terme, c’est-à-dire que notre rapport au monde est toujours assorti d’une intermédiation. C’est presque symboliquement évident, tant la notion d’humanité, est intrinsèquement liée à la création d’outils. Un silex taillé, c’est la marque forte de l’Humain.
    Notre rapport au monde passe par / s’appuie sur / a besoin / est renforcé par / existe via des objets techniques.
    Que la nature disruptive des IA force à se poser des questions, c’est une évidence. Ne serait-ce que par une forme de conservatisme de bon aloi, de prudence, pour ne pas épouser éperdument, par technophilie et fascination, tous les usages permis par la nouveauté. Mais cette prudence ne doit pas nous faire régresser à une sorte d’idées abstraite d’homme non-technique. En quoi penser mieux avec Montaigne, grâce à la trace et à la réplication de sa pensée permise par l’écriture et l’imprimerie, serait fondamentalement différent de penser mieux grâce au partage mondial de la connaissance, et à des modèles intelligents ? Bien sûr, l’amplitude, la nature, les possibilités des outils sont différents. Mais cela reste des outils techniques / technologiques.
    En tant qu’animal technique, je vois aussi bien l’intérêt d’un marteau, d’un livre, d’une voiture, d’une charrue, d’un engrais, d’un verre, que de l’IA. On peut se tuer en voiture. On peut rendre les gens fous avec un livre. Penser les bons usages de la technologie est notre devoir, pas imaginer un monde sans elle. L’effroi et la fascination ne sont pas des réactions constructives et réflexives, mais instinctives.
    A titre personnel, dans mon travail, j’explore la manière dont je pourrais me faire remplacer intégralement par l’IA. On verra bien ce qui résistera à ce remplacement.
    Les voitures ont remplacé les calèches. Je ne rêve pas d’un monde de calèche. Les livres ont remplacé la capacité de mémoriser. Je ne rêve pas d’un monde sans livres. L’IA va remplacer plein de choses. J’ai hâte de voir quoi, et je me réjouis des expérimentations, des créations nouvelles, des découvertes, que cela va permettre.

  • Prise de hauteur ?

    Prise de hauteur ?

    En lisant ce matin un article sur X (« Build a personal AI Agent that posts on X exactly like you and lands in the algorithm »), je me suis (re)fait la remarque que l’utilisation de nouveaux outils, notamment ceux qui sont très disruptifs (qui apportent un changement de paradigme, pourrait-on dire), nous confronte à une réinvention de notre activité. Comme le soulignait Michel Serres (« Les nouvelles technologies, révolution culturelle et cognitive« ), à chaque nouvelle révolution, l’humain perd quelque chose, et récupère des capacités supplémentaires. Nous sommes, à chaque fois, diminués et augmentés. Transformés, quoi. Par exemple : l’arrivée de l’imprimerie a fait perdre la mémoire aux humains (qui se rappelle encore et est capable de transmettre des livres entiers ?), mais a permis une extraordinaire diffusion des connaissances et génération de nouvelles idées.

    IA : qu’est-ce que ça change ?

    Bien loin de moi l’idée d’être capable de dire ce que l’IA nous fait perdre et gagner, car il me semble que la vague est au tout début. Je ne suis pas devin, et comme le dit le proverbe, les prévisions sont difficiles, surtout en ce qui concerne l’avenir. Mais on peut déjà voir quelques éléments. Toute recherche, analyse, synthèse de data ou de connaissances, toute production de recommandations, de textes, de code, d’images, bientôt de films, est déjà dans le champ des capacités des IA (et probablement bien d’autres choses encore que je ne connais pas). Comment cela pourrait-il ne pas bouleverser une grande partie des professions dites « intellectuelles » ?
    Nous sommes à peu près sûrs d’avoir déjà perdu le monopole de la parole, et aussi de l’apprentissage non-réflexif. Que gagnons-nous au passage ? Je crois un temps et une attention supplémentaire à accorder à la réflexion, la prise de recul : si je passe moins de temps à récolter des infos, à les synthétiser, à les croiser, etc, je gagne un temps certain pour penser leur utilisation, la stratégie qui va avec. Bref, c’est une remontée en concept (que nous avions déjà vue en parlant de conception & créativité) : je dois synthétiser les infos / données sur tel sujet. Ok, mais pourquoi faire ? à quoi cela va servir ? avec quel autre domaine de connaissances pourrais-je les croiser puisque ça ne me coûte plus que quelques minutes ? Puisque des agents peuvent travailler pour moi, quelles tâches puis-je leur confier ?

    Cas concret

    Un exemple, pris dans l’article cité en tête d’article : si des agents peuvent écrire, synthétiser, poster sur les réseaux à la place, analyser l’impact des posts, apprendre de ces feedbacks, cela libère d’une partie du boulot et permet d’être plus précis sur la voix et le style que l’on veut porter. Pourquoi est-ce que j’écris ces articles ? Dans quel but ? Quel est le style, la nouveauté que je souhaite apporter ? Qu’est-ce qui permettra d’utiliser l’iA et les agents pour augmenter ma capacité d’atteinte des mes objectifs (que du coup je vais devoir clarifier pour les partager avec les agents) ? Il me semble que cela nous oblige à être plus intelligents.
    Ce matin je me suis dit, à l’instar de l’auteur de l’article, que je pourrais enregistrer mes idées à voix haute sur l’iphone en marchant, partager ces fichiers à un agent X / Grok qui les analyserait sur la base d’un doc de synthèse produit en lisant / analysant mon blog et mon fil X (qui serait une version co-construite de mon « style »), et que l’IA pourrait me générer avec ce « vocal » + fichier de style, une ébauche rapide de billet pour mon blog, mais enrichie de citations, de questions denses sur lesquelles il débouche, de pistes de lectures. Comme Grok vient de mettre en place des connecteurs Google Drive, ça me parait être un plan à tester pour voir ce que ça change et comment ça me permet d’être plus pertinent et efficace.
    Et voilà l’exemple d’augmentation : réfléchissant à cela, je me suis re-penché sur une présentation que j’avais vue d’un général à propos du « style ». Qu’est-ce qui définit un style ? Quelles sont les caractéristiques d’un « style » ? Il y était question de « modèles » (personnages inspirant avec les raisons pour lesquelles on les trouve inspirants) et de « modalités d’interaction » (caractéristiques pertinentes pour décrire notre style d’interaction), et de plusieurs autres choses. On peut laisser tout cela à notre intuition, dans la zone semi-consciente, ou travailler dessus pour gagner en cohérence et en lisibilité. Voilà ce que va me forcer à faire l’IA, dans ce cas très concret. C’est déjà pas mal. Je vous tiens au courant, bien sûr.