
Walter Lippmann (1889 – 1974) intellectuel, écrivain, journaliste et polémiste américain
Walter Lippmann (1889 – 1974) intellectuel, écrivain, journaliste et polémiste américain
On se console comme on peut : disons que cette année m’a permis d’apprendre. Mais elle m’a surtout conduit à ouvrir sur les yeux sur un certain nombre de réalités, dures, qu’un caractère optimiste comme le mien tenait soigneusement à l’écart de son champ cognitif. Vous me trouverez peut-être bien naïf d’avoir pu entretenir ces illusions jusqu’à un âge aussi avancé, et vous aurez raison. Mieux vaut tard que jamais ? Voici donc, dans le désordre, quelques fausses vérités qui ont volé en éclat.
J’avoue que cette vérité avait déjà été fissurée depuis longtemps. Pierre Mari m’avait permis de mettre des mots en plus sur cette illusion. Les exemples sont – trop – nombreux. Les Gilets Jaunes molestés par le pouvoir. Les terroristes que l’on laisse courir sur notre sol, et infiltrer nos institutions. Ces mots dont on interdit l’usage, ce qui est une violence symbolique extrême. Il faut se rendre à l’évidence, cruelle. Une bonne partie de nos élites, dont nos dirigeants, n’est en rien intéressée par le sort de la France, ou par une quelconque forme de bien commun. Leur seule préoccupation : comment se maintenir en place pour exercer le pouvoir. Le pouvoir en tant que tel les intéresse beaucoup plus que leur peuple. La communication, les flots de communication, leur sert de levier de manipulation, quitte à dire l’inverse d’un jour à l’autre. Peu importe. Seul compte le pouvoir.
Noam Chomsky (1928 – ) linguiste américain
C’est le mot ennemi qui est dur à accepter dans cette phrase. Cette année m’a fait prendre conscience que c’est malheureusement souvent vrai, notamment en ce qui concerne les dirigeants et les médias. Pour l’auto-défense intellectuelle, il y a des cours, et des routines à mettre en place. Cela ne change pas la dure réalité. Les élites sont obsédées par le pouvoir. Jusqu’à l’exercer de manière absurde : qui n’a pas avec l’année passée de nombreux exemples de « l’absurdistan » dans lequel nous sommes rentrés ?
J’avais en tête, et je l’ai écris, et j’y ai cru, que le peuple français avait des ressources, et des réserves d’énergie, pour défendre cette sacrée liberté qui figure en tête de notre devise. Force est de constater que non. Dans leur grande majorité, les français sont devenus un peuple de mouton, très politiquement correct, et surtout soucieux de rester bien conforme et socialement irréprochable. Les masques dans la rue, ou sur le nez des enfants en sont le symbole, mais il y a de multiples autres exemples plus graves : les attaques au couteau journalière, le vandalisme, la tolérance à l’égard de l’intolérable. Tout cela devrait mettre les gens dans la rue, mais non. A minima faire basculer les élections. Mais non. Bien sûr il y a des résistants. Mais je pensais que le réveil des français viendrait en touchant le fond. Le fond est touché depuis longtemps, et nous ne rebondissons pas. Ou pas assez vite, pas assez fort, pas assez nombreux. La conformité – ne pas pouvoir être traité de « facho » – est devenu plus importante que la liberté ; et plus importante aussi que la raison.
J’avais en avril 2020 tiré quelques enseignements de la crise « COVID ». Je n’en retranche rien avec le temps. Mais, dans la durée, d’autres leçons, plus dures, ont fait leur apparition. Dans les échanges – nombreux! – que j’ai pu avoir sur le sujet, certains arguments reviennent souvent.
– vous êtes d’accord pour dire que le masque dans la rue ne sert à rien, tout de même ?
– oui, bien sûr !
– mais alors pourquoi est-il obligatoire de le porter depuis plus d’un an ?
– parce que les gens sont cons, pas nous bien sûr, mais pour certains il faut rendre obligatoire dans la rue pour qu’ils pensent à le mettre en entrant dans les magasins…
Quelle étonnante manière d’afficher son sentiment de supériorité, et quelle horrible procédé consistant à faire des choses inutiles avec les autres pour s’abaisser soi-disant à leur niveau. Les gens sont cons, mais pas moi, et pas non plus le gouvernement (dont on sait par ailleurs à quel point il a accumulé des erreurs et les fautes) ?
Un autre argument revient souvent :
– il n’y a aucune preuve que les confinements servent à quoi que ce soit, alors qu’on connait les dégâts qu’ils causent, il faut donc arrêter avec cette folie de confiner des gens en bonne santé et peu fragiles…!
– Mais si ça ne sert à rien de confiner, pourquoi tout le monde l’a fait ?
– mais tout le monde ne l’a pas fait : regardes la Suède, regarde certains Etats des US, regarde certaines régions d’Espagne, etc..
– oui, mais ce n’est pas la même chose…
On est en pleine dissonance cognitive : il faut maintenir coûte que coûte l’idée que tout le monde l’a fait, c’est-à -dire que c’est la seule option. Alors que la peur et la panique suffisent à expliquer en partie ce qui s’est passé. Au début du moins. Il est irrationnel de croire que les humains sont purement rationnels. Depuis cet été, c’est un mélange de peur et de bêtise. Car nous avons appris depuis un certain nombre de choses.
Ce qui est choquant c’est la manque de capacité à revenir sur terre une fois passée la panique. Cela traduit deux choses à mon sens : un manque de travail d’information, et un grand besoin de conformité. Quelle tristesse ! Je pensais que mes compatriotes étaient des rebelles, un peu rétifs à l’ordre, gaulois, latins, et je me rends compte que, collectivement, nous ne sommes qu’une bande de petits moutons bien sages, prêts à se soumettre à n’importe quelle idiotie pourvu que cela nous permette de ne pas sortir du rang.
Jean-Dominique Michel en parle très bien son interview passionnante sur France Soir. A écouter.
Il y a une forme de perversité à continuer à ne pas voir le réel, un an après. Les gens détestent quand on dit que globalement la covid a fait à peu près le même nombre de morts que les grippes. C’est pourtant la stricte vérité, et ça ne veut pas dire qu’on s’en fout des morts, ça veut dire qu’on a sur-réagi. Il faut avoir l’humilité de le reconnaître. Ce manque de capacité à reconnaitre qu’on s’est trompé, traduit une grande peur de l’échec. On sait que le masque est inutile, mais aller contre ça c’est se signaler comme « politiquement incorrect ». C’est une forme de perversité : on sait que les masques ne servent à rien, mais on continue à les imposer alors qu’on connait leurs défauts. Pareil pour le confinement. Cette perversité est celle des idéologues que le réel n’intéresse pas. Et c’est pervers car cela conduit certains, dont je suis, à suivre des règles absurdes tout en les condamnant.
Voilà donc quelques vérités douloureuses qui ont volé en éclat depuis un an ou deux (tout n’est pas lié qu’au COVID). Les élites sont en partie malfaisantes. Les français ne sont pas si attachés que cela à leur liberté. Ni à la raison. « Winter is coming ». Cela m’a donné l’occasion de méditer, et de comprendre, la citation que mon frère Max m’avait passé il y a longtemps : on a beau vouloir se consoler, on n’y parvient pas toujours.
Ce que le temps apporte d’expérience ne vaut pas ce qu’il emporte d’illusions.
Jean Antoine Petit-Senn (1792 – 1870) poète d’origine Genevoise
Alexis de Tocqueville (1805 – 1859) philosophe politique, précurseur de la sociologie et homme politique français.
Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres.
Etienne de La Boétie (1530 – 1563) écrivain humaniste et un poète français
J’aime bien Laurent Obertone. J’avais lu, je m’étais forcé à lire devrais-je dire, son terrible « La France orange mécanique ». Eloge de la force est très différent. Obertone est un homme courageux et sincère, et il suffit de lire sa fiche Wikipedia pour comprendre la manière dont il est (forcément) traité par la bien-pensance : il dit la vérité, il regarde le réel en face, donc il est d’extrême-droite. Ce serait drôle si ça ne nous tuait pas à petit feu, et si ce n’était pas, en caricatural, la même chose dans une partie des médias.
Son dernier livre « Eloge de Force » (Editions du Ring) se dévore d’une traite. Il est tranchant comme une lame de rasoir, et va droit au but. Le constat est clair, sans appel, et je le partage : l’ennemi c’est l’Etat (dans sa forme actuelle) obèse, et qui ne fait plus respecter la Loi et la Justice. Et qui, non content de ne pas assurer ses fonctions de base, vient fourrer son nez technocratique et socialiste dans tout le reste. Ce n’est pas comme si nous n’avions pas été prévenu par les libéraux :
”L’Etat, c’est la grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde.
Frédéric Bastiat(1801 – 1850) économiste, homme politique et penseur libéral français
Laurent Obertone déroule vite : le réel, c’est tout ce qui compte. Et pour arrêter de subir, il faut commencer par là . Son livre, structuré en 10 règles simples, donne des moyens et le chemin pour agir. Prenant le risque d’une forme de grandiloquence, puisqu’il donne des conseils, à la première personne au lecteur, Laurent Obertone montre la voie. Le livre n’est finalement jamais excessif, car il dit vrai. Arrêter d’avoir peur, prendre conscience de la réalité de nos moyens face à l’ampleur des problèmes à régler, devenir tranchant, et s’armer dans tous les sens du terme. Dire la vérité, partout, sans jamais blesser les autres. Etre précis, travailler, être humble. Se changer pour changer le monde.
Eloge de la force d’Obertone est une mine d’or comportementale. Et une bouffée d’oxygène : voir qu’il existe des gens qui ressentent la réalité de la même manière que nous, c’est inestimable. C’est une bouffée d’oxygène parce que c’est un appel vibrant, lucide, sincère à la liberté. Ni plus, ni moins. Vous savez, ce truc qui figure en tête de notre belle devise, et qui est si fragile ? Et qui meurt si on ne l’entretient pas chaque jour ?
Le prix de la liberté c’est la vigilance éternelle.
Thomas Jefferson(1743 – 1826) homme d’État américain, troisième président des États-Unis
Pour finir, j’ai adoré ce livre qui tape comme un coup de poing. Fini les histoires, on se parle en vrai. Indispensable. Et à titre personnel, j’ai corné presque toutes les pages car il y a plein de phrases ciselées et magnifiques, et une citation en tête de chaque chapitre, qui toutes vont rejoindre ma collection.
Jetez-vous sur ce livre de combat magnifique, hymne à la liberté et à la résistance. Et dévorez-le. Puis relisez-le. Et faites lui de la publicité.
Connaissez-vous la règle d’or ? Egalement connue comme règle de réciprocité, c’est « simplement » la règle qui consiste à reconnaitre autrui comme une personne à part entière, et à limiter notre propre liberté pour ne pas lui porter préjudice. Et à faire preuve de compassion. Le rabbin Hillel l’Ancien, à qui l’on demandait de résumer la Torah l’avait formulé ainsi :
Ce qui est détestable à tes yeux, ne le fais pas à autrui. C’est là toute la Torah, le reste n’est que commentaire. Maintenant, va et étudie.
Il me semble que cette règle morale est essentielle, vitale, et qu’elle ouvre le champ conceptuel à ce qu’est la liberté : l’action avec des limites, ces limites étant posées par le droit d’autrui à ne pas être emmerdé. Reconnaitre l’autre comme un égal, un frère, libre, et ne pas lui infliger ce que je ne voudrais pas moi-même que l’on me fasse. Liberté, Egalité, Fraternité.
On retrouve une prolongation de cette idée dans la parabole du Bon Samaritain :
Un docteur de la loi se leva, et dit à Jésus, pour l’éprouver : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Jésus lui dit : Qu’est-il écrit dans la loi ? Qu’y lis-tu ?
Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même. Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela, et tu vivras. Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ?
Jésus reprit la parole, et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi mort.
Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre.
Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l’ayant vu, passa outre.
Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là , fut ému de compassion lorsqu’il le vit.
Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour.
Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même.
Evangile selon Luc
C’est la formulation positive de la même idée : « Aime ton prochain comme toi-même ». Les deux formulations ne sont pas équivalentes, sur le plan de la logique ou sur le plan de la morale. Ne pas faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas que l’on nous fasse, c’est la liberté. Aimer notre prochain comme nous-mêmes, c’est la fraternité, et la miséricorde. L’une pose des limites à notre action, l’autre exhorte à oeuvrer pour autrui, à être son prochain.
En ces temps complexes, où la liberté n’a plus tant que ça d’attrait, et où la pauvre sécurité sanitaire, à base de masques, d’auto-autorisations, d’affichage de vertu, a fini par devenir l’alpha et l’omega de mes concitoyens, j’aimerais qu’ils repartent de là . Qu’ils reprennent goût pour la liberté, et pour la vérité. Qu’ils se secouent les puces et arrêtent d’écouter uniquement la litanie enfermante et toxique du couple infernal gouvernants/mass medias. Est-ce que votre coeur saigne en voyant les enfants de 6 ans masqués toute la journée à l’école ? Est-ce que votre âme se fige à l’évocation de ces millions de français à qui l’on interdit, simplement, de faire leur métier pour pouvoir vivre, librement, sans causer de tort à personne ? Est-ce que votre raison déraille en constatant les mensonges insupportables de ces groupes parasites ? Est-ce que la colère vous étreint en voyant ceux qui sont censés assurer protection et justice laisser circuler librement parmi nous des ennemis sanguinaires ? Est-ce que votre bon sens explose en constatant que les fraudes sont légions, et jamais corrigées ? Si non : Etes-vous donc totalement anesthésiés, ou aveugles ? Si oui : qu’attendez-vous pour le dire, le crier ? Car soyons bien clair : toutes ces choses – brimades, mensonges, coercition injuste et technocratique, lâcheté coupable – sont immorales, à l’aune de la règle d’or. Les accepter, c’est se renier un peu chaque jour, en silence. Commençons par nous dire la vérité. N’achetons pas une forme de paix sociale en disant jamais rien, pour ne pas être jugés. C’est un mauvais pari : cela ne change pas l’échéance, cela la retarde, simplement. La vérité, la liberté valent mieux que cela.
Amis, repartez de la règle d’or. Elle contient une bonne part de la sagesse et de l’humanité qui sont en train, inexorablement si nous ne changeons pas les choses rapidement, de nous quitter.